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Full text of "Annales de l'Ordre de Malte, ou, Des Hospitaliers de Saint-Jean-de Jerusalem, chevaliers de Rhodes et de Malte, depuis son origine jusqu'à nos' jours, du Grand Prieuré de Bohême-Autriche et du Service de santé volontaire avec les listes officielles des chevaliers-profès et de justice, des chevaliers d'honneur, etc"

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HX641 10745 
RA964 .M29 Annales de l'Ordre d 



RECAP 



ORDRES RELIGIEU X DK CHEVALKRIE. 

ANNALES 

DE 

L'ORDRE DE MALTE 

ou DES 

HOSPITALIERS DE SAlNT-JEAN-DE-JÉEUSALEi 
CHEVALIERS DE EHODBS ET DE MALTE 

DEPUIS SON ORiaiNE JUSQU'À NOS JOURS, 

DU 

GRAND-PEJEIIBÉ DE BOHÊME - AUTRICHE 

ET DU 

SERVICE DE SANTÉ VOLONTAIRE 

AVEC LES 

LISTES OEPICIELLES DES CHEVALIEES-PROFÈS E^ DE JUSTICE, 
DES CHEVALIEES D'HONNEUR, ETC. 

PAR 

FÉLIX DE SALLES. 




VIENNE 

IMPRIMERIE SI' NORBERT, ÉDITEUR. 
1889. 

TOUS IlROIT.S RÉSERAKS. 



Columïïîa Wini\itxèitp 




jEvef erence ïibrarp 



L'ORDRE DE MALTE. 



ANNALES 

(1048 — 1889). 



ORDRES RELIGIEUX DE CHEVALKRIE. 

ANNALES 

DE 

L'ORDRE DE MALTE 

ou DES 

HOSPITALIERS DE SAIHT-JEiN-DE-JÉRIISALEM 
CHEVALIERS DE EHODES ET DE MALTE 

DEPUIS SON ORIGIXE JUSQU'À NOS JOUES. 

DU 

GEAND-PRIEURÉ DE BOHÊME - AUTRICHE 

ET DU 

SERVICE DE SANTÉ VOLONTAIRE 

AVEC LES 

LISTES OFFICIELLES DES CHEVALIEES-PEOFÈS ET DE JUSTICE. 
DES CHEVALIEES D'HONNEITR, ETC. 

PAR 

FÉLIX DE SALLES. 




VIENNE 

IMPRIMERIE SI NORBERT. ÉDITEUR. 
1889. 

TOUS riRÛIT.S HKSERVKS. 



A SA MAJESTE CATHOLIQUE 

MAEIE-CHRISTINE 

REINE -RÉGENTE D'ESPAGNE, 



NEE PRINCESSE IMPERIALE ET AR,GHrDUCHESSE D'AUTRICHE, PRIN- 
CESSE ROYALE DE HONGRIE ET DE BOHÊME. 



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in 2010 with funding from 

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http://www.archive.org/details/annalesdelordredOOsall 



MADAME, 



EN rattachant la chaîne des temps, dans ces Annales 
de l'Ordre de Saint - Jean -de - Jérusalem, nous 
rencontrons parmi les bienfaiteurs de cette glorieuse 
phalange de *défensem-s de la Foi et de la Chrétienté, 
les prédécesseurs au trône de Votre Majesté Catholique 
et nous arrivons après une série de siècles, à la restau- 
ration en Espagne de cet Ordre religieux de chevalerie 
par le Décret de Sa Majesté Catholique, Alphonse XII, 
en date de Madrid, le 4 septembre 1885, décret coniirmé 
et exécuté par Votre Majesté. 

Nous ne pouvions donc mieux faire, en offrant humble- 
ment à Votre Majesté Catholique la dédicace de notre 
oeuvre, — dédicace qu' Elle a gracieusement daigné agréer 
en manuscrit — que de rappeler ici tout d'abord les actes 
de la munificence royale des souverains d'Espagne, soit 
envers l'Ordre tout entier, soit envers les Langues d'Aragon 
et de Castille-Portugal qui en formèrent la fraction espagnole; 
et d'énumérer les chevaliers de ces Langues qui se sont 
illustrés sous les plis de la bannière de S* -Jean. Plus 
d'un parmi eux a rempli les fonctions suprêmes, plus d'un 
était à Jérusalem, à Margat, à S*-Jean-d'Acre, à Damiette, 

à Ehodes, à Smyrne, à Malte, à Lépante, à Tunis, à Candie, 

1* 



ly L'ORDRE DE MALTE. 

et sur terre et sur mer tons ont fait vaillamment. Les 
Annales le démontrent. 

Il y eut dès le commencement du XIP siècle un 
liospital à Séville: ce fait est noté par les chroniques. 

Dès le 20 novembre 1156, Alphonse VII ou VIII, roi 
de Castille et de Léon, ensuite Empereur d'Espagne^ accorda 
par charte solennelle donnée à Palencia, en présence de 
ses grands-vassaux, Eaymond Bérenger IX, comte de Bar- 
celone, Sanche VI ou Vil dit le Sage, roi de Navarre, 
Ramire, roi de Murcie, à Frère Raymond, maître de 
l'Hôpital, l'immunité des biens possédés par son Ordre 
dans son empire. Cette charte porte la date de 1194; mais, 
comme l'ère d'Espagne précédait l'an de l'Incarnation de 
38 années, il faut lire 1156. 

»In nomine sanctae et individuae trinitatis, patris, et 
filii, et spiritus sancti, qui a fidelilbus in una cleitate colitur 
et adoratur, amen.« 

» Oum eJeaemosyna generaliter commendetur a veritate 
ipsa testante: ,facite eleaemosjmam, et omnia munda sunt 
vobis, ea enim peccatum deletur sicut ignis aqua extin- 
guitur,' habet certe praerogativa quadam perfecta, quae ex 
bonitate regia, sive imperatoria ad usus pauperum, et ipsi 
sancto HospitaliHierosolimitano erogatur; principum, regum, 
et maxime imperatorum est veros religiosos honorare, eorum 
petitiones exequi: loca etiam, quae actio pia instituit, decet 
possessionibus ampliare; sed quoniam idoneum est et rationi 
congruum ut ea quae a regibus, sive imperatoribus donantur, 
instrumentis publicis firmentur et roborentur, ne res ipsa 
ex vetustate temporum oblivioni tradatur, ea propter ego 
Alphonsus, pins, fehx, incKtus, triumphator, ac semper 
invictus, totius Hispaniae divina clementia famosissimus 
imperator, una cum uxore mea impératrice nobilissima 



DEDICACE. 



Domina Rica, ^) et cum filiis meis Sancio -j et Ferdinando ^) 
regibus simul, et cum filiabns meis, scilicet Constantia'^) 
inclita Francorum, et cum Sanctia-'') iiobili ISTavarrae regina, 
facio cartam et scriptum firmitatis in perpetuuni valiturum 
pro remedio animae meae et parentum meorum, ut non 
solum temporaliter ipsum in tranquillitate regere sed post 
istius temporis decursuni ad aeternam liaereditatem valeam 
pervenire, tibi E-eimundo, magistro de Hospitali, et pau- 
peribus ibidem degentibus, et omnibus successoribus tuis, 
ut beneficium istud et tam magnificum donum non solum 
personae, sed etiam ipso sancto Hospitali intelligatur esse 
collatum de omnibus possessionibus istius Hospitalis, sive 
sint laicales, sive ecclesiasticae, ut sint immunes in toto 
nostro imperio at omnibus angariis, et perangariis, et ab 
omni exactione, et munere, et praestatione, ut neque mihi 
neque villicis meis, neque majoribus sive minoribus, nec 
comitibus, nec potestatibus, nec infancionibus, neque archi- 
episcopis, nec episcopis, nec abbatibus de liis, quae ad 
fiscum vel jus regium expectare noscuntur, bomines vestri 
respondeant, sed tantum ipso Hospitali et priori, et sint 
ammodo omnes liaereditates ejus in charitate, et sub pro- 
tectione nostra tantum positae, vel illius, cui eas prior 
commendare voluerit. Et hoc factum meum firmum, et 
valiturum, si quis frangere tentaverit, sit in primis excum- 
municatus, et cum Datlian et Abiron, quos vivos terra 
absorbuit, condemnatus; insuper isto meo scripto in per- 
petuuni valituro sic feriatur, et a toto nostro imperio, et 



1) Eica ou Richilde de Pologne, qu'Alphonse épousa en 1152. 

2) Sanche III, roi de Castille et de Léon (1156—1158). 
■"') Ferdinand II, roi de Léon et de Galice (1156—1188). 
**) Femme de Louis VIL 

°) Sanche, reine de Navarre. 



VI L'OEDEE DE MALTE. 

omnia bona ejus iisco applicentur. Etiam praecipimus et 
mandaxQus quocl iiuUns majorinus, iieque merinus, vel 
officialis alter, ad prehendandum nec incarcerandiim pro 
aliquo delicto vel reatn, sit ausus intrare in terminos et 
loca dicti Hospitalis et religionis. Si quis lioc nostrum 
praeceptum fregerit, et intraverit ad executandum vel 
prehendendum in dictis locis et terminis dictae reli- 
gionis, si generosiis fuerit, perdat quantum habet: si villanns 
fuerit, tanquam traditor et latro suspend atnr, et restituât 
res ablatas in duplum, et solvat iisco quinque niillia aureos 
et aliud tam ipsi Hospitali in poena; et etiam civitas, vel 
villa, in qua recepta fuit res ablata. etiam quinque millia 
aureos solvat in poenam nostro fisco. Si quis vero ex nostro, 
vel ex alieno génère lioc nostrum factum frangere voluerit, 
solvat in poena quingentas libras auri Hospitali sancto, in 
honore sancti Joannis Hierosolimitani constituto, et hoc 
nostrum statutum tempore perpetuo stabile et ratumremaneat. « 

»Facta carta in Palencia, era millesima centesima et 
nonagesima quarta, et Kalendis duodecim decembris, impe- 
rante eodem inclito imperatore Toleto, Galiciae, Legionis, 
Castellae, Navarrae, Caesaragustae, Estrematurae, Yaenae 
et Almeriae.« 

»Vassali imperatoris: Cornes Barchinonensis; Sancius, 
rex Navarrae; Ramirus, rex Murciae.« 

»Sunt alii multi quorum nomina hic non habentur.« 

»Et ego, Hispaniae imper ator,una cumiîliis, hanc cartam, 
quam iieri jussi, propria manu mea roboro et confirmo.« 

»Et ego, magniiicus Petrus. domini imperatoris chancel- 
larius, qui hanc cartam dictavi.« 

Don Alphonse I^^, roi d'Aragon, mort en 1134 sans 
enfants, avait institué l'Ordre héritier ad honorcm de ses 
Etats: c'est un témoignage d'estime unique dans l'histoire, 



DEDICACE. VU 

de la part d'un prince célèbre connue homme de guerre et 
bon juge en matière de vaillance, qui prouve à quel baùt 
degré de renom l'Ordre était parvenu et quels services il 
rendait aussi sur le sol ibérique contre les Maures. 

La reine Dona Sancia, fille d'Alphonse, roi de Castille, 
épouse d'Alphonse II, roi d'Aragon, et mère de Pierre II, 
roi d'Aragon, est la fondatrice du monastère des Dames 
de S*-Jean-de-Jérusalem, à Sixena^j, confirmé d'abord en 
1193 et à nouveau en 1573^; par Bulles pontificales. Cette 
reine, devenue veuve, s'y retira et y prit l'habit avec la 
princesse sa fille et d'autres princesses du sang royal. Blanche 
fille de Jacques II, roi d'Aragon, en fut également prieure. 

D'après une Bulle d'Honorius III, (Cum sicut acci- 
pimus . . .) en date de S*-Jean-de-Latran, le 11 février 
1217^), les chevaliers de Toulouse avaient la garde de la 
tombe d'un des rois d'Aragon. En effet Honorius III permet 
au précepteur cismarin (praeceptori cismarinoj et aux frères 
de l'Hosirital de Jérusalem de transférer les corps du roi 
d'Aragon et d'autres membres de l'Hospital, de la maison 
de Toulouse à la maison de Sixena, pour y être inhumés. 

Vers 1230, le Grand-Maître envoj^a en Espagne une 
partie de ses chevaliers pom" y combattre contre les 
Maures, sous le commandement de Hugues de Forcalquier, 
et Don Jayme P^, roi d'Aragon, fit donation à l'Ordre 
de plusieurs domaines et l'établit ainsi d'une façon durable 
dans ses Etats. Les chroniques mettent le fait hors de doute. 

Selon le Bref de confirmation de Clément V, (Celsitu- 
dinis tuae mérita . . .) de 1306, rapporté par Pauli, Jacques, 
roi d'Aragon, de Sardaigne et de Corse, vendit à perpétuité 



^) Sijena, en Aragon. 

2) Pauli, Cad. d. di Malta, H, n'= 219, p. 238. 

^) Arch, de Malte, div. I, T. LXIII. — Vidimus du XVn'= siècle. 



vin L'ORDRE DE MALTE. 

an Châtelain d'Emposte Ripellis, lieutenant du magistère en 
Espagne, ses droits et juridiction à Onda, Gallur et Avignon^). 

Aux termes d'une Bulle de Jean XXII (Ad fructus 
uberes . . .) donnée à Avignon, en 1317-,) à l'exception du 
castel de Montesia et des biens des Templiers dans le 
royaume de Valence donnés à l'Ordre de Calatrava, sur 
la demande de Jacques II, roi d'Aragon et de Valence, 
tous les autres biens des Chevaliers du Temple dans le 
royaume d'Aragon sont attribués aux Hospitaliers de 
S*-Jean-de-Jérusalem. L'ordonnance royale est rapportée 
en entier dans la Bulle : la donation est faite sans réserves 
et à perpétuité. L'acte est daté de Barcelone, le XX des 
Calendes de mars, l'An du Seigneur MCCCXVI. Une autre 
Bulle de Jean XXII (Pia matris Ecclesiae cura . . .), 
donnée à Avignon le IV des Ides de juin MCCCXVII, 
confirme de nouveau cette attribution^). Une autre encore de 
1331 fLitteras Begias pridem . . .) prouve qu' Alphonse XI, roi 
de Castille la ratifia*).. Enfin le Roi de Sicile entra, d'après 
un Bref de 1335 (Diris afflictionibus . . .) dans l'alliance 
de la France, de l'Ordre et de Venise contre les Turcs^). 

Les chroniques rapportent aussi que le grand-maître, 
Er. Hélion de Villeneuve battit à Bio-Salado (Andalousie), 
le 30 octobre 1363, à la tête de 20.000 hommes, le roi 
maure Abou'l-IIaçan qui disposait de forces bien plus 
considérables. 

La marche des siècles nous amène à Fr. Baj^mond de 
Bérenger (1365 — 1374), d'une illustre famille de Catalogne, 



1) Pauli, Cod. cl. di Malta, II, n." 17, p. 16. 

2) Pauli, Cod. d. di M., II, n° 37, p. 51. — Smitmer, II, n^' 11, 
et 15, p, 229. 

3) Pauli, Cod. d. di M., II, u° 38, p. 56. 
*) Pauli, Cod. d. di M., II, n° 62, p. 80. 
5) Pauli, Cod. d. di 31., II, u" 65, p. 82. 



DEDICACE. IX 



qui comptait des têtes couronnées parmi ses ancêtres et 
sons le magistère duquel l'Ordre prit sur les pirates Alex- 
andrie, Tripoli, Tortose de Syrie, Laodicée, Bellenas, avec 
l'aide du Roi de Chypre et de la République de Gênes; 
il prépara la mise en état de résistance de Rhodes et 
remplit une haute mission de médiation en Chypre au 
nom du Saint-Siège; à Fr. Jean-Ferdinand de Heredia, un 
des plus illustres grands-maîtres (1376 — 1396), appartenant 
à une grande famille aragonaise, chef habile et valeureux, 
diplomate accrédité chargé des missions les plus hautes et 
les plus délicates, soldat vaillant aux champs de Crécy, 
dont les exploits à Patras tiennent de la légende et dont 
la générosité de caractère s'éleva jusqu'à une sublime 
abnégation, pour sauver Rhodes et son Ordre. Fr. Antoine 
Fluvian, ou de la Rivière (1421 — 1437), du prieuré de 
Catalogne, fut à la hauteur des circonstances difficiles que 
traversa son magistère; Fr. Pierre Raymond Zacosta, 
(1461 — 1467), Espagnol, créa en 1462 la huitième Langue, 
dite alors de Castille et Portugal, régularisa le service 
des responsions, avec l'approbation du Saint-Siège, et, en 
prévision d'un siège imminent, divisa l'enceinte de Rhodes 
en huit secteurs répondant au nombre des Langues. La 
Langue d'Aragon reçut la garde de la Tour-Sainte-Marie 
et des ouvrages de défense jusqu'à la Porte-de-Cosquino, 
et la Langue de Castille et Portugal, celle de la Porte- 
Sainte-Catherine et des ouvrages jusqu'à la Porte-du-Castel, 
Et quand, le 23 mai 1480, commença le siège de Rhodes 
par les Ottomans, les chevaliers espagnols étaient à leur 
poste et ils ne le cédèrent pas en valeur à leurs frères des 
autres Langues. Pendant le deuxième siège de cette place, 
du 23 juin au 10 décembre 1522, le bastion d'Espagne eut 
à supporter l'effort de l'artillerie ennemie. Après le glorieux 



X L'ORDRE DE MALTE. 

exode des Eliodiens, nous retrouvons les Rois d'Espagne, 
et, tout d'abord, Charles I^^, roi, ou Charles- Quint, empereur, 
confirmant les privilèges de l'Ordre, par Lettres patentes, 
en date de Victoria, le 28 janvier 1524, avec le concours 
de sa mère et de son fils; puis de nouveau, par Lettres 
patentes en date de près de Tordesillas, le 5 novembre 1524, 
accordant sauf-conduit à tous les vassaux de l'Ordre; par 
Patente en date de Majorque, le 3 mars 1525, donnant 
toutes sûretés à la Religion de Saint- Jean-de- Jérusalem; 
par Patente en date de Grenade, le 17 juin 1526, prenant 
l'Ordre sous sa protection spéciale après la perte de Rhodes 
et lui accordant sauf-conduit et liberté de commerce sur 
terre et sur mer, dans tous les lieux de sa domination; et, 
]3ar Patente en date de Madrid, le 12 septembre 1528, 
renouvelant ce sauf-conduit, sur la demande de Fr. François 
Salvagio, de la Langue d'Espagne^). 

Enfin, par la célèbre charte du 24 mars 1530, dont les 
Anglais conservent précieusement l'original, exposé dans 
la Galerie des armures du Palais-des-grands-maîtres à La 
Valette, à côté de la trompette qui sonna le départ de 
Rhodes, Charles-Quint donna Malte, Comino et Gozzo à 
l'Ordre, en même temps qu'il lui imposait la garde et la 
défense de Tripoli de Barbarie. Charles-Quint sauvait l'Ordre, 
en lui rendant une possession territoriale qui, pa,r sa situation 
avancée dans la Méditerranée, allait être à la fois un nouveau 
rempart contre les Lifidèles et un nouveau poste de combat 
contre les pirates barbaresques^). 



1) Arch. de Malte. Série I, T. XVII, n" 2—7; Série IV, T. XL 
et LIX. Le premier de ces derniers volumes contient à lui seul 
24 lettres de Charles-Quint au G-rand-Maître (1522—1530). 

^) V. Appendice: Traduction. — Pauli, Cod. d. di Malta, II 
n" 175, p. 191, Texte latin, et ibidem, n" 181, p. 197, Confirmation 
par le Saint-Siège. 



DEDICACE. XI 

A Philippe Villiers de l'Isle Adam devait succéder un 
gentilhomme espagnol, Fr. Pierre del Ponte (1534 — 1535); 
puis le Bailli de Caspe, Fr. Jean d'Homèdes (1536 — 1553). 

En 1559, le grand-maître, Fr. Jean de La Valette, 
env03"ait à Don Jean de la Cerda, duc de Medina-Celi, 
vice-roi de Sicile, une parcelle de la Vraie-Croix que les 
Chevaliers avaient rapportée de la Terre-Sainte, *et l'épée 
avec laquelle Saint Louis, roi de France, avait combattu en 
Orient et que Louis XII avait donnée à Fr. Emeric d'Amboise, 
afin de l'animer par ces précieux dons à la guerre contre les 
Maures d'Afrique décidée par PhilipjDe II, roi d'Espagne^). 

Nous retrouvons les Langues d'Aragon et de Castille- 
Portugal à la défense de Malte (1565); nous voj^ons les 
troupes d'infanterie espagnole au fort Saint-Elme, avec 
leurs commandants, les chevaliers Egueras, Monserrat, 
Zacosta, Velasquez, Silva, Gusman, Acugna, Espinosa, 
Escudero, Miranda, Medran, des vaillants entre tant de 
vaillants des autres Langues, n'abandonnant que morts le 
fort à l'ennemi^); par lettre au Ministre de la Religion en 
Sicile, datée du Bourg, le 23 juin 1565, le Grand-Maître 
notifie la perte de ce fort de Saint-Elme, »après de longs 
et furieux assauts, soutenus avec une ardeur qui ne se peut 
dire«^); nous voyons enfin Don Garcia de Tolède, vice-roi 
de Sicile, venant dégager la place épuisée par une héroïque 
défense, sur l'ordre de Philippe II, roi des JEspagnes, dont 
Pie V avait invoqué l'assistance par un Bref du 18 décembre 
1564 (Satis exploratum est . . .), dans lequel il nomme 
Malte »le mur avancé de l'Italie* ^). 



1) PauH, Cod. d di WLalta, II, n" 191, p. 210. 

^) V. plus loin la liste des morts. 

3) Pauli, Cod. d. dl Malta, II, n" 198, p. 218. 

*) Pauli, i. cit. n" 211, p. 233. — Smitmev. II, n" 254, p. 207. 



Xn L'OEDKE DE MALTE. 

De 1596 à 1601, c'est Fr. Martin Garzes, gentilliomme 
d'Aragon, qui occupe le magistère. Philippe IV assure 
l'Ordre de sa protection, par lettre datée de Madrid, le 
3 août 1623^), commençant par ces mots: »Muy Reverendo 
j de gran Religion Maestre del Combento de San Juan de 
Hierusalem, mi muy caro : mi mu}- amado amigo . . .« 
adressée à Fr. Ludovic de Vasconcellos, grand-maître, de 
la Langue de Castille et Portugal (1622 — 1623); puis, par 
rescrit du 25 mars 1625 -), ce même souverain confirme aux 
clievaliers la possession du grand-prieuré de Castille et 
Léon; en 1640, il ordonne au duc de Médina de las 
Torres. son vice-roi de Naples, de protéger Malte, si la 
flotte turque venait Tattaquer^); en 1645, par lettre datée 
de Saragosse, le 9 aATil. il promet à son amado amigo, le 
Grand-Maître, tout secours et assistance dans le même cas"^). 

De 1657 à 1660, c'est Fr. Martin de Redin, vice-roi 
de Sicile, qui gouverne l'Ordre: ensuite \ùent Fr. Raphaël 
Cotoner (1660 — 1665)-, de la Langue d'Aragon, patricien de 
Majorque, qui se signale par son zèle pour la défense 
de Malte et de l'Ordre. Après lui règne son frère Nicolas 
(1665—1680); son magistère est un des plus remarquables : 
c'est en 1670 que finit le siège de Candie, où l'Ordre avait 
envoyé un secours de 400 hommes. La Cotonera de Malte 
perpétue ce nom illustre. Fr. Grégoire Caraffa (1680 — 1690) 
était aussi d'Aragon, mais il appartenait à la Langue 
d'Italie: Fr. Raymond Perellos y Roccafulli ^1697—1720) 
était de la Langue d'Aragon; Fr. Manoël de Yilhena 
(1722 — 1736), Fr. Emmanuel Pinto (1741 — 1773) étaient 



1) PauH, L. cit. 11° 266, p. 282. 

2) Pauli, L. cit. n" 280, p. 293. 

3) Pauli, L. cit. n" 323, p. 337. 
4j Pauli, L. cit. n" 343, p. 353. 



DEDICACE. XTTT 

Espagnols; c'est sons le dernier de ces grands-maîtres 
qne le bailli, Fr. Don Pasqnale Gaétan d'Aragon, ambassa- 
deur de la Religion, donna à Naples (1759) des fêtes magni- 
fiques à l'occasion de la nouvelle réunion du royaume des 
Deux-Siciles à la Couronne d'Espagne et de l'intronisation 
de Charles III d'Espagne sous le nom de Charles IV ^). 
Fr. François Ximénès de Texada (1773 — 1775) était d'une 
ancienne famille aragonaise ^). 

La dernière expédition maritime de l'Ordre eut lieu 
en 1784 contre Alger, avec les flottes combinées d'Espagne, 
de Naples et de Portugal, 

En 1798, la reddition de Malte au général Bonaparte, 
événement politique sur lequel nous croyons avoir fait la 
lumière d'après les documents inédits qui ont passé sous 
nos yeux, eut lieu sous la médiation de l'Espagne, dont 
l'Envoyé à Malte intervint en qualité officielle de chargé 
d'affaires de Sa Majesté Catholique, à la Convention de 
reddition. En 1802, l'Espagne était avec la France pour 
l'exécution de l'Art. X du Traité d'Amiens, relatif à la 
restitution de Malte aux Chevaliers par les Anglais. 

En 1803 , les biens des deux Langues d'Espagne 
(Aragon et Castille) firent, il est vrai, accession à la Cou- 
ronne; mais en 1885, il a été enfin rendu à l'Ordre en 
Espagne une certaine autonomie, la seule compatible avec 
les lois actuelles de ce royaume constitutionnel, et une 
Association semblable aux Associations silésienne, rhéno- 
westphalienne et britannique est la formule de son existence 
propre. Cette restauration est d'autant plus en harmonie 



1) Smitmer, II, n" 251, p. 207. 

2) La liste des Chevaliers, chapelains et servants d'armes a été 
publiée à Malte par Fr. Jean Mallia (1772), et l'état personnel de 1789, 
par S' Allais,. à Paris (1839). 



XIV L'OEDEE DE MALTE. 

avec ces lois, que jamais, à aucune époque de leur histoire, 
les frères de l'Hospital de S*-Jean-de-Jérusalem n'ont renoncé 
à leur nationalité individuelle, en entrant dans les liens de 
l'Ordre religieux de chevalerie, uniquement institué pour 
la lutte contre les Infidèles, et quils ne perdirent Malte 
que pour avoir, sous Hompesch et Eolian, pris parti avec 
la Russie soudoyée par l'Angleterre et alliée même un instant 
avec les Turcs, dans la lutte entre les Etats de la chrétienté. 

S'il nous est permis enfin de rappeler un souvenir 
qui rattache plus particulièrement le paj^s d'origine de 
l'auteur de ces lignes à l'Espagne: Charles de Lorraine, 
fils du duc Charles Y de Lorraine, le sauveur de Vienne 
(1683) et le libérateur de Pesth (1686), fut grand-prieur de 
Castille: ses armes pleines dans les monnaies qu'il fit 
frapper comme Electeur de Trêves, prince-évêque d'Olmutz. 
sont appuyées sur la Croix de Malte, et du reste dans 
tous les actes il prend cette qualité de grand-prieur. 

Les Annales redisent d'une façon rapide l'histoire de 
l'Ordre, depuis son origine jusqu'à nos jours, en signalant 
les grandes étapes qu'il a parcourues dans ce cours des 
âges; elles réservent aussi une page d'honneur aux actes 
des Souverains, conformes au droit et à la justice. Après 
avoir placé en tête de ces lignes la Patente d'institution 
de l'Ordre sur le sol ibérique par l'empereur Alphonse, 
du 20 novembre 1156; après avoir reproduit ou enregistré 
les Lettres patentes d'autres souverains d'Espagne et de 
Charles-Quint (1524 — 1530), nous transcrirons donc ici le 
Décret rendu par Alphonse XII, l'époux que Vous pleurez, 
dont le pays est devenu votre pays, et le peuple votre 
peuple, dont le fils au berceau apprendra de son auguste 
mère à régner, lui aussi, par l'équité et la clémence. 



DEDICACE. XV 

»Tomaiido en consideracion las razones expiiestas por 
Mi Ministre de Estado y de acuerdo con el Consejo de 
Ministros; Vengo en decretar lo signiente : « 

»ATticnlo 1°. Las concesiones de Habites de la inclita 
y veneranda Orden de San Jnan de Jérusalem en la 
parte relativa à las lenguas de Castilla y Aragon que en 
adelante se liagan por el G-ran Maestre de la Orden nom- 
brado por Su Santidad, con arregio â las condiciones 
exigidas por las definiciones de la misma y en vista del 
informe de la Àsamblea espanola, serân reconocidas en 
Espafia y los agraciados autorizados â usar las insignias 
de la Orden. « 

»Articuio 2°. Las Asambleas de las Lenguas de Castilla 
y Aragon existentes en la actualidad se refundirân en una 
sola y Mi Gobierno de acuerdo con el Gran Maestre de 
la Orden determinarâ sus futuras atribuciones.« 

»Articulo 3°. Los actuales Caballeros espanoles de la 
Orden conservarân en la nueva organizacion la misma 
insignia y uniforme que actualmento usan, asi como los 
privilegios que les corresponden y que les reconoce el 
Gran Maestre de la Orden en nombre de Su Santidad. « 

» Articule 4°. Nigun sùbdito espanol podrâ usar en 
Espafia las insignias de la Orden de San Juan sin baber 
obtenido precisamente la autorizacion necesaria que se 
solicitarâ por conducto del Ministerio de Estado. « 

»Articulo 5". Los Archives de las Lenguas de Aragon 
y de Castilla se incor^Dorarân al del citado Ministerio. « 

«Articule 6°, Quedan derogados les Reaies décrètes 
de veinte de Enero de mil echocientos dos, veintiseis de 
Julio de mil echocientos cuarenta y siete y veintiocho de 
Octubre de mil echocientos cincuenta y une en tedo la 
que ne estén conformes con el actual. — Dado en el 



XVI L'ORDRE DE MALTE. 

Palacio de San Ildefonso à cuatro de Setiembre de mil 
ochocientos ochenta y ciiico.« 

»(Firmado:) Alfonso. 
»(Refrendado:) El Ministro de Estado J. Eduayen.« 



Je suis dans les sentiments du plus profond respect, 
MADAME, 

DE VOTRE MAJESTÉ CATHOLIQUE 



Le très-humble et très-obéissant serviteur 



CHEVALIER FELIX DE SALLES. 



Vienne, le 30 décembre 1888. 



INTRODUCTION. 

Saint Jean! Saint Jean! 
(Ori de ralliement des Chevaliers.) 

T E XI*' siècle de notre ère fut témoin d'un grand mouve- 
I J ment de religieux enthousiasme, qui remit en un 
haut honneur, les pèlerinages aux Lieux Saints. Mais les 
pèlerins d'Occident étaient souvent maltraités et mis à 
rançon ; ce n'était qu'à pïix d'argent qu'ils pouvaient 
obtenir d'entrer à Jérusalem, tombée au pouvoir des 
Sultans musulmans d'Egypte. Quelques négociants d'Amalfi 
(Sicile), voulant remédier au sort des pèlerins, fondèrent, 
en 1048, avec l'autorisation du sultan Mostac Billah, 
qu'ils avaient obtenue par de riches présents, un Ho- 
spital en face du Saint -Sépulcre, avec une église sous 
l'invocation de Sancta-Maria-Latina. Les moines du couvent 
de Saint -Benoît qui en était proche, célébrèrent dans 
l'église le service divin, sous le rite latin, et se char- 
gèrent à Vhospital du soin des malades, ainsi que de 
l'assistance des pèlerins sans ressources. Des dames de 
qualité fondèrent vers le même temps pour les pèlerines 
un asile, près de la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine ; 
une noble Romaine en prit la direction. Mais le premier 
établissement de Sainte-Marie-Latine fut bientôt insuffisant 
pour toutes les infortunes à secourir. L'abbé des bénédictins 
fit alors construire un nouvel_h.D,spital, avec une église sous 
l'invocation de Saint-Jean-Baptiste. Cet hospital n'eut 
d'abord d'autres ressources cpe les dons volontaires des 
riches pèlerins qui arrivaient de temps à autre d'Europe: 
il n'eut donc qu'une existence très-précaire, tant que les 

SALLES, L'ORDRE DE MALTE. . 



2 L^ ORDRE DE MAX,TE. 

Sarrasins, les Tnrcomans et les Egj^ptiens se partagèrent 
la domination snr la Terre-Sainte. 

Le directeur de ce premier liospital se nommait Grérard. 

Après la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon 
(17 juillet 1099;, un grand nombre de ciievaliers croisés, 
animés par le noble exemple de Gérard, s'unirent à ce 
pieux Provençal, incarcéré pendant le siège, mais revenu 
aussitôt après sa délivrance à son iiospital, pour y recueillir 
et y soigner les blessés et les malades sans distinction de 
croyance et l'aidèrent dans son oeuvre de dévouement. 
Godefroy de Bouillon et plusieurs princes de sa cour 
encouragèrent cette fondation par des dons qui en assm'è- 
rent l'existence. 

Le préposé (procurator) de Saint- Jean- de -Jérusalem 
se sépara alors des moines de Sainte-Marie-Latine et fonda 
une association à part. Gérard «t ses compagnons adoptèrent 
une règle qui imposait aux membres de l'association, en 
outre des voeux ordinaires, l'obligation de se consacrer au 
soin des pèlerins : ils jurèrent entre les mains du Patriarche 
obéissance à cette règle, prirent pour vêtement distinctif 
de leur Ordre un manteau noir, auquel ils attacbèrent 
une croix latine blanclie à tuit pointes. Agnès, 
procuratrice de Vliospital des femmes, adopta la même règle 
et prit le même babit d'ordre, et Godefroy donna à la 
nouvelle association sa seigneurie de Montboise, dans l'ancien 
duché de Brabant, L'hospital de Jérusalem eut en quelques 
années d'importantes possessions en Asie et en Europe, 
qu'il fit administrer par des fonctionnaires spéciaux (pnie- 
ceptoresj. Le Saint-Siège sanctionna, le 15 février 1113, 
l'existence de l'Ordre ; le pape Pascal H nomma Gérard 
procurateur de Saint-Je an- de- Jérusalem. Fondateur en chef 
des Hospitaliers, et accorda à la congrégation et à l'hôpital 
des immunités et des privilèges, entre autres le droit d'élire 
le Maître de l'Ordre. 

L'établissement se nomma VHospital de Saint-Jean- 
JBaptiste, et les chevahers eux-mêmes, les Gkevaliers de 
VHospital ou de Saint-Jean-de-Jérusalem. 



INTRODUCTION. 3 

Après la mort de Gérard, les clieA^aliers exercèrent leur 
droit d'élection. Le deuxième successeur de Gérard, Raymond 
dti Puy, gentilliomme dauphinois, ayant reconnu que les 
Hospitaliers étaient toujours animés de l'esprit guerrier et 
de l'amour de la gloire, et qu'en ces temps de Croisades 
on pouvait rendre plus utile encore l'action de l'Ordre, en 
modifiant quelques unes des règles primitives de sa fon- 
dation, donna, en cliapitre général, à l'Ordre une constitu- 
tion plus sévère. Tout membre devait être noble, libre et 
célibataire, être né en mariage légitime de parents chrétiens 
et ajouter aux voeux d'obéissance, de chasteté et de pauvreté, 
celui de prendre les armes pour la défense de la religion. 
L'Ordre fut divisé en trois classes : celle des chevaliers, celle des 
prêtres ou aumôniers et celle des frères servants. 

Les chevalierSj qui avaient à faire leurspreuves de noblesse 
avant d'être reçus, ceignaient l'épéesous le manteau monacal: 
ils avaient à escorter les pèlerins et à combattre les Infi- 
dèles. Chaque fois que la lutte s'interrompait, ils devaient 
retom^ner à l'accomplissement de leurs devoirs dliospitaliers, 
dont ils ne furent jamais relevés. Tel fut le principe d'un 
Ordre qui se rendit célèbre pendant des siècles, qui opéra 
des prodiges de valeur, remplit le monde chrétien d'éton- 
nement et fut la terreur des ennemis de notre religion ^). 
Aujourd'hui les chevaliers renouvellent chaque année les 
voeux simples, et tant qu'ils ne les ont pas renouvelés dix 



^) »Les soldats de Jésus-Christ sont uniquement destinés à 
combattre pour sa gloire, pour maintenir son culte et la religion 
catholique, aimer, révérer et conserver la justice, favoriser, soutenir 
et défendre ceux qui sont dans l'oppression, sans négliger les devoirs 
de la sainte hospitalité.* Fr. Baymond du Puy. 

»Que les frères exercent l'hospitalité !« Fr. Pierre d' Aubusson. 

«L'hospitalité tient le premier rang, entre toutes les oeuvres de 
piété et d'humanité. Elle doit être respectée, surtout par ceux qui 
se distinguent par le nom de Chevaliers HospitaKers.« Statuts de 1584, 
proclamés par Fr. de Loubenx Verdale. 

»Tous nos frères sont particuhèrement obligés d'exercer l'hcfsjji- 
talité et de servir eux-mêmes Messieurs les malades. « Statuts de 1631, 
proclamés par Fr. Antoine de Paule. De V Hosxyitalité, art. 23. 

1* 



4 L'ORDRE DE MALTE. 

fois, ils peuvent, moy aimant dispense, quitter l'Ordre: mais 
au cas contraire, ils prononcent les voeux solennels qu'ils 
ne peuvent plus rétracter. Avant la prononciation de ces 
derniers voeux, le novice doit faire quatre semaines de 
retraite au Couvent, afin de se préparer par la prière et 
la méditation à cet acte solennel. Lorsque les voeux simples 
sont prononcés, le novice reçoit le titre de Chevalier de 
justice (Eques de Justitia); après les voeux solennels, celui' 
de Chevalier profès et de Frère'^). 

Jjes prêtres ou aumôniers nomYCiés , chapelains (Capellani 
conventuales, Capellani obedientiae), vivaient d'après la 
règle de Saint Augustin et pouvaient obtenir la dispense 
de résider au Couvent. 

Les frères servants d'armes et de métiers avaient à 
s'occuper du soin des malades et du service des chevaliers 
(confrères, donnés, donatsV 

Le pape Innocent II sanctionna, en 1130, la règle 
nouvelle: il prit l'Ordre sous sa protection spéciale et lui 
accorda de nouveaux privilèges. Les maisons cT Hospitalières 
ou Chevalières de Saint-Jean se multiplièrent aussi. Celles-ci 
se divisaient aussi en trois classes : celle des Dames de cloître 
nobles (Sorores justitiae), celle des Soeurs spirituelles (Sorores 
officii), et celle des Soeurs converses (Sorores coiiversae). Les 
chevalières (2 premières classes) portaient autrefois un 
vêtement rouge et un voile noir, et passaient sur leur 
vêtement, dans les circonstances solennelles, un manteau 
noir, orné de la croix blanche à huit pointes. Après la 
destruction de leur maison chef-d'Ordre, à Jérusalem, en 
1187, elles se retirèrent à . Cuença, où la reine. Anne 
d'Aragon leur fit bâtir un magnifique monastère qui étendit 
ses ramifications en Espagne et en France. La supérieure 
de Beaulieu était grande-prieure perpétuelle^). Il n'existe 



^) V. Appendice, Cérémonial encore usité pour les voeux solennels 
et V Accolade. 

-) Beaulieu était depuis 1259 ou seulement 1298, maison 
chef-d'ordre sous la juridiction immédiate du Grand-Prieur de Saint- 
Gilles (pour la France); Martet en Quercy fut à l'ordre de 1334 à 1587 



INTRODUCTION. 



plus qu'une de ces maisons: elle est à Malte, sous l'invo- 
cation de Sainte Ursule. Les Dames de dévotion rappellent 
ce pieux Ordre des Hospitalières i). 

A partir du moment où il fat constitué, V Ordre religieux 
et militaire de Saint-Jean prit part à toutes les guerres qui 
eurent lieu en Palestine, où il ne cessa d'être le valeureux 
appui des Rois de Jérusalem. Son liistoire se confond avec 
celle des croisades: il n'est pas un fait important auquel 
les chevaliers n'aient pris part, pas une page de cette 
grande épopée qui ne témoigne de leur courage et de leurs 
vertus. Lorsque Jérusalem fut reprise par les Lifidèles, ils 
se retirèrent d'abord à Tyr, puis pour quelque temps dans 
la forteresse de Margat, et enfin, avec les restes de l'armée 
croisée, à Saint-Jean-d'Acre, dernier rempart de la domi- 
nation chrétienne en Palestine. Ils y demeurèrent jusqu'en 
1291; mais après la prise de cette ville par les Musulmans, 
malgré la plus héroïque défense, le grand-maître ^) Jean 



et depuis le 12 février 1654; Toulouse fut fondée en 1612 et confirmée 
en 1625, le grand-maître en fut le supérieur immédiat, tandis que 
les autres m.aisons ne relevaient que médiatement du chef suprême 
de l'ordre. Nous avons relevé sur les registres capitulaires, aux 
archives de Marseille, la chronologie des grandes-prieures de Beaulieu: 
I. AigHne (1298—1300) ; n. Agnès d'Aurillac (1300—1347) ; Aigline II 
de Thémines (1347), confirmée en 1349, démissionnaire en 1369; 
IV. Sibille de Gourdon (1369): V. Isabelle de Beduer (1369—1386); 
VI. Marianne Aymériqua (1386—1422); VII, Bertrande de la Garde 
(1422); Vni. Anne de Castelnau (en 1528); IX. Jacquette de Genouillac 
(1558—1679) ; X. Antoinette de Beaumont (1597—1613) ; XL GaHotte 
de Gourdon-GenouiUac (1613-1618); XII. Antoinette de Vassal du 
Couderc (1618-1634); XIII. Galiotte de Goardon de Genouillac- Vailhac 
(1634—1661) ; XIV. Gahotte de Gourdon-Vailhac, qualifiée première 
abbesse (1661—1686); XV. Galiotte de Gourdon-Vailhac, d'abord 
coadjutrice en 1686 (1686-1716) ; XVI. Catherine de Lafon de Saint- 
Projet (1716—1749); XVII. Françoise de Baroncely de Javon 
(1749—1788); XVIII. Françoise d'Estresse de Lanzac (1789). 

»j Le pape Alexandre IV avait ordonné, en 1259, que les 
chevaliers porteraient chez eux un manteau noir à capuchon, avec la 
croix sur la poitrine, et en campagne, une cotte d'armes rouge. 

-) Le troisième qui porta ce titre. Le prenaier est Fr. Hugues 
de Revel (1260— 1278j. 



6 L'ORDRE DE MADTE. 

de Villiers, couvert de blessures, gagna l'île de Chypre 
avec ce qui lui restait de chevaliers. L'Ordre s'établit à 
Limisso, que Henri II de Lusignan. roi de Chypre et de 
Jérusalem, lui avait permis de fortifier afin de se mettre 
à couvert des attaques des Infidèles. Il semblait cependant 
que l'Ordre eût terminé sa mission et quil ne dût pas 
survivre à la perte de la Terre-Sainte. Pour le sauver, 
Villiers en fit un Ordre maritime. La Méditerranée était, 
devenue le chamjD de bataille, où la chrétienté et l'islamisme 
se heurtèrent pendant des siècles. Les Hospitahers le com- 
prirent: ils jetèrent les yeux sur Rhodes, et. le 25 août 1310, 
Foulques de Yillaret, 25^ Grand-Maître, prit possession de 
cette île. En moins de quatre ans le pays entier lui fut 
soumis, et, «comme monument éternel d'une conquête si 
utile à la chrétienté et si glorieuse pour l'Ordre de Saint- 
Jean, toutes les nations de concert donnèrent aux Hospi- 
taliers le nom de Chevaliers de Bhocles«. Pour rappeler leur 
origine, ils portèrent cependant sans cesse le titre ancien 
de Cltevaliers hospitaliers de Sainf-Jean-de-Jérusadem. ainsi 
que notis le verrons par les documents, monnaies et médailles. 
Le pape Clément Y confirma par Bulle l'Ordre dans tous 
ses droits de souveraineté snr le territoire conquis, clans la 
possession du titre de Chevaliers de Rhodes, et lui délégua 
la nomination de l'Archevêque de Rhodes, dans les cas de 
vacance du siège. 

De ce jour l'Ordre devint souverain et il battit mon- 
naie: pour lui commença une seconde et brillante période, 
C|ui dura jusqu'à la prise de Rhodes par le sultan Soliman- 
le-Magnifique, en 1522. 

Placés en sentinelles avancées du côté de l'Orient, les 
chevaliers opposèrent, pendant plus de deux siècles, une 
baiTÎère infranchissable aux flottes musulmanes. Cette 
résistance opiniâtre d'une poignée de moines guerriers 
exaspérait contre eux les Sultans turcs. Ils avaient médité 
tous, les uns après les autres, la conquête de ce coin de 
terre. Mahomet II avait en vain essayé de s'en emparer, 
en 1480, et Soliman se jeta sur l'île des chevaliers avec 



INTRODUCTIOX. 7 

tout l'effort de ses forces. La trahison d'un félon aida 
Soliman dans son entreprise. Les sièges de Rliodes sont 
deux des plus mémorables de l'iiistoire: quelques héroïques 
soldats de la Foi firent des prodiges de valeur et tinrent 
en respect des armées et des flottes immenses. Enfin, le 
20 décembre 1522, après six mois de résistance, quand il 
n'y eut plus là où s'élevait auparavant Rhodes, que des 
tours ruinées et des remparts ouverts, Villiers de l'Isle 
Adam, le 24® Grand-Maître, accepta une capitulation hono- 
rable, sur l'avis du Conseil qui déclara la place hors d'état 
de tenir plus longtemps. L'Isle Adam sortit donc de la 
ville »avec tous ses chevaliers, emportant les reliques des 
Saints ("entre autres un fragment de la vraie Croix rapporté 
de la Terre-Sainte, un bras de Saint Jean et une image 
miraculeuse de la Sainte- Vierge, pour laquelle on avait 
élevé à Rhodes une chapelle particulière), les vases sacrés, 
les ornements, les meubles, les titres et tout le canon 
dont ils avaient coutume de se servir pour armer leurs 
galères. « 

L'existence de l'Ordre se trouvait remise en question: 
sa gloire subit une sorte d'éclipsé. Les Chevaliers errèrent 
quelque temps sur la mer, s'arrêtant en Italie, à Messine, 
aux environs de Cumes, à Viterbe. Mais l'empereur Charles- 
Quint leur concéda, en 1530, l'île de Malte, et les Chevaliers 
continuèrent à former, à ce poste avancé, l'avant-garde de la 
chrétienté, du côté de la Turquie et des Etats Barbaresques : 
ils y poursuivirent, sans trêve ni merci, les corsaires qui 
infestaient les côtes de la Méditerranée et opprimaient le 
trafic maritime entre l'Occident et l'Orient. 

De même qu'on les avait nommés Chevaliers de Rhodes, 
on leur donna dès lors le titre de Chevaliers de Malte, 
d'après le nom de leur possession. C'est sous cette nouvelle 
dénomination qu'ils se couvrirent de gloire par leur belle 
défense de Malte (156ôj et à la bataille de Lépante (1571). 
Ils ne cessèrent durant cette troisième période de leur 
existence, de remplir avec honneur et succès la double 
mission militante et hospitalière qui leur était échue. 



8 L'OEDEE DE HALTE. 

Malte fut occupée par les Français (1798 — 1800), puis 
par les Anglais qui la gardent, en vertu du même droit 
sans base comme sans doute aussi sans longue durée, qui 
leur fait occuper Gibraltar. Ch;\-pre, Alexandrie et d'autres 
étapes de la route des Indes. 

Dépossédé de sa souveraineté, affaibli par la dispersion 
de ses membres, appauvri par la perte de la majeure partie 
de ses biens, l'Ordre se retrouvait encore une fois errant 
à travers TEurope. C'est ici que s'ouvre la quatrième période 
de son histoire: celle de sa résurrection comme Ordre 
liospitalier et souverain, après bien des années d'incertitude 
sur son avenir. 

L'élection du czar Paul P'^ à la grande-maîtrise Cma- 
gistère) de l'Ordre de Saint- Jean -de -Jérusalem par les 
cbevaliers russes et polonais du grand-prieuré de Pologne, 
était un acte anti- statut aire qui ne s'accomplit pas sans 
de nombreuses protestations. L'empereur Paul I''^ accepta 
solennellement cette élection, qui fut ratifiée par la majo- 
rité des cbevaliers. Il fît les plus vastes projets pour la 
restauration de l'Ordre, mais son assassinat, en 1801, mit 
un terme à ces rêveries. Les chevaliers se retirèrent à 
Messine, et. l'année suivante, le pape Pie VII, auquel les 
grands-prieurs avaient déféré la nomination du grand- 
maître, désigna, le 16 septembre 1802, Jean de Tommasi, 
de Crotone, qui transféra le siège de l'Ordre à Catane, en 
Sicile. A sa mort, la Cour de Rome investit le conseil de 
rOrdre du droit d'élire tm Lieutenant du Magistère, dont 
le choix serait approtivé par le Saint-Siège, et l'Ordre 
continua à être administré par des Lieutenants du Magistère, 
à Catane, puis à Ferrare. puis à Eome, où il fut transféré, 
en 1845. sous la lieutenance de Charles Candida. Il n'avait 
cessé de saisir toutes les occasions de revendiquer sa pos- 
session de Malte. 

Nous arrivons ainsi à la lieutenance du magistère du comte 
Jean-Baptiste Ceschi de Santa Cruce (de Trente) en 1872. 

C'est en partie aux grands-prieiu^s de Bohême- Autriche, 
dont le siège n'a du reste cessé d'être occupé, depuis 1183 



INTRODUCTION. 



jusqu'à nos jours '); c'est grâce à la persévérance des trois 
derniers dignitaires de Prague -Strakonitz, que l'Ordre est 
demeuré intact dans les Etats de Sa Majesté Impériale et 
E-ovale Apostolique, l'illustre héritier des Rois de Jérusa- 
lem, où il s'est voué de nouveau, sur les champs de bataille, 
à son antique mission (V Ordre Iwspitaller^ comme on en a 
été témoin, en 1866, en 1869, en 1878, en 1885, lors de la 
guerre de Prusse, de la révolte en Dalmatie, de l'occupa- 
tion de la Bosnie - Herzégovine et de la guerre Serbo- 
Bulgare; c'est grâce à la munificence et à l'auguste initia- 
tive de François-Joseph, que l'Ordre est ressuscité aux 
lieux mêmes où fut son berceau, pour j exercer sa pieuse 
mission de charité envers les pèlerins pauvres ou malades. 
Léon Xni a restauré l'Ordre souverain'^) de Saint-Jean- 
de-Jérusaïem, par un Bref daté du 28 mars 1879, qui con- 
firme les prérogatives, et statuts de cet ordre. Il a en 
même temps élevé, le 28 mars 1879 ^), à la dignité de 



^) Il existe un ordre de cabinet impérial du 20 mars 1813 pro- 
nonçant la suppression progressive de l'ordre en Autriche au fur 
et à mesure des extinctions; mais l'exécution de ce Décret a été 
jusqu'à présent suspendue, sans que le Décret ait été jamais rapporté. 
(Les biens devaient faire accession à l'Ordre militaire de Marie- 
Thérèse. Il y a un décret identique et également demeuré in susjjenso, 
relativement à l'Ordre Teutonique.) — Arch. du Min. de l'I. (Vienne). 

^) Il ne faut pas prendre dans son sens absolu cette souveraineté, 
car l'ordre n'enlève pas à ses membres leur nationalité propre pour 
leur en conférer une d'un caractère spécial, et il ne les délie ni ne 
les exempte des obligations résultant pour chacun d'eux de cette 
nationalité. Ses possessions territoriales sont soumises aux impôts 
et aux lois générales qui régissent la propriété dans les états où 
elles sont situées. La seule marque de cette souveraineté, c'est le 
droit d'ambassade et encore ses ambassadeurs sont-ils sujets d'une 
puissance, celle de qui relève leur langue. C'est pour toutes ces 
raisons que nous avons laissé de côté, le mot souverain dans le titre 
même de cet ouvrage. Si nous l'avons mentionné ici, c'est pour con- 
stater que l'ordre a droit à cette qualification et non pour indiquer 
une souveraineté effective qu'il ne possède plus, depuis le jour où il 
a perdu la possession de Malte et le gouvernement réel qu'il y exerçait. 

^) V. Appendice. 



10 L'OEDEE DE HALTE. 

grand-maître, Frère Jean-Baptiste Cesclii de Santa Cruce, 
en lui conférant en outre le titre et le rang cardinalesques, 
tandis que François-Josepli ajoutait de son côté une haute 
sanction à cette restauration de la dignité suprême, . en 
attribuant au nouveau grand-maître, par Décret du 27 dé- 
cembre 1880, pour lui et ses successeurs, les honneurs dus 
aux cardinaux, ainsi que le rang de prince autrichien dans 
les Etats de sa couronne; puis, par Décret du 2 avril 1881, 
donnait au grand-prieur de Bohême- Au triche, pour lui et 
ses successeurs, le rang de prince autrichien, en reconnais- 
sance des services rendus à l'Etat, à l'Eghse. à l'Ordre et à 
Thumanité souffrante, et enfin, pour mettre le comble à 
son auguste bienveillance, daignait accepter les insignes 
de grand' croix de l'Ordre, dont S. M. Tlmpératrice Elisa- 
beth est Dame grand' croix, depuis le 14 mai 1873, et dont 
S. A. P^ et E.1® le Prince- Archiduc Rodolphe est grand' 
croix de dévotion, depuis le 3 juin 1871 ^). 



Ce sont les Annales de cet Ordre que nous allons 
retracer, d'après les travaux des historiens et des chroni- 
queurs, que nous avons étudiés, comparés et critiqués les 
uns par les autres, et d'après les actes originaux inédits 
quïl nous a été donné de lire et de copier. Il est question 
dans la Première Partie^ de l'Ordre même, dont nous divi- 
sons l'histohe d'après les quatre périodes de son existence. 
Nous avons envisagé avec quelques développements l'avenir 
aussi bien que le passé de l'Ordre, et adopté pour sub- 
divisions dans chaque période, les magistères successifs. 
Le grand-prieuré de Bohême- Autriche ayant été le promo- 
teur de la renaissance de l'Ordre, nous en faisons l'objet 
d'une Deuxième Partie. Enfin, le Livre d'Or des grands- 
maîtres, avec l'indication de leurs armes: les listes contra- 



1) L. A. T'" et R'"' M""' la Princesse-Archiduchesse Stéphanie, 
M"' l'Arcliiduchesse Marie-Caroline et M""" l'Archiduchesse Marie- 
Thérèse sont aussi Dames grand'croix, et plusieurs princes du sang 
gTand'croix de dévotion. 



INTRODUCTION. H 

dictoires des grands-prieurs de Boliême-Au triche ; puis les 
documents et éclaircissements nécessaires forment un 
Appendice qui est le complément le plus utile de ces Annales. 
Les monuments des grands-maîtres, leurs monnaies et 
médailles ont trouvé place sous chacun des magistères. 

L'Ordre est vivace, car il a une magnifique mission 
hospitalière; il vivra, mais à la condition de ne pas 
dégénérer. 

Les vers de Schiller s'appliquent bien aux Ordres reli- 
gieux et hospitaliers de chevalerie. 

Nous avons essayé de les traduire, pour les placer ici, 
comme une inscription protectrice de notre oeuvre. 

»L'armure de la Croix étincelle terrible, 

Quand, lions du combat, Acre et Rhodes gardez, 

Par le désert syrien le pèlerin menez, 

Devant le Saint Tombeau, glaive haut, vous tenez! 

Mais, au ht des souffrants, mission plus pénible. 
Quand, nobles chevaliers, votre front abaissez. 
Et de l'hospitalier les devoirs remplissez, 
Vous êtes aussi grands, car vous vous dévouez; 

Et, de la foi du Christ, c'est le souffle sublime, 
De vaiUance ou d'amour qui toujours vous an"me.« 



PREMIERE PARTIE. 



ANNALES DE L'ORDRE. 



LES CHEVALIERS HOSPITALIERS 

DE 

SAINT- JEAN-DE- JÉRUSALEM ET DU SAINT-SÉPULCRE^). 
(1113 [1048]— 1309.) 



PROCURATEURS. 

I. Fréee Gérard 2). 

(1099—1118) 

premier procurateur de l'Hospital de Saint-Jean-de-Jéru- 
salem, était né en Provence^). C'était un gentilhomme que 
rendaient digne de cette mission sa piété et sa charité 
exemplaires. Sa douceur imposait aux Musulmans, elle 
apaisait leur haine contre les pèlerins, elle calmait leurs 
instincts de cruauté contre les chrétiens. D avait été, dans 



1) Nous aurions ])U mentionner au fur et à mesure les chro- 
niques et cartulaires publiés, auxquels nous avons puisé, mais nous 
aurions ainsi surchargé ce livre outre mesure; nous nous contentons 
donc, clans les notes j)lacées au bas des pages, d'indiquer les actes 
originaux non publiés, ou encore de citer les ouvrages importants 
connus des érudits et du public, sur les points encore obscurs ou 
sujets à controverse. Notre Appendice complétera nos preuves. 

2) Pauli, Cod. d. di M., I, N" 6, p. 6, Guimldus ; N" 1, p. 268, 
Gerandus ; N" 2, p. 269, Giraldus ; — Jacques de Vitri, ap. Bongartium, 
p. 1082, Gerardus. — Arch. de Malte, Livi-e ancien des Statuts, Giraldus. 

3) Hugo Chart. Frater Gherardus natione Gallics. — Jean de Indag. 
Miles Gallus Charitate in pauperes notus. — Chron. belgica, Francfort, 
1607. ap. Pauli, I p. 329 et s. 



16 L'ORDEE DE MALTE. 

les jours d'épreuve, le j)rotecteur des schismatiques grecs 
aussi bien que des catholiques latins, et, lorsque Jérusalem, 
assiégée par les Croisés, fut réduite à la dernière extrémité, 
il n'en poursuivit pas moins son labeur charitable. La situation 
délicate que lui faisait son double caractère de chrétien et 
de Franc désireux du triomphe des armées de la Croix, 
ne l'empêcha pas de mériter, par son dévouement envers 
les habitants mêmes de la ville, l'estime et l'admiration des 
Infidèles. Cependant il vint un moment, où il fut accusé 
d'entretenir des intelligences avec les assiégeants: il fut 
emprisonné, mais sa captivité ne dura que peu de temps. 
Jérusalem fat emportée d'assaut, le 15 juillet 1099. 
Godefro}^ de Bouillon, le chef de la première Croisade, 
escalada le premier les remparts: un élan indicible entraîna 
les Croisés; le sang des mahométans montait jitsquaux 
genoux des chevaux, les mains des Croises étaient collées par le 
sang à la garde de leurs épées ^) : la victoire avait en quelque 
sorte affolé les vainqueurs. Mais Gérard ne fut. pas oublié 
dans son cachot: sa délivrance fut un triomphe. Il reprit 
immédiatement la direction de VHospital, soigna avec amour 
les blessés et attira ainsi sur lui l'attention de Godefroy, 
à qui chacun raconta à l'envi ce que le pieux Gérard avait 
fait, quand il vint visiter l'hospice. Beaucoup de chevaliers 
croisés, entraînés par une noble émulation, désirèrent se 
vouer, eux aussi, à cette oeuvre d'amour et de charité, près 
du tombeau du Sauveur, en renonçant aux honneurs et aux 
biens de ce monde. L'avenir de VHospital fut alors assuré. 
De riches fondations faites par Godefroy, des dons nombreux 
faits par les Croisés vinrent augmenter les revenus de cette 
pieuse institution. Godefroy^), élu roi de Jérusalem (1099) 



1) Raimond de Toulouse. 

^) Après l'incendie du Saint-Sépulcre, en 1822, les Grecs schis- 
matiques ont détruit les derniers témoins de la Grande-Croisade. 
Nous voulons parler des deux sarcophages élevés par la piété et la 
reconnaissance à Godefroy et à Baudoin. Les restes de ces rois- 
chevaliers reposent ignorés dans l'épaisseur d'un mur alors reconstruit. 
On lisait sur l'un de ces tombeaux : Hie jacet inclytus diix Godefridus 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 17 

et des princes de son armée conférèrent à l'hospice des 
possessions et des privilèges. C'est ainsi qu'il reçut Mont- 
boise. possession de Godefro}^, en Brabant, et que, après 
la bataille de Joppé (1101)^), Baudouin abandonna à Gérard 
quij au plus fort de la mêlée, avait porté la Croix en 
tête des combattants ^), le butin fait sur les Sarrasins. L'Ordre 
fut sanctionné par le Saint-Siège, en 1113, et confirmé dans 
son organisation, avec droit d'élection de son cbef. Le 
Couvent fut affranchi de la dîme envers le Patriarche de 
Jérusalem; il fut reconnu propriétaire légitime de ses 
possessions actuelles et de toutes celles qu'il acquerrait 
dans la suite: il avait déjà de riches domaines en France 
et en Italie, aussi bien qu'en Syrie, et des hospices à Bari, 
Tarente, Messine, Aste, Lisan et Séville. Dès cette époque, 
l'Ordre avait le caractère d'un ordre à la fois monacal et 
chevaleresque. On y trouvait, comme nous l'avons déjà 
dit, beaucoup de gentilshommes venus à Jérusalem en 
champions du Saint-Sépulcre, qui y étaient entrés pour 
devenir les serviteurs de Dieu, pour soigner et assister les 
pauvres et les malades. L'Ordre même devint, par la con- 
struction d'un Hospital plus vaste et d'une nouvelle église 
dédiée à Saint-Jean-Baptiste, le modèle de l'ascétisme et 
de la continence sous le titre d'Ordre des Hospitaliers ou 



de Billion, qui totam istam terram acquisivit cidtui cliristiano ; ' cujus anima 
regnet cum Christo ! Amen, et sur l'autre : Rex Balduinus, Judas alier 
MaccJiaheus, spes pati'iae, victor ecclesiae, virtus utriusque, quem formida- 
bant, cui dona tiibuta ferehant, Cedar et Aegyptus, ae homicida Damascus, 
proh Dolor ! in modico clauditur tuvndo. 

Les gloires de l'Occident latin et catholique n'ont pas d'ennemis 
plus acharnés que ces prétendus orthodoxes d'Orient, qui ne sont en 
somme que des schismatiques détachés de la véritable Eghse, afin de 
satisfaire à des aspirations distinctes et d'échapper à un joug qui 
gênait leurs moeurs orientales. La Palestine n'en est et n'en demeurera 
pas moins cet Orient latin, pour le rachat et la défense duquel nos 
Chevaliers et nos Croisés catholiques ont combattu et versé leur 
généreux sang. 

1) Jafia. 

2j Le SaintrEaussant (Etendard de l'Ordre)? 

SALLES : L'ORDRE DE MALTE. 2 



18 L'ORDRE DE MALTE. 

de Saint-Jean. Cet liospital ou hospice pouvait abriter deux 
mille personnes et il était situé en face du Saint-Sépulcre. 
Voici en quels termes en parle le pape Innocent II, en 1130: 
» Combien une place au moins sur cette terre est agréable 
à Dieu et digne de vénération pour les hommes! Combien 
est commode et efficace l'asile que les Hospitaliers ont 
fondé à Jérusalem, et qui, tout le monde le sait, procure 
à tous les pauvres pèlerins qui traversent tous les dangers 
dans le pieux désir de visiter la Ville- Sainte et le tombeau 
de Notre Sauveur ! Il j est prêté aide et assistance aux 
nécessiteux, et il y est témoigné une charitable sollicitude 
aux faibles, épuisés par des fatigues et des dangers sans 
nombre. Ils y refont leirrs forces et en gagnent de nouvelles, 
de manière à être en état d'aller visiter les lieux consacrés 
par la présence réelle du divin Sauveur. Les frères de cette 
maison ne sont pas d'ailleurs prêts seulement à sacrifier 
leur vie pour leurs frères en Jésus-Christ, ils défendent 
vaillamment avec des soldats de pied et de la cavalerie qu'ils 
entretiennent dans ce but sur leurs propres ressources, 
les chrétiens dans leurs expéditions contre les païens. Le 
Tout-Puissant se sert de ces Hospitaliers, pour protéger 
son église en Orient contre la démoralisation des Infidèles.* 
Quoique cette citation semblât être mieux en sa place, sous 
le magistère de Fr. Raymond du Puy, nous l'avons mise 
ici, parce qu'elle résume l'opinion de la chrétienté sur 
l'Ordre, dès son origine. La dernière partie de la citation 
ne se réfère toutefois qu'à l'Ordre religieux et mihtant, 
quoiqu'il soit possible que les Hospitaliers aient dès le 
premier instant de leur existence, assurée par de riches 
dotations, donné aux pèlerins une efficace protection^). 



1) Nous relevons les lignes suivantes dans une excellente étude 
de la Terre Sainte de l'abbé Albouy (15 août 1886). »En 1864. M. Sajge 
fit la découverte dans les archives de la Haute-Garonne, à Toulouse, 
d'actes qui éclairent la question de date d'origine de l'Ordre de S* Jean, 
et viennent même la résoudre, en confirmant le récit de Guillaume 
de Tyr et de Mabillon. Ces actes sont, par leur date, bien antérieurs 
aux plus anciens textes authentiques qui se rapportent à l'Hôpital. 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 19 

Gérard mourut en odeur de sainteté, en 1118^) et ses 
restes mortels accompagnèrent, comme une sainte sauve- 
garde, l'Ordre qu'il avait institué, de Jérusalem à Acre, 
d'Acre en Chypre, de Chypre à Rhodes, de Rhodes à Malte, 
de Malte à Manosque, où ils furent déposés, en 1535, dans 
la chapelle des comtes de Forcalquier appartenant à l'Ordre^). 

IL Frère Koger (dit Pagano) 

(1118) 

fut le deuxième procurateur de THospital de Saint-Jean-de- 
Jérusalem. On ignore son nom de famille aussi bien que le 
lieu de sa naissance. Il remplit ces fonctions pendant moins 
d'une année. Les domaines du Couvent s'agrandirent, et en 
particulier par suite de la donation faite par Othon, comte 
des Abruzzes, de biens considérables, en récompense de 
l'accueil que ce seigneur avait reçu pendant un an, dans 
Vliospital de Jérusalem et dans ses maisons de Bethléem, 
d'Antioche, d'Acre, du Pirée, de Constantino]3le. Ses armes 
sont très-belles au point de vue héraldique •'^). 



Ils forment une série de donations faites dans l'Albigeois par diverses 
personnes, ad honorem et pauperibus Hospntalis Jerosolimitani, au lieu 
de Saint- Antoine de Lacalm (Tarn, Arr' d'Albi, canton de Réalmont) 
et dans ses environs, pendant les années 1083, 1084 et 1085, sous le 
pontificat et par l'intermédiaire d'Aldégaire, évêque d'Alby. Ni l'authen- 
ticité, ni la date ne peuvent être mises en doute. Il y est fait mention 
dans la charte de 1081 cVAncelinus, magister domus Hospitidis, entre 
les mains duquel la donation est faite, et de même en 1085. *Ces 
actes sont antérieurs d'une quinzaine d'années à la première croisade. Les 
archives de Toulouse contiennent un certain nombre de documents 
se rapportant aux temps primitifs de Saint-Jean-de-Jérusalem, et on 
y trouve la preuve qu'avant la première croisade l'ordre avait déjà 
une notoriété assez considérable pour que des donations de territoires 
lui fussent faites dans les pays chrétiens, où il administrait ses 
possessions par des Frères comme Ancelinus, et des officiers du 
magistère. 

1) En 1120, d'après Pauli, Cod. d. di M. 1, p. 330. 

2) Il a été béatifié (Dict. d'H. et de G. de BouiUet, Edit. de 1881). 
^) V. Appendice. 

2* 



20 L'OEDEE DE MALTE. 

MAÎTEES. 

I. Feèee Kayisioxd du Puy 

(1118-1160) 

fut le premier Ji«?^re de VHospital de Saint-Jcan-dc-Jérnscdem'^). 
Il était né enDaiipliiné et descendait d'une famille de noblesse 
ancienne. Il fat éln à rmianimité_proc-?frafe^fr etrecntle titre de 
Ilaître de l'Ordre. Les fi^ères hospitaliers ne pouvaient faire nn 
meilleur choix. Nous pouvons nous figurer ce noble chevalier 
par les réformes qu'il introduisit dans la constitution de la 
jeune confrérie. C'était un homme sévère, un caractère 
énergique, comme de tels temps d'action et de luttes en 
produisent. Il ne maintint point la confrérie dans les limites 
dans lesquelles son fondateur l'avait renfermée: il voulut 
étendre son action sans toucher à son organisation pri- 
mordiale. Ses Constitutions répondent aux moeurs et à la 
manière de penser de son époque: elles se divisent en 
règles relatives à la vie spirituelle des membres et en dis- 
positions d'administration intérieure. Les premières ont 
donné à l'Ordre sa force de cohésion et d'extension dans 
le cours des âges^). 

Son passé nous explique la tendance nouvelle qu'il a 
imprimée à l'Ordre, sans néghger les devoirs et la 
mission pour lesquels Gérard l'avait institué. C'était un 
chevalier de ce beau paj^s de Provence, où la chevalerie 
était dans toute sa fleur. Il était brave, intrépide, toujours 
prêt à défendre le faible et l'opprimé. Les combats de la 
lance et de l'épée allaient donc bien mieux à son tempé- 



^) Fr. Eaymond s'intitulait dans ses Actes : Servus pauj^eriim 
Christi et custos Tiospitaïis Jérusalem, ou, Maymundus, Dei gratia, Christi 
pauperum servus Immilis et sancti liospitalis custos. . . . 

^) Le pouvoir législatif était exclusivement réservé au Chapitre 
général ; afin de marquer sa souveraineté, lorsqu'il était assemblé, 
l'étendard de la Religion était retiré du palais du grand-maître et 
flottait à l'endroit où se tenaient ses séances. (V. Saint-Allais, L'Ordre 
de Malte). 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 21 

rament que les fonctions de garde-malades. Il vit donc sur 
les champs de bataille un terrain plus propice et non moins 
agréable à Dieu, pour ses frères et lui qui étaient avant 
tout des hommes de guerre. Consacrer les forces vives de 
l'Ordre au ^prosélytisme de la Foi, à la lutte contre les 
Infidèles, à la protection du nouveau royaume, sans le 
détourner d'ailleurs de ses traditions, tel fut le but de la 
réforme qu'il entreprit. 

Jusqu'alors les Hospitaliers avaient rempli en silence 
leur mission de charité ; ils avaient pratiqué la mansuétude 
et la miséricorde, mais leurs Règles reçurent des modifi- 
cations qui servirent à rendre plus étroits les liens de leur 
communauté, et leur permirent de devenir les soutiens du 
trône, comme l'eût pu faire une armée permanente, soumise 
à une sévère discipline. Nous avons exposé dans notre 
Introduction les Constitutions nouvelles, arrêtées dans le 
premier Chapitre général ^), qui furent ensuite approuvées 
par le Souverain Pontife, Grélase II, et sanctionnées par 
le pape Calixte II, vers 1120. Les règlements relatifs aux 
voeux, à la discipline, à l'organisation même de l'Ordre, 
furent très-précis et très-sévères. L'alliance de l'humilité 
chrétienne avec la force et la valeur fit une vive im- 
pression sur les contemporains. Il fut difficile d'être admis 
dans l'Ordre, plus difficile encore d'y atteindre à la dignité 
suprême élective. Il ne suffisait pas d'être de haute lignée, 
ou d'occuper une haute situation dans le monde; il fallait 
avoir fait ses preuves de valeur et en même temps d'humi- 
lité et d'obéissance. Les frères avaient à suivre l'exemple 
du Maître, dans la pratique des vertus chevaleresques et 
chrétiennes. Faut-il s'étonner après cela que les gentils- 
hommes les plus renommés de ces temps aient tenu à 
honneur d'être reçus membres d'un Ordre, qui offrait dans 
la forme la plus parfaite que l'on connût, le moyen le 
meilleur pour acquérir sur terre de la gloire et assurer 
le salut éternel? Aussi Raymond se vit-il obligé de répartir 

') V. Appendice. 



22 L'ORDRE DE MALTE. 

les membres en groupes, form.és d'après leur langage, que 
Ton nomma Langues^ d'après ce principe de la répartition. 
Nous donnerons plus loin cette division qui, selon d'autres 
historiens, n'aurait eu lieu que sous le magistère de Fr, 
Hélion de Villeneuve (1319 — 1346), lorsque l'Ordre souverain 
était à Rhodes; ce serait en tous cas la même réjDartition 
en huit Langues^ à deux cents ans de distance. Il y avait 
à la tête de chaque Langue un Conseil qui l'administrait. 
Le Chapitre général avait seul le pouvoir législatif: il se 
formait des représentants de toutes les nations ou Langues. 
On appela aussi baillis conventuels (ballivi conventuales) les 
chefs de chaque Langue, formant le Conseil du Ifaître. La 
plus haute dignité était ensuite celle de prieur; un prieuré 
comprenait en général quatre commanderies. Puis venaient 
les Commandeurs, chargés de l'administration des biens de 
l'Ordre, sur laquelle ils devaient fournir des comptes 
annuels et dont ils devaient payer les responsions (Respon- 
siones, Redevances). Parmi les chevaliers eux-mêmes, on 
distinguait les cJievaliers de justice (Cavalieri di justizia) 
qui avaient fait leurs preuves de noblesse (8 quartiers); 
les chevaliers de grâce magistrale (Cavalieri di grazia) qui 
n'avaient pas fait les preuves voulues, mais étaient reçus 
par faveur, en récompense de services rendus à l'Ordre. Il 
n'y eut que plus tard des Chevcdiers de dévotion, ou laïques 
de rang élevé, et des Bonats de dévotion ou laïques décorés 
de la croix de l'Ordre, n'ayant que trois branches émaillées 
de blanc, pour lesquels les preuves de noblesse n'étaient 
pas indispensables. 

L'Ordre fut dès cette époque, un ordre de chevalerie 
hospitalier et militant. Une série de succès qu'il remporta, 
fonda bientôt sa renommée militahe. Baudouin lui confia, 
en 1127, la garde des forteresses des frontières les plus 
importantes, et remit même les rênes du gouvernement à 
Raymond du Puy, en 1130, lorsqu'il marcha contre Antioche. 
Et lorsque le royaume de Jérusalem menaça de se dissoudre, 
Raymond se mit lui-même à la tête de ses chevaliers et 
tint la campagne. Il assura la victoire d'Ascalon et enleva, 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 23 

le 12 août 1153, cette place surnommée la, Fiancée de Syrie 
aux Infidèles. 

Si nous retournons en arrière cle quelques années, 
nous recueillons de nouvelles preuves de la position que 
rOrdre s'était faite en Palestine et dans le monde chrétien. 
Roger, roi de Sicile, est cité parmi les souverains qui 
favorisèrent son extension; le roi Alphonse d'Aragon, mort 
sans enfants, laissa l'Ordre héritier ad Jionoreni de ses 'Kt&ts. 
Les papes lui accordèrent protection et privilèges. C'était 
là en effet une magnifique idée que l'Eglise devait saisir 
avec joie, que celle d'une chevalerie religieuse, mystique, 
pieuse et sévère qui restait dans sa dépendance et faisait 
du chevalier un moine chrétien armé pom- la foi, naissant 
à côté de la chevalerie mondaine, galante, avide de gloire, 
faisant de l'amour et de l'honneur le but et la récompense 
uniques de la vie militaire ^). 

Fr. Raymond fut le type du moine-chevalier. Il mourut 
à Jérusalem, en 1160. Le portrait que Bosio nous a con- 
servé de lui, le représente une épée à la ceinture, le rosaire 
dans une main et le crucifix dans l'autre. Nous trouvons 
dans les Monuments des grands-maîtres^ de Villeneuve- 
Bargemont ^), la traduction française des inscriptions qui 
furent gravées sur son tombeau: M.C.LX. A Raymond 
du Puy, premier maître de l'Hôpital. Après de faibles commen- 
cements, il institua pour son Ordre les cérémonies du ciUte et lui 
donna le manteau noir, portant la croix hlancJie à huit pointes. 

IL Feère Auger de Balbeîst, 

(1160-1163) 

gentilhomme français, ^iit élu Maître de l'Ordre, pendant qu'il 
dirigeait l'expédition de Syrie, où il s'était distingué par sa 
valeur. Il se mit en opposition avec Baudouin, roi de Jéru- 



^) V. Appendice. 

-) Nous empruntons à cet ouvrage les épitaplies en français, 
que nous n'avons pas trouvées ailleurs en langue originale c'est à 
dire en latin. 



24 L'ORDRE DE MALTE. 

salem, qui ne voulait pas recevoir le cardinal Jean Satrino 
en qualité de Légat du pape Alexandre III, pendant le scliisme 
de l'anti-pape Victor, sous prétexte qu'on ne pouvait savoir 
lequel des deux papes était élu canoniquement: son attitude 
contribua à faire revenir le Roi sur cette résolution et à 
faire recevoir le Légat du vrai Pontife. 

Il mourut en 1163, après trois ans d'un magistère plein 
de sagesse. Les 3Iemorie cl. gr.-maestri le représentent avec- 
une toque et une longue barbe, et lui donnent une très-belle 
figure, avec cette devise: Ecclesiae concordia teda servat. 

III. Fréee Arnaud de Comps. 

(1163-1167) 

Il appartenait à une noble famille duDaupliiné: il fut élu 
à l'unanimité. Amaury de Lusignan, roi de Jérusalem, qui avait 
pu, en plusieurs rencontres, apprécier ce chevalier, accueillit 
avec une grande satisfaction son élection au magistère. 
Arnaud se joignit, avec un grand nombre de ses frères, à 
Amaury, dans la campagne en Egypte, où le Oalife fut 
complètement défait. La valeur de l'Ordre contribua large- 
ment à la victoire; ce fut aussi, grâce aux Chevaliers, que 
la ville de Balbia ^) tomba au pouvoir du Roi. Arnaud de 
Comps mourut en 1167, laissant la réputation d'un Maître 
habile et d'un vaillant capitaine. Il avait pour devise : 
Begni tranquillitas, parta consiUo. Son mausolée portait une 
inscription grecque, dont voici le sens : Montre-toi formidable 
aux ennemis^ et cette autre en latin: N'est point barbare qui 
immole les Barbares. A Arnaud de Comps, maître de VHospital 
de Jérusalem, parce qu'il a délivré les chemins qui menaient à 
Jérusalem des musidmans qui les assiégeaient., et qu'il a pratiqué 
la justice. Cette pierre a été posée aux frais du Trésor. 

IV. Frère Gilbert dAssalit 
(1167—1169) 

était Anglais. Il était doué d'un esprit très-entreprenant et se 
fit remarquer immédiatement par l'audace de ses projets. Il sut 

1) Balbest (Héliopolis) en Syrie (?) 



LES HOSPITALIERS DE S' .lEAN. 25 

persuader à Amaury, de porter de nouveau la guerre dans 
l'Egypte qui menaçait surtout le royaume de Jérusalem, 
et de conquérir ce pays, afin d'assurer la paix et la sécurité 
de ses propres Etats. Ce qui était insensé, c'était de vouloir 
enlever l'Egypte par un coup de main, comme Fr. Gilbert 
le projetait. Le plan du Maître ne rencontrait dans l'Ordre 
même qu'une très-faible approbation: les anciens chevaliers 
avaient peu de confiance dans un tel projet, dont l'audace 
séduisit les plus jeunes. Une armée considérable marcha 
sur TEgypte: la lutte fut opiniâtre; les chrétiens rempor- 
tèrent d'abord sur tous les points des avantages. Mais 
ensuite une tempête détruisit la flotte, une épidémie décima 
les troupes de terre et il fallut battre en retraite. Les 
chevaliers avaient été très-éprouvés par cette campagne et 
l'Ordre s'endetta d'une somme de 20.000 ducats. Fr. Gilbert 
abdiqua et se retira en Angleterre, en 1169. Par compen- 
sation, les Chevaliers qui combattaient en Espagne, pour 
le roi Alphonse, contre les Maures, reçurent de ce souverain 
la ville de Caspe ^), en récompense de leur valeureux 
concours. 

V. Fkèee Castus ou Gastus, 

(1169) 

dont le nom de famille et le pays d'origine sont entièrement 
inconnus, fut immédiatement élu par le Conseil. Il n'accepta 
le magistère qu'à son corps défendant: sa modestie était 
telle qu'il ne se croyait pas à la hauteur de cette charge. 
Il s'appliqua à débarrasser le Trésor des dettes contractées 
par son prédécesseur. Il mourut après huit mois de magistère. 

VI. Feère Joubert, 
(1169—1179) 

qui fut élu ensuite, était un homme d'un grand courage et 
d'une haute sagesse: il jouissait à un si haut point de la 
confiance du roi Amaury, que celui-ci le chargea de la garde de 



1) Ville d'Aragon, à l'E.-S.-O. de Saragosse. 



26 L'OEDRE DE MALTE. 

son royaume, tandis qu'il marchait sur Antioche, contre le 
perfide Mélier ^). Baudouin IV le tint également en grande 
estime, car il ne prenait pas de mesure politique ou militaire 
sans le consulter. Les dettes du Trésor furent liquidées sous 
son magistère. L'Ordre prit part sous son commandement à 
plusieurs expéditions contre les Infidèles. Il était avec ses 
chevaliers à la grande bataille d'Ascalon (1178) ou, selon 
d'autres, près de Sidon, que Baudouin IV perdit contre 
Saladin, et il j fut blessé. Il mourut à Jérusalem, en 1179 ^). 
Son mausolée le représentait assis, revêtu du manteau, 
coiffé du heaume; à son bras gauche était passée l'épée, à 
son bras droit pendait le rosaire; il tenait entre les mains 
ses Heures et priait. On lisait sur la face antérieure du 
socle: Joiibert, grand, très-bon, très-religieux, secourut les 
malades avec une piété et une charité singulières. Aux jours 
de fête^ il ordonna de s'acquitter envers les mânes des morts 
par les plus saintes cérémonies; sur celle de droite: Il mourut 
à Jérusalem., VAn de N.-S. Jésus- Christ, MCLXXIX; sur 
celle de gauche: Bonnes des secours aux vivants, des éloges 
aux morts. 

VII. Frère Koger des Moitlins 

(1179—1187) 

était d'origine française. Il fut aimé et honoré de tous pour sa 
valeur et sa sagesse. Le roi Baudouin IV le choisit pour arbitre, 
dans les graves différends qui s'étaient élevés entre Raymond, 
prince d' Antioche, et le Patriarche de Jérusalem, et Roger 
réussit à apaiser le conflit. Il le nomma ensuite son Am- 
bassadeur auprès des Princes chrétiens, à la cour desquels 
il l'envoya demander de prompts secours contre Saladin, 
qui menaçait de s'emparer du royaume de Jérusalem. Roger 
parcourut donc les états de l'Occident, et partout il fut 
reçu avec de grands honneurs. A son retour à Jérusalem, 
l'Ordre se couvrit de gloire, sous le successeur de Baudouin, 



1) Melik (?) 

-) Selon Vertot et Pauli, Saladin le fit mourir de faim dans 
un cachot. 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 27 

Guy de Liisignaii, par sa défense de Saint-Jean-d'Acre, 
assiégée par Saladin. La victoire coûta cher aux chevaliers, 
car, dans une sortie, le cheval du Maître s'abattit au plus 
fort de la mêlée et Roger fut massacré par les ennemis 
(1187) ^). Son magistère avait duré huit ans. Son mausolée 
à Jérusalem le représentait debout encore, mais chancelant, 
sur le fût d'une colonne, son épée brisée gisant à ses pieds. 
Son heaume était surmonté de la croix. La colonne reposait 
sur un socle, avec bas-relief montrant six chevaliers armés. 
On lisait sur la colonne: J'ai préféré que les bornes de la 
patrie ftissent plus éloignées que celles de ma vie; sur le socle: 
A l'illustre Roger des Moulins, en mémoire de son administra- 
tion pieuse et sage, en paix comme en guerre. Farce qu'il a 
accru la dignité du sacerdoce et obtenu la sanction des règlements 
de JRaymond du Fuy, les chevaliers de Jérusalem ont élevé ce 
monument. 

La dernière phrase de cette épitaphe nous indique une 
nouvelle confirmation des Statuts de Raymond du Puy, de 
1179 à 1187, par Alexandre ÏÏI, par Luce III, par Urbain III, 
par Grégoire VIII ou par Clément III, qui ont occupé 
pendant cette période de temps le siège de Saint Pierre, 

VIII. Frére Garnier DE Syrie 
(1187) 

fut le digne successeur de Fr. Roger. Il était né à Neapolis ^) 
de Syrie, l'ancienne Sichem de Chanaan. H était grand- 
prieur d'Angleterre et turcopolier de l'Ordre; il fit don à la 
Beligion du manoir de Crachi, dont il était seigneur. Son 
élection est du 8 avril 1187. 

Il sut réconcilier Raymond, comte de Tripoli, avec le 
roi Guy de Lusignan et prit part avec un grand nombre 
de ses frères à la célèbre et fatale journée, où Saladin 
battit l'armée chrétienne, commandée par Guy de Lusignan, 



^) V. Chronique de Nangis et Guillaume de Tyr. 
^) Sichem, ensuite Neapolis, aujourd'hui Nai")louse (anc. colonie 
Flavia NeapoUs), Palestine. 



28 



L'OEDEE DE ilAJLTE. 



dans les plaines d'Etino, près du lac de Grénésaretli (Tibériade). 
Les chevaliers, disent les chroniques, tinrent bon, tant qu'ils 
ne furent pas écrasés sous le nombre; mais le gros de 
l'armée prit la fuite et les entraîna avec lui. Fr. Garnier 
s'ouvrit un chemin, l'épée à la main, à la tête de quelques 
uns des siens et se jeta dans Ascalon, où il succomba, le 
14 juillet 1187, aux graves blessures qu'il avait reçues 
dans le combat. Le Roi avait été fait prisonnier; les che- 
valiers tombés entre les mains des Infidèles furent cruelle- 
ment massacrés. Le royaume était aux abois. l'Ordre était 
privé de son vaillant chef et décimé. Les chevaliers de 
Saint-Jean-de-Jérusalem qui avaient survécu au massacre 
se consacrèrent alors, en attendant des temps meilleurs, à 
leur mission d'Hospitaliers, et Saladin, lorsqu'il eut soumis 
la Yille-Sainte, avec une armée de 100.000 fantassins et 
de 50.000 chevaux (2 octobre 1187), fut si touché de leur 
charité envers les pauvres et les malades, qu'il les autorisa 
à rester encore un an à Jérusalem pour y exercer leur 
mission de dévouement. 

Nous croyons devoir rapporter ici un passage de 
l'Histoire de V Ordre Teutonique, de De Val, d'après lequel 
ce n'est qu'en 1218 que l'hôpital des Chevaliers de Saint- 
Jean am-ait été détruit par Conradin, sultan de Syrie: 

»I1 détruisit, dit-il, les fortifications de Jérusalem, pour 
se venger des chrétiens qui assiégeaient Damiette, ou pour 
les empêcher de s'y maintenir, si quelque croisade venait 
l'enlever pendant son absence. Ce fut la fin de l'hôpital 
de la Maison teutonique et de celui de Saint-Jean, dans 
lesquels les chevaliers avaient été soufferts jusqu'à cette 
époque, pour avoir soin des pèlerins, à qui on permettait 
à grand prix de venn visiter le S* Sépulcre. Le premier 
soin du Barbare fut de faire massacrer tous les chrétiens 
qui se trouvaient à Jérusalem: après quoi il fit brûler et 
raser les hôpitaux, les égHses, les chapelles, ainsi que tous 
les lieux de piété, et ne conserva que la Tom- de-David 
et le Temple du Seigneur. Conradin avait bien projeté de 
détruire le S* Sépulcre, comme il l'avait mandé à ceux de 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 29 

Damiette pour les consoler; mais personne ne voulut mettre 
la main à l'oeuvre . . .« 

IX. Frère Ermengard d'Aps 

(1187—1192) 

fut élu au magistère par les survivants d'Etino, aussitôt qu'on 
apprit la mort de Fr. Garnier. Ce Maître donna des preuves 
de charité admirable, en raclietant un grand nombre de 
chrétiens que Saladin avait réduits en esclavage, lors de 
son entrée à Jérusalem (1187). Malgré l'autorisation donnée 
par le vainqueur, Fr. Ermengard transféra le Couvent et 
l'Hôpital à Tyr. Saladin mit bientôt le siège devant cette 
place. Les assiégés se défendirent avec énergie et, le Roi 
de Sicile leur ayant envoyé un secours de 40 galères, l'armée 
ennemie fut défaite. Fr. Ermengard alla ensuite occuper 
avec l'Ordre, Margat^), château-fort appartenant à la Reli- 
gion, situé en Phénicie, jusc[u'au moment où les Croisés 
(III^ Croisade) reprirent aux Infidèles la ville de Saint- 
Jean-d'Acre (1189). Il obtint alors d'y établir la résidence 
de l'Ordre. Il y mourut, en 1192, après cinq ans de 
magistère ^). 

X. Frère Godefroy de Duisson, 

(1192—1194) 

gentilhomme français, fut élu, à Saint- Jean- d'Acre. On n'est 
pas d'accord sur l'orthographe de son nom, car on aurait 
retrouvé un titre sur lequel il avait pris le nom de: Goff reclus 
de Donlon, divina miser ante clementia, sanctae hospitalis Christi 
pauperum magister, una cum totius ejnsdem domus assensii, et 
voluntate eapituli . . . C'était un vaillant chevalier. Il alla re- 
joindre avec l'élite de l'Ordre, les armées des Croisés, réunies 
à Bethléem, pour reconquérir Jérusalem. Il sut gagner l'affec- 
tion des chefs de cette expédition et fit parti,e de tous les 
conseils. Le départ du Roi d'Angleterre, qui s'éloigna de 



^) V. Appendice. 
^) V. Appendice. 



30 li' ORDRE DE ilALTE. 

la Terre-Sainte sans avoir poussé j^lus loin l'entreprise, 
parah^sa les Croisés. Fr. Godefroy n'eut donc point l'occa- 
sion d'engager ses chevaliers. Beaucoup de gentilshommes 
chrétiens entrèrent dans l'Ordre, qu'ils enrichirent de magni- 
fiques dotations. Fr. Godefroy mourut à Saint-Jean-d'Acre, 
en 1194, après deux années de gouvernement. 

Les trois mausolées des Fr. Garnier, Ermengard et 
Godefroy n'en formaient qu'un seul en trois parties. C'étaient 
trois pjnramides surmontées de la croix, avec l'écusson de 
ces chevahers sculpté sur chacune. On lisait sur l'une : 
A Garnier de Syrie^ maître du Saint Hos^ntal et de la milice 
de Jérusalem, ses amis ont élevé ce monument. — Bends-toi 
terrible à tes ennemis. — Garnier a défendu les Mens de 
VHospital, mis à Vàbri des insidtes des musulmans les dons 
précieux qui lui étaient faits^ et maintenu la paix et le hon 
ordre. Sur la seconde: A Ermengard, leur excellent prince (ou 
chef), les chevaliers de Jérusalem. Sur la troisième enfin: 
A Godefroy, leur maître et leur patron, à cause de ses nom- 
breux services. — Il donna Vhospitalité aux pèlerins. 

XL Frère Alphonse de Portugal 

(1191-1195) 

était de la Maison roj^ale de Portugal. Son magistère fut de 
courte durée, car il demanda et obtint dès l'année de son 
élection d'en être relevé. Cette abdication a donné lieu à des 
appréciations diverses. On dit qu'il voulut ramener l'Ordre à la 
simplicité des moeurs et à une rigoureuse discipline, comme 
cela avait été décidé dans un Chapitre général tenu à Margat, 
et qu'il rencontra tant de difficultés pour faire exécuter ces 
mesures, qu'il aima mieux se retirer que de sévir. La règle 
rigoureuse qui lui aurait attiré cette vive ojDposition de la 
part des chevaliers, est encore observée aujom^d'hui et il 
fut un conservateur zélé de la discipline de l'Ordre. L'in- 
scription de son mausolée semble, si elle est authentique, 
appuyer l'opinion que nous venons d'enregistrer. Fr. Alphonse 
était couché sur son tombeau, dans son long manteau, la 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 31 

croix sur la j^oitrine, les deux mains croisées sur la poignée 
de l'épée. Au frontispice on lisait: Vivons mihi mortuo poni 
jussi; — puis au dessous: Alphonsus M. S. Xenodochii hiero- 
soUmitani, régis Lusitaniae films. Amissa Ptolemaïde, et seditione 
militorum meorum orta juxta Antiocliiarn, nioestus magna spe 
regni paterni adipiscendi in patriam itavigavi^ sed frater obstitit 
fratri: quoniodo Me suhita morte jaceam cogita, ut spem precio 
ne emas, vole ^). Fr. Alphonse se rendit en Portugal, mais 
ne put arriver au trône, c'est là encore ce que l'épitaphe 
nous apprend. Cette épitaphe doit d'ailleurs être postérieure 
à sa mort, quoique le mausolée même et la première insription 
datent du temps de son magistère. 

XII. Frèee Geopkoy le Beat. 

(1195—1206) 

Sous ce Maître les chevaliers prirent part à la Croisade latine 
(IV® Croisade) ^) et furent appelés à Constantinople par l'em- 
pereur Baudouin. Les princes chrétiens avaient en quelque 
sorte mis à la mode l'établissement de l'Ordre dans leurs Etats, 
comme si cet Ordre y apportait une force vive par le courage 
et les vertus de ses chevaliers. Il n'allait bientôt plus y 
avoir de ville importante de France, d'Italie, d'Allemagne, 
où l'Ordre n'eût des domaines, des églises et des hôpitaux. 
C'est ainsi que, depuis 1183, les commanderies de Bohême, 
de Pologne et des provinces adjacentes furent réunies en 
un prieuré, dont Fr. Bernard fut le premier titulaire sous 
la dénomination de Lieutenant du Magistère (Praeceptor) 
et qui eut son siège à Prague. Le gouvernement de 
Fr. Geoffroy le Reat ne fut point troublé par des guerres, 
pendant les dix premières années, par suite de la trêve 
jurée par Saphadin^), sultan d'Egypte et de Damas, frère 



^) Pauli, I. p. 340, en donne une autre: Anno MCCXLV Kalend. 
Martii ohiit Frater Alphonsus M. H. H. Quisquis ailes, qui mortis cadis 
perlege, plora. Sum quod eris, fueram quod es, pro me precor ora. 

^) V. Appendice. 

^) Saïf-eddyn (épée de la religion), plus connu sous le nom de 
Mélik-el-Adél. 



32 L'ORDRE DE MALTE. 

puîné et successeur de Saladiu (1193). Des conflits avec 
les Templiers furent apaisés par le pape Innocent III'). 
Sur la demande d'Amaïuy II de Lusignan, roi nominal de 
Jérusalem et roi de Chj^pre, et pour obéir à l'ordre du 
Saint-Siège, le Maître prit sous sa garde le royaume de 
Chypre et envoya dans cette île une armée de chevaliers 
et de soldats. A la mort d'Isabelle, reine de Jérusalem, il 
fut nommé tuteur de la jeune princesse Marie, sa fille. 
Fr. G-eoffroy mourut, en 1206, après avoir eu la gloire de 
voir revêtir l'habit de l'Ordre à beaucoup de princes, parmi 
lesquels il faut citer Baudouin, comte de Flandre, etThéobald, 
comte de Champagne, grand-connétable de France, plus 
connu sous le nom de Thibaut. 

XIII. Frère Guérin de Montaigu 
(1206—1230) 

était de noblesse d'Auvergne: ses vertus et ses hauts-faits le 
firent élire à la dignité suprême de l'Ordre. C'est à sa valeur et 
à celle de ses chevaliers qu'on rapporte la victoire remportée 
par les chrétiens, sous le commandement de Lévon II, 
roi d'Arménie, sur le comte de Tripoli, Bohémond, et les 
Sarrasins réunis. Le Soi se montra reconnaissant envers 
l'Ordre et lui donna la ville de Salef, sur la rivière de 
Cinno^). Nous trouvons ensuite Guérin dans la lutte contre 
les Infidèles, et entre autres au siège de Damiette^). Les 
Chevaliers accomplirent des merveilles dans les campagnes 
d'André II, roi de Hongrie, et deLéopoldVI, duc d'Autriche, 
et André qui avait été leui' hôte, à Saint-Jean-d'Acre, fut 
tellement enthousiasmé des actions d'héroïsixie des Hospi- 
taliers, qu'il entra dans l'Ordre '^). Lors de la croisade de 



^) V. Appendice. 

~) Cydnus (Kara-Sou). 

^) Damiette fut emportée en 1219: les clievaliers 3^ perdirent le 
Maréchal de l'Ordre. 

*) Voici le témoignage que le roi André rendit aux chevaliers 
dans un Acte de donation : «Etant logé chez eux, j'y ai vu nourrir 
chaque jour une multitude innombrable de pauvres, les malades couchés 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 33 

l'empereur Frédéric II (VP Croisade), qui fut si vite terminée, 
comme l'Empereur était frappé d'excommunication, les 
chevaliers refusèrent de combattre sous ses drapeaux et 
celui-ci s'en vengea, en confisquant leurs biens dans son 
roj^aume de Sicile (Frédéric P^, de la dynastie des Hoben- 
staufen [1197 — 1250], empereur d'Allemagne, sous le nom 
de Frédéric II [1218 — 1250]), L'Ordre recouvra cependant 
ces biens, lors de la conclusion de la paix entre Frédéric 
et le Pape (1230)^). Fr. Gruérin prit, comme son prédécesseur, 
sous sa garde le royaume de Chypre, sur l'ordre du pape 
Honorius III. Il mourut à Saint- Jean-d' Acre, en 1230. 
Fr. Greoffroy le Réat et Guérin de Montaigu eurent un 
mausolée commun; on y lisait: Joffredus Lareautus, et 
Guarinus Montacut Xenodochii hier: mag: cum aliiSj Jiic 
jacent; la statue de la Mort se dressait sur le socle, armée 
de la demi-pique; à ses pieds gisaient des têtes mîtrées, 
couronnées, avec des têtes sans insignes, ce qui répondait 



dans de bons lits et traités avec soin, les mourants assistés avec une 
piété exemplaire et les morts enterrés avec la décence convenable. 
En un mot, les Chevaliers de Saint-Jean sont occupés, tantôt comme 
Marie à la contem.plation, tantôt comme Marthe, à l'action; et cette 
généreuse milice consacre ses jours ou dans des infirmeries, ou dans 
les combats contre d'infidèles Amalécites et les ennemis de la Croix. « 
(Bainaîdus, T. 13, p. 280.) 

^) Suivant les historiens de l'Ordre Teutonique, tandis que les 
Chevaliers teutoniques n'avaient pas hésité à marcher sous les ordres 
de Frédéric II, sous le commandement de leur maître, Fr. Herman 
de Salza, les Hospitaliers et les Templiers suivirent à distance l'armée 
croisée pour protéger ses derrières. Puis on tourna la difficulté: trois 
généraux furent nommés pour commander en chef: Fr. Salza, les 
Allemands et les Lombards ; Filangeri, maréchal de l'empereur, et 
Odon de Montbelliard, maréchal de l'Ordre de Saint-Jean, les contin- 
gents du royaume de Jérusalem et de l'île de Chj^pre; les ordres 
furent même donnés au nom de Dieu et de la Chrétienté, sans faire 
mention de l'Empereur, et les deux Ordres religieux rallièrent l'armée. 
Suivant les mêmes historiens, les trois ordres religieux de chevalerie 
furent présents à la conclusion du traité de trêve du 18 février 1229^ 
entre Frédéric II et Malek-el-Kamel, ainsi qu'au couronnement de 
Frédéric, comme roi de Jérusalem, le 18 m.ars, dans l'église du 
Saint- Sépulcre (V. nos Annales de V Ordre Teutoniqiie.) 



SAI.IjES ; Ij'OUDRE DE MAI/l'E. 



34 L'ORDEE DE MALTE. 

à l'inscription gravée au dessous: Involvit Jmmile pariier et 
celsum caput. Quatre personnages debout aux angles portaient 
des trophées avec des sentences pieuses. 

XTV. Frère Bertraj^d de Texis. 
(1230—1240) 

A peine était-il élu au magistère, que ce clievalier, 
d'origine française, profita de la paix conclue par Frédéric II, 
pour restituer dans toute leur sévérité primitive les règles 
de l'Ordre. Il envo^^a en Espagne ses chevaliers, pour y 
combattre de nouveau contre les Maures, sous le comman- 
dement de Hugues de Forcalquier. La foi se refroidissait, 
l'élan des ■ Croisades semblait passé ; le contact avec les 
Musulmans et les Scliismatiques d'Orient avait amolli les 
volontés et attiédi les enthousiasmes. Mais l'Ordre était 
fidèle à sa double mission. Quelques villes de Syrie, ayant 
à leur tête Jean Hybelin, comte de Jaifa et de Barut^), 
s'étant révoltées, Fr. Bertrand sut ramener les rebelles et 
même apaiser Hybelin, leur chef II se préparait à concourir 
à la Croisade de Richard de Cornouailles, frère de Henri III, 
roi d'Angleterre (1240), quand la mort mit fin à son glorieux 
magistère. Le roi d'Espagne, Don Jayme (ou mieux Jayme P^, 
roi d'Aragon 1213 — 1276), avait fait don à l'otdre de plusieurs 
domaines, en récompense de sa généreuse assistance. 

Son mausolée était monumental: la statue du Maître 
était placée dans une niche où l'on arrivait par deux degrés. 
Fr. Bertrand était assis, revêtu du manteau, l'épée passée 
au bras gauche, la main droite appuyée sur un livre ouvert. 
Sur le premier degré, deux chevaliers debout portaient, l'un 
le casque et la cuirasse, l'autre l'étendard, l'épée et le 
bouclier. Au dessus des emblèmes, sous le ceintre, on 
lisait sur un cartel: Bertrando de Texi fortit: piet: magni: 
insigni ad bene merendwn de civïbus, H: E: M: S: JB: M:. 



\ Béryte. Baïrout. Beyrouth. (Julia Augusta Félix). 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 35 

XV. Fkere Guarin, 
(1240—1244) 

dont on ignore le nom de famille et le 'p?iys d'origine, tenta 
avec Richard de Cornoiiailles plusieurs entreprises contre 
les Infidèles. Mais ces entreprises échouèrent, par suite de 
l'infériorité numérique de l'armée des Croisés, plus encore 
que par suite du désaccord qui s'éleva entre les Hospitaliers 
et les Templiers, et qui devait plus tard dégénérer en une 
véritable lutte à main armée entre les deux Ordres. Le 
pape Grégoire IX accorda aux Hospitaliers de nouveaux 
privilèges. C'est sous ce magistère que l'Ordre contribua, 
pour une forte somme d'argent, au relèvement des murs 
de Jérusalem. Du moins les historiens officiels de l'Ordre 
attribuent-ils ce fait au maître Guarinj; mais il doit y avoir là 
une erreur, car 'il ne peut être ici question de la recon- 
struction des remparts de la Ville Sainte que, lorsqu'elle 
était au pouvoir des Chrétiens: or elle ne fut possédée 
par l'empereur Frédéric II, dernier roi de Jérusalem, que 
de 1229 à 1239, et, en 1340, époque de l'avènement du 
maître, Fr. Guarin, elle était de nouveau entre les mains 
des Infidèles. Les chevaliers se distinguèrent contre les 
Corasmins, qui avaient fait des incursions en Syrie; mais 
Fr. Guarin fut fait prisonnier par leur chef, Barbacan^), et 
livré au Calife d'Egypte. Il mourut, en 1244, en captivité, 
ou à Saint- Jean- d'Acre. 

XVI. Frère Bernard de Comps 

(1240—1248) 

était du Dauphiné; il était prieur de S*-Gilles-) et fut élu 
maître, à l'unanimité, à Saint- Jean-d' Acre; il marcha avec 
un grand nombre de ses chevaliers au secours de la prin- 
cipauté d'Antioche, envahie par une nombreuse armée de 
Mamelouks, commandés par le calife Malek-Saleh, qu'il mit 



') Béréké-Khaii, qui régna ensuite ('?). 
'') PauH, a d. di M. I, N"» 116, p. 126. 

3* 



36 L'ORDRE DE MALTE. 

en déroute sous les murs de Betzan (1248). Les chevaliers 
restèrent maîtres du champ de bataille. Mais Fr. Bernard, 
s'étant exposé très-avant dans la mêlée, pour animer ses 
soldats, fut si grièvement blessé qu'il mourut peu de temps 
après. Il avait occupé glorieusement le magistère pendant 
quatre années. Le mausolée de Fr. Bernard était une oeuvre 
magistrale: le Maître était fièrement assis sous un dais 
de pierre supporté par deux cariatides; il était casqué et 
armé, et tenait de la main droite l'épée haute. Un chevalier 
portait à sa gauche la bannière de l'Ordre; deux servants 
d'armes gardaient le tombeau. Deux griffons tenaient l'écu 
de l'Ordre au frontispice. On y lisait: On retient V empire 
par les mêmes moyens qu'on l'a acquis. — Les Chevaliers de 
la sainte milice de Jérusalem, à leur vaillant chef, au défenseur 
de la noblesse, à Bernard de Comps, illustré par toutes les 
vertus, pour ses excellents mérites. — Par l'audace, par les 
actes! — et comme continuation de la seconde inscription : 
Sur le rivage de Joppé (Jaffa), afin d'en garder l'éternel sou- 
venir. Ces mots indiquent sans doute le lieu où le tombeau 
fut d'abord construit. Ces mots: Far l'audace, par les actes! 
semblent être une devise et n'interrompent pas le sens de 
l'inscription principale. 

XVIL Frère Pierre de Villebride 

(1248—1251) 

était élu depuis peu, lorsque Louis IX (Saint-Louis) débarqua 
en Chypre (YII^ Croisade) avec une nombreuse armée, pour 
marcher ensuite à la conquête de la Terre- Sainte. Pierre 
se joignit avec un grand nombre de ses chevaliers à l'armée 
du E,oi de France, sous les murs de Damiette qui tomba 
au pouvoir des Croisés. Louis IX se dirigea ensuite sur 
Massera ^), ville située sur le Nil, près de laquelle les Infi- 
dèles étaient campés (1350). Fr. Pierre commandait l'avant- 
garde. Après avoir passé le fleuve, il se jeta à l'improviste 



1) n s'agit de la Massoure (aujourd'hui Mansourali B.-E. sur la 
branche orientale du Nil, à 59 K. S.-O. de Damiette. 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 37 

sur l'ennemi qu'il massacra et mit en fuite. A ces heui'eux 
débuts devaient succéder trop tôt, on le sait, la destruction 
de l'armée chrétienne, la captivité du roi Louis IX, de 
plusieurs princes et du maître, Pierre de Villebride. L'Ordre 
paya pour le rachat de son chef une forte rançon; puis le 
Maître se retira avec le Roi, qui s'était racheté, lui aussi, 
au prix de Damiette et de 800.000 besants d'or '), à Saint- 
Jean-d'Acre, où il tomba malade et mourut, en 1251. 

Son tombeau le montrait de face, sous un arceau sup- 
porté par quatre colonnes, devant un autel, vêtu du long 
manteau, tête nue, les mains levées comme pour bénir. On 
j lisait les inscriptions suivantes: Prudens simplicitas amorque- 
recti. — Fr. Petro a Villàbrida HierosoUmitanorum equitum 
magistro ... 

XVIIL Frère Guillaume de Chateauneue 

(1251-1260) 

était Français d'origine. Doué d'une grande fermeté de 
caractère, et animé du désir de faire observer les règles de 
l'Ordre, il châtia souvent, même par des pénitences publi- 
ques les Chevaliers qui y manquaient. Ce fut sur ses 
conseils que le roi Louis IX entreprit l'expédition contre 
la ville de Bellina et, grâce aussi à la coopération de l'Ordre, 
que l'expédition réussit. Rappelé en France par la mort de 
sa mère, le Roi recommanda vivement au Maître la défense 
de la Terre-Sainte, et celui-ci y consacra tous ses efforts. 
Mais l'Italie et l'Espagne étaient en guerre, et Fr. Guillaume 
ne put obtenir les renforts dont il avait besoin. Il mourut 
de chagrin, en 1260, de voir tous ses appels à la chré- 
tienté demeurer infructueux. C'est sous son magistère, que 
le pape Alexandre IV donna à l'Ordre le château et le 
monastère du Mont-Thabor, ainsi que le monastère de 
Béthanie; c'est sous son magistère aussi, que le Souverain- 
Pontife, Innocent IV, déclara de nouveau l'Ordre, d'obédience 



^) Environ 7 millions de francs. 



38 L'ORDEE DE MALTE. 

directe et immédiate au Saint-Siège, afin de l'affranchir des 
vexations qu'il avait eu à souffrir de la part du Patriarche 
de Jérusalem et d'autres prélats de Palestine. 



GIRANDS MAITRES. 

I. Frére Hugues de Revel 

(1260—1278) 

était du Dauphiné. Il fut élu dans un moment déplorable 
pour la Terre-Sainte, envahie par les Infidèles et laissée 
sans secours par la Chrétienté. Il rendit à l'Ordre sa cohé- 
sion et sa force vitale, en consacrant tous ses soins au 
rétablissement de sa Règle et de ses Statuts originaires. 
n tint cinq Chapitres généraux, pour mener son oeuvre à 
bonne fin. A la valeur guerrière il joignait un grand fonds 
d'énergie. 

H résista dans Saint-Jean-d'Acre, au Calife d'Egypte, 
Bibars I®'^, et conclut même avec lui une trêve très-oppor- 
tune. Il fit de grands efforts afin de persuader à Louis IX 
d'entreprendre sa deuxième Croisade (VI® Croisade) en 1270; 
la mort du saint roi, survenue peu après la prise de Tunis, 
mit à néant les esjDérances de l'Ordre, qui demeura livré 
à ses propres forces \). 

Fr. Hugues eut cependant la satisfaction de voir l'Ordre 
honoré en sa personne par le Saint-Siège. Au concile 
oecuménique de Lyon (1274), sous le pontificat de Grégoire X, 
il fut placé au dessus de tous les princes séculiers. Il fut 
aussi autorisé à porter le titre de Grand-Maître que 
ses successeurs ont gardé depuis cette époque. Le Bref du 



') Nous lisons dans l'Histoire de l'Ordre Teutonique de De Val, 
que la bonne harmonie fut rétablie entre les Hospitaliers, les 
Templiers et les Teutoniques, par un arbitrage de trois délégués de 
ces Ordres, arbitrage confirmé par une Bulle de Grégoire IX, datée 
de Lyon, le 13 mars 1274;, et rapjDortée au Codice diplomatico di 
Malta, N" 11, p. 279. 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 39 

pape Clément IV est du 18 novembre 1267; ce même pape 
parlait de même dans une Bulle du 4 juin 1269, dans les 
termes les plus magnifiques, de l'Ordre: »Les frères de 
l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, y est-il dit, doivent 
être considérés comme les Macchabées duNouveau-Testament, 
Ce sont ces généreux chevaliers qui, ayant renoncé aux 
désirs du siècle, et abandonné leur patrie et lem-s biens, 
ont pris la croix pour se mettre à la suite de Jésus- Christ. 
C'est d'eux que le Sauveur des hommes se sert tous les 
jours pour purger son église des abominations des Infidèles, 
et, pour la défense des pèlerins et des chrétiens, ils 
exposent si courageusement leur vie dans les plus grands 
dangers.* ^) 

Fr. Hugues, premier grand-maître, mourut en 1278, 
après dix-huit années de gouvernement. Son mausolée le 
présentait assis dans une niche, en manteau de l'Ordre, 
avec l'épée et le rosaire. Les deux inscriptions latines 
signifiaient, l'une: Tar les lots et les conseils, puis par les 
armes; — l'autre: A Hugues de ReveJ, Maître des chevaliers 
de Jérusalem, dont la sagesse et l'éloquence furent telles que 
V Ordre sacré des Hospitaliers vengea plus souvent par le juge- 
ment de son chef que par les armes les injures des ennemis. 

IL rEÈRE Nicolas de Loegue 

(1278—1288) 

travailla d'abord à l'apaisement des haines entre son Ordre 
et celui des Temphers, puis entre ceux-ci et le comte de 
TripoU, et il y réussit, grâce à sa prudence. Le roi Hugues 
de Lusignan lui confia le gouvernement de son royaume 
de Jérusalem, et il s'acquitta avec sagesse de cette mission. 
Mais la perte de Margat, une des meilleures forteresses de 
l'Ordre, lui causa un vif chagrin et il mourut, désolé de 
cet événement, en 1288. Il avait tenu deux Chapitres 
généraux et ajouté de sages dispositions aux Statuts de 



') Vertot, Histoire de l'Ordre de Malte. 



40 L'ORDRE DE MALTE. 

l'Ordre. On lisait sur le tombeau de Fr. Nicolas, qui se 
tenait debout en armes, la main gauche à la poignée de 
sa longue épée, la main droite à la hampe du haussant 
déployé: La prudence militaire est le plus ferme lien- d'un 
empire. An MCCLXXXVIII. Gloire immortelle à l'invincible 
Nicolas Lorgne qui, le premier, fit porter la croix sur la cotte 
d'armes. 

III. Frère Jean de Villiers 

(1288—1294:) 

fut le troisième grand-maître. La chrétienté était divisée 
par la guerre; Jean de Villiers ne put donc, lui non plus, 
obtenir de secours de l'Occident, pour résister au Calife 
d'Egypte, qui conquit tout ce qui restait aux Chrétiens en 
Syrie. Barut, Sydon, Tripoli, Tj^r, Nefro, et même Saint- 
Jean-d'Acre, quoique héroïquement défendue par les Hospi- 
taliers et par une valeureuse phalange de TempKers et de 
Teutoniques, oublieux dans l'intérêt de la cause chrétienne, 
de leurs ressentiments passés, tombèrent en son pouvoir. 
Un incendie dont on ignore la cause provoqua la rupture de 
la trêve par le Calife Mélek Seraph, et, avant que l'Ordre 
eût pu recevoir des renforts, Mélek amena ses bataillons 
sous les murs de Saint-Jean-d'Acre. La garnison ne comp- 
tait que 200 Hospitaliers et à peu près autant de Templiers 
et de Teutoniques, le reste ayant succombé devant Tripoli. 
En comptant les troupes auxiliaires, on avait environ 
12.000 hommes. La ville était, il est vrai, très-peuplée, 
mais de marchands inhabiles au maniement des armes. Le 
port était encore libre: aussi le plus grand nombre des 
habitants purent-ils s'éloigner avec leurs richesses avant 
le commencement du siège. La diversité des nationalités 
allait rendre la défense plus difficile. On nomma à l'una- 
nimité gouverneur de la place, Pierre de Beaujeu, grand- 
maître des Templiers, et l'harmonie la plus complète ne 
cessa de régner entre les trois Ordres durant le siége- 
L'armée de Mélek comptait plus de 400.000 combattants 
d'Egypte, d'Arabie, des rives de l'Euphrate. Les ouvrages 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 41 

de l'ennemi avaient une étendue de trente milles anglais, 
dit notre chroniqueur, qui appartenait à cette Langue. On 
était à la fin de mars, lorsque Mélek, après avoir examiné 
les préparatifs de l'attaque, fit sommer la place de se rendre. 
Les Chevaliers ne répondirent pas; mais, au lever du jour, 
on entendit un formidable craquement: là où, la veille 
encore, se dressaient les fiers remparts de la ville, il n'y 
avait plus que des décombres. Quand la fumée et la pous- 
sière se furent dissipées, des cris de triomphe s'élevèrent 
du sein de l'armée sarrasine, et l'ennemi s'élança vers la 
brèche. Mais il y avait là un fossé large et profond, qu'un 
repli du terrain lui avait caché : il dut se retirer après des 
tentatives acharnées d'assaut, en abandonnant 5000 morts 
aux abords de l'enceinte. Ce n'était là qu'un instant 
de répit. La cavalerie reçut l'ordre d'avancer jusqu'au pied 
de la brèche, que les Chrétiens occupaient et qu'ils avaient 
munie de quelques grosses machines de guerre. La cavalerie 
s'élança donc au galop de charge, sur ses chevaux arabes 
si rapides: ses armes étincelaient aux rayons du soleil; 
c'était là l'élite des troupes du Calife. Mais le fossé béant 
arrêta le torrent humain et les machines de guerre abat- 
tirent des lignes entières de ces cavaliers serrés les uns 
contre les autres au bord de l'abîme infranchissable. Ces 
attaques se renouvelèrent cinq jours de suite avec le même 
insuccès, et chaque fois la moitié des assaillants resta sur 
le carreau. Le calife, voyant qu'il ne pourrait ainsi aborder 
le corps de place, résolut de faire combler le fossé. On y 
jeta donc d'énormes masses de terre et de pierres; mais 
l'eau courante les balayait et le fossé ne se remplissait pas. 
Le mois d'avril était passé et le siège n'avait pas fait un 
pas. Mélek alors s'impatienta, et, sans attendre davantage, 
il fit recommencer l'assaut. Le fossé avait encore une cer- 
taine profondeur; les Sarrasins reculèrent de nouveau en 
désordre. Mélek lança alors les Chages, les plus sanguinaires 
et les plus fanatiques musulmans de son armée. Ils se jetèrent 
dans le fossé et les Mamelouks passèrent sur leurs corps; 
mais derrière la brèche s'élevait une nouvelle muraille 



42 L'ORDRE DE MALTE. 

défendue par les Hospitaliers. La cavalerie fut repoussée; 
mais la sape et la mine se frayèrent un passage jusqu'au 
nouveau mur, qui s'écroula en entraînant tours et bastions, 
et en renversant entre autres la Tour-maudite^ ainsi nommée 
par les assiégeants à cause du mal qu'elle leur avait fait. 
Les assauts se succédèrent sans relâche; 500 Chypriotes 
lâchèrent pied, au moment du plus pressant péril, et s'em- 
barquèrent de nuit pour leur île, sous la conduite du roi 
Henri. Les Sarrasins pénétrèrent ce jour-là jusqu'au coeur 
de la place: il y eut nne mêlée terrible, une poignée de 
chevaliers rejeta enfin les assaillants jusqu'aux fossés, 
tandisque d'autres défenseurs balayaient les créneaux. H 
y eut ensuite un nouvel assaut et cette fois du côté de la 
Porte-Saint-Antoine. Les Mamelouks d'élite rencontrèrent 
là encore les Hospitaliers et les Templiers, qui semblaient 
être partout en même temps; mais ils perdaient chaque 
fois quelques uns des leurs, Fr. Jean de Villiers était même 
déjà grièvement blessé, lorsque le grand-maître des Templiers 
lui dit: »La ville est perdue sans retour. Faites une sortie, 
cela nous dégagera un instant et nous en profiterons pour 
compléter quelques, ouvrages de défense. Villiers, malgré 
ses blessures, se mit à la tête de cinq cent cavaliers valides 
et se jeta sur le camp ennemi, dans l'espoir de le surprendre; 
mais la cavalerie de Mélek se précipita sur cette petite 
phalange: la colonne de sortie ne put se dégager, qu'après 
avoir- livré un combat désespéré et après avoir perdu la 
moitié de ses hommes. Quand elle rentra dans la place, 
Beaujeu était blessé et la moitié de la ville était au pouvoir 
de l'ennemi. Le lendemain, il n'y avait plus qu'à livrer le 
dernier combat et à mourir. Les trois chefs d'Ordre tinrent 
conseil avec le Patriarche de Jérusalem, qui avait voulu 
rester à Acre pour donner du courage aux défenseurs. On 
pouvait fuir, car le port était toujours ouvert. Mais Acre, 
c'était pour les Chevaliers la Palestine tout entière, et mourir 
sous ses décombres, c'était mourir pour la Croix. Ils firent 
donc la veillée de la mort et se préparèrent saintement 
à la lutte suprême. Dès avant le lever du jour, les Sarrasins 



LES HOSPITALIERS LE S' JEAN. 43 

pénétrèrent clans la ville par la Porte-Saint- Antoine, massa- 
crant tout devant eux. On se battit de maison en maison, 
de rue en rue, de place en place. La moitié seulement des 
habitants put atteindre les vaisseaux dans le port. Les 
chevaliers et les soldats se virent entraînés par le ilôt des 
fuyards. Il n'j^ eut bientôt plus que quelques Hospitaliers 
debout: ils firent une retraite héroïque et parvinrent tout 
couverts de blessures à gagner une galère de l'Ordre. Les 
Templiers, non moins admirables, s'enfermèrent dans une 
tour et y bravèrent quelques jours encore les assauts. 
C'était là une lutte sans espoir: la tour fut minée, des 
milliers de Sarrasins tentèrent l'escalade, et, au moment oîi 
ils arrivaient aux créneaux, la tour s'écroula, ensevelissant 
sous ses niasses de pierre, Chevaliers et Lifidèles. Le car- 
nage dura quatre jours dans la ville: les Sarrasins s'y 
livrèrent aux plus odieux forfaits. Soixante mille chrétiens 
furent leurs victimes. Les Hospitaliers 3" avaient tenu durant 
cent ans et ils l'avaient conservée à la Croix, tant que leur 
courage avait pu suppléer le nombre. Le grand-maître, 
Fr. Jean de Yilliers, l'un des six chevaliers échappés au 
carnage, après avoir abandonné ce dernier boulevard de 
l'Occident en Palestine, dont la chute entraîna la perte de 
la Syrie tout entière, ariiva, sur la dernière galère de l'Ordre, 
dans l'île de Chypre, où le roi Henri II de Lusignan lui 
donna pour résidence la ville de Limisso, dans laquelle 
fut établi le siège de l'Ordre ^). 

Cet événement historique s'accomplit en 1291^). 

Le premier soin du Grand-Maître fut de convoquer les 
Chevaliers de toutes les Langues, qui accoururent à son 
appel, de construire un Hos^ntal et d'entourer la ville de 
fortifications, afin qu'elle pût résister aux attaques du dehors •'). 



^) V. Appendice. 

-) Comparez Histoire de VOrdre de Malte, par Vertot, et Histoire 
de VOrdre Teutonique, par De Val, ainsi que notre récit plus complet 
encore dans nos Aniudes de VOrdre Teutonique. 

^j C'est dans la première assemblée de l'Ordre que Fr. Jean de 
Villiers adressa aux Chevaliers cette allocution que l'histoire a con- 



4^ L'OEDEE DE ilAETE. 

H y tint deux Chapitres généraux, d'autant plus importants 
que, selon Vertot, »Tout V Ordre était passé, pour ainsi dire, 
dans Vile de Chypre'^<; on y imposa une barrière au luxe et 
on y fixa les règlements relatifs à l'élection des grands- 
maîtres, qui furent en "^-igueur jusqu'en 1623. époque de 
l'élection de Fr. x4.ntoine de Paula. 

Il mourut à Limisso. en 1294. Son modeste tombeau 
a été brisé et il ne reste de visible des inscriptions que 
ces mots: D. O. . . . Viro ilïustr. Joanni de ViUiers . . . 

IV. Feèee Odox de Pins 

(129i— 1296) 

fut élu à Limisso, dans l'île de Chypre. Il ramena les 
chevaliers à l'observation des Règles de l'Ordre et siurtout 
à la pratique de la discipline religieuse qui s'était relâchée 
pendant les luttes à outrance des dernières années. Mais, 
pour une raison que la Chronique ne nous a pas transmise, 
il s'attira à tel point la haine de ses Chevaliers qu'ils 



servée. Nous la donnons en français moderne, d'après Tertot : 
»Le grand-maître parut, dit ce chroniqueur, avec une contenance 
triste, mais qui ne lui faisait rien perdre de cet air de grandeur que 
donne la vertu et que les plus grands malheurs ne peuvent abattre, 
et, adressant particulièrement la parole aux Clievaliers qui venaient 
d'arriver d'Occident: Votre diligence, leur dit-il, à vous rendre à nos 
ordres, et le courage dont vous paraissez animés, me font voir malgré 
toutes nos pertes, qu'il y a encore au monde de véritables Hospita- 
liers, capables de les réparer. Jérusalem, mes chers frères, est tombée, 
comme vous savez, soiis la tyrannie des Infidèles ; une puissance 
barbare, mais formidable, nous a forcés d'abandonner pied à pied la 
Terre-Sainte. Depuis plus d'un siècle, il a fallu livi-er autant de 
combats que noixs avons défendu de places: Saint-Jean-d'Acre vient 
d'être témoin de nos derniers efiorts, et nous avons laissé ensevelis 
sous ses mines presque tous nos chevaliers. C'est à vous à les 
remplacer ; c'est de votre valeur que nous attendons notre retour 
dans la Terre-Samte, et vous portez dans vos mains la vie, les biens 
et la liberté de vos frères et surtout de tant de Chrétiens qui 
gémissent dans les fei's des Infidèles. L'assemblée ne répondit que 
par une généreuse protestation de courage.* 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 45 

voulurent le déposer. Le pape Boniface VIII manda Odon 
à Rome, afin de s'éclairer sui' cette situation si contraire 
aux intérêts de la communauté. Le grand-maître tomba 
malade et mourut pendant son voyage, à Barlette, dans 
le Couvent de l'Ordre, en 1296. Son tombeau, formé comme 
celui du grand-maître de Villiers, d'un massif sans orne- 
ments, a été très-endommagé. On y lit encore: Heus Viator 
Deinde ut Magis. Otoni . . . A pinihus . . . vixit anno . . 
vale et vive . . . nostri ac tui memoria ... A la base on 
lisait ce vers qui semble avoir été d'une date postérieure : 
Saxis nominisque venit mors efiam. 

V. Frère Guillaume de Yillaret 
(1296—1308) 

fut élu grand-maître, le 24 mars 1296, tandis qu'il se trouvait 
dans son prieuré de Saint-Grilles (France). IL se rendit 
immédiatement à Limisso, où il calma les esprits agités 
par les derniers différends avec son prédécesseur. Le pape 
Boniface YIII lui fit don des biens de l'hôpital d'Abracco, 
en Russie, et de l'abbaye de Yenosa, dans le roj^aume de 
Naples. L'Ordre s'allia, sous ce magistère, avec le roi 
d'Arménie, Hétoum II, assisté par Gazan, roi des Tartares, 
et contribua aux victoii'es sur les Infidèles de S^a'ie (1302). 
Fr. Guillaume tint deux Chapitres généraux. 

La Terre-Sainte était perdue pour la Chrétienté, et, 
pour des raisons que nous donnerons plus loin, le séjour 
des Chevaliers à Limisso devenait impossible. Fr. Guillaume 
de Villaret conçut donc le projet de s'emparer de l'île de 
Chypre, qui était au pouvoir du schismatique Gualla et 
d'y transporter le siège de l'Ordre. Il alla même sous un 
déguisement dans cette île, afin de se rendre compte de 
sa situation; mais la mort le surprit, à Limisso, avant 
qu'il pût exécuter ce projet, qu'il légua à son frère et 
successeur, Fr. Foulques de Villaret. Fr. Guillaume fut 
inhumé à Limisso ; son mausolée, à Rhodes, le représentait 
debout, en manteau, avec la toque, l'épée et le rosaire. 



46 



L"ORDRE DE MALTE. 



Parmi les inscriptions, nous citerons celles-ci: A Guillaume 
de Villaret. né en Provence, qui, étant à Avignon pou/r les 
affaires de V Ordre sacré de Jérusalem, fui^ en son absence, 
nommé en Chypre lïaître, p)Our la grandeur de son courage et 
les ressources de sa sagesse. De la Lycie voisine, il descendit 
le premier dans l'île des Bhodiens. — L'oeuvre a été accomplie 
par son frère, en MCCCIX, et, suivant le voeu de celui-ci, les 
chevaliers de l'Ordre sacré de Jérusalem lui ont fait élever ce 
moïiumeni. 

Qui peut sonder les desseins de la Providence! C'est 
au moment où les Chevcdiers Rospitcdiers de Saint-Jean-de- 
Jérusalem et du Saint-Sépulcre, double titre auquel ils pou- 
vaient prétendre^), semblaient menacés dans leur existence, 

^j ZSous n'en voulons d'antres preuves que les monnaies et 
médailles, monuments indiscutables, frappées par l'Ordre, de 1623 
à 1798. que nous décrivons au cours de ces Annales, d'après les 
originaux. Souvent nous y trouvons: Grand-Maître de THospital et du 
Saint-Sépulcre de Jérusalem: M. M. H. SS. — M. M. H. ET S. SEP. 
H. — M. M. H. ET SAXCTI SEPYL. lERYSA. - M. M. HOSPITALIS 
ET S. SEPVL. HIERVS. — HOSPITA. ET S. HIERVS. — M. M. 
HOSPITAL. ET S. SEP. HIER. — M. MAG. HOSP. ET S. 
SEPVLCHRI HIERV. - MAGN. MAGIS. HOS. ET S. SEP. HI. — 
M. M. H. S. SEP. — M. M. H. ET S. S. H. - M. M. H. S. S. HIE. — 
M. M. H. ET S. S. H. — M. M. H. S. — Il est regrettable qu'une 
telle légende, employée évidemment, lors de la réforme monétaire, 
pour bien marquer le souvenir d'un titre traditionnel, n'ait pas été 
conservée dans la médaille commémorative de 1879: mais les légendes 
que nous venons de grouper font foi. II nous semble du reste bors 
de dou.te que ce titre de Chevaliers du Saint-Sépulcre fut confii-mé 
à rOrdi-e de Saint-Jean, par le pape Paul Y (1605—1621) ; ce n'est 
qu'en 1492 qu'Alexandre YI remplaça les chanoines du Saint-Sépulcre 
fondés par Godefroy (1099 , supprimés par Innocent A'III (avril 1485), 
(Selon Smitmer, N" 122. p. 100. la buHe d'Innocent YIEL est du 
28 mars 1489), par une fraction de l'Ordre de Saint-Jean, qui eut 
plus particuhèrement ce titre ; 1492— 1621), en même temps que la 
garde du Sarut-Sépulcre au miUeu des Infidèles, puis cessa d'être 
autonome (1621). Le titre fit alors retour à l'Ordre. On pourrait ainsi 
exphquer la légende des monnaies et médailles, à partir de 1623. 
Yoici enfin des documents propres à faire cesser toute espèce de 
doute sur le droit de nos ChevaHers au titre de Chevaliers du Saint- 
Sépulcre. Le premier est le libellé officiel de la protestation du grand- 



LES HOSPITALIERS DE S' JEAN. 47 

que l'Ordre allait acquérir les droits de souveraineté et 
devenir plus encore peut-être qu'à son origine dans la 
Ville-Sainte, l'association des cliampions de la civilisation 
et de la Foi, gardant l'Europe contre les corsaires et la 
chrétienté contre l'Islam; s'imposant au monde chrétien 
aussi bien qu'au monde barbare par le retentissement de 
leurs exploits! 



maître Hompesch, datée de Trieste, 12 octobre 1798, Cet acte cominence 
ainsi: Le grand-maître de l'Ordre de Saint- Jean-de-Jérusalem, du Saint- 
Sépulcre, de Dominique et de Saint-Antoine de Vienne, tant en son privé 
nom qu'au nom de tout V Ordre, etc. C'était conforme à la tradition. 
Voici en effet l'en-tête des plus anciennes ordonnances du Magistère: 
Nos X Dei gratia S. Domus Hospitalis et militaris Ordinis S. Sejndcliri 
Magister humilis, Pauperumque Christi custos . . . , et la signature au 
bas de ces ordonnances: Magister Hospitalis Hierusol. et S. Sepulchri. 
Le Père Hélyot, dans son Histoire des Ordres religieux, dit qu'en 
1485 les biens de l'Ordre militaire du Saint-Sépulcre furent réunis 
par Innocent VIII à ceux de notre Ordre et que cet acte fut confirmé 
par Jules II, en 1505: il s'appuie sans doute sur le texte de la Bulle 
de Jules II (Homani Pontifias henignitas) datée de Rome, auprès de 
S' -Pierre, le 25 juin 1505, citée d'après Escluseaux, p. 114, par 
Pauli, C. d. di M., II, p. 172, N" 144. C'est cette bulle qui mentionne 
la suppression des Ordres militaires du S' Sépulcre et de S' Lazare 
par Innocent VIII et la réunion de leurs biens à l'Ordre de S' -Jean- 
de-Jérusalem, puis confirme à nouveau la décision d'Innocent VIII, 
ainsi que les privilèges accordés par les papes ses prédécesseurs. 



LES CHEVALIERS DE RHODES^. 

(1309—1530) 

Le séjour des Clievaliers Hospitaliers de Saint- Jean-de- 
Jérusalem en Chypre fut, nous allons le voir, d'assez courte 
durée. Cette île si proche des côtes de Syrie ne leur offrait 
pas un lieu d'asile, où ils pussent se mouvoir en liberté et 
d'où ils pussent accomplir cette partie de leur sainte mission 
d'Ordre militant, qui était la lutte contre les Infidèles et 
la poursuite sur mer des corsaires des Etats Barbaresques 
devenus la terreur du bassin méditerranéen. En Chypre, 
ils étaient même en quelque sorte trop près des Lieux- 
Saints, pour échapper à une surveillance jalouse, qui ne 
leur eût pas laissé le temps de se préparer efficacement 
à coopérer à quelque grand effort de l'Occident chrétien 
pour la délivrance du Saint-Sépulcre ou à prendre l'initiative 
d'une glorieuse revanche des revers que leur héroïsme 
n'avait pu conjurer. 

Combattre, telle était la loi de leur existence comme 
Ordre religieux de chevalerie, et telle était la condition 
essentielle de la perpétuation de leur haute renommée. 

VI. Frère Foulques de Villaret 

(1307—1319) 

après son élection au grand-magistère, songea, conformément 
au testament de son frère et prédécesseur, à établir le siège 
de l'Ordre sur une autre île de la Méditerr année. Les pré- 



^) V. Appendice. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 49 

tentions de Henri, roi de Chypre, qui voulait frapper de 
hautes redevances les Chevaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem, 
lui firent hâter l'exécution de cette mesure de salut. Le 
pape Clément V avait reconnu à l'Ordre, par un Bref, le 
droit de s'emparer de toutes les îles des côtes d'Asie et 
d'Afrique, en lui en conférant par avance et pour tous les 
temps la propriété. L'Ordre avait peu à peu rétabli sa flotte, 
Foulques résolut alors d'enlever Rhodes aux empereurs 
grecs qui en avaient la souveraineté nominale, malgré les 
Turcs qui tenteraient sans doute de s'y opposer. Il noua 
des négociations avec le roi de France, Philippe-le-Bel, et, 
par son intermédiaire, avec le Saint-Siège; il reçut du pape 
et du roi d'importants subsides. Charles II de Sicile voulut 
concourir à cette entreprise; Gênes arma dix galères; l'Ordre 
Teutonique prit part à l'expédition, il y devait conquérir, 
aux côtés des Chevaliers de Saint -Jean, des lauriers 
impérissables, sous le commandement de son grand-maître. 
A la fin de l'année 1309, la flotte fut réunie et l'on 
fit voiles sur l'île de Rhodes, après s'être ralliés près de 
Makri de Lycie, sur la côte de Caramanie. Mais les Infi- 
dèles, eux aussi, étaient prêts; ils avaient jeté de tous les 
]3ays voisins dans Rhodes des masses de troupes, et la 
Syrie pouvait leur fournir continuellement des renforts et 
des subsistances. La lutte dura quatre ans; elle fut acharnée; 
mais enfin la victoire resta à la valeur, à la ténacité, aux 
prodigieux efforts de l'Ordre. Lindos tomba d'abord au 
< pouvoir des Chevaliers, puis Rhodes fut emportée (15 août 
1310), puis peu à peu l'île tout entière, et, avec cette île 
d'autres plus petites tombèrent au pouvoir de l'Ordre (Nysiros, 
Leros, Calymnos, Episcopia, Chalcé, Syme, Télos et Cos). 
Clément V confirma solennellement les Chevaliers dans 
la possession de leur conquête. La Bulle pontificale confère 
pour la première fois aux Chevaliers Hospitahers de Saint- 
Jean-de-Jérusalem, ce titre de Chevaliers de Rhodes qu'ils 
n'ont cessé de porter depuis cette époque (1.313). C'est 
aussi en ce temps-là que le pape Clément V, dans un Con- 
sistoire secret, tenu pendant le Concile de Vienne (Dauphiné), 

SALLES : L'OKDUE DE MALTE. 4 



50 L'OEDRE DE MALTE. 

supprima l'Ordre des Templiers (1312) et que les riches 
commanderies de ces chevaliers, sortis en 1118 des rangs 
de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, furent affectées 
à celui-ci et lui fournirent de nouvelles ressources pour 
accomplir sa mission d'ordre militant et maritime. Une 
nouvelle ère de gloire s'ouvrit pour lui,' sa renommée 
s'étendit de plus en plus. Quelque petites que fussent ses 
possessions d'Orient, quelque exposées qu'elles fussent à 
toutes les attaques du dehors, il pouvait rivaliser avec de 
plus grandes puissances. L'île, jadis célèbre, recouvra son 
ancienne importance: son commerce s'étendit au loin, ses 
ports s'ouvrirent à tous les vaisseaux de l'Europe, la flotte 
des Chevaliers tint la mer. Des forts s'élevèrent pour la 
défense des approches de l'île qui put bientôt, grâce à 
ces travaux, braver une première tentative d'Othman-le- 
Yictorieux, sultan des Turcs. Les Chevaliers achevèrent 
de mettre en désarroi les troupes assiégeantes, en les 
attaquant en rase campagne et en leur infligeant en 
bataille rangée une sanglante défaite. C'est à propos de 
cette victoire que tous les historiens racontent les uns 
après les autres, que l'honneur de la journée revint en 
grande partie à Amédée Y, comte de Savoie, dont les 
troupes de secours et la valeur personnelle auraient sans 
doute été de puissants auxiliaires pour les défenseurs de 
E-hodes, plus intrépides que nombreux ^). Les mêmes historiens 
nous expliquent à leur façon la signification de la devise 
de l'Ordre de l'Annonciade, fondé en 1362, par Amédée YI, 
duc de Savoie, en souvenir de cette glorieuse victoire de 
son aïeul, et dont le roi régnant est le grand-maître depuis 
la réorganisation, le 3 juin 1869. Cette devise est formée 
par les lettres: {F. E. R. T. Fortitudo ejus Rhodum tenuit). 
Ils prétendent même que c'est depuis cette bataille, que la 
Maison de Savoie aurait remplacé, dans ses armes, l'aigle 



^) Nous en exceptons Vertot et Villeneuve, qui démontrent au 
contraire que le fait est de pure invention, car Amédée V n'a pas pu 
être à Rhodes en ce temps-lâ, puis qu'il était occupé ailleurs. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 51 

de Savoie par la croix de Saint-Jean en champ de gueules, 
qui ne s'y trouve pas. 

C'est de 1313, que date vraiment l'histoire de l'Ordre, 
en qualité d'Ordre souverain^ sous le gouvernement de ses 
grands-maîtres électifs. C'est de 1313 aussi, que date le 
droit de battre monnaie, que l'Ordre exerça jusqu'en 1798, 
à Malte comme à Rhodes, et qui est l'apanage exclusif de 
la pleine souveraineté. 

Nous voyons en ces temps l'Ordre traverser une crise, 
qui pouvait devenir fatale pour sa renommée et mettre en 
question son existence à venir. Les richesses acquises par 
suite de la transmission aux Chevaliers de Rhodes des com- 
manderies vacantes des Chevaliers du Temple, et par suite 
de prises nombreuses sur les corsaires, inspirèrent l'amour 
du luxe et des plaisirs aux nobles champions, liés par le 
triple voeu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. La 
dissension se mit même un instant parmi eux, et voici sur 
le conflit qui s'éleva entre une partie des membres de 
l'Ordre et le G-rand-Maître, une opinion assez accréditée. 
Beaucoup de chevaliers le déposèrent et élurent à sa place 
Maurice de Pagnac, mais Fr. Foulques en appela au Saint- 
Siège. Le pape Jean XXLE envoya donc deux commissaires 
à Rhodes, pour y instruire l'affaire et mander à son tribunal, 
à Avignon, les deux parties, Villaret et Pagnac. L'accueil 
fait à Villaret, dans toutes les villes où il passait, prouva 
en quel haut honneur la Chrétienté tenait le conquérant 
de Rhodes; le Souverain Pontife lui fut plus favorable que 
contraire; Villaret fut confirmé dans sa dignité, après que 
la mort de Pagnac (1318j eût rendu plus facile la solution 
du différend. Fr. Foulques n'en résigna pas moins sa charge, 
en 1319; il fut pourvu en échange, de la commanderie de 
Capoue, l'une des plus riches de l'Ordre, qui fut déclarée 
à cette occasion franche et libre de tout lien d'obédience 
envers le grand-maître qui lui succéderait. Nous enregistrons 
cette dernière circonstance, rapportée par les chroniques, 
sans être trop disposé à y donner créance. — Il avait occupé 
quinze ans le magistère et s'était acquis un grand renom ])ar 

4* 



52 L'ORDRE DE MALTE. 

ses hauts-faits et par l'élévation de l'Ordre des Chevaliers 
Hospitaliers de Saint-Jeaii-de-Jériisalem au rang d'Ordre 
souverain, par le fait de la conquête et de l'investiture 
d'une possession territoriale. 

Les premières monnaies qu'il a frappées, représentent, 
d'un côté, le grand-maître agenouillé devant une croix 
patriarcale, accotée de l'a et de l'o); on voit au-dessous 
de la croix un M et derrière le grand-maître: I:B,:L': 
Foulques porte la croix au manteau. A l'entour, on lit: 
)^ PR • pvLCO • D • viLL'RETO • Di • GE, • — Au revers, est la croix, 
au centre; à l'entour, dans un premier cercle: ^ lbeell'- 
RODi • ; à l'entom-, dans le cercle extérieur : ^ mro • hopital'I • 
QVET SGI lOHis — D'autrcs monnaies postérieures de lui 
offrent quelques modifications de peu d'importance. 

Il mourut à Montpellier, en 1327, et y fut inhumé 
dans l'Eglise-de-Saint-Jean. Les chroniques de l'Ordre 
parlent en général de lui dans les termes les plus magni- 
fiques et l'on a retrouvé sur une tapisserie de son temps, 
au dessous de son portrait, cette inscription qui célèbre 
ses mérites: Magister de provmcia, frater Folquetus de Villareto, 
vir praestans, pius-, magnanimus. Hic relicto Cypro Bhodwn 
ingressus est et urhem insulmngue cum sua classe (flotte) in 
deditioneni accepit anno domini MCCCVIII. L'inscription 
gravée sur son sarcophage de marbre ne parlait pas de 
son abdication^): Anno Domini M-C'CC-X-X- VII die 
scilicet la semptenibris ohiit nohilissimus Dominus Frater 
jtolquetus de Villareto, magister magnus Hospitalis Sacrae 
Domus Sancti Joannis-Baptistae Hierosolymitani, cujus anima 
requiescat inpace, Amen. Die pro me Pater Noster, Ave Maria"^). 

VIL Frère Hélion de Villeneuve 

(1319-1346) 

fut élu après l'abdication de Villaret, par le Chapitre de 
l'Ordre, réuni à Avignon, sur le conseil du pape Jean XXII, 

^) L'EgHse-de-Saint-Jean, à Montpellier a été détruite pendant 
les guerres de religion. 

2) PauH, C. cl di M. II, p. 163. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 53 

qui avait ce chevalier en liante estime. Né d'une noble 
famille de Provence, en 1263, il avait de bonne heure 
prononcé ses voeux et s'était signalé en Terre-Sainte par 
sa erande valeur, surtout à la défense de Saint-Jean d'Acre, 
dont il fut un des survivants. Son courage, son zèle pour 
la religion, la pureté de sa vie le rendaient digne de la 
dignité suprême. Il s'arrêta quelque temps en France, et, 
dans un Chapitre de l'Ordre, tenu à Montpellier, il répartit 
les Chevaliers en huit langues, en prenant pour base la 
nationalité de chacun d'eux. Il espérait ainsi apaiser les 
rivalités entre ces gentilshommes appartenant à l'élite de 
la noblesse de tant de pays différents, et par conséquent 
fiers, fougueux, difficiles à contenir, H y eut donc, en 
suivant leur rang d'ancienneté, la Langue de Provence, 
celle d'Auvergne, celle de France, celle d'Italie, celle 
d'Aragon, celle d'Angleterre, celle d'Allemagne, celle de 
Castille et Portugal ^). Tout en restant membres d'une même 
famille, tout en vivant sous une règle unique, tout en 
partageant les mêmes devoirs et en conservant la même 
bannière, le même habit, le même chef suprême, les che- 
valiers de chacune de ces Langues formèrent un corps à 
part, ayant son existence proj^re, ses maisons particulières 
dites Auberges^ ses chefs nationaux. Sauf les extinctions de 
fait que la suppression de plusieurs Langues, ou les modi- 
fications que les changements dans le groupement d'autres 
Langues ont occasionnées, cette division territoriale subsiste 
et subsistera en principe, aussi longtemps que l'Ordre même. 
C'est dans ce même chapitre, qu'afin d'empêcher qu'à 
l'avenir les Chevaliers ne restassent dispersés et comme 
ensevelis dans les commanderies d'Europe, il fut décidé 
que tous ceux qui n'auraient pas fait à la maison Chef- 
d' Ordre un certain nombre d'années de' résidence actuelle, 
et qui n'auraient pas servi dans les guerres contre les Infi- 



^) Nous avons reproduit sous le magistère de Fr. Raymond du 
Puy, la version d'après laquelle ce premier maître de l'Ordre aurait 
déjà fait la même répartition. V. Appendice, pour l'existence des 
Auberges des Langues. 



54 



L'ORDRE DE MALTE. 



dèles et sur les vaisseaux de la Religion (Caravanes)^ seraient 
incapables de revêtir les dignités de l'Ordre. Il fut nommé 
en même temps huit baillis conventuels, ayant voix au 
Conseil, sous la présidence du Grrand-Maître, et obligés à 
la résidence à Rhodes (Piliers). Ils avaient la direction des 
Auberges et ne pouvaient être choisis que parmi les grand' 
croix et les hauts dignitaires. Fr. Hélion de Villeneuve 
eut aussi à s'occuper du règlement de la question des biens 
abandonnés aux Chevaliers de Saint-Jean, lors de l'abolition 
de l'Ordre des Templiers. Tandis qu'il était retenu en 
France et en Europe par tous ces soins, relatifs à une 
meilleure organisation de l'Ordre et à une meilleure admi- 
nistration de ses possessions, le Lieutenant du Magistère, 
qu'il avait nommé, conformément aux Statuts, pour le 
temps de son absence, Fr. Gérard de Pins remporta une 
grande victoire navale, dans les eaux de Rhodes, sur 
Orkhan, le successeur d'Othman (1326). Ce prince aspirait 
à reprendre Rhodes et il crut pouvoir réaliser facilement 
son projet, en profitant de la zizanie qui, lui afiirmait-on, 
divisait les Chevaliers. Il réunit donc une flotte de quatre- 
vingts vaisseaux et fit voiles sur l'île. Fr. Gérard préféra 
livrer bataille sur mer, à attendre l'ennemi derrière ses 
murailles. Il fit donc monter à bord des quatre galères 
dont il disposait et des bâtiments marchands, à l'ancre 
dans le port, les chevaliers et les troupes de l'Ordre, ainsi 
que tous les habitants en état de porter les armes, et alla 
au devant de l'ennemi. Six galères génoises, qui venaient 
d'arriver à Rhodes, se joignirent à lui. La flotte turque 
tout entière fut dispersée et beaucoup de vaisseaux otto- 
mans furent pris ou coulés à fond. 

Fr. Hélion de Villeneuve arriva enfin à Rhodes, en 
1332; sa présence y était devenue extrêmement urgente: 
en l'absence du Grand - Maître, un certain nombre de 
chevaliers s'étaient retirés dans leurs commanderies, et le 
Trésor de l'Ordre était fort appauvri. Fr. Hélion se mit 
courageusement à l'oeuvre, pour compléter les fortifications 
de Rhodes et réparer celles qui existaient: il fit entre 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 55 

antres bâtir le Fort-de-Villeneuve et consacra ses propres 
revenns an paiement d'nne partie de ces travaux. Il remit 
l'ordre dans les finances, obérées par les dépenses occasion- 
nées par l'enrôlement des troupes auxiliaires lors de la 
conquête de l'île et par les améliorations réalisées dans les 
domaines des Templiers. Il s'occupa de l'amortissement de 
la dette de la communauté. Il eut ensuite, dans les trois 
dernières années de sa vie, des luttes à soutenir contre les 
Infidèles. Il battit, à la tête de vingt-mille hommes, à Rio 
del Salado ^), le 30 octobre 1343, le roi maure, Abou'l Haçan, 
qui disposait de forces bien supérieures en nombre. De 
son côté, Fr. Jean de Biandra, prieur de Lombardie, géné- 
ralissime de la flotte rhodienne, prit avec l'aide des vais- 
seaux du Pape et de ceux de la République de Venise, sur 
Omar Bey, émir d'Aïdin, la ville de Smyrne, oii il laissa une 
garnison (1344). 

Fr. Hélion mourut, le 27 mai 1346, comblé de jours 
et d'bonneurs. Il avait 83 ans, et avait gouverné l'Ordre 
pendant 27 ans et convoqué sept Cbapitres généraux. Son 
mausolée le présentait assis, sous un dôme porté par quatre 
colonnes, auxquelles pendaient les diverses pièces de son 
armure. Il était en manteau, la tête ceinte d'une couronne 
de laurier, le sceptre dans la main droite, l'épée dans la 
main gauche. Voici les inscriptions qui s'y trouvaient : 
Foris arma domi justum imperium. — Helias Villanova iG-allus 
provincialis in toga et militia spectatus a Joann. XXII. Pont. 
Max. H. E. 0. quae Folquetus antec. acquisivit sapienter ser- 
vavit et auxit fortiter. — Et a suis M. Félix vocatus est. 

Le sceau de plomb (Bulle) de ce grand-maître montre, 
à l'avers, le grand-maître à genoux devant la croix patriar- 
cale, avec cette inscription: ^ frater elyonvs cvstos pam 
(pauperum).^ et, au revers un malade couché, à sa tête une 
croix, au dessus de lui une lampe, à ses pieds un encensoir 
allant vers lui, avec cette inscription: )$( hospitalis iervsalim. 

^) Rio del Salado, ou Eio Salado est une rivière d'Andalousie 
qui coule près de Tarifa. 
^) En Anatolie. 



56 L'OEDEE DE MALTE. 

C'est là le type des sceaux des grands-maUres depuis rorigine. 
Le sceau de couvent ou de la Fieligion est autre: il représente, 
conformément aux Statuts de l'Ordre, le grand-maître et 
les huit baillis agenouillés devant la croix patriarcale; au 
revers, est le sceau des grands-maîtres; les inscriptions 
sont ainsi conçues: ^ b^lla maq-istr et coj^tentvs, et 
HOSPiTAXis lERvsALiii. Dans les monnaies que ce grand-maître 
fit frapper, on remarque sur toutes, au revers, la croix 
ornée, à l'avers, le grand-maître à genoux devant la croix 
patriarcale, avec cette seule différence que, dans les unes, 
celui-ci n'a pas de capuclion et qu'il a la barbe courte et 
frisée, tandis que dans d'autres, il a le froc à capuchon, 
la barbe longue et pointue. Cela nous indique l'âge du 
grand-maître, lorsque ces différentes pièces furent succes- 
sivement frappées. 

VIIT. Frère Dieudonké de Gozon, 

(1346-1353) 

d'une famille ancienne du Languedoc, succéda à Villeneuve. 
Un haut-fait, par lequel il se signala sous son prédé- 
cesseur lui donna accès aux premières dignités de l'Ordre. 
L'histoire a poétisé cette action héroïque et la légende 
s'en est emparée pour lui donner des proportions presque 
surhumaines. Sm sOn tombeau se lisait cette fière inscrip- 
tion: Ci-gît le vainqueur du dragon; Schiller, le plus grand 
génie poétique de l'Allemagne, a immortalisé son nom, 
dans son poëme : Der Kampf mit dem Drachen (Le Combat 
avec le dragon). Voici le fait, dépouillé de l'auréole mer- 
veilleuse dont il peut se passer, sans que le héros en soit 
en rien diminué. Un énorme serpent ^) infestait lîle de 
Rhodes depuis plusieurs années: il s'attaquait aux bestiaux 
et même aux hommes, et,- plusiers Chevaliers ayant succombé, 
en essayant de le combattre, le Grand-Maître interdit le 
renouvellement de telles tentatives, sous peine de ^jcr^e de 



^) D'autres disent un crocodile. Nous préférons un seii^ent: 
c'était une spécialité traditionnelle de Rhodes. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 57 

l'habit. Fr. Gozon s'en alla en France, où il fit faire un 
monstre de carton ou de bois, semblable à l'animal et ayant 
des mouvements analogues. Il consacra ensuite plusieurs 
mois à habituer son cheval de bataille à approcher de ce 
monstre sans crainte, et à dresser deux forts molosses à 
l'attaquer. Puis il s'en revint en secret à Rhodes, pour 
accomplir son dessein. Il marcha sur l'animal redoutable, 
et, grâce à la docilité de son bon destrier et à l'attaque 
vigoureuse de ses dogues, il put en approcher et le tuef 
avec sa lance. Le peuple vint, à la nouvelle de cette victoire, 
l'acclamer comme un sauveur; mais le Grand-Maître se vit 
forcé, conformément à son ordonnance, de le faire empri- 
sonner et de le traduire devant le Conseil qui le déclara 
indigne de porter l'habit pour fait de désobéissance. Une 
fois cette satisfaction donnée à la discipline hiérarchique, 
Villeneuve réhabilita le chevalier; il le nomma ensuite 
commandeur et peu de temps après il l' éleva à la dignité 
de Lieutenant du Magistère. 

Aussitôt après son élection, Fr. Dieudonné de Gozon 
rassembla la flotte chrétienne dont il maintint le comman- 
dement à Jean de Biandra, qui avait fait ses preuves sous 
le magistère de Villeneuve. En 1347, il vint au secours 
de Constantin, roi d'Arménie (Cilicie), contre les Egyptiens, 
contre lesquels ce prince avait en vain demandé assistance 
aux rois de France et d'Angleterre. Soutenu par les 
Chevaliers de Rhodes, Constantin remporta la victoire à Issus 
(Alexandrette). La flotte de l'Ordre battit aussi sur mer la 
flotte égyptienne et prit à l'ennemi cent dix-huit vaisseaux. 
On voit avec quel succès les Chevaliers poursuivaient 
l'accomplissement de leur sainte mission de soldats du Christ, 
contre les Infidèles. Et cependant Grozon avait fort à faire 
avec les chevaliers des Langues diiférentes qui ne versaient 
point à la caisse du magistère les responsions. Ne pouvant 
parvenir à faire respecter les Statuts de l'Ordre sur ce 
point essentiel, puisque pour guerroyer les subsides sont 
nécessaires, il pria le pape Innocent VI d'accepter sa 
démission. Lorsque le Bref d'acceptation arriva à Rhodes, 



58 L'OKDEE DE MAETE. 

Fr. Diendonné de Gozoïi était sitt son lit de mort. Il s'éteignit, 
le 7 décembre 1353. Outre les fortifications nouvelles élevées 
par lui, nous devons rapporter à son magistère les premiers 
travaux de la jetée du port e^ la tenue de deux Chapitres 
généraux. Nous avons dit que son tombeau portait une 
courte inscription, très-éloquente dans sou laconisme, mais 
d'autres auteurs assurent que le mausolée, qui reproduisait 
d'une façon assez naïve le combat avec le serpent, portait 
non seulement l'inscription: Le génie vainqueur de la force. 
— mais encore cette éj)itaplie laudative: Dieudonné de 
Goson, simple chevalier, tua un serpent monstrueux, d'une 
horrihlc grandeur. — Nommé tribun œrlinaire perpétuel de la 
milice et lieutenant extraordinaire du grand-maître, d'ahord chef 
du conseil, il fut. par un exemple peu commun, nommé grand- 
maître des chevaliers par les électeurs. — ■ Ce monument a été 
posé aux frais des Français de Provence, l'an MCCCLXVI. 
Une des plus belles monnaies frappées sous son gouverne- 
ment est le sequin d'or reproduit par Bosio, dans son 
Histoire de l'Ordre. L'avers porte un S* Jean-Baptiste debout, 
remettant le laharum ou étendard de l'Ordre au grand-maître 
agenouillé devant lui. A gauche de l'étendard, on lit: mge, 
(Magister), à droite du Saint, s iohes b, et, à gauche à 
l'entour: f deodat; le revers montre un ange, avec un sceptre 
surmonté d'une fleur de lis, assis sur le tombeau vide du 
Christ, à l'entour: ^ hospital gvext : eodi. D'autres se 
rapprochent de celles des précédents grands-maîtres. 

Sous les successeurs immédiats de Gozon, commencèrent 
des jom^s de lutte contre les Chevaliers, sur les suggestions 
de Princes chrétiens, jaloux des triomphes de l'Ordre et 
avides d'acquérir pour eux-mêmes ses grandes possessions 
territoriales en Europe. 

IX. Frère Pieeee de Coexillax, 
(1354—1355) 

grand-prieur de Saint-Gilles, chevalier de la Langue de 
Provence, homme de moeurs sévères, doué d'une grande 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 59 

autorité sur les Chevaliers, fut élu par le Chapitre de 
Rhodes; il n'occupa que pendant dix-huit mois le magistère. 
L'Ordre eut alors, comme nous l'avons dit, à résister à des 
menées qui ne tendaient à rien autre qu'à la dépossession 
des Chevaliers de Rhodes par le Saint-Siège, sous prétexte 
que les richesses leur permettaient de s'amollir dans les 
plaisirs et entravaient ainsi l'accomplissement de leur mission 
contre les Infidèles; sous prétexte aussi que ces domaines 
tenaient beaucoup) de chevaliers éloignés de Rhodes, qu'ils 
semblaient avoir quittée sans esprit de retour, pour se 
livrer aux agréments d'une vie plus douce dans leurs com- 
manderies d'Europe. Les mérites personnels du Grrand-Maître 
conjurèrent d'abord l'orage suspendu sur l'Ordre; les réformes 
qu'il entreprit, aussitôt après son élection, dans un Chapitre 
réuni à cet effet, pour rétablir une sévère discipline auraient 
même dû paraître une réponse suffisante aux calomnies, et 
cependant il arriva bientôt à Rhodes un Bref d'Innocent VI, 
enjoignant au Grrand-Maître d'aller attaquer les Turcs sur 
leur propre territoire, d'abandonner Rhodes et de reporter 
le siège de l'Ordre en Palestine. Le pape était inspiré par 
cette idée, qu'en faisant une diversion dans les Etats turcs, 
on forcerait Orkhan qui avait porté ses armes jusqu'en 
Morée, à abandonner la poursuite de ses nouvelles con- 
quêtes pour couvrir son propre sol. Mais Comillan voyait 
le danger qu'il y avait, au point de vue de l'existence 
même de l'Ordre, à obéir à cette injonction. Il gagna du 
temps, en objectant qu'il lui fallait tout d'abord convoquer 
un Chapitre général, dans le but de combiner les mesures 
à prendre avant d'exécuter cette résolution. Innocent VI, 
voulant influencer plus facilement ce chapitre, ordonna 
alors par Bulle, qu'il devrait se réunir à Avignon. 
Fr. Pierre mourut sur ces entrefaites. Sa justice et son 
zèle lui ont mérité le titre de Correcteur des moeurs. Son 
mausolée le représentait assis et lisant ses Heures : il était 
en manteau, et avait lépée et le rosaire. Voici quelles 
étaient les deux inscriptions de ce tombeau: Fulcherrima 
premia DU moresque dahunt rosfri. — Censori et refoniiatori 



60 L'ORDRE DE MALTE. 

morum S. H. 31. M. M. (grand-maître de la milice sacrée de 
Jérusalem). -. — Anno M. CCCLVI. Rhodii cives hene merenti 
posuerunt. 

X. Frère Rogerj de Pin 
(1355—1365) 

fut élu au magistère clans ces conjonctures difficiles. II. 
était né en Languedoc et appartenait à une maison célèbre 
déjà par les clievaliers qu'elle avait donnés à l'Ordre 
(Odon de Pins, grand-maître [1294 — 1296] et Gérard de 
Pins, lieutenant du magistère sous Hélion de Villeneuve). 
Innocent YI persistait à vouloir- reporter le siège de l'Ordre 
en Palestine et il exigea que le nouvel élu se fît représenter 
par deux prieurs, au Chapitre général convoqué à Avignon 
sous son prédécesseur, pour délibérer sur les mesures relatives 
à ce transfèrement. Mais, heureusement pour l'avenir de 
l'Ordre, le pape changea d'avis et adopta l'idée de 
l'établissement des Chevaliers de Rhodes dans la presqu'île 
de Morée, d'où ils devaient pouvoir ruieux agir contre les 
Infidèles. Cette nouvelle combinaison ne put être mise à 
exécution, par suite des difficultés crées par les princes 
chrétiens qui se disputaient la souveraineté de ce territoire. 
Le premier proj et n'en fut pas moins abandonné, et, quant 
au plus récent, la mort du prince Jacques de Savoie, l'un 
des compétiteurs en Morée, avec lequel un traité venait 
d'être signé par Fr. Roger, servit de prétexte pour ne pas 
l'exécuter. Plus tard on y renonça même entièrement. La 
famine et la peste ravagèrent l'île de Rhodes, sous le 
gouvernement de ce grand-maître; celui-ci remplit avec 
une abnégation admirable le grand devoir de la charité: 
il vendit son argenterie et le mobilier de son palais, pour 
venir au secours des malades et des affamés. 

On lui doit la traduction en latin des Statuts et l'in- 
stitution, dans un Chapitre général, des Receveurs chargés 
de faire verser par chaque prieuré les responsions dues au 
Magistère. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 61 

Il mourut à Rhodes, le 28 mai 1365; le mausolée qu'on 
lui éleva, le représentait debout dans une niclie carrée, et 
faisant l'aumône. Les inscriptions disaient: Miserere inopum. 
— Pientissimo principi magno magistro suo Bogerio a PiniJms 
sacer equestris Ider. ordo fecit. — Pmiperi laudaverunt. — Anna 
salutis humanae MCCCLXV. 

XI. Frère Rayiviond de Bérenger 

(1365—1374) 

était d'une illustre famille, qui avait eu dans l'Ordre un 
grand nombre de cbevaliers et comptait des têtes couronnées 
parmi ses ancêtres. Il était fils de Raymond Bérenger, comte 
de Barcelone et Prince de Catalogne. C'était un homme 
d'un grand courage et l'Ordre récolta sous son magistère 
une nouvelle moisson de gloire. Dès la première année de 
son élection, il marcha contre Alexandrie, de concert avec 
son allié, Pierre-le-Vaillant, roi de Chypre. Cette place 
d'Alexandrie servait de port de refuge aux pirates barba- 
resques, qui recommençaient à infester les mers du Levant. 
Le Grand-Maître s'entendit avec le roi Pierre, pour enlever 
aux corsaires cet asile. L'expédition fut tenue secrète 
jusqu'au moment décisif, et la flotte chrétienne joarût à 
l' improviste dans les eaux d'Alexandrie. L'ennemi fit une 
résistance opiniâtre, mais la place fut enlevée en quelques 
jours par les Chevaliers, qui se montrèrent comme toujours 
à la hauteur de leur renommée. On passa au fil de l'épée 
les défenseurs de ce nid de pirates; on rasa les fortifi- 
cations et ensuite on rentra à Rhodes, chargé d'un riche 
butin. Deux ans après, la République de Gênes entra dans 
la ligue, formée entre les Chevaliers et le Roi de Chypre, 
et les alliés prirent Tripoli de Barbarie^), Tortose^), Lao- 
dicée^), Bellenas. 



^) Ou plutôt Tripoli de Syrie, si Ton en juge par les noms des 
autres villes prises. 

^) Tortose de Syrie (Ortliosia. Antaradus), à 02 K. N. de Tripoli. 
^) Laodice.a-ad-Mare, auj. Latakieh (Syrie). 



62 L'OEDRE DE MALTE. 

A la nouvelle de ces victoires, le Sultan fit de grands 
préparatifs de guerre; le Grand-Maître, l'ayant appris, envoya 
des courriers aux Chevaliers qui se trouvaient en Europe, 
pour leur ordonner d'acheter des armes et des chevaux, 
et pour réclamer aux prieurés le paiement des arrérages 
dus au Trésor. Il se vit même obligé de se rendre person- 
nellement en France, et de convoquer à Avignon un 
Chapitre général, pour forcer les résistances. Le pape 
Urbain V ayant résolu sur ces entrefaites d'aller à Rome, 
ce fut Fr. Raymond de Bérenger qui le conduisit à la 
Ville Eternelle sur la capitane de l'Ordre^). A son retour 
à Rhodes, il fut envoyé par le pape G-régoire XI en Chypre, 
en quahté de Nonce apostolique, avec mission de calmer 
les esprits, que l'assassinat de Pierre I^^ par les grands du 
royaume avait irrités. Il réussit dans cette oeuvre paci- 
ficatrice. Il mourut à Rhodes, en novembre 1374, a^^rès 
avoir réuni deux Chapitres généraux. Son tombeau le 
montrait assis, avec le manteau, le bonnet, l'épée et le 
rosaire. On y lisait l'épitaphe ci-dessous: Berengario magistro 
equitum et justissimo ïegislatori cohortes militum Gaïliae narbo- 
nensis locandum curavenmt. 

XII. Feère Eobert de Juilliac 
(1374—1376) 

était seigneur de Juilly et de Claye, près de Meaux, et 
grand-prieur de France. Aussitôt après son élection, il 
vint à Avignon faire acte de foi et hommage envers le 
pape Grégoire XI, qui remit à la garde de l'Ordre la ville 
forte de Smyrne, où le Saint-Siège tenait garnison depuis 
l'année 1344, et le Grand-Maître ne put refuser ce poste 
de confiance. L'obéissance était un des voeax des chevaliers; 
Fr. Robert devait en donner le premier l'exemple: il se 



') L'inscription rappelant la visite d'Urbain mentionne ce fait: 
. . . Erant cum eo octo cardinales, et magister ordinis hicrosolymitani, cum 
admirato convenais, et priore ecdesiae Bhodi, cum midtis fratrihus dictae 
ponis . . . 20 mai 1367. (Pa,uli, II, p. 465). 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 63 

soumit donc, après avoir démontré sans succès au Pape 
que Smyrne, isolée comme elle l'était en territoire ottoman 
et loin de l'Italie, serait indéfendable le jour où les Infi- 
dèles l'attaqueraient avec des forces importantes. Le Souverain 
Pontife maintint sa résolution et la motiva par ces magni- 
fiques paroles: » C'est précisément la position de cette ville 
au milieu du pays des Infidèles, qui fait que je la confie 
à ton Ordre. Tant que vous serez là, les Turcs n'avanceront 
pas davantage. Je t'ordonne donc, sous peine d'excom- 
munication, d'y envoyer la garnison nécessaire, aussitôt 
après ton arrivée à Rhodes*. Lorsque l'Ordre reçut son 
Grand-Maître à son entrée en fonctions, et qu'il eût con- 
naissance de cette périlleuse mission, tous comprirent que 
ceux qui iraient occuper Smyrne seraient voués à une mort 
certaine, mais tous résolurent à l'envi d'obéir. L'Ordre alla 
donc, en 1374, mettre garnison dans cette place, qu'il 
devait garder pendant vingt-sept années et défendre, comme 
il savait défendre un boulevard de la Foi. Cependant 
Amurat I<^^ , successeur d'Orkhan, se préparait à faire la guerre 
sur terre et sur mer, et Juilliac s'occupait de mettre Rhodes 
en état de défense, lorsque la mort vint le frapper, le 29 juin 
137G, Son mausolée le montrait debout, en manteau et bonnet, 
avec bréviaire, épée, rosaire; on y lisait: Eoherto Jidiaco franco 
H. M. Magn. magistro. — MCCCLXXVL 

Avant d'aller plus loin dans ces Annales, nous devons 
revenir sur nos pas, afin de dire quelques mots des mon- 
naies des quatre derniers grands-maîtres. Elles sont frappées 
d'après le type général décrit précédemment; les inscriptions 
seules diffèrent, d'après les noms des grands-maîtres. Quelques 
unes de celles de Fr. Roger de Pins nous montrent dans le 
champ, à gauche, une pomme de pin, comme emblème parlant; 
celles de Fr. Raymond de Bérenger présentent à la même 
place l'écu aux armes de sa maison; l'une d'elles porte ces 
légendes : )^pr . raim . bereng-arii . d . g . m . , et au revers h.sanct. 
lOHAN . H . G ') . RODi ; il cu est de même de celles de Fr. Juilliac. 



^) C. doit signifier : Cornes. 



64 L'ORDRE DE MALTE. 

XlII. Frère JEAX-FERDiNAiv^D de Heredia 

(1376—1396) 

est un des gTaiids-maîtres de l'Ordre les plus illnstres et 
un des hommes les plus marquants de son siècle. Il était 
d'une des plus grandes maisons d'Aragon et il était entré 
dans l'Ordre, .après une jeunesse dissipée. Aja,nt été envoj^é 
par Villeneuve auprès du Souverain Pontife, à Avignon, en 
qualité d'ambassadeur, pour y négocier au sujet des affaires 
de l'Ordre, dont quelques dignités avaient été directement 
conférées par Clément XI, à l'insu du Grand-Maître et au 
mépris de ses droits, Fr. Heredia, homme très- ambitieux, 
négligea les intérêts qui lui étaient confiés pour s'occuper 
avant tout de ses propres intérêts: il sut se faire donner 
par le Pape un riche prieuré. Ce fut en vain que le Grrand- 
Maître protesta contre cette nouvelle violation de ses préro- 
gatives; il dut même céder devant le fait accompli, afin 
d'éviter de créer entre le Saint-Siège et l'Ordre un grave 
conflit. Fr. Hérédia était un homme intelligent et versé 
dans les affaires publiques: aussi Clément VI, dont il avait 
gagné toute la confiance, le nomma-t-il ensuite gouverneur 
d'Avignon et lui confia- t-il la direction de ses propres 
affaires. C'est ainsi que Fr. Hérédia négocia, au nom du 
Saint-Siège (1345), entre Philippe-de-Valois, roi de France, 
et Edouard III, roi d'Angleterre. Ce dernier ayant repoussé 
la médiation du Pape, Hérédia, qui s'était muni des pleins 
pouvoirs nécessaires, déclara que la cause du Eoi de France 
devenait celle du Saint-Siège et combattit même dans les 
rangs de la noblesse française, à la malheureuse journée 
de Crècj (1346). Les chroniques rapportent qu'il s'y couvrit 
de gloire, sauva deux fois la vie au Roi de France, auquel 
il donna son cheval, en combattant lui-même à pied, et 
disputa, un des derniers, le champ de bataille aux Anglais, 
jusqu'à ce que, couvert de ble^sm-es, il fût contraint de se 
retirer. Profitant de sa position de premier-ministre de 
Clément VI et de son successeur. Innocent VI, il se fit 
donner les prieurés de Castille et de Saint-Gilles, et enrichit 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 65 

sa famille aux dépens de l'Ordre. Sa valeur personnelle le 
désignait à la succession du grand-maître, Fr. Robert de 
Juilliac, et son élection au magistère sembla aussi aux 
Chevaliers le moyen le plus efficace pour mettre fin à ses 
accaparements. On prétend d'un autre côté qu'il parvint 
à la dignité suprême, par l'appui du Sacré-Collége et de 
quelques souverains. 

Le grand-maître, Fr. Ferdinand de Hérédia, une fois 
élu, conduisit d'abord le Souverain-Pontife, d'Avignon à 
Rome, sur une flotte de neuf galères armées à ses frais; 
puis il fit voiles vers Ehodes. Ayant rencontré en chemin 
la flotte vénitienne, qui allait faire le siège de Patras^), 
enlevée à la République par les Turcs, il prit part à cette 
expédition. Lassé de voir le siège traîner en longueur, il 
résolut de se saisir de la place par un hardi coup de 
main. Il fit sonner l'assaut et, s'emparant d'une échelle, il 
monta le premier à l'escalade, tua de sa main le gouverneur 
turc et se rendit maître de la place, à la tête de ses 
chevaliers et soldats. Il conçut alors le projet de conquérir 
toute la Morée, mais il tomba dans une embuscade et 
fut fait prisonnier. H prouva dans cette circonstance, que 
son élévation au pouvok avait bien modifié son caractère: 
plutôt que de consentir à ce que sa rançon fût pa3'-ée des 
deniers de l'Ordre, ou même au préjudice des intérêts de 
la République de Venise qui offrait de rendre Patras en 
échange du Grand-Maître; il préféra rester pendant trois 
années prisonnier des Turcs, dans les montagnes d'Albanie, 
jusqu'à ce que sa propre famille pût le racheter (1381). 

Il rentra alors à Rhodes, au moment où le schisme 
divisait l'Eglise, par suite de l'élection d'Urbain VI et de 
l'anti-pape Clément VII. Le Grand-Maître, ainsi qu'un certain 
nombre de Chevaliers, se déclarèrent d'abord pour l'anti- 
pape; mais d'autres membres influents de l'Ordre (Langues 
d'Italie, d'Angleterre et surtout d'Allemagne) se pronon- 



1) En Achaïe (Royaume de Grèce), près de l'entrée du golfe de 
Lépante (Colonia Augusta Aroë Patreusis). 



SALL.E8 I L'OIIDUE DE MALTE. 



66 L'ORDRE DE MALTE. 

cèrent pour Urbain, qui fit élire par eux un autre grand- 
maître, Fr. Ricliard Carracciolo, prieur de Capoue. Et l'on 
eut le spectacle d'une division préjudiciable aux intérêts 
de la communauté. Ce fut en vain que Hérédia se. rendit 
en Europe, pour tenter de faire cesser cette division, et 
qu'il convoqua dans ce but plusieurs Chapitres généraux, 
à Yalence-sur-Rbône. 

Pendant ce temps, Rhodes était menacée parBajazetI% 
successeur d'Amurat, qui faisait de grands préparatifs pour 
enlever l'île aux Chevaliers, qu'il croyait hors d'état de 
résister, par suite de leurs dissensions intestines. On vit 
alors Hérédia se dépouiller du reste de sa fortune, et, en 
envoyant dans l'île des vaisseaux chargés d'armes, de muni- 
tions et d'argent, déjouer les desseins du Sultan. Il mourut 
à Avignon, en mars 1396, après vingt ans de magistère: 
il tint haut la bannière que l'Ordre lui avait confiée, comme 
Châtelain d'Mnposte de Tyr et comme grand-maître; il fut 
bon administrateur et preux chevalier, et sauva l'Ordre et 
Rhodes même, en se sacrifiant à l'intérêt commun. Il était 
debout sur son tombeau, et marchait aux Infidèles, armé 
de l'épée ^t du bouclier; derrière lui se voyait Patras où 
flottait aux créneaux l'étendard de l'Ordre. L'inscription 
latine du mausolée était ainsi conçue: Ferdinandus Heredia 
in Hispania natus eiteriore, magister equitum Hieros. — Fide et 
devotione suorum magno auro a principe ambraciae '^) redemjjtus 
est in cujus potestatem post expugnatam Fatras achaïae urbem 
venit. On remarque sur quelques unes de ses monnaies, à 
gauche, une tour à deux étages, et, au dessous de la croix 
patriarcale, un écu en forme de coeur, ou les déférents P 
ou G, ou bien, à gauche, une couronne surmontant le 
déférent G, au lieu et place de la tour. 

XIV. Frère Philippe de Naillac, 

1396—1421) 

grand-prieur d'Aquitaine, chevalier d'une sagesse renommée 
et d'un grand courage, fat élu à Hhodes pour successeur 

1; Prince d'Ambracie (Epire). 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 67 

de Hérédia. Il entra dans la ligue formée contre Bajazet, 
par le Pape, la République de Venise, le Roi de France et 
le Roi de Hongrie; il prit part à la bataille de Nicopolis^), 
où l'armée chrétienne fut taillée en pièces (29 septembre 1396). 
L'attaque des janissaires décida de la victoire en faveur 
des Turcs, au moment où les chances du combat semblaient 
encore égales entre les deux armées en présence. Le roi 
de Hongrie, Sigismond. et le grand-maître, Fr. Philippe de 
Naillac, gagnèrent le Pont-Euxin par le Danube et ils y 
furent recueillis par la flotte vénitienne. Bajazet continua 
alors le siège de Constantinople, mais il fut défait à la 
bataille d'Ancyre (1402) ^) et fait prisonnier par Tamerlan, 
qui profita de cette victoire pour étendre ses conquêtes et 
enlever Smyme aux Chevaliers chargés d'y tenir garnison. 
Les défenseurs de cette place succombèrent tous pendant 
le siège, à l'exception d'un très-petit nombre de Chevaliers 
et de soldats qui, à la dernière heure, se jetèrent à la mer 
et fm:'ent recueillis par des galères de l'Ordre. 

On assure que Tamerlan fit d'abord signifier au gou- 
verneur de la place, qu'il ne voulait pas dépouiller les 
Chevaliers de leur possession et qu'il serait satisfait de voir 
arborer son étendard sur la citadelle, en signe de recon- 
naissance de sa souveraineté. Il voulait sans doute s'épargner 
ainsi les longueurs d'un siège régulier. Le gouverneur, 
Fr. Guillaume de Mina, fit la réponse que l'honneur com- 
mandait. Tamerlan, irrité, commença immédiatement les 
travaux d'attaque. En quinze jours, il fit construire une 
digue pour fermer le port et empêcher d'approcher de la 
place du côté de la mer. La résistance des Chevaliers fut 
aussi opiniâtre que les efforts des Tartares furent tenaces: 
la mine éventra enfin les murailles. Les Infidèles étaient 
maîtres de la ville: le carnage fut horrible, et Tamerlan fit 
élever comme à Ispahan une pja^amide de crânes humains; 
mais, pour la faire monter à la hauteur voulue, il la fit placer 
sur un monticule, car le nombre des défenseurs et des 



') Bulgarie. 

-) AujourcVhtii Angora ou Angom-ieh (Asie-Minem-e). 



68 L'ORDRE DE MALTE. 

habitants était insuffisant. Des troupes de secours avaient 
été envoyées de Rliodes, mais elles n'avaient pu débarquer, 
et, lorsque la grande-galère de l'Ordre arriva en vue de la 
plage avec des renforts, elle ne vit devant elle ni ville, ni 
château-fort. Il n'y avait plus là que des monceaux de 
ruines sur lesquels flottait le drapeau noir de Tamerlan, 
qui avait été le signal de la mise à sac. La grande-galère 
s'en retourna donc porter à Rhodes la terrible nouvelle que 
le sacrifice était accompli. 

Une révolte dans ses propres états ayant rappelé 
Tamerlan dans l'Inde, Naillac profita de cette circonstance 
favorable pour s'emparer de Ceraunico ^), située sur la terre 
ferme, en face de Lango ^); puis il fit construire près de 
cette dernière place, sur les ruines de l'ancienne Halicar- 
nasse, une forteresse nouvelle, qu'il nomma le Château-de- 
Saint-Pierre et qui devait servir de sentinelle avancée à 
l'île de Rhodes ^). Naillac remplit (1407) la mission de 
médiateur entre Janus II, roi de Chypre, et le maréchal 
Boucicault, commandant une flotte française, chargée de 
protéger Famagouste, occupée par les Génois, dont Janus 
faisait le siège. Cette médiation eut pour résultat la levée 
du siège par le Roi de Chypre, qui paya en outre les frais 
de la guerre. Plus tard les flottes de France et de Rhodes 
s'unirent pour parcourir les côtes de Sj^rie, où elles opérèrent 
plusieurs descentes. Le sultan d'Egypte, Pharadj, ayant 
demandé la paix, le Grand-Maître fit inscrire au nombre 
des conditions du traité, le droit de construire un mur 
d'enceinte autour du Saint-Sépulcre, l'autorisation d'entre- 
tenir à Jérusalem six Chevaliers, francs de tout tribut et 
pouvant donner l'hospitaHté à d'autres Chevaliers et aux 



1) Dans la Carie, à l'angle S.-O. de la Péninsule d'Asie-Mineure, 
sans doute Cérame. 

^) Capitale de l'île du même nom, située près de ceUe de Rhodes. 

^) Il avait sept enceintes du côté de la terre, et, sur la dernière 
porte on Lisait, selon certains chroniqueurs, cette inscription bien 
conforme d'ailleurs à l'esprit de l'Ordre : Nisi Bomimis custodierit 
cimtatein, fnistra vigilat qiii custodit eam. Y. Appendice. 



LES CHEVALIEES DE EHODES. 69 

pèlerins, la prérogative pour l'Ordre d'avoir à Jérusalem, 
à Eama rArimathie) et à Alexandrie, des consuls ayant 
pouvoir de racheter les esclaves chrétiens, en remboursant 
le prix payé par leurs possesseui's. On sait que Jérusalem 
avait été reconquise, en 1382, par les Mamelouks qui la 
gardèrent jusqu'en 1517. Fr. Philibert de Naillac assista, 
avec une suite de seize commandeurs, au célèbre concile 
de Pise (1409j, convoqué dans le but de mettre fin au 
schisme. Benoît XIII et G-régoire XII ayant été déposés 
par ce concile, le conclave se réunit. La garde en fut 
confiée à l'Ordre. C'est dans ce conclave que fut élu le 
pape Alexandre V. Le nouveau pape chargea bientôt Naillac 
d'une mission de médiation entre les rois de France et 
d'Angleterre. Celui-ci s'en chargea d'autant plus volontiers, 
qu'il espérait réconcilier les deux adversaires et les gagner 
ensuite au projet d'une ligue qu'il voulait former contre 
les Musulmans. Mais la mort d'Alexandre V (1410) mit fin 
trop tôt à cette mission, et les désordres qui troublèrent 
de nouveau l'Eglise em-ent leur contre-coup dans l'Ordre. 
Le concile de Constance (1414 — 1418j fit enfin cesser le 
schisme dans l'Eglise et dans l'Ordre même. Le Grand- 
Maître revint à Ehodes, en juillet 1418, et se préoccupa 
d'abord, afin de prévenir la disette, d'expédier des vaisseaux 
dans les ports d'ItaHe, pour y charger du froment, dont la 
récolte avait manqué dans l'île. Ensuite, il convoqua un 
Chapitre général auquel assistèrent un grand nombre de 
Chevaliers. 

n mourut à Ehodes, au mois de juin 1421; son mausolée 
le représentait debout, le casque en tête, l'épée au côté, la 
main gauche appuyée sur son boucher. Derrière lui s'élevait 
une forteresse, où flottait l'étendard de la Religion. On y 
voyait trois inscriptions: Bodiorum Décret. Averni Egiiit. 
posuenmt (Les chevaliers de la Langue d'Auvergne . . .) — 
Philiherto de Naillac^ S. Nq. H. M. M. 31. (Sanctae nohilisque 
hierosoliniitanae militiae niagno magistro) quod imitatione henrici 
Scliclgmlhoit equitis gcrmani: qui Tiniure Scytliorum rege Asiam 
occupante, in continenti Cariae se munire vallo contra Barharos 



70 L'OEDEE DE MALÏE. 

aiisus fiiU ex mcmsolci ruinis arcem et propugnacula ni Hali- 
carnasso struxit. — Xovam condidit urhem jusiit.qiie dédit gentes 
frenare stijjerJjas. 

Nous en sommes toujours pour les m.onnaies de ce 
grand-maître j au premier type: le Grrand-Maître priant devant 
la crois patriarcale, avec l'écu à ses armes, et, de l'autre 
côté, la croix ornée à ses extrémités du casque de chevalier 
à double lambrequin. 

XY. Peèee Axtoxie Fluvlajv, 
(1421-ltt37) 

du prieuré de Catalogne, prieur de Chypre, eut un magistère 
agité. Les Mamelouks d'Egypte avaient déclaré la gueiTe 
au Roi de Chypre j ils occupèrent cette île, en 1425, après 
une bataille à laquelle prirent part les Chevaliers de Khodes 
et qui se termina par la captivité du roi Janus II. Les 
Chevaliers retardèrent par leiu courage la prise de possession 
de tout le territoire de l'île. Aussi le sultan d'Egypte, 
Boursbaï, forma-t-il le projet de s'emparer de Rhodes, et, 
avant de consentir au rachat de Janus, pour la rançon 
énorme de 200.000 ducats (dont l'Ordre paya la jdIus grande 
partie), il ravagea les conunanderies de l'Ordre dans l'île 
de Chypre. Fr. Antoine Fluvian fut averti des desseins de 
l'ennemi et se hâta de mettre l'île de Ehodes en état de 
défense; mais le Sultan d'Egypte ne tenta point l'aventure. 
Le paiement de la rançon de Janus et cette mise en état 
de défense n'en épuisèrent pas moins le trésor de l'Ordre ; 
il devint donc nécessaire de convoquer un Chapitre général, 
à Rhodes, pour le 23 mai 1428. Le Grand-Maître y exposa 
la situation et fit comprendre la nécessité de se procurer 
les ressources voulues, pour maintenir Rhodes en état de 
résister aux entreprises dont elle était menacée. Il démontra 
que la guerre que l'Angleterre faisait à la France avait 
causé de grands dommages aux prieurés des Langues 
françaises et qu'en même temps les ravages causés par les 
Hussites en Bohême, en Mora^de et en Silésie (1427), ne 



LES CHEVAIilEES DE RHODES. 71 

permettaient pas de demander des subsides aux comman- 
deries dévastées par les scliismatiques. Le Chapitre se rangea 
à cette manière de voir; on réorganisa le trésor: le Grand- 
Maître donna l'exemple de l'abnégation, en versant immé- 
diatement sur sa fortune privée 12.000 florins d'or. Avant 
de m.ourir, il alla plus loin encore dans son dévouement 
à son Ordre, car il fit vendre tout ce qu'il possédait et 
verser au trésor une somme de 200.000 ducats que cette 
vente produisit. C'est à ce Chapitre général que fut nommé 
un grand-bailli à Rhodes, pour représenter la Langue de 
Bohême- Allemagne. 

Il mourut à E,hodes, le 25 octobre 1437. Son mausolée 
le représentait assis sur son trône, en manteau et bonnet, 
les mains ouvertes, l'épée en travers sur les genoux, le 
rosaire au bras. Il avait à ses pieds trois cofîres-forts ouverts 
et vides. On lisait sur le mausolée: Tenqjore, ^;ace, j)arci- 
monia. — Equités citerioris Hispaniae Antonio Fluviano, mag. 
suo: S. Xq. M. H. pacis et frugalitatis artihus ornatissimo 
hngaevo seni adhuc viventi de coWmni côsilio, MJiodii sententia, 
Anno 3ICCCCXXXVIII, cum magna pojniU pJausu erexere. 
Nous trouvons sous ce magistère des monnaies du type 
général, puis d'autres se rapprochant du ducat vénitien, 
avec le labarum à l'avers, et, au revers, le Sauveur dans 
une auréole elliptique. Sur ces deinières pièces se lit le 
titre de d\^, le long de la hampe de la bannière. On se 
souvient que précédemment nous avons signalé une fois 
celui de comes. Ceci nous semble mériter d'être noté. 

XVI. FeÈEE jEAis" DE LaSTIC, 

(1437—1454) 

grand-prieur d'Auvergne, se trouvait en Europe, lorsqu'il 
fut élu, à Rhodes, au magistère, le 6 novembre 1437. Il 
partit immédiatement pour sa résidence, où il apprit de 
source certaine qu'il se faisait en Egypte de grands pré- 
paratifs potir attaquer l'Ordre. Il arma, sans perdre de temj^s, 
une flotte de huit galères, de quatre vaisseaux de guerre 



72 L'ORDRE DE MALTE. 

et de bâtiments de transport, et mit toutes les îles adja- 
centes en état de défense. De son côté, le sultan d'Egypte, 
Joussouf, avait réuni une flotte de dix-huit galères et de 
vaisseaux nombreux de toutes grandeurs, qui parut devant 
Ehodes, le 25 septembre 1440, puis refusa le combat que 
lui offrait la flotte de l'Ordre. L'ennemi se dirigea sur l'île 
de Lango, afin de s'en emparer; mais ici encore il retrouva 
la flotte chrétienne, qui avait deviné ses projets et lui avait 
coupé le chemin. L'amiral égyptien refusa de nouveau la 
bataille, mais il ne put échapper à la poursuite des Rhodiens 
qui lui tuèrent environ sept cents hommes et ne lâchèrent 
l'ennemi que pour retourner au port, à l'approche d'une 
forte tempête. Le Sultan rassembla des forces plus con- 
sidérables pour une seconde expédition; mais, de son côté, 
Fr. Jean de Lastic n'était pas demeuré inactif. Il avait 
appelé tous les Chevaliers à la défense de l'île; il remplit 
les greniers publics de grains et l'arsenal de munitions de 
guerre, et envoya des ambassadeurs demander du secours 
aux souverains d'Europe. L'empereur de Constantinople, 
Jean VIII, Paléologue, se ligua avec les Chevaliers (1439). 
Les chroniques parlent d'une descente des troupes égyp- 
tiennes dans l'île de Rhodes (1444), et racontent que le 
commandant ennemi dut faire rembarquer son armée, après 
avoir laissé sous les murs de la place bon nombre de ses 
meilleurs soldats. Le siège aurait duré quarante - deux 
jours ^), 

Ici se place cet événement fatal, la prise de Constan- 
tinople par les hordes asiatiques de Mahomet II (1453). 
Le Sultan des Ottomans, enivré par son triomphe, voulut 
poursuivre aussitôt le cours de ses conquêtes et il envoya 
aussi à Rhodes un ambassadeur, pour réclamer de l'Ordre 
la reconnaissance de sa souveraineté et le paiement d'un 
tribut annuel de deux mille ducats, ou, au cas de refus, lui 
déclarer la guerre. Le Grand-Maître fit cette noble réponse, 



^) Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Nancy (739) 
fol I' »Ferry de Lorraine-Luné ville fut chevalier de Rhodes . . . 1448. « 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 73 

qu'il était prêt à donner sa vie, mais non à consentir quoi 
que ce fût qui pût porter atteinte à la liberté et à l'indé- 
pendance de l'Ordre. Prévoyant que cet énergique refus 
allait susciter les colères de Mahomet II, Lastic ne perdit 
point de temps pour armer l'île et pour charger le comman- 
deur, Fr. Pierre d'Aubusson, d'aller en Europe faire con- 
naître au Roi de France et aux autres princes chrétiens, 
en quel péril l'Ordre se trouvait. 

Il mourut sur ces entrefaites, le 19 mai 1454, après 
avoir gouverné avec sagesse et fermeté dans des temps 
difficiles ^) et avoir convoqué trois Chapitres généraux ^j. 
On le voyait sur son tombeau, assis sur son trône et priant, 
les mains jointes; il avait la cotte d'armes et le heaume. 



^) Die Geschichte des Deutschen-Ritter-Ordens, de Johannes Voigt 
T. I, p. 548 — 551, et T. II, p. 156 nous fournit une relation intéressante 
des compétitions entre les Teutoniques et les Hospitaliers de Saint- 
Jean, malgré le but commun de leur origine, sur les points du territoire 
allemand où il existait des domaines de l'un et de l'autre de ces deux 
Ordres, et des négociations entre les deux corporations dans le but 
de mettre fin à ces difficultés. Nous analysons. A Mergentbeim 
(Marienbourg) par exemple, où les Teutoniques eurent d'abord une 
grande-commanderie ou bailliage capitulaire et plus tard leur maison 
chef-d'ordre, et où les Chevaliers de Saint-Jean avaient, dès 1207, 
fondé une commanderie du grand-prieuré d'Allemagne; àRothenbourg- 
sur-la-Tauber; à Mayence, à Francfort-sur-le-Main, à Fribourg-en- 
Brisgau, etc., c'étaient des querelles fréquentes à propos de limites, 
à propos de privilèges. On eut alors l'idée de réunir les deux Ordres, 
en AUemag-ne, à l'aide d'un changement dans l'habit, ou de faire cesser 
les conflits, au moyen d'un échange de possessions territoriales. Les 
Teutoniques auraient cédé leurs domaines non-allemands, et les 
Hospitaliers leurs possessions allemandes. L'affaire fut même soumise 
par le Grand-Maître de l'Ordre teutonique au Chapitre général, en 
1443 et en 1446, mais elle n'eut pas d'autres suites. Des négociations 
dans un sens analogue furent, dit-on, reprises en 1553 ; il s'agissait 
cette fois d'une union entre les deux Ordres, qui n'en auraient plus 
formé qu'un seul : mais on ne s'entendit, ni sur la dignité de grand- 
maître, ni sur les insignes communs. 

^) Nous faisons observer ici que, .si nous mentionnons chaque 
fois le nombre des Chapitres généraux tenus par cha(|ue grand- 
maître, c'est que cela a une grande importance, au point de vue de 
l'observation fidèle des Statuts de l'Ordre. 



74 L'ORDRE DE MALTE. 

Son épée était à portée de sa main: deux servants d'armes 
tenaient l'étendard et les pièces de l'armure. On lisait les 
épitaphes suivantes : In meliore causa, arma vincunt. — Sanctis- 
slmo princi])i J. Lastico ob reUg.-pietat. et tirbem contra- liostes 
defensam ac maenia instaurata H. M. (La Milice de 
Jérusalem . . .) et pop. rJiod. ad oeternitatem ex manuhiis liost. 
fecenmt MCCCCLI. On remarquera le titre de prince (principi) 
et le concours du peuple (pop. rliod.) à l'érection du monu- 
ment, qui n'a malheureusement pas bravé le temps, quoiqu'il 
dût être un témoin pour l'éternité (ad oeternitatem). 

XVII. Frère Jacques de Milly 
(1454—1461) 

résidait dans son grand-prieuré d'Auvergne, lorsqu'il fut 
élu, à Rliodes, le 1®^ juin 1454, dans ces graves conjonctures, 
Il s'embarqua donc en toute bâte pour Ebodes, où sa 
présence était indispensable. La ligue formée par les princes 
cbrétiens, pour la défense de la Hongrie, vint heureusement 
occuper Mabomet II et donner quelque répit aux Cbevaliers. 
Rbodes ne fut en butte tout d'abord qu'aux incursions d'une 
flotte turque, qui fit des descentes dans les îles voisines, 
où elle causa de grands ravages et enleva des habitants. 
Mais le Sultan d'Egypte, sous le prétexte de prendre parti 
pour Jacques-le-Bâtard, fils illégitime de Janus III, roi de 
Chypre, contre la princesse Charlotte, héritière du trône, 
déclara la guerre à l'Ordre qiù avait embrassé la cause de 
cette princesse. On vit même plus tard (1471) la République 
de Venise soutenir les prétentions de ce bâtard, après qu'il 
eût épousé une patricienne, pupille ou, comme on disait, 
fille de la sérénissime République, Tandis que la princesse 
recevait les hommages des Chevaliers et des feudataires de 
l'île de Chypre, Jacques, qui était à la cour du Sultan 
d'Egypte, se proclamait roi et obtenait de ce prince une 
armée, à l'aide de laquelle il chassait la reine Charlotte et 
son époux, Alvise de Savoie, après trois années de lutte. 
La famine et la peste désolèrent Rhodes, en 1456, et, d'un 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 75 

autre côté, la discorde régnait entre les diverses Langues, 
par suite de compétitions relatives aux dignités de l'Ordre. 
Fr. Jacques de Milly mourut, le 17 août 1461, après avoir 
tenu j)endant son magistère deux Chapitres généraux. On 
le représenta sur son tombeau, debout, armé et marchant 
aux Infidèles, l'épée droite. Voici les inscriptions de ce 
mausolée: S. Nq. M. H. legiones gaUicae Jacohi de MiUl mag. 
equit. ob virtutes quas in simimo imperatore tsse oportet, scien- 
tiam rei militaris^ virtutem, — auctorltatem, feUcitatem loca- 
verunt, — Audaciam in hello, in pace justitiam Bom. B. P. 
curahant. — pro patria MCCCCLXI. 

Les monnaies du magistère précédent sont du type 
général, avec écu armorié derrière Jean de Lastic, et, au 
revers, Saint- Je an-Baptiste tenant la bannière et l'agneau 
symbolique. Celles de ce magistère-ci sont du type vénitien, 
avec les légendes: iaoobv-d-ml, et mrd (Magistcr BhodlJ^ 
puis: s. 10. LERS (S^'^^ lohannes lerosolymitanus)^ d'autres, 
du type du grand-maître précédent, d'autres enfin, du type 
général. 

XVIII. Fbère Pierre Raymond Zacosta 

(1461—1467) 

était gentilhomme espagnol et châtelain d'Emposte; peu 
de temps après son élection, Mahomet II fit demander 
une trêve à l'Ordre, afin de ne pas être gêné par quelque 
diversion de la part des Chevaliers dans l'expédition qu'il 
préj)arait contre Trébizonde, dont il s'empara du reste, 
en 1462, et que David Comnène, dernier empereur de 
Trébizonde^), ne put sauver. Ce prince fut massacré par 
ordre du vainqueur, avec ses 6 fils; un septième parvint à 
s'enfuir et alla fonder la dynastie des Comnènes de Morée. 
Malgré la trêve, les vaisseaux du Sultan et les corsaires 



^) Après la conquête de Constantinople par les Latins (l'204), 
le petit Emidre de Trébizonde fut fondé par Alexis Comnène et exista 
jusqu'en 1462. Dépuis la reprise de Constantinople par les Paléologues, 
le Uen de vassalité avec l'empire d'Orient ne fut plus que nominatif, 
mais le j-»efo'i empire recevait ses princes de Constantinople. 



76 L^ORDEE DE ilALTE. 

turcs faisaient des incursions incessantes dans les îles 
voisines de celle de Ehodes; mais Mahomet, loin de tenir 
compte des plaintes de Tr. Zacosta. se préparait de nouveau 
à réaliser ses desseins sur l'île des Chevaliers. Il commença 
par attaquer Tîle de Lesbos (Mételin'i. gouvernée par les 
Grattilusio. par délégation de la République de Grênes, à 
laquelle elle appartenait depuis 1355. Un grand nombre 
de Chevaliers prirent part à la résistance, mais l'île tomba 
dans la même année au pouvoir de Mahomet (1462). Le 
Grand-Maître, prévoyant la guerre avec les Ottomans sur 
son propre sol. et vottlant se procurer les subsides néces- 
saires pour soutenir victorieusement la lutte, convoqua à 
Rhodes un Chapitre général, qui invita les commandeius 
retardataires à payer immédiatement leurs responsions; mais 
les uns trouvèrent les impôts trop élevés, les autres préten- 
dirent que le Grand-Maître s'alarmait à tort, et firent tant 
et si bien que le pape Paul II ordonna de transférer à 
Rome le Chapitre général, afin de pouvoir entendre par 
lui-même discuter ces importantes questions. La vérité se 
fit joiu'. et, de Rome comme de Rhodes, l'ordre de payer 
ftit envoyé aux récalcitrants. On adopta même à cette 
occasion des règlements très sévères, pour obliger désormais 
les Chevaliers à l'observation de leur voeu d'obéissance. 
Ces règlements furent sanctionnés par le Saint-Siège. Selon 
certains auteurs, ce n'est que sous le magistère de Zacosta, 
que fut créée la Langue de Castille et Portngal (1462). Il 
mourut, à Rome, le 11 février 1467. et fut inhumé à la 
Basihque de Saint -Pierre, dans la Chapelle de Saint- 
Grégoù'e. 

Le Souverain - Pontife lui fit faire de magnifiques 
funérailles. Sur sa pierre tumulaire. on sculpta en rehef 
sa figtire couchée, et Ton grava cette épitaphe: Petro. 
Raymundo. Zacostae. de. ispania. citeriori. sac. doni. Jtospifalis. 
S. Jo. Merosol. m. magistro. qui. generali. capitido. o. x)mdi. 
jiissu. PiOmae. alsoluto. LXIII. Oetatis. suac. amio. vita. 
functus. est. co)isiUo. pietate. armis. inclito. hoc. momimentum. 
religionis. decreto. h. ni. p)Os'dum. — Fr. Ptaymundiis. Zacostae. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 77 

magnus. ordinis. hicrosohjmitani. maglster. anno. M XI) LXVII. 
die. XXI. fehruar.'^). 

Les monnaies sont du type général: au revers, Saint 
Jean - Baptiste à mi-corps, avec la bannière et l'agneau 
pascal. 

XIX. Frère Jean Ursino 

(U67-1476) 

était de noble lignage italien et prieur de Rome. Son nom 
est gravé sur les médailles de son magistère: f: B: d. orsenis 
ou D-VRSiNis, ce qui répond à la forme française: des 
Orsinis ou des Ursins, deux noms de familles aussi célèbres 
l'une que l'autre. Il fut élu, à Eome, le 14 juillet 1467. 

Mahomet tenait toutes les îles voisines de Rhodes, il 
attaquait même en ce moment-là l'île de Négrepont^), 
dont il ne parvint à s'emparer qu'en 1470 et grâce à la 
trahison d'un habitant, qui lui indiqua un point mal défendu 
des remparts de cette place forte, capitale de l'île, La 
brèche fut bientôt ouverte sur ce point. Le général 
vénitien Canale, commandant de la flotte de la République, 
fut aussitôt averti du danger que courait Négrepont et 
aurait pu, avec l'aide des galères de l'Ordre qui s'étaient 
réunies à lui, conjurer le péril par une puissante diversion- 
Mais, malgré l'insistance avec laquelle les commandeurs 
rhodiens, Fr. d'Aubusson et de Cardonne, le pressaient 
d'attaquer les assiégeants, Canale eut la lâcheté de s'éloigner 
et de livrer ainsi Négrepont aux Musulmans. Quand on vit 
la flotte s'éloigner à toutes voiles, la consternation fut 
générale dans la ville assiégée. Mahomet profita de cet 
état des esprits pour livrer un assaut général et se rendit 
maître de la place, après avoir massacré ses principaux 
défenseurs. Les Vénitiens formèrent alors une Hgue pour 
reprendre Négrepont et arrêter les Turcs dans le cours de 
leurs succès. Le Pape, le Grand-Maître, plusieurs princes 
d'Europe adhérèrent à la ligue, et l'on imagina d'envoyer 

1) Pauli, a d. di M., IL, p. 469. 
-) Ancienne Eubée. 



78 L'ORDEE DE MALTE. 

au Roi de Perse un ambassadeur, chargé de lui représenter 
la nécessité qu'il y avait pour lui d'entrer dans la coalition, 
afin de se mettre lui-même à l'abri de l'ambition conquérante 
de Mahomet II. On espérait ainsi faire rétrograder le Sultan. 
n arriva à Rhodes, en 1471, une ambassade du Roi de 
Perse. Il adhérait aux propositions qu'on lui avait faites; 
mais, comme l'usage des armes à feu était encore inconnu 
en Perse, il demandait à l'Ordre et à la République de 
Venise des canons et des munitions. On accueillit sa 
demande, et la guerre que ce souverain fit réellement à 
Mahomet, ainsi que l'invasion persane en Anatolie, bien 
qu'elle se terminât par une défaite en Cappadoce (1472) 
donnèrent quelque répit aux Chevaliers, pour augmenter 
les défenses de Rhodes, sous l'habile direction du com- 
mandeur Fr. d'Aubusson, l'illustre grand-maître de 1480, 
devenu alors déjà grand-prieur d'Auvergne. Fr. Jean Ursino 
mourut, le 8 juin 1476, à un âge très-avancé, a23rès avoir 
convoqué deux Chapitres généraux et préparé l'oeuvre 
glorieuse de son successeur. Trois inscriptions se lisaient 
sur son tombeau, dans l'Eglise Saint- Jean de Rhodes: 
Faites-vous des amis par vos largesses. — Ni les armées, ni 
les trésors ne sont les appuis d'un Etat, ce sont les amis. — 
La légion italienne des Chevaliers de Jérusalem a élevé ce 
mausolée au vénérable Jean-S. Ursino, grand-maître, en mémoire 
de sa générosité et de la noblesse de sa race. Ces épitaphes 
étaient en latin ^). 



1) Pauli, C. d. di M., II, p. 470, rapporte une autre inscription 
qui porte bien la marque de l'époque : 

Anno, quo Christus de Yirgine natus ab illo 

Tansierant mille decies septemque, subinde 

Octavus junii quadragenti sex bora quaterna 

Sabbati, quo die scias obisse jacentem. 

Sanguine clarus erat Ursinus Stirpe Baptista, 

Quae clara praevalet caeteris Italiae. 

Vulgus tantae domus resonat bine inde per orbem, 

Quae multos babuit pontificesque, duces. 

Hic reverendus erat Rbodi paterque, magister. 

Qui partis fuit ambitus hujus conditor urbis. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 79 

XX. Frère Pierre d'Aubusson 

(1476-1503) 

était né en 1423 et descendait des anciens comtes souve- 
rains de la Marche '). Ce grand guerrier, que l'histoire 
appelle tantôt Miles virgo, le soldat sans tache, tantôt le 
Bouclier de la Chrétienté, fut élu à l'heure la plus critique. 
Sa défense de Rhodes est un fait d'armes admirable. Le. 
nom d'Aubusson, comme celui de quelques autres grands- 
maîtres et chevaliers de l'Ordre, est voué à l'immortalité. 
Le siège de Rhodes, en 1480, est une magnifique épopée, 
dans laquelle la réalité s'élève au-dessus de tout le merveilleux 
que la poésie pourrait inventer. Nous raconterons froidement 
les faits, tels que les chroniques nous les ont transmis, et 
d'abord voyons d'Aubusson à l'oeuvre, dès le lendemain 
de son élection. Il poursuit les travaux de défense, dont 
l'exécution a commencé sous sa direction, pendant le 
magistère de son prédécesseur, et ne néglige aucune 



Homanus fuit die die virtutibus altis, 

Noiïien eujus erit semper in ore suis. 

Magnanimus, prudens, justus, atque modestus, 

Humanus, strenuus, pius, probusque, serenus : 

Nec quem Coesarei aequarunt usque triumphi. 

Auctum per invictae sic probitatis opus. 

Ut jubar exoriens micuit is solis in orbe, 

Atque refulgenti lustravit lampade terras : 

Qui magnos hostes, qui magna pericula tulit 

Pro Christi cultu, pro religione tuenda. 

Jure Deus voluit certo decernere fato, 

Ut huic preclaro nomen magister esset, 

Atque inter divos esset divus ad astra relatus. 

Sic itaque seculo victo sine fine triumpliat. 
1) La Marche était une province de France, entre le Berri et le 
Bourbonnais au N., bornée au S. par le Limousin, à l'O, par le Poitou, 
à l'E. par l'Auvergne ; elle avait pour capitale Guéret (Dep'' de la 
Creuse et de la Haute-Vienne) ; elle avait été érigée en comté sou- 
veraine au X'' siècle. Confisquée, en 1525, sur le connétable de 
Eourbon par François I", elle fut définitivement réunie à la Fi-aiice, 
en 1531. 



80 L'OEDEE DE MALTE. 

mesure propre à garantir les approclies de Rhodes et des 
îles adjacentes. C'est ainsi qu'il fait élever sur celles-ci, 
de distance en distance, de petits forts devant servir de- 
postes d'observation et de refuges aux habitants en cas 
d'invasion. Il garnit ces fortins de troupes. Il fait creuser 
et élargir les fossés de la forteresse Saint-Pierre, afin d'y 
faire pénétrer les eaux de la mer, de rendre les remparts 
plus inaccessibles et d'y embosser les galères de l'Ordre, 
à l'abri de coups de main des vaisseaux des Turcs et des 
corsaires. Puis il appelle à la défense de l'île tous les 
chevaliers de l'Ordre, qui se trouvent en Europe et 
s'empressent de répondre à son appeP). Il ne néglige pas 



^) Bosio nous a conservé la circulaire aux grands-prieurs, e 
Vertot l'a traduite : »Mes très-chers frères, au milieu des plus 
grands périls dont Rhodes est menacée, nous n'avons point trouvé 
de secours plus assuré que la convocation générale et une prompte 
assemblée de tous nos frères. L'ennemi est aux portes: le superbe 
Mahomet ne met pas de bornes à ses projets ambitieux: sa 
puissance devient de jour en jour plus formidable; il a une multitude 
innombrable de soldats, d'excellents capitaines et des trésors 
immenses: tout cela est destiné contre nous. Il a juré notre perte. 
Il a juré notre perte : j'en ai des avis bien surs. Ses troupes sont 
déjà en mouvement : les provinces voisines en sont remplies : tout 
file du côté de la Carie et de la Lycie; un nombre prodigieux de 
vaisseaux et de galères n'attendent plus que le jjrintemps et le 
retour de la belle saison pour passer dans notre île. Qu'attendons- 
nous nous-mêmes ? Ignorez-vous que les secours étrangers sont 
éloignés, ordinairement très faibles et toujours incertains? Nulle 
ressource que dans notre propre valeur, et nous sommes perdus, si 
nous ne nous sauvons nous-mêmes. Les voeux solennels que vous 
avez faits, mes frères, vous obligent à tout quitter pour vous rendre 
à mes ordres. C'est en vertu de ces saintes promesses faites au 
Dieu du Ciel et au pied de ses autels que je vous cite. Kevenez 
incessamment dans nos Etats, ou plutôt dans les vôtres : accourez 
avec autant de zèle que de courage au secours de la Religion. C'est 
votre mère qui vous appelle ; c'est une tendre mère qui vous a 
élevés et nourris dans son sein, qui se trouve en péril. Y aurait-il 
un seul chevalier assez dur pour l'abandonner à la fureur des barbares? 
Non, mes frères^ je ne l'appréhende point : des sentiments si lâches 
et si impies ne s'accordent point avec la noblesse de votre origine, et 
encore moins avec la piété et la valeur dont vous faites profession. « 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 81 

non pins de faire alliance avec des puissances dont les 
Ottomans étaient les ennemis naturels, de sorte qu'au 
moment décisif il a sous ses ordres une armée de seize 
mille combattants, Chevaliers de Rhodes, gentilsliommes 
et troupes auxiliaires. La noblesse française vint en par- 
ticulier se joindre, avec des contingents nom.breux, aux 
défenseurs de ce poste avancé de la Chrétienté. Les 
magasins regorgeaient d'approvisionnements et l'arsenal 
était bondé d'armes et de munitions de toutes sortes. 

Mahomet II, averti par les intelligences qu'il entretenait 
dans la place de Rhodes, que ses desseins étaient éventés, 
et craignant une ligue puissante des princes chrétiens, 
envoya deux princes de sa famille au Grand-Maître, pour 
affirmer ses intentions pacifiques et traiter d'une paix 
durable. Fr. Pierre d'Aubusson, voulant de son côté gagner 
encore du temps, afin de permettre à tous les Chevaliers 
et aux gentilshommes d'Occident d'arriver à Rhodes avant 
l'action, feignit de se laisser duper par la perfide manoeuvre 
du Sultan ottoman; il entra donc en relations et signa 
une trêve avec lui, tandis qu'il concluait en même temps 
la paix avec le sultan d'Egypte, Raitbaï, et avec le roi 
de Tunis. 

Cependant la concentration des forces catholiques 
s'opérait. Afin de rendre la défense plus efficace, le 
Chapitre de l'Ordre conféra au Grand-Maître la dictature 
pour la durée de la lutte qui allait s'engager. Mahomet II 
finit par jeter le masque, lorsqu'il se crut en état de 
s'emparer de l'île de Rhodes; il espérait, en enlevant cette 
île, pouvoir marcher ensuite à la conquête de l'Asie tout 
entière et de l'Italie. 

Michel Paléologue, renégat de la famille des anciens 
empereurs de Constantinople , qui avait abandonné la 
religion de ses pères pour devenir grand-vizir du Sultan 
musulman, parut, le 4 décembre 1479, devant Rhodes, avec 
l'avant-garde de l'armée ottomane: il tenta d'opérer des 
descentes sur les points les moins solidement défendus, 
mais il échoua dans toutes ces tentatives et fut sans cesse 

SALLES: L'OUDRF, DE MALTE. ft 



82 L'ORDRE DE MALTE. 

repoussé par les Clievaliers. Le 23 mai 1480. apparut alors 
une flotte de cent soixante vaisseaux, selon les uns, de cent 
vaisseaux, selon les autres, sans compter les felouches et 
vaisseaux de transport. Cette flotte conduisait contre Rhodes 
une armée d'environ cent mille combattants, placée sous 
le commandement de Mesili-pach.a. Cette fois, les défenseurs 
des côtes, écrasés par le nombre, ne purent s'opposer au 
débarquement, bien qu'ils se fussent avancés jusqu'au bord 
de la mer pour combattre les agresseurs. 

Ici se place une description aussi exacte que possible 
de la Eliodes des Chevaliers M, qui rendra le récit des 
événements postérieurs plus compréhensible. Le terrain 
s'élève doucement du rivage, à l'E. et au IST., puis vient 
une surface assez plane, sur laquelle se dresse l'ancienne 
CoïKne-du- Château qui, de l'autre côté, tombe à pic dans 
la mer. La cité des Chevaliers n'occupait que la partie 
inférieui^e de la pente orientale: cette surface plane et 
l'ancienne CoUine-du- Château sont en dehors de l'enceinte, 
et l'artillerie moderne commanderait de ce point toute la 
place. Mais nous sommes en 1480. Le Grand-port était 
entouré de murs,, la jetée sud en était fortifiée; à la 
pointe était le Castello-del-molo-dei-3Iolini ; en face, à la 
pointe d'une courte jetée, était la Tour-Naiïïae, reliée avec 
la Citadelle par un ouvrage avancé dont l'artillerie prenait 
en enfilade, d'un côté, le Grand-port, de l'autre, la mer et 
une partie de la grande jetée du plus petit port ou Fort- 
des-Galères. L'enceinte du Grand-port était munie de bastions; 
à peu près au centre de la circonférence était la Porte- 
Sainte- Catherine, et l'église du même nom, temple et forteresse 
à la fois, dominait le rempart. De la base de cet ouvrage 
qui allait joindre la Tour-NaiUac, les remparts se dirigeaient, 
parallèlement d'abord et à environ cinquante pas en arrière 
du quai sud du Port-des- Galères, puis montaient à l' G. jusqu'au 
point culminant de la pente; l'angle S.-E. du terrain de la 

^) V. aussi, Appendice, les notes précieuses que nous avons 
réunies sur Rhodes et qui rendront les incidents du siège en quelque 
sorte palpables. 



LES CHEVALIERS DE EHODES. 83 

rive, là où le long môle touche au quai, était défendu par 
un mur avançant jusqu'à la mer et par un fossé alimenté 
à l'O. par la mer même. Le Môle-chi- Grand-port était fortifié, 
et, à sa pointe, se dressaient sur une plate-forme de rochers, 
le Clicdeaii-Samt-Nkolas et en terre ferme le Fort- Saint- Ehne, 
en face l'un de l'autre, qui commandaient l'entrée du Port- 
des- Galères. A l'angle sortant, là où l'ouvrage de la Tottr- 
Naillac faisait avancée et où le Grand-môle touchait à la 
terre ferme, il y avait une petite porte très-forte, s'ouvrant 
sur le Port-des- Galères, et communiquant avec le quai du 
Grand-port et avec l'intérieur de la place: c'était la Porte- 
del-Castello des chroniques. A l'angle N.-O. de la pente, 
était, au point le plus élevé, le Château-des- Grands-Maîtres; 
de là les ouvrages se dirigeaient d'abord vers le Sud, puis 
de plus en plus à l'E. et au N.-E., jusqu'à la base de la 
Jetée-des-Moidins, où ils rejoignaient la ligne du Grand-port. 
Au plus près du CJiâteau-des- Grands-Maîtres, étaient, à l'O., 
la Porte- Saint- Antoine, ou Porte-d' Avriboise, puis la Porte 
(murée)-de- Saint- Georges, et, au S., la Porte-de-Cosquino ou 
Porte- Saint- Jean. On ne sait pas où se trouvait la Porte- 
Saint- Athanase : elle devait être murée aussi, en 1480. Les 
ouvrages du côté de la terre étaient massifs et gardés par 
des fossés très profonds et très larges: au N., les murailles 
du Château-des- Grands-Maîtres s'élevaient au milieu des 
fossés à une hauteur prodigieuse; en face, était, au point 
culminant de la pente, l'ancienne Eglise-conventuelle-de- Saint- 
Jean, bâtie par Villaret: une muraille allait de cette église, 
en coupant la ville en deux, jusqu'à la ligne du Grand- 
port^ qu'elle rejoignait à la Porte- Sainte- Catherine, et séparait 
la Ville-des- Chevaliers (Castello, le Castel) de la ville des 
bourgeois, des grecs et des juifs. En prévision d'un siège, 
le grand-maître Zacosta avait divisé l'enceinte en huit 
secteurs (nommés aussi vulgairement bastions) et chacune 
des huit Langues avait la défense d'un de ces secteurs. 
Cette disposition ne fut pas modifiée. L'Auvergne eut le 
secteur, de la Porte- Saint- Georges à la Tour-d'Espagne; l'Angle- 
terre, le secteur de la Tour-d'Espagne à la Tour-Sainte-3Iarie ; 

6* 



84 L'ORDRE DE MALTE. 

l'Aragon, la partie supérieure de cette tour et les ouvrages 
jusqu'à la Porte-cle-Cosquino ; la Provence, la Fortc-de-Cos- 
qîiino (ou Saint- Jean) et le secteur jusqu'à la Tour-d' Italie; 
l'Italie, toute la ligne d'enceinte jusqu'à la JPorte- Sainte- 
Catherine, non compris le Castel-de-la-jetée- des -Moulins; 
l'Allemagne, le secteur entre le CJiâfeait-fort-des-Grands- 
Maitres et la Porte- Saint- Georges, en y comprenant la Po7'te- 
Saint - Antoine; la Castille et Portugal, la Porte- Sainte- 
Catherine et le secteur jusqu'à la Porte-du-Castel (Yille des 
Chevaliers): la France, le secteur de la Porte-dii-Castel au 
Château-fort-des- Grands-Maîtres. Le Castel de la Jefée-des- 
Moidins avait une garnison à part. Le Château-fort-des- 
Grands-Maîtres et le secteur jusqu'à celui de l'Allemagne, 
étaient sous la garde directe du grand-maître et d'une 
phalange d'élite. Il était formé une réserve sous les ordres 
de quatre Capitaines de secours. 

Le grand-vizir commença immédiatement le siège. 

Mais la confiance n'abandonna pas les Chevaliers. Le 
G-rand-Maître enlElamma encore leur courage par ses haran- 
gues ^), dans lesquelles il leur rappelait l'antique renom de 
l'Ordre et leur démontrait que leur intrépidité leur assu- 
rerait la victoire sur les Infidèles, victoire qui serait leur 
plus haute récompense, comme soldats du Christ et comme 



^) Nous donnons ici d'après Vertot, celle que Fr. P. d'Aubusson 
prononça à l'ouverture du Chapitre général, qui précéda l'action : 

«Généreux Chevaliers, voici enfin l'occasion de faire paraître 
votre zèle et votre courage contre les ennemis de la Foi. Dans une 
gTierre si sainte, c'est Jésus-Christ lai même qui sera votre chef : il 
n'abandonnera pas, mes frères, ceux qui vont combattre pour ses 
intérêts. En vain Mahomet, ce prince impie et qui ne connaît point 
d'autre divinité que sa propre puissance, se vante d'exterminer 
l'Ordre. S'il a des troupes plus nombreuses que les nôtres, ses 
ti'oupes ne sont composées que de vils esclaves qu'on traîne par 
force dans les périls, et qui ne s'exposent à la mort que pour 
éviter la mort même dont ils sont menacés par leurs oificiers, au 
lieu que je ne vois parmi vous que des gentils-hommes d'un sang- 
illustre, élevés dans la vertu, déterminés à vaincre ou à mourir, et 
dont la piété et la valeur sont des gages surs de la victoire.* 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 85 

Chevaliers. L'ennemi dirigea ses premiers travaux contre 
la Tour-Saint-Nicolas. Un ingénieur, Georges Frapan, de 
nationalité allemande, qui avait renié sa religion et son 
Dieu pour prendre du service dans l'armée ottomane, diri- 
geait les travaux d'approche. Il avait jugé au premier 
coup d'oeil, que la prise de cette tour permettrait de com- 
mander le port et la place. Il fut ensuite envoyé dans 
Rhodes, en espion, afin d'étudier les points les plus vul- 
nérables de la place. Faignant donc de se repentir d'avoir 
passé au mahométisme et d'avoir servi dans l'armée turque, 
il se présenta aux postes avancés. Mais ce subterfuge ne 
servit de rien à ses commettants; on le surveilla et le surprit; 
il fut saisi au moment où il voulait retourner secrètement 
auprès du commandant ennemi, jugé et condamné à la peine 
capitale. L'armée assiégeante était munie d'un grand 
nombre de canons, dont quelques uns étaient d'une longueur 
considérable et d'une grande portée: son artillerie battait 
donc incessamment en brèche la Tour-Saint-Mcolas. 
D'Aubusson, sachant bien toute l'importance de cet ouvrage, 
en confia la défense aux plus braves Chevaliers et se mit 
à leur tête. Les assauts se suivaient: du côté ouest, s'écrou- 
laient déjà des pans de muraille; déjà les Turcs hurlaient 
leurs cris sauvages de triomphe; déjà les habitants 
s'enfuyaient, en emportant ce qu'ils pouvaient sauver d'un 
pillage imminent, lorsque d'Aubusson, brandissant l'étendard 
glorieux de la Religion, se jeta au plus é^Dais de la mêlée 
et renversa tout devant lui. Il courut personnellement les 
plus grands périls, mais rien ne put arrêter son bras, jusqu'à 
ce que l'ennemi fût repoussé et rejeté sur ses vaisseaux, 
laissant des milliers des siens sur les remparts témoins de 
cette sanglante défaite'). M le courage personnel, ni l'espion- 
nage le mieux organisé n'avaient pu vaincre les soldats de 
la Croix. 

Le grand-vizir, exaspéré, tourna ses armes contre le 
quartier de la ville habité par les juifs ; mais Fr. P. d'Aubusson, 

^) V. Appendice, la lettre dans laquelle il raconte avec une si 
admirable modestie la défense de Bliodes. 



86 L'ORDRE DE MALTE. 

stimulant ]3ar son courage et son exemple le zèle des 
assiégéSj eut bientôt creusé un second fossé et élevé avec 
une rapidité merveilleuse un second mur derrière celui que 
les Turcs avaient abattu à coups de canon. Tous, sans 
distinction de religion, d'âge ou de sexe, travaillèrent à ces 
fortifications qui s'élevèrent comme par enchantement. Ce 
bombardement n'ayant donc pas donné aux assiégeants le 
résultat espéré, ceux-ci essayèrent — c'est là un fait indiscu- 
table — de se débarrasser du terrible grand-maître, à la 
fois l'âme et le bras de la résistance, à l'aide du poison. 
Dieu protégeait Aubusson: le complot fut découvert à 
temps et la tentative avorta. Les Turcs reprirent alors, sur 
l'ordre du Paléologue, leurs travaux de sape et de mine 
contre la Tour- Saint-Nicolas (nommée aussi le Cbàteau- 
Saint-Nicolas), et ils essayèrent un nouvel assaut. Le com- 
bat fut plus âpre encore que la première fois. Les Turcs 
et surtout les janissaires firent des prodiges de valeur; 
mais, malgré lem- nombre, ils ne purent enfoncer l'héroïque 
muraille que les Chevaliers leur opposèrent. Des batteries 
flottantes protégeaient en vain leur attaque; ils furent cou- 
verts d'une grêle de grenades et de couronnes goudronnées. 
Douze janissaires reçurent en vain mission, sous promesse 
des plus magnifiques récompenses, de prendre Aubusson mort 
ou vif. Ils s'élancèrent avec toute la fureur des fauves sur 
le Grand-Maître, combattant sur la brèche au milieu de ses 
Chevaliers. Celui-ci reçut cinq blessures, mais sans reculer 
d'une semelle, et, à ses preux qui le priaient de ménager 
sa vie, il répondit ce mot d'une beauté antique: »I1 est 
plus glorieux de mourir, que de reculer !« La lutte fut 
héroïque: les janissaires, étendus aux pieds des Chevaliers, 
ne purent remplir leur sanglant mandat. 

Cet assaut fat aussi repoussé. Michel Paléologue tourna 
alors encore une fois ses canons contre le quartier des 
juifs, qu'il bombarda avec toute son artillerie. Il chercha 
en même temps à semer la division dans le camp chrétien, 
afin de s'emparer par la ruse de ce qu'il ne pouvait con- 
quérir par la force. Doit-on s'étonner qu'un renégat grec 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 87 

n'ait reculé devant aucun des moyens les plus infâmes pour 
s'assurer la possession de l'île? Il fit répandre parmi les 
Chevaliers, par d'habiles agents, le bruit que le Sultan avait 
armé une flotte nouvelle, que cent mille hommes de troupes 
fraîches allaient arriver devant Rhodes et que ce qu'on 
avait vu jusque là n'était qu'un prélude insignifiant au prix 
de ce qui allait arriver. Les Chevaliers ne furent pas ébranlés ; 
mais quelques uns d'entre eux perdirent confiance un instant. 
Aussitôt qu'il eût connaissance de cette manoeuvre, le 
Grand-Maître résolut de démontrer d'une façon péremptoire 
aux défenseurs de Rhodes qu'il n'y avait pas lieu de 
désespérer, et de ranimer les courages chancelants. Un mot 
du chef suffit quelquefois à rendre à une armée hésitante 
ou épuisée, toute son intrépidité et son énergie. Il en fut 
ainsi en cette occurence. Il convoqua les Chevaliers inquiets 
et leur déclara qu'il était prêt à faire conduire en terre 
ferme, ceux qui se préoccupaient du nombre des ennemis, 
mais qu'il ne permettrait à personne de prononcer le mot 
de reddition. Tous ces Chevaliers, un instant égarés, témoi- 
gnèrent alors de leur repentir et sollicitèrent comme une 
punition de leur découragement momentané, l'honneur de 
combattre aux premiers rangs, et de mourir ou de vaincre, 
à la première attaque des Infidèles. D'autres tentatives de 
l'ennemi dans le même sens échouèrent misérablement. 

Le grand-vizir se décida à hvrer un assaut général, le 
27 juin 1480. Les soldats de la Croix, fatigués par de lon- 
gues veilles et par la chaleur, dormaient, et les Turcs 
arborèrent leur étendard sur les ouvrages qui commandaient 
la place, sans rencontrer de sérieuse résistance. Le grand- 
vizir avança alors avec toute son armée, pour profiter de 
cette surprise. Mais Aubusson arrivait à la tête du gros de 
ses Chevaliers, et, escaladant avec des échelles les remparts 
déjà occupés en force par l'ennemi, les défenseurs de Rhodes 
les reprirent après une mêlée corps à corps, homme à 
homme, et mirent les Turcs en déroute. Des brandons 
chrétiens aidèrent à l'oeuvre de l'héroïsme et de l'intrépidité, 
en incendiant des galères ennemies, tandis que les canons 



88 L'ORDRE DE MALTE. 

des forts en coulaient d'autres à fond. Les Turcs laissèrent 
plus de trois mille des leurs sur le carreau; c'étaient leurs 
meilleurs soldats. Ils s'enfuirent avec une telle précipitation, 
qu'ils s'entretuaient mutuellement, pour arriver plus vite 
aux navires. Les Chevaliers pénétrèrent dans leur camp et 
enlevèrent l'étendard de leur commandant en chef. Les 
Turcs criaient dans leur angoisse, que ce n'étaient pas des 
hommes qui les avaient combattus ^), et ni les prières, ni 
les menaces ne purent les amener à faire face à l'armée 
chrétienne qui les poursuivait l'épée dans les reins et les 
massacrait. Les cadavres couvraient la mer; plus de la 
moitié de l'armée ottomane était détruite ou mise hors de 
combat. Le grand-vizir dut renoncer à toute nouvelle 
tentative et lever le siège. Il fit mettre à la voile et s'en 
alla, couvert de honte, implorer la miséricorde du Sultan, 
dont l'armée était, sinon anéantie, du moins décimée et démo- 
ralisée par cette lutte où elle avait succombé, quoiqu'elle fût 
sept fois plus forte que la poignée de Chrétiens qui 
venaient d'infliger à ces hordes et au Croissant une cruelle 
leçon. Michel Paléologue, le renégat, ne reçut pas le cordon 
de soie, mais il fut banni à Gallipoli. Qua,nt à Fr. Pierre 
d'Aubusson, il avait été transporté dans son palais, tout 
couvert de blessures; mais sa guérison fut rapide. Il fonda 
trois églises, ^^our rendre grâces à Dieu de la victoire; puis 
il récompensa magnifiquement les chevaliers et les soldats 
qui s'étaient distingués pendant le siège. Il fit enfin distribuer 
du blé aux familles des paysans et aux habitants dont les 
possessions avaient été dévastées par les Turcs. 

Ce fut une grande allégresse dans les pays chrétiens, 
lorsqu'on apprit la nouvelle de la délivrance de Rhodes: 

1) Cette terreur s'explique. Il suffit de se représenter ces fils 
des races fortes et vaillantes, agiles, robustes, hauts de taille, sous 
la cuirasse et le casque étincelants, avec leur cotte d'armes sanglante, 
coupée de la croix à liuit pointes, maniant avec toute la furia du 
plus saint enthousiasme la demi-pique ou la large épée à la garde 
d'or, à la lame brillante, ou parant tous les coups avec le bouclier, 
que ne pouvaient entamer le cimeterre ou la hache. Debout, au haut 
des remparts, ils devaient être terribles! 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 89 

on chanta partout des Te Dcum d'actions de grâces. Mahomet 
seul ne pouvait se consoler de cet échec si complet de son 
expédition. Il réunit une armée de trois cent mille hommes 
et une flotte plus considérable que la première, et il se 
disposait à aller écraser Rhodes sous ces forces formidables, 
lorsque la mort le frappa, tandis qu'il traversait l'Anatolie 
à la tête de ses troupes. » Je voulais prendre Rhodes et soumettre 
l'Italie«, telle est, dit-on, l'inscription que l'on grava par 
son ordre sur son tombeau. C'est bien là le cri de l'ambition 
déçue: sa mort fut un fait providentiel pour l'Ordre et pour 
le reste de la Chrétienté. Il est douteux que la vaillance 
eût encore une fois vaincu le nombre et que Rhodes n'eût 
pas été soumise quarante et un ans plustôt au joug des 
Infidèles. Il est douteux que l'Italie ne fût pas devenue 
ensuite la proie de l'Islam. 

Des compétitions entre les deux fils de Mahomet, 
Bajazet et Zizim, ne laissèrent point aux Ottomans le loisir 
de se vouer à l'exécution des plans de Mahomet. Bajazet (II) 
défit son puîné Zizim, qui se réfugia d'abord en Egypte, 
puis chez les Hospitaliers de Rhodes. Ce fut une grande 
joie pour Aubusson, qui l'accueillit avec toute la distinction 
voulue, de voir entre ses mains un si précieux otage, à 
l'aide duquel il pouvait imposer au nouveau sultan, 
Bajazet II, des conditions de paix avantageuse. Les négo- 
ciations entamées à ce sujet eurent un résultat immédiat ^). 

1) Pauli. Cocl cl di M. H, p. 156, N° 131, Année 1484. »Bayazet, 
Asiae Kex, Imperatorum Imperator, Cham (id est maximorum niaximns) 
sapientissimo et illustrissimo magno Rhodiorum Magistro^ Petro 
d'Aubusson felicissimo Imperatori, Patri colendissimo, S. D. P.« 

» Quanta sit nostrae mentis in te benevolentia, integi'itas et 
observantia^ ex praeteritis haud dubio relucet. Tu quoque in nos 
animi rectitudinem prodis, certisque redundas beneficiis, ut victor 
évadas. Nec enim id perpeti decrevimus : fortuna namque nobis 
magis arridet, plurique sumus ditione, imperio, atque gazis fulciti: 
nec obliviscimur te Principem sapientem, praedivitem, et haud 
ignavum esse, qui clarissima victoria politus es, grandiaque soles 
aggredi facinora. Nos itaque tibi gratificari cupientes, non fuit apud 
Byzantium quod acceptius tibi fore putaremus, quam ea ipsa manu 
te frui, quae Christianae gentis Messiae Praecursoris, cuius patroci- 



90 L'ORDRE DE MALTE. 

Le Sultan s'engagea à verser au trésor de l'Ordre une 
redevance annuelle de 4500 ducats, et, en échange, le Grand- 
Maître s'obligea à garder Zizim et à ne le céder à aucun 
autre souvrain, afin qu'il ne pût pas devenir un prétexte 
de guerre. Zizim, ne se croyant pas en sûreté à Rhodes, 
quitta plus tard l'île sous la garde du chevalier de Blanche- 
fort, et alla en France. Puis, sur les ordres réitérés du Pape, 
le Grand-Maître ne put refuser de livrer cet otage au Saint- 
Siège duquel l'Ordre relevait. Les plans aventureux, basés 
sur la possession de Zizim, ne rentrent pas dans le cadre 
de ces Annales: la mort de ce prétendant au sultanat (1495) 
mit fin à tous ces projets. Fr. Pierre d'Aubusson reçut du 
Saint-Siège, en récompense de sa magnifique défense de 
Rhodes, le chapeau de cardinal; nous ne croyons pas devoir 
nous associer aux écrivains qui affirment à la légère et 
sans la moindre preuve, que le pape voulut ainsi récom- 
penser avant tout le Grand-Maître de lui avoir livré Zizim. 
Ceci ne fut qu'un acte voulu d'obéissance, tandis que Rhodes 
sauvée par Aubusson, c'est là un titre à toutes les dignités 
et à tous les honneurs. Nous en trouvons la preuve dans 
ce fait que le grand-maître de l'Ordre des Chevaliers de 
Rhodes fut nommé généralissime de la ligue chrétienne 
contre Bajazet, formée sur l'initiative du pape Alexandre VI. 
Nous ajouterons, pour être vrai, que les quinze vaisseaux 
promis par Alexandre VI ne parurent jamais dans les eaux 
de Rhodes; que la flottille française, envoyée par le roi 
Louis XII, sous le commandement de Philippe de Clèves 
qui avait pour instructions de ne rien entreprendre en 
dehors des ordres du Grand-Maître, fut sacrifiée par ce 
commandant, dans une tentative sur Mitylène, faite de sa 
propre autorité et repoussée par des forces bien supérieures 



nium invocas, corpori olim fuit iuncta : ea quippe Imperiali Urbe 
devicta genitoris aerario est addicta. Excipe eia, Principum fidelissime, 
tui Patroni dexteram manum, quae pecunia reiecta, tui amicitiam 
censui pacto anteposmt: in quo vera quidem animi integrifcas 
depreliendi solet, quae utilitate contempta amico morem gerere 
studet. Vale.« 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 91 

en nombre. Les galères de l'Ordre continuèrent seules la 
guerre maritime contre les Infidèles. On note même à cette 
époque une prise importante de vaisseaux musulmans 
chargés d'une riche cargaison. Les moines-guerriers faisaient 
la police de la mer avec autant de succès, qu'ils avaient 
repoussé les entreprises contre leur territoire. 

Fr. Pierre d'Aubusson mourut à un âge avancé (75 ans), 
le 30 juillet 1503, après 27 années d'un magistère glorieux. 
Jamais la perte d'un chef de l'Ordre ne causa tant d'affliction 
et de regrets. »Son corps, dit un vieux chroniqueur, fust 
porté en la salle du conseil, soubs ung lict couvert de drap 
d'or, vestu d'une cape de prélat, et auprès estoit ung 
chevalier vestu de dueil qui tenoit le chapeau de cardinal, 
ung aultre la croix de la légation, ung aultre l'estendart 
de la généralité de la ligue, et aulx quatre coins, quatre 
chevaliers portoient des bannières à ses armes et à celles 
de la Religion. Sur sa poitrine estoit ung crucifix d'or, et 
des gands de soye aulx mains, et des souliers de drap d'or 
aulx pieds. A costé droit fuct dressé ung lict où estoient 
tous les ornements de cardinal, couverts d'ung dais d'or 
et de soye; et de l'aultre costé ung aultre où estait sa 
cuirasse, sa cotte d'armes, et l'arme de leste, et l'espée dont 
il combattit à la défense du mur- de s- juif s, tout cela encore 
teinct du sang de l'ennemi. Aux environs il y eust d'ordi- 
naire deulx cent cinquante hommes vestus de robes de 
dueil. Tous les religieux et le peuple y venoient lui baiser 
les mains, et pas ung n'entra dans la salle qu'avec pleurs, 
cris et battements de poictrine, et tout le peuple de l'isle 
accourust avec mesmes cris et gémissements. Quand la 
bierre parust hors du palais pour descendre l'escalier, il 
s'esleva une plaincte et cry universel de tout le peuple, 
qui continua partout où il passa. Les femmes, les vieillards 
et les paulvres se bastaient la poictrine et se désespé- 
roient . . . Quand il fust en terre, Didier de Sainct-Jaille, 
son maistre d'hôtel, rompist le baston sur sa sépulture, 
et Diego Suarez, son escuyer, les espérons .... Il laissa 
une grande et riche despuille, et de plus grande valeur 



92 L'ORDRE DE MALTE. 

encore que celle des grands-maistres de Villeiieufve et 
Fkivian ^)«. 

Son magnifique mausolée en bronze était érigé dans 
une niche ogivale, à Saint- Jean de Rhodes; le grand- 
maître était assis sur son trône, en manteau, l'épée au bras 
droit, le chapeau de cardinal sur la tête; il y avait au 
frontispice et aux colonnes des emblèmes de victoire sculptés 
en relief. Nous traduisons les inscriptions tumulaires en 
français : Au Seigneur Pierre cVAubusson, cardinal de la sainte 
église romaine^ légat d'Asie, grand-maître de la sainte et noble 
milice de Jérusalem, ce monument a été élevé piihliquement. — 
Au libérateur de la ville, à celui qui nous a donné le repos. — 
Les chevaliers de Jériisalem et le peuple de PJiodes l'ont dédié 
à son génie et à sa majesté^ et l'ont décoré des insignes du 
triomphe. — Epargner les vaincus, combattre les rebelles. 

Ce mausolée, ainsi que celui d'Emery d'Amboise, furent 
détruits par les janissaires, après leur entrée à E,hodes, en 1522, 
malgré la capitulation, et les cendres de ces preux furent dis- 
persées. Nous parlerons de cet acte de vandalisme à sa date. 

Les monnaies les plus remarquable de Pierre d'Aubusson 
portent à l'avers les armes écartelées de l'Ordre et du Grand- 
Maître (Croix de Saint-Jean eu champ de gueules, et croix 
ornée de gueules en champ d'or), et, au revers, Saint-Jean, 
en pied, tenant de la main gauche la bannière et l'agneau, 
et les montrant de la main droite. L'écu est surmonté du 
chapeau de cardinal, et la légende rappelle cette dignité 
et celle de maître de Rhodes. Ce sont les pièces d'argent. 
Dans les monnaies d'or, on a le type vénitien; dans la 
monnaie de billon, la croix ancrée est seule au centre de 
la légende. 

XXI. Frère Emery d'Amboise . 

(1503—1512) 

reçut en France, où il se trouvait, la nouvelle de son 
élection au magistère. Il partit pour Rhodes, emportant 

1) Ce récit est doublement précieux: il nous révèle Aubusson 
aimé et pleuré par tous ; il nous donne en même temps le cérémonial 
des funérailles des ai-ands-maîtres. 



LES CHEVALIERS DE EHODES. 93 

comme de précieux souvenirs du roi de France, Louis XII. 
un morceau de la vraie Croix et l'épée de Saint Louis. 
Bajazet n'ayant plus à craindre les compétitions de son 
frère Zizim, qu'il avait sans doute su atteindre à la mode 
turque, aussitôt que sa vie n'avait plus été sous la sauve- 
garde immédiate des Chevaliers de Rhodes, car, selon 
l'adage juridique, le criminel est celui à qui le crime 
profite, et, par conséquent, s'il y eut, comme on le prétend, 
empoisonnement, l'empoisonneur fut nécessairement Bajazet, 
se prépara à recommencer la guerre contre l'Ordre et s'allia 
dans ce but au Sultan d'Egypte. Une flottille turque 
débarqua 500 hommes dans l'île de Leros; la brèche fut 
ouverte, et les Turcs allaient se rendre maîtres du fort 
qui protégeait cette île, quand, à ce qu'assurent les chroniques, 
un jeune Chevalier, nommé Siméoni, s'avisa d'un stratagème 
qui sauva l'île. Siméoni, voyant l'imminence du péril, aurait 
fait revêtir aux habitants des costumes de Chevaliers et 
leur aurait fait prendre position à la brèche. Les Infidèles, 
croyant que les assiégés venaient de recevoir du secours, 
auraient alors abandonné l'île. De son côté, le Sultan 
d'Egypte expédia cinq vaisseaux chargés de troupes de 
débarquement, pour prendre l'île de Lango; mais les 
mamelouks tombèrent au pouvoir du commandant de cette 
île et les vaisseaux furent capturés par les galères rhodiennes. 
L'Ordre fit, en 1507, une prise encore bien plus con- 
sidérable. Un grand vaisseau de guerre, que les Sarrasins 
nommaient la Heine - de-la- Mer, partait chaque année 
d'Alexandrie pour Constantinople, chargé de soieries, d'épices 
et d'autres marchandises précieuses provenant des Indes. Il 
était à cinq ponts et il était monté par mille soldats, 
d'escorte sans compter les marchands et l'équipage. Le 
commandeur de Limoges, ayant reçu l'ordre de se rendre 
maître de ce bâtiment, s'embarqua sur la galère-amirale 
et réussit à s'en emparer. On y trouva de grands trésors 
et l'on fit payer aux marchands de fortes rançons. Quelque 
temps après, d'autres bâtiments sarrasins, chargés d'impor- 
tantes cargaisons, tombèrent encore entre les mains des 



94 L'OEDEE DE MALTE. 

croiseurs rhodiens. On raconte enfin parmi les exploits de 
l'Ordre un autre fait d'armes glorieux. Le sultan d'Egypte, 
Kansou, s'était ligué (1508) avec le Roi de Calcutta (Bengale), 
contre Emmanuel-le-Fortuné, roi de Portugal (1495 — 1521), 
et, ses vaisseaux étant insuffisants, il obtint de Bajazet l'autori- 
sation de faire abattre des bois de construction dans les 
forêts de la Cilicie. En 1510, le bois étant coupé, le sultan 
Kansou envoya une flotte de cinq vaisseaux pour le trans- 
porter à Alexandrie. Mais le Grand-Maître, ayant obtenu 
du Conseil, les fonds nécessaires à cette entreprise, s'entendit 
avec le Roi de Portugal et mit à la mer le grand vaisseau 
capturé sur les Sarrasins, quatre galères et dix-buit bâtiments 
de diverses grandeurs. Cette flotte fit voiles vers Ajazzo^i 
et croisa dans ses parages: elle rencontra au retour la 
flotte ennemie, l'attaqua et s'en empara. Les Chevaliers 
prirent onze vaisseaux et quatre galères et firent un grand 
nombre de prisonniers. Ils mirent le feu aux bois de con- 
struction et rentrèrent à Rbodes chargés de butin. Ces 
captures successives enrichirent le trésor, au profit duquel 
beaucoup de Chevaliers abandonnaient une grande partie des 
revenus de leurs commanderies. en dehors des responsions dues. 
Fr. Emery d'Amboise mourut, en 1512. dans sa soixante- 
dix-huitième année. Nous n'avons pu retrouver de discription 
de son tombeau: on se rappellera du reste que ce mausolée 
eut le même sort que celui de son prédécesseur, le grand 
Aubusson. Les monnaies d'or de ce grand-maître nous 
montrent un type nouveau: à l'avers, les armes des Amboises 
sont écartelées avec celles de l'Ordre, au revers, Saint-Jean 
est remplacé par l'Agneau pascal tourné à dextre, regardant 
en arrière, la têle entourée de l'auréole, et ayant derrière 
lui l'étendard de la ReHgiou. Il y en a aussi du type vénitien. 
Les monnaies d'argent sont semblables aux premières. La 
monnaie fractionnaire a tantôt les armes écartelées, tantôt 
les armes d'Amboise seules, et, au revers, le Saint-Jean- 

^) Aias, Aiazzo, Issus. Adjacium, Xicopolis, ville et port d'Anatolie, 
au coude N.-E. de la Méditerranée, très commerçante au Moyen-âge, 
célèbre par la victoire d'Alexandre-le-grand. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 95 

Baptiste à l'étendard. Un seul spécimen de monnaie de 
billon porte, à l'avers, la croix de l'Ordre, seule, et, au 
revers, l'agneau, comme aux pièces d'or. 

XXII. Frère Guy de Blanchefort, 

(1512—1513) 

neveu d'Aubusson, n'occupa que bien peu de temps le 
magistère. Lorsqu'il fut élu, il était retenu en Europe par 
une maladie. Ayant appris que les Turcs faisaient de 
nouveaux armements contre l'Ordre, il partit, malgré le 
mauvais état de sa santé, et alla s'embarquer à Villefrancbe 
(Comté de Nice); son mal empira pendant la traversée et 
l'on voulut le débarquer en Sicile; mais il insista pour que 
le voyage ne fiit pas interrompu. Il n'arriva cependant 
pas au terme du voyage et mourut en vue des îles 
Ioniennes, le 24 novembre 1513. Son mausolée, à Rhodes, 
le représentait couché dans son manteau, sous un dais porté 
par quatre colonnes. On y lisait: A la mémoire de Guy de 
blanchefort, très-nohle maître de la milice sacrée de Jérusalem: 
ce monument lui ayant été élevé pour l'éternité par les soins du 
sénat et du peuple . . . On a de son court magistère de petites 
pièces de cuivre, avec l'écu écartelé, et, au revers, un écu 
portant la croix de l'Ordre, avec cette légende: ^ in hoc 
siGNO vxntces. Nous notons avec soin cette devise qui marque 
bien mieux que les légendes antériem'es le but de l'Ordre 
chrétien militant. 

XXni. Frère Fabrice del Caeretto. 
(1513-1521) 

Blanchefort avait ordonné, de détacher de sa flottille et 
d'expédier à Rhodes, avec toute la célérité possible, une 
galère, pour aviser de sa mort. L'ordre fut ponctuel- 
lement exécuté, et Rhodes fut avertie du triste événement, 
dès le 13 décembre. Le Chapitre fut aussitôt convoqué et 
l'amiral Carretto, d'une noble maison d'Itahe, fut élu au 
magistère. Il s'occupa immédiatement de réunir un Chapitre 



96 L'ORDRE DE MALTE. 

général, afin de mettre en état de défense l'île menacée 
d'une descente des Infidèles. Il fit acheter entre autres de 
l'artillerie, par l'entremise d'un négociant lyonnais. 

Le trône de Turquie était alors occupé par Sélim I®^ 
(1512 — 1520), le plus jeune fils de Bajazet II, qu'il avait 
détrôné et fait incarcérer, en même temps qu'il donnait ordre 
d'étrangler ses frères et tous les membres de leurs familles. 
Ce prince ambitieux clierclia sur-le-cbamp à conquérir de 
nouveaux territoires. Il déclara donc la guerre au roi de 
Perse, Ismaïl P^ (1499—1520), le battit et s'empara de 
Tauris (1514). Le Roi de Perse envoya alors des ambassa- 
deurs à Rhodes, comme l'avait fait un de ses prédécesseurs, 
pour former luie alliance avec les Chevaliers contre l'ennemi 
commun. Le sultan d'Egypte, Kansou, entra dans cette 
ligue. Ce fut contre lui que Sélim dirigea ses premiers 
coups: en quatre années, il réduisit l'Egypte en provinces 
ottomanes. Puis il se prépara à agir contre Rhodes, mais 
sa mort coupa court à l'exécution de ce projet, le 22 sep- 
tembre 1520. 

Ce ne devait cependant être là qu'un court répit. 
Soliman II-le-Magnifique, succéda à Sélim, et, persuadé que 
la possession de Belgrade et de Rhodes pouvait seule 
assurer la sécurité de ses frontières, en Europe, et de ses 
nouvelles provinces d'Egypte, il réunit des forces considé- 
rables pour enlever ces deux postes aux Chrétiens. Il envoya 
devant Rhodes une flotte, et, en même temps, saisissant 
pour prétexte le mauvais traitement qu'aurait reçu un de 
ses ambassadeurs à la cour de Louis II, roi de Hongrie, il 
parut à la tête de son armée devant Belgrade, qu'il força 
à capituler, le 29 août 1521. 

Le Grand-Maître avait d'abord déjoué la démonstration 
navale des Infidèles et poursuivi ses préparatifs de défense 
contre une attaque en force qu'il y avait lieu de prévoir, 
aussitôt que Soliman serait maître de Belgrade. La nomi- 
nation de l'amiral rhodien au magistère avait eu lieu déjà 
dans cette pensée, que les talents militaires éprouvés 
de Caretto seraient bien nécessaires, en présence d'un 



LES CHEVALIERS DE EHODES. 97 

imminent péril. Il ne failKt pas à sa mission, comme 
homme de guerre et comme homme d'état, et, tandis qu'il 
rendait redoutables les approches de l'île, il envoya des 
ambassadeurs auprès de plusieurs des cours d'Europe, afin 
d'informer les souverains catholiques de la situation et de 
leur demander une prompte assistance. Mais la guerre avait 
éclaté entre le roi de France, François P^', et l'empereur 
Charles-Quint, et occupait les deux grandes puissances de 
l'Occident. Rien ne permettait donc de compter sur un 
secours de l'un ou de l'autre de ces deux pays. 

Fr. Fabrice mourut sur ces entrefaites, après une courte 
maladie, au mois de janvier 1521. Il était un des héros de 
la défense de Rhodes, en 1480; il avait de grandes qualités 
personnelles: il était libéral et charitable, et très aimé de 
tous. Sa science des langues anciennes et modernes, et ses 
connaissances en général étaient très rares parmi la noblesse 
de ces temps. Il fut beaucoup regretté à cette heure diffi- 
cile. Mais son successeur fut digne de lui. La pierre tumu- 
laire qui marqua dans la muraille de l'Eglise- Saint- Jean 
de Rhodes, la place où ce grand-maître fut inhumé, fut 
longtemps intacte ^j. La tombe n'a pas été violée. Il y était 
debout, en manteau, les mains jointes; au-dessus on inscrivit 
cette épitaphe : iie«'""* . et . ill . JD. F. Fabrlchis . de . Carretto . 
magnus . RJiodi . magister . urhis . instaurator . et .ad . publicam . 
utilitateni . per . septennkmi . recfor . lue . jacet . Anno . MDXXL 
Les armes écartelées sont au-dessus de la figure, et il y a 
lieu de noter le caractère religieux de cette inscription qui 
rappelle le titre de Hector et celui de Frater. Parmi les 
monnaies du magistère Carretto, nous citerons celles du 
type vénitien, celles avec les armes écartelées et Saint- 
Jean-Baptiste à la bannière et à l'agneau pascal; nous 
noterons dans les légendes les mots: Grand-Maître de FJiodes^ 
MAGN * M î^c R. On possède une médaille de lui, frappée à 
l'occasion de son élection, la seule, avec une autre du 
grand-maître, Fr. Philippe de Villiers de l'Isle Adam, qui 



^) V. Appendice, Notes sur Rhodes. 

SALLES : L'ORDRE DE MALTE. 



98 L'OPtDRE DE MALTE. 

ait été frappée à Rhodes, tandis que postérieurement tous 
les grands-maîtres de Malte, à l'exception de Saint-Jaille, 
de Yasconcellos et de Raymond Despuig, ont laissé des 
médailles comm.émoratives des faits contemporains notables. 
Avers: Buste du G-rand-Maître tourné à droite, la barrette 
sur la tête, la croix sur la poitrine, et, comme légende; 
1^ p. FABiiicivs.DE.CARRETTO>iiMAGNVS>|iM:^E,.; revers: Ecusson 
écartelé, avec la légende: ^ deo >tcET *beaïe >kvie,gini. On 
en connaît un exemplaire en argent et un en or. 

XXIV. Frère Philippe de Yilliers de l'Isle Adam. 

(1521—1522, à Rhodes; 1522—1530, à Candie, Messine, Civita - Vecchia, 
Viterbe, à Malte (1530—1534). 

Le magistère de cet homme illustre répond à une des 
périodes les plus glorieuses et les plus critiques à la fois 
des Annales de l'Ordre. Ses contemporains l'ont surnommé 
ïe Vaillant^ et avec raison, car toute sa vie fut une suite 
d'actes d'un chevaleresque héroïsme. L'histoire a ratifié 
l'inscription gravée sur sa tombe, par les pieuses mains de 
son successeur". 

Ci-gît la vertu, victorieuse de la fortune (Victrix fortimae virtus). 

C'est le temps des grandes conquêtes en Europe de 
Soliman, dont les innombrables cohortes mettaient en péril 
les trônes, les nations et la civilisation chrétienne. Belgrade 
conquise, la Hongrie terrassée, l'on devait s'attendre à voir 
le Sultan victorieux diriger sur Rhodes tout l'efibrt de ses 
armes, afin de remplir le voeu inscrit sur la pierre du 
tombeau de Mahomet II. 

Fr. Philippe de Villiers de l'Isle Adam était grand- 
prieur de France et se trouvait à sa résidence de Paris^ 
lorsque la nouvelle de son élection au magistère lui par- 
vint. Sachant les intentions du Sultan, il ne perdit pas un 
instant pour se rendre à son poste d'honneur et de péril. 
Il arriva donc à Rhodes, dès le 12 septembre 1521, avec 
quatre felouques chargées de munitions, et accompagné 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 99 

d'un grand nombre de Clievaliers qu'il avait entraînés à sa 
suite, pour venir prendre leur part de gloire et de dangers 
dans l'oeuvre de la défense de l'Ordre, contre un ennemi 
terrible par le nombre et la foi dans son invincibilité. Et 
cette fois la résistance devait être rendue encore plus diffi- 
cile par les manoeuvres d'un Chevalier félon, que le dépit 
allait porter à des actes indignes, à la plus infâme trahi- 
son. L'Ordre renfermait dans son sein un misérable, le 
chancelier d'Amaral, qui avait occupé de hautes dignités 
et qui avait jusque là bien mérité de l'Ordre, mais qui, 
ayant brigué le magistère et n'ayant pu l'obtenir, jura de 
se venger non seulement de Villiers, mais même de l'Ordre 
tout entier dont il résolut la perte. Cet Amaral fit con- 
naître à l'ennemi les points les plus vulnérables de la place, 
et lui indiqua les voies et moyens les plus sûrs pour 
s'emparer de l'île. Il se servit, selon les uns, d'un esclave 
turc, selon d'autres, d'un colporteur juif, pour correspondre 
avec Soliman. 

Le Grand-Maître prit, aussitôt après son arrivée, toutes 
les mesures voulues pour parer à un long siège; il envoya^ 
des Servants-d'armes dans l'île de Candie et en Sicile, 
acheter des grains et des fourrages, et arrêter des archers. 
Le délégué du grand-maître rencontra heureusement dans 
l'île de Candie, un ingénieur renommé, Martinengo, auquel 
il sut persuader de venir à Rhodes prendre la direction 
des travaux de défense. Martinengo fut accueilli par le 
grand-maître avec joie, et, bientôt après son arrivée à 
Rhodes, il fut admis dans l'Ordre. Cet ingénieur fit entre- 
prendre de grands perfectionnements au système des forti- 
fications et rendit formidables les abords de la place. On 
travailla jour et nuit sans relâche: les approches mêmes 
de l'île furent rendues inabordables, à l'aide de bateaux 
chargés de pierres et coulés à fond; l'entrée des ports fut 
fermée de nouveau par d'énormes chaînes de fer, tendues 
de la Tour-Naillac à la Jetée-des-Moulins, ainsi que par 
une jetée flottante formée de poutres rattachées ensemble 
et allant du Châteaa-Saint-Nicolas au Castel-du-môle-des- 



J^OO L'ORDRE DE MALTE. 

Moulins. Les Chevaliers avaient en quelque sorte prêché 
la Croisade contre les ennemis de la Foi, parmi les habi- 
tants, qu'ils avaient ainsi enflammés pour la cause de la 
défense. Des pénitences publiques appelèrent la protection 
de Dieu sur les soldats chrétiens. Les grecs mêmes qui 
habitaient l'île, se laissèrent gagner par le grand-maître, 
qui eut l'habiteté de leur rappeler dans une iîère harangue 
les exploits de leurs ancêtres. Si l'Ordre veillait, la trahison 
ne s'endormait pas, car dès ce moment Amaral avait usé 
de sa haute situation pour entraver dans le Conseil les 
préparatifs de défense et contrecarrer les appels aux Cours 
d'Europe; pour endormir dans une trompeuse sécurité une 
partie des chefs, en traitant de visions les craintes du 
grand-maître, en rejetant la possibilité d'une expédition 
contre Rhodes de la part du Sultan qu'il disait occupé ailleurs. 
Mais, avant même de jeter son armée sur l'île des 
Chevaliers, Soliman avait mis fin à tous les doutes sur ses 
projets, dans une lettre ironique et moqueuse au Grand- 
Maître. Il le félicitait de son élection, mais en même temps 
il semblait par la hauteur de son langage vouloir le pousser 
à prendre lui-même l'imprudente initiative d'une déclaration 
de guerre. L'Isle Adam répondit avec la dignité voulue à 
l'arrogant message. Les chroniqueurs nous ont conservé 
quelques passages de cette lettre écrite en grec : » J'ai compris, 
disait Soliman, que tu as reçu mon message et que tu l'as 
très-bien entendu. Ma victoire sur Belgrade ne me donne 
que peu de joie; mais je compte en remporter une plus 
grande, et c'est à toi, crois-moi, que cela restera le moins 
caché. « Nous savons par la Lettre du Grand-Maître à 
François I®^, à la date du 28 octobre 1521 '), ce qu'il pensa 
de ces messages. Ainsi du reste que c'était la coutume de 
Soliman, qui aimait à copier les usages chevaleresques de 
rOccident, l'Isle Adam reçut, avant l'ouverture immédiate 
des hostilités, un cartel, dans lequel le Sultan le sommait 
de se rendre, en y joignant — ce qui était tout à fait turc. 



') V. Appendice. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 101 

les plus violentes menaces contre quiconque après la victoire 
tomberait entre ses mains. L'ultimatum était ainsi conçu: 
»Je vois à contre-coeur les outrages et la honte que vous 
infligez à mon peuple. Je vous somme donc par la présente 
de rendre l'île et la forteresse, en vous garantissant vos 
possessions et votre avoir, et même votre croyance, si vous 
préférez vivre sous ma souveraineté. Choisissez paix et 
amitié, plutôt que guerre cruelle . . .« Il va de soi que la 
réponse de Fr. de l'Isle Adam fut tout aussi fière, quoique 
les chroniques ne nous l'aient pas conservée. Mais on peut 
en juger par la réponse au premier message du Sultan^). 

On passa encore une fois en revue les moyens de 
défense; on rasa les faubourgs; on coupa les arbres; on 
passa la revue des 600 Chevaliers et des 5.000 soldats 
formant la garnison; la population des campagnes fut 
abritée derrière les murailles de la place. Des approvision- 
nements considérables en poudre, projectiles, vin, céréales, 
avaient été entassés dans les réduits et les magasins; mais 
c'est dans cette circonstance que la trahison d'Amaral fut 
peut être le plus nuisible à l'Ordre: il avait dans ses attri- 
butions l'arsenal et les magasins de vivres, et, pour tromper 
le magistère sur la durée de la résistance au cas de blocus, 
il accusa des chiffres beaucoup plus élevés que la réalité. On 
s'en aperçut en plein siège, mais il était trop tard: la 
trahison portait ses fruits. 

Le 23 juin 1522, toute l'escadre ottomane, commandée 
par Kurtogli pacha arriva devant l'île: elle se composait 
de 400 voiles et amenait une armée de débarquement de 
140.000 combattants, et de 60.000 ouvriers pour les travaux 



^) Voici le texte de cette réponse au premier Message turc. 
L'ironie y est maniée avec art. »Je ne suis point fâché, écrivait le 
Grand-Maître, que tu te souviennes de moi et des Clievaliers de mon 
Ordre; tu me parles de la conquête que tu as faite en Hongrie, et 
du dessein où tu es, à ce que tu me mandes, de faire une autre 
entreprise dont tu espères le même succès. Mais fais réflexion que 
de tous les projets (|ue foiment les hommes, il n'3^ en a point de 
]j1us incertains que ceux (|ui dépendent du sort des armps. Adieu. « 



102 L'ORDRE DE MALTE. 

de tranchée et de mine, sons les ordres du commandant- 
en-clief Moustaplia pacha, bean-frère du Sultan. Le siège 
effectif de Rhodes commença bientôt. La défense fut 
confiée à Fr. Jean Aubin, chevalier français, commandant 
les chevaliers de la Langue française et à Fr. Christophe, 
commandant ceux de la Langue allemande. Le grand- 
maître garda le commandement suprême. Le chevalier 
Fr. de Grolée porta la bannière de l'Ordre, avec la croix 
blanche à huit pointes en champ de gueules; le chevalier 
Fr. de l'Isle Adam, neveu du grand-maître, fut chargé de 
l'étendard qu' Innocent VIII avait envoyé à d'Aubusson, 
après le siège de 1480; Fr. Henri Mansello, reçut la ban- 
nière de Fr. Philippe de Villiers de l'Isle Adam, aux armes 
du grand-maître écartelées avec celles de l'Ordre. Les deux 
derniers de ces étendards devaient l'accompagner partout, 
et il avait une garde d'élite de cent chevaliers. On avait 
en tout environ 6.000 hommes à opposer aux masses 
ennemies. Moustapha, ne voulant point j)ei'dre de temps 
à l'attaque des forts détachés, fit le siège régulier du corps 
de place. Mais les premières tentatives des Turcs échouèrent. 
Les Chevaliers détruisaient au fur et à mesure les travaux 
d'approche, et infligeaient de grandes pertes aux assiégeants. 
L'armée ottomane commença à se démoraliser, en voyant 
que, malgré les 60.000 ouvriers sans cesse occupés aux 
travaux de sape et de mine, les opérations du siège 
n'avançaient pas. Les assiégeants faisaient des sorties con- 
tinuelles et chassaient l'ennemi de ses ouvrages; ou bien 
ils l'écrasaient sous le feu bien nourri de leur artillerie. 
Les Turcs, battus dans plusieurs engagements généraux, 
semblèrent même vouloir renoncer à une actien sérieuse 
contre Rhodes. 

Mais Soliman, averti de ce qui se passait, arriva vers 
la fin de juillet, avec 15.000 hommes de renfort. Il répri- 
manda ses troupes; il leur reprocha leur pusillanimité; il 
les fit rentrer dans l'obéissance et leur inspira un nouveau 
courage. C'est en faisant appel au fanatisme religieux et 
à la haine du nom chrétien, qu'il rendit à son armée 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 103 

l'ardeur et l'entlioiisiasme, Maliométaiis et chrétiens furent 
désormais en présence, comme aux jours des luttes gigan- 
tesques des Croisés. Le siège fut donc repris avec une 
nouvelle vigueur, dès le 28 juillet. Douze pièces d'artillerie 
du plus gros calibre bombardèrent la place durant 60 jours, 
sans y causer cependant de bien grands dommages, puisque 
d'après les cbroniques il n'y aurait eu en tout que dix 
hommes de tués. Quarante couleuvrines énormes lancèrent 
des boulets de pierre et de marbre contre les remparts, 
sans les entamer. Mais la poudre menaçait de manquer 
aux assiégés, on sait pourquoi: on se procura tout le sal- 
pêtre qu'on put trouver, mais la défense ne s'en trouva 
pas moins paralysée par cette circonstance désastreuse. 
Enfin, malgré tonte la sagacité avec laquelle Fr. Martinengo 
découvrait et contreminaitles travaux souterrains de l'ennemi, 
deux mines turques firent sauter, le 4 septembre, le Bastion- 
d'Angleterre et y ouvrirent une brèche de 8 mètres environ 
de large. Les bataillons turcs s'élancèrent à l'assaut. Mais 
le grand-maître, qui avait dans la prière puisé courage et espé- 
rance, accourut à la tête des Chevaliers de sa garde. La brèche 
fut nettoyée : les musulmans furent bientôt saisis de terreur 
à la vue des coups que portaient les flamboyantes épées 
des Chevaliers; ils s'enfuirent en désordre, laissant plus 
de 2000 hommes sur le terrain. Ce fut là une victoire 
d'autant plus brillante, que le nombre des combattants qtii 
repoussèrent les masses ennemies était plus faible. Ce fait 
d'armes était bien propre à hausser encore les courages ! 
Parmi les morts se trouvaient malheureusement le général 
de l'artillerie, le général des galères, le porte-étendard du 
grand-maître. Le 13 septembre, à l'aube, Soliman com- 
iiianda une attaque générale qui fut encore repoussée. 
C'est dans cet engagement, où l'Ordre fut héroïque, que 
Fr. l'Isle Adam s'élança le premier, la bannière de l'Ordre 
d'une main, l'épée de l'autre, sur les Turcs qui déjà péné- 
traient dans la place par la brèche, abattit de sa main 
l'étendard du Croissant arboré sur l'enceinte, et, animant 
ses chevaliers par sa vaillance, demeura à son poste de 



^104 L'OBDEE DE ilALTE. 

combat, jusqu'à ce que les assaillants fussent en pleine 
déroute. Les janissaires mêmes commençaient à murmurer de 
cet interminable siège. Un nouvel assaut fut également 
repoussé avec de grandes pertes, le 17 septembre;, puis 
un assaut général, le 24 du même mois, quoique Moustapha 
Teiit commandé en personne et que les Infidèles y eussent 
fait preuve d'une grande ténacité. On dit que Soliman était 
désespéré lui-même et qu'il parlait de s'éloigner, lorsqu'un 
incident imprévu changea le cours des événements. 

Un désertem^ vint annoncer dans le camp ottoman, 
qu'un grand nombre de Chevaliers étaient tombés dans les 
divers assauts, que le reste des défenseurs ne serait plus 
en état de repousser une attaque générale, et que, d'un 
autre côté, les habitants étaient réduits à la dernière extré- 
mité. On prétend même qu'une lettre d'Amaral confirmait 
au Sultan ces nouvelles. Le fait est possible, puisque la 
trahison d'Amaral fut plus tard découverte, sur la dénon- 
ciation d'un de ses serviteui's chargé de sa correspondance 
avec le camp ennemi, et que, sur les preuves produites, 
le traître fut privé de l'habit^ livré à la justice séculière, 
condamné et décapité^). 

Soliman exila Moustapha et remit le commandement 
à un ingénieur, nommé Achmet pacha, qui modifia immé- 
diatement le plan d'attaque et concentra le feu de toute 
l'artillerie de siège sur le Bastion-d'Espagne, jusqu'à ce 
qu'il s'écroulât en partie sous les projectiles. Quelques 
Chevaliers prétendirent alors qu'il fallait déblaj^er les 
monceaux de décombres , qui faciliteraient à l'ennemi 
l'escalade des remparts, et cet avis prévalut. Mais, 
lorsqu'on eut aplani le terrain, on vit quelle faute on 
avait commise: tous les efforts de l'assiégeant se concen- 
trèrent sur cette brèche béante. Les défenseurs étaient eux 
aussi très décimés et réduits à un bien petit nombre. Il 
était donc évident que, s'il ne venait pas de secours du 
dehors, Ehodes ne pourrait plus tenir longtemps. 

^j V. Appendice. 



LES CHEVALIERS DE EHODES. 105 

Le secours ne vint point. 

Anx catastroplies des Bastions d'Angleterre et d'Espagne, 
il vint bientôt s'en ajouter une autre: Fr. Martinengo fat 
grièvement blessé. Mais le Grand-Maître n'en défendit pas 
moins avec sa poignée de combattants encore valides, 
pendant 34 jours, la brèche qui était devenue le centre 
de la lutte: il couchait sur un matelas qu'on lui étendait 
derrière le rempart, il ne débouclait pas sa cuirasse, il 
restait jour et nuit sous les armes et était prêt à tout 
moment à marcher avec la pique ou l'épée. Si l'ennemi 
avait alors tenté un assaut général, il n'aurait cependant 
plus trouvé devant lui de remparts infranchissables, ni de 
résistance invincible. Mais Achmet préféra atteindre au 
but, en ne laissant rien aux hasards de l'action. Les 
Chevaliers disputaient le terrain pied à pied, et quand un 
pan de murs s'écroulait, ils reconstruisaient en arrière 
une muraille nouvelle; cependant l'espace se réduisait de 
plus en plus derrière eux et la catastrophe approchait. Les 
Turcs pénétrèrent enfin dans le Bastion-d'Espagne par la 
brèche, qui avait plus de quinze mètres de large. Ds furent 
reçus avec une intrépidité admirable : la mêlée sanglante dura 
tout le jour. Fr. Villiers de l'Isle Adam et Soliman se ren- 
contrèrent, dit-on, et ces deux grands guerriers engagèrent un 
combat digne des temps homériques. On ajoute même que 
le Sultan allait succomber, lorsque ses janissaires parvinrent 
à le dégager. Au lever du jour, la bataille reprit avec le 
même acharnement: les rangs des Chevaliers étaient bien 
éclaircis, mais Villiers ne songeait pas à se rendre. 

Soliman eut recours alors à la ruse, pour contraindre 
le grand-maître à abandonner la résistance: il envoya aux 
habitants des messagers secrets, porteurs des plus terribles 
menaces, et les habitants effrayés firent supplier le grand- 
maître de ne pas les vouer sans utilité à une perte certaine 
et à la cruauté des Infidèles. 

Le Conseil fut assemblé et conclut à l'unanimité à 
l'impossibilité de prolonger la lutte, faute de poudre et de 
bras; Fr. Villiers de l'Isle Adam fit donc droit à la demande 



106 L'ORDRE DE MALTE. 

des habitants, qu'appuyaient le reste de ses chevaliers. 
Le 10 décembre, on entra en négociations avec l'ennemi, 
sur une nouvelle sommation de Soliman. Mais ici se place 
un épisode antérieur aux négociations définitives. Les Turcs 
ayant arboré le pavillon parlementaire, le 10 décembre 
on y répondit de la Porte-de-Cosquino et de la Tour- 
Sainte-Marie. Soliman envoyait un message offrant aux 
Chevaliers leur sortie de la place avec armes et bagages, 
à la condition de lui céder toutes leurs possessions en 
Orient. Des parlementaires échangèrent les premiers pour- 
parlers. Soliman renouvela verbalement ses offres , en 
donnant à l'Ordre trois jours de délai et en faisant menacer, 
au cas d'inacceptation, »que le dit parti non voulant, comme 
le raconte le commandeur Fr. de Bourbon dans son procès- 
verbal du siège, il lui notifiait qu'il ne partiroit jamais de 
devant E-hodes, et que toute la Turquie y mourroit, ou il 
en viendroit au dessus, et qu'il n'échapper oit ne petit ne 
grand, mais que jusqu'aux chats tout seroit mis en pièces 
et que dans trois jours on lui feist réponse*. L'un des 
négociateurs rhodiens resta près du Sultan, qui le traita 
magnifiquement et lui avoua que Rhodes lui coûtait 
40.000 hommes tués et 50.000 morts de maladie. Fr. Villiers 
de l'Isle Adam essaya d'obtenir une plus longue trêve, 
mais Soliman fit rouvrir le feu, le 15 décembre, et tenter 
des assauts, le 17 et le 18, sur le Bastion-d'Espagne. Enfin, 
le 20, l'Isle Adam se décida à capituler; mais on j)eut 
dire qu'il dicta au vainqueur ses conditions. Selon le mot 
célèbre: Tout était perdit, fors VJionneur! 

Voici, pour le prouver, un procès-verbal (en latin) 
sur la Convention, emprunté aux Archives de Malte ^). »En 
l'an 1522, après la Naissance de Notre-Seigneur, sous le 
pontificat d'Adrien VI, Soliman, commandeur des Turcs, 
ayant abordé avec une flotte de 300 vaisseaux et de 200.000 
guerriers, à Rhodes, avant la Fête de Saint-Jean-Baptiste, 
et ayant assiégé par terre et par mer la ville chrétienne 

^) Voyez aussi, à l'Appendice, Notification de la reddition au Scnat 
de Venise, par Soliman. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. IQ'J 

jusqu'à la Noël; ayant pratiqué contre elle cinquante-deux 
mines et y a3^ant jeté jour et nuit plus de 85.000 boulets 
d'airain et de pierre; lui ayant livré vingt assauts; Philippe 
Villiers de l'Isle Adam, sans secours ni assistance du dehors, 
l'a défendue le plus vaillamment avec peu de Chevaliers; 
mais enfin il s'est vu contraint par la nécessité, après 
que 120.000 ennemis ont été tués, de s'entendre avec 
Soliman, qui avait détruit les murs, qui occupait depuis 
quarante jours déjà la ville sur une longueur de cent 
cinquante pas, qui s'acharnait à la victoire, et qui cejDcndant 
avait offert la paix, touchant la reddition, de la façon la 
plus sage et la plus magnanime. Soliman: L'Ordre des 
Chevaliers latins se retirera avant le dixième jour et emmènera 
de partout ses garnisons; il aura sortie libre et sûre. Philippe 
Villiers de l'Isle Adam.: D'après la décision unanime des 
Chevaliers latins, et des bourgeois et soldats de Rhodes^ la 
sortie pourra être retardée à la volonté de l'Ordre. L'Ordre 
aura sortie libre et le droit d'emporter ses armes, canons et 
tous équipements de guerre des châteaux. Ceux qui resteront à 
lihodes seront pendant cinq ans francs de tout tribut. Ils auront 
le libre exercice du service divin chrétien; ils auront permâssimi 
de bâtir de nouvelles églises et de réparer les anciennes; on ne 
leur prendra jamais leurs enfants. Personne ne quittera Rhodes 
contre sa volonté; mais tous ceux, Latins et Grecs, qui ne 
suivront pas à présent V Ordre, auront pendant l'espiace de trois ans, 
droit de sortie libre et sûre avec tout leur avoir et famille. 
L' Ordre des Chevaliers latins et ceux qui le suivront, recevront 
libre escorte et vaisseaux jusqu'à Candie. Soliman jurera selon 
la coutume de ses ancêtres et les lois de son pays, de garder 
pour toujours sans fausseté ni tromperie, les conventions. Il 
donnera des otages. Le traité a été signé par les plénipotentiaires 
réciproques, Achmed et Grolée, ratifié par Villiers et Soliman. 
Sur la demande des bourgeois, celui-ci retira son armée à 
quelques milles de la ville, qui reçut une garnison de 4.00 janis- 
saires «. 

Ces janissaires ou d'autres venus du camp violèrent 
la convention, et se livrèrent à la dévastation et au pillage. 



108 L'ORDRE DE MALTE. 

Fr. Jacques de Fontanes, qui fut dépouillé lui-même par 
ces bandits, nous a laissé une description de toutes les 
abominations auxquelles ils se livrèrent; cette description 
n'a rien d'exagéré: ce sont eux qui souillèrent et dévastèrent 
les églises, eux qui violèrent les tombeaux des grands- 
maîtres. Bosio est moins énergique dans son récit et ajoute 
que, sur les représentations des Chevaliers, Achmet mit fin 
immédiatement à ces désordres. Bourbon ne veut pas se 
jDrononcer sur la question de savoir, si ces hordes agis- 
saient en vertu d'ordres de quelque pacha ou de Soliman 
même. Pour lui, il y a eu violation préméditée de la Con- 
vention. 

C'était, selon nous, un incident douloureux et une 
flétrissure pour Soliman-le-Magnifique, que la discipline fût 
si lâche dans son armée, mais ce n'était pas luie atteinte 
aux promesses de l'acte de reddition, que Soliman exécuta 
et d'après lequel, ainsi qu'on vient de le voir, les églises 
devaient être respectées et la religion chrétienne protégée ; 
la population devait avoir les biens et la vie saufs, et, en 
compensation des désastres du siège, être affranchie pendant 
cinq ans de toutes charges; chacun était libre j^endant trois 
années de se retirer où il voudrait; le Grand-Maître et 
l'Ordre avec tous les combattants, avaient le droit d'emporter 
leurs armes et bagages, leurs objets précieux, les canons 
de leurs forts, les reliques des Saints, etc., et de réclamer 
des vaisseaux, des vivres, une escorte d'honneur jusqu'en 
territoire chrétien. 

Il était heureux que cette convention fût signée, car 
bien loin qu'il arrivât du secours aux Chevaliers, ce fut 
Soliman qui reçut, quelques jours après la ratification réci- 
proque, des renforts considérables, et l'Ordre aurait eu alors 
sans doute à subir la loi impérieuse d'un vainqueur, rendu 
plus intraitable par le sentiment de sa force. Le Sultan 
vint rendre visite au Grand-Maître dans son château et l'on 
raconte qu'il exprima à ceux qui l'accompagnaient toute la 
douleur qu'il ressentait de se voir obligé de déposséder ce 
vieillard héroïque. Il le reçut aussi sous sa tente avec les 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 109 

plus grands honneurs. Cet hommage du vainqueur était 
digne des deux adversaires. 

Le premier janvier 1523, les 300 Chevaliers survivants, 
dont beaucoup étaient blessés ou malades, quittèrent Rhodes 
avec une partie des habitants et le reste de leurs soldats. 
Leur flotte comptait cinquante voiles. Sur l'ordre de Soliman, 
Achmet leur avait donné les vivres nécessaires et fit accom- 
pagner leurs vaisseaux à demi désemparés, de galères armées, 
pour servir aux vaincus d'escorte d'honneur et de sauve- 
garde contre les pirates ottomans. Le pavillon-amiral repré- 
sentait le Sauveur mort, dans les bras de la Sainte -Vierge, 
avec cette devise: Afflidis spes niea rcbus. Au moment de 
quitter Rhodes, le Grand-Maître alla prendre congé du 
Sultan, qui lui répéta, au moment de la séparation, que 
cela lui était bien pénible de le voir s'éloigner si triste de 
sa maison ^). 

L'Ordre avait eu, pendant 213 ans, son siège souverain 
à Rhodes qu'il avait occupée en 1310; il y avait reconquis 
son ancienne renommée, et y avait même acquis une plus 
grande influence. Ses possessions en Europe étaient con- 
sidérables: les biens des Templiers lui étaient échus et des 
souverains avaient spontanément agrandi ses domaines. 
On ne peut méconnaître les services qu'il avait rendus à 
la chrétienté pendant les deux siècles de sa domination à Rho- 
des : c'est grâce à lui, que la Mer Ionienne et la Mer Egée 
avaient été ouvertes aux navires de commerce de l'Occi- 
dent; c'est grâce à sa valeur et à ses victoires, que le 
nom chrétien s'imposait encore à l'Orient; c'est par lui, 
plus que par toute autre puissance, que tant d'esclaves 
chrétiens avaient recouvré la liberté et que le Saint-Sépulcre 
avait de nouveau sa garde pieuse. Rien ne prouve mieux 
ce qu'était Rhodes aux mains des Chevaliers, que les efforts 
gigantesques faits par les Sultans pour conquérir cette île 
au Croissant, avant de porter plus loin vers l'Occident leurs 
incursions. La dernière entreprise de Soliman avait nécessité 

') V. dans Vertot, Ttelation du sicije jmv le (.'onniKindear 7'V. de 
Bo'urhon. 



ilO L'OEDRE DE MALTE. 

la coopération de 400 voiles turques et d'une armée immense: 
elle avait coûté aux assiégeants près de la moitié de cette 
armée. La valeur aurait pu, comme en 3 480, rendre le 
nombre inutile, si la trahison n'avait paraljsé et raccourci 
la résistance, et si TEm-ope n'était restée sourde à la voix 
des assiégés. Et les monceaux de ruines que l'Ordre aban- 
donna aux Turcs, en 1522, témoignaient des prodiges 
que les moines-clievaliers avaient accomplis. 

Fr. Philippe de Yilliers de l'Isle Adam emportait comme 
un souvenir et un sj^mbole, les clefs de Rhodes, que l'on 
voit encore suspendues à la muraille, dans la Chapelle-de- 
la -Vierge de l'Egiise-Saint-Jean de Malte: il ne s'éloignait 
qu'avec le secret espoir de ramener un jour son Ordre à 
Rhodes. 

La flottille aborda d'abord à l'île de Candie^); mais le 
Grand-Maître, justement irrité contre la République de 
Venise qui l'avait abandonné dans le péril, ne voulut pas 
s'y arrêter; elle fut ensuite poussée sur Messine, où les 
Chevaliers se reposèrent quelque temps. On nous a trans- 
mis le récit de l'arrivée dans le port de cette ville. Après 
avoir rallié les contingents des autres garnisons en Orient, 
qui étaient venus rejoindre à Candie, ils étaient environ 
500 chevaliers et 4000 soldats et habitants des possessions 
rhodiennes; mais l'état de ceux-ci était fait pour insph'er 
la pitié. Sept cents Chevahers, qui ne s'étaient point em- 
barqués à temps pour Rhodes, la première noblesse de 
Sicile, les ambassadeurs des puissances, le Vice-Roi vinrent 
recevoh' au quai de débarquement les défenseurs de la 
chrétienté. Le peuple se prosternait devant le Grand-Maître, 
et baisait ses vêtements et ses pieds: tous avaient les yeux 
pleins de larmes. Le premier soin de l'Isle Adam fut de 
convertir en hôpital le palais qu'on lui avait donné pour 
résidence, et d'y panser et servir lui-même blessés et 
malades. Puis il fit ouvrir une sévère enquête, qui démontra 
que les Chevaliers restés à Messine n'avaient pas - pu 



^) Y. Appendice. 



LES CHEVALIERS DE RHODES. 111 

s'embarquer et que l'honneur de l'Ordre était intact. Les 
Chevaliers de Rhodes, qui se qualifiaient si modestement 
du nom de Chevaliers Latins, dans la Convention passée 
avec Soliman, mais n'avaient en rien dégénéré de leurs 
prédécesseurs et fondateurs, se rendirent ensuite à Civita- 
Vecchia, sur l'invitation du Pape, et le Grand-Maître en 
eut la garde pendant le Conclave qui suivit la mort de ce 
même pontife, Adrien VI. Son successeur, Clément VII, 
qui avait été membre de l'Ordre dans sa jeunesse, donna 
aux Chevaliers Viterbe pour résidence et Civita-Vecchia 
pour port de mer (25 janvier 1524). 

Par un autre bref de même date, il conféra au Grand- 
Maître la première place à la droite du trône, lorsque les 
Souverains Pontifes tenaient chapelle, la prérogative de la 
garde avec ses chevaliers du Conclave, et à l'Ambassadeur de 
l'Ordre, lors de l'intronisation des papes, le droit de marcher à 
cheval, armé de toutes pièces et portant le grand étendard 
de Malte, devant le Souverain Pontife^). Charles-Quint re- 
connut les grands services rendus par Fr. Philippe Villiers 
de risle Adam, en l'élevant, en 1529, au rang de comte du 
Saint-Empire romain, pour lui et ses successeurs au magistère^). 

L'Ordre et son grand-maître furent accueillis partout 
avec les plus grands marques d'amitié et d'honneur; mais, 
sans renoncer à l'objet de ses espérances, l'Isle Adam fit 
tous ses efforts pour obtenir un territoire indépendant, 
indispensable aux Chevaliers pour l'accomplissement de 
leur haute mission d'Ordre militant et souverain. 

C'est ainsi que, dix-huit années après le glorieux exode 
de 1522, l'Ordre alla prendre possession des îles de Malte, 
de Gozzo et de Comino, que l'empereur Charles-Quint lui 
conférait à titre de fief indépendant, ainsi que de la for- 
teresse de Tripoli de Barbarie — une seconde Smyrne — 
où il dut tenir garnison ■^). 



1) Saint- Allais. V Ordre de Malte. 

2) Du Mont. Le Cérémonial diplomatique. 

^) On voudra bien voir, nous l'espérons, dans la note ci-dessous 
une nouvelle preuve de notre impartialité. D'après une lettre de 



112 L'OEDEE DE ilALTE. 

Les Chevaliers de Rhodes de^diirent ainsi les Chevaliers 
de Jlalte, et nous allons suivre l'Ordre des Hospitaliers de 
Saint-Jean-de-Jérusalem et du Saint-Sépulcre sur ces nou- 
velles possessions. 



l'empereur Charles-Quint à Poupet de la Chaux, en date du 25 août 
1522, ce fut l'appui que François ï" donna secrètement aux Ottom.ans, 
pour faire pièce à l'empereur et lui créer de nouveaux embarras, qui 
amena la reddition de l'île de Rhodes. Charles-Quint était à bout 
de ressoui'ces, mais il voj'ait clairement que, si les Ottomans s'empa- 
raient de Rhodes ayjrès s'être emparés de Belgrade, en 1521, Xaples, 
la Sicile, les Etats de l'Eghse, toute l'ItaUe pouvait devenir leur proie; 
et il faisait appel au Roi d'Angleterre, à ses alliés en Italie, aux 
Vénitiens, aux Florentins et au Pape. (Lang, Correspondance de 
Charhs-Çuhit, d'après les Arch. r. et la BibUotMqiie de Bourgogne 
à Bruxelles, Leipsick, 181i— 1816, I, 66-67). Un auteur allemand 
affirme même qu'en septembre 1522, les Français capturèrent à Gênes 
deux carraques armées par le pape Adrien VI' à destination de 
Rhodes, ainsi qu'un vaisseau portant des gentUhommes d'Espagne 
allant au secoui'S de l'Ordre, et que les Vénitiens furent compKces 
des Turcs, dont ils auraient pu anéantir la flotte dans le port de 
Rhodes avec les cinquante galères dont ils disposaient, tandis qu'ils 
re.stèrent tranquillement en station devant Candie et bannirent deux 
de leurs citoj'ens qui proposaient de secourir les Chevahers. (Hôfler, 
Charles- Quint et Adrian VI, Vienne 1876, 35 — 36). Ce même auteur- 
ajoute que le pape Adrien VI envoya tout l'argent qu'il put réunir, 
et que l'aide de l'Empereur arriva troj) tard. (Ibidem.) La défense de 
Rhodes n'en est pas moins mémorable. Mais, si ces affirmations 
étaient exactes, il faudrait déplorer que tant d'héroïsme eût été paralysé 
dans ses résultats par la lutte entre deux puissants princes chrétiens. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 

(1530—1798.) 

Nous avons dit à la fin du chapitre précédent, que 
l'empereur Cliarles- Quint avait donné, en sa qualité de 
souverain des Deux-Siciles, à l'Ordre des Chevaliers de 
Ehodes, le 24 mars 1530, les îles de Malte, de Grozzo et 
de Comino ^), qui relevaient de la couronne de Sicile. La 
donation^) était faite à titre de fief indépendant, à la seule 
condition d'envoyer chaque année, à titre d'hommage, un 
faucon au suzerain, et sous la réserve que la nomination 
de l'évêque de Malte serait faite par l'Empereur, sur la pré- 
sentation de trois candidats par le Magistère de l'Ordre. 
Des difficultés d'interprétation de l'acte de donation retar- 
dèrent cependant la prise de possession: le vice-roi de 
Sicile voulait imposer de droits d'exportation les grains 
achetés en Sicile pour la population de Malte, et le Grand- 
Maître s'y refusa, en alléguant avec raison qu'avant la 
cession de Malte, les habitants n'en étaient pas soumis à 
ces droits de douane, par suite de leur qualité de citoyens 
siciliens; le droit de battre monnaie avait été aussi refusé aux 
Chevaliers et cette interdiction était en contradiction ouverte 
avec les droits de la souveraineté, en même temps qu'elle devait 
porter un préjudice considérable aux intérêts de l'Ordre. 
Le chevalier de Lara fut envoyé en ambassade auprès 
du pape Clément VII, le 27 juiUet 1530, et le prieur de 
Eome, Bernard Salviati, auprès de Charles - Quint, le 



1) V. Appendice. 
") V. Appendice. 

SALLES : LORDEB DE MAi,TE. 



114 li' ORDRE DE MALTE. 

8 octobre 1530, pour obtenir la levée de ces restrictions. 
Les difficultés s'aplanirent et rien n'empêcha plus Fr. Phi- 
lippe de Villiers de l'Isle Adam de se rendre à Malte, où 
il débarqua le 26 octobre de cette même année .^). Les 
Chevaliers avaient été confirmés dans leurs droits, par bulle 
du pape Clément VII, en date de mai 1530. Cette bulle 
rappelait les services rendus par l'Ordre à la chrétienté et 
exposait que le but de la donation était de le mettre en 
situation de consacrer, dans l'avenir comme dans le passé, 
toutes ses forces vives à la Croisade contre les Infidèles. 
Des envoyés du Grand-Maître avaient, dès le 29 mai, prêté 
au nom de l'Ordre, dans l'église de Palerme, et entre les 
mains du vice-roi de Sicile, le serment imposé par le 
décret d'institution féodale; puis, l'inféodation ayant été 
acceptée par les Maltais, à la condition que »leurs privi- 
lèges, libertés, franchises, usages et coutumes écrits et non 
écrits, seraient exactement observés, et qu'ils continueraient 
à être gouvernés par les lois de la Sicile «, l'Ordre adhéra 
à cette convention, le 21 juin 1530, par ses plénipoten- 
tiaires, et les habitants se soumirent à la domination nou- 
velle. Le clergé avait prêté serment de fidélité, dès le 18 juin, 
dans la cathédrale, sous une réserve semblable. La con- 
vention fut signée, à Malte, le 21, et à Gozzo, le 23 jnin; 
elle fut ratifiée par le Grand-Maître et le Conseil de l'Ordre, 
le 16 juillet suivant. La prise de possession solennelle par 
le Grand-Maître eut lieu le 13 novembre. Il fut conduit, 
sous un dais porté par les jurats de la ville, à la Cité 
Notable: les portes étaient fermées et les clefs ne lui en 
furent présentées, que lorsqu'il eut juré sur la Croix de 
conserver aux habitants leurs droits, coutumes et privilèges, 



1) H ne sera pas inutile de mentionner ici qu'il existe aux 
Archives de Malte, Série I, documents originaux, Vol. LIX, 24 lettres 
de Charles-Quint au grand-maître (1522—1530), Vol. LVIII, 3 lettres 
de François I" au grand-maître, de 1528 et de 1530, et une de sa 
femme, Eléonore d'Autriche, de 1530, dont nous parlons ailleurs, ainsi 
que 2 lettres d'Anne d'Autriche, 1 de Louis XIU et 1 de Louis XIV 
que Ton trouvera à l'Appendice. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 115 

et, en particulier, d'observer la Charte accordée aux Maltais 
par le roi Alphonse I^^ d'Aragon et enregistrée à la chan- 
cellerie royale de Païenne, le 3 janvier 1427 (folio 34). 
Ce cérémonial se renouvela jusqu'en 1797, après l'élection 
de presque tous les grands-maîtres, comme nous aurons 
occasion d'en parler plus loin. La cession simultanée de 
Tripoli de Barbarie imposait une lourde charge à l'Ordre, 
celle d'y tenir garnison et de diviser ainsi ses forces pour 
la garde de deux postes éloignés l'un de l'autre; mais elle 
explique clairement l'idée inspiratrice de la donation. 
L'empereur Charles-Quint savait que tous les bailliages, 
prieurés et commanderies de l'Ordre, en Europe, allaient 
contribuer de leurs revenus à la défense de ces points si 
importants de la Méditerranée, qui permettraient aux Cheva- 
liers de se vouer de nouveau à leur mission, avec un succès 
dont leur passé était garant. Il savait quels avantages il 
allait retirer pour son royaume de Naples et de Sicile, de 
la j)résence de l'Ordre militant et maritime en avant des 
côtes italiennes, veillant et se dressant comme un mur 
d'airain contre les Osmanlis et leurs bandes asiatiques. 
Tripoli et Malte entre les mains des Chevaliers, c'était un 
obstacle aux conquêtes de l'empire ottoman à l'Occident 
du bassin méditerranéen et un frein aux incursions des 
corsaires barbaresques qui recommençaient, depuis la chute 
de Rhodes, à infester plus que jamais les eaux des états 
de la chrétienté. 

Nous verrons que les Chevaliers ne purent garder 
Tripoli que jusqu'en 1556, mais qu'ils fondèrent à Malte 
un état électif indépendant qui subsista jusqu'en 1798. 

L'île de Malte et les deux îles qui en dépendaient 
avaient été conquises par la Maison d'Aragon, en 1282; 
c'est Malte avec Chypre et Gibraltar qui assurent encore 
aujourd'hui à la Grande-Bretagne la domination de la Médi- 
terranée. Les trois îles formaient donc une possession 
importante, peut-être même trop importante, au point de 
vue de l'Ordre, dont le voeu secret, qui était de reprendre 
Rhodes ou de s'établir dans le Péloponnèse, n'allait plus 

8* 



116 L'ORDEE DE ilALTE. 

être réalisable: car il fallait se consacrer tout entier à la 
création d'un système formidable de fortifications qui reliât 
entre elles les trois îles et en fît un boulevard imprenable, 
sous la garde des moines héroïques. 

Le G-rand-Maître établit sa résidence au Château-Saint- 
Ange et éleva une enceinte autour du Bourg (Cité- Victo- 
rieuse) qui s'étendait au pied du fort; puis il fit bâtir des 
auberges pour les chevaliers, car le Bourg ne se composait 
que de cabanes de pêcheurs et la Cité- Vieille fou Ville-La- 
Notable) se trouvait à six milles environ du port. H fit élever 
des terre-plains sur les points les plus accessibles de l'île de 
Grozzo et les fit armer de canons. La flottille de l'Ordre fut 
m.ise en état de tenir la mer avec avantage contre les pirates 
La forteresse de Tripoli fut occupée par les Chevaliers. 

Les persécutions de Hemi VIII, roi d'Angleterre, contre 
les Chevaliers de cette Langue, firent une vive impression 
sur le Grand-Maître qui avait si vaillamment résisté à tous 
les coups de la fortune. Il tomba malade et mourut, le 
22 août 1534. Son coeur fat porté à l'Eglise-de-l'Obser- 
vance; son corps fut embaumé et demeura exposé en chapelle 
ardente, pendant plusieurs jours, dans une salle du Château- 
Saint- Ange; puis on lui éleva un mausolée dans une 
chapelle de ce château qu'il avait fondée. Villeneuve nous 
donne l'inscription lapidaire qu'on y grava: Victrix 
fortunae virtus. Frater FMÏippus Villiers de l'Jsle Adam 
Magister JiosjjitaUs militiae^ ordinem suum ïajjsum erigens, ac 
decenni peregrinatione fatigatum reparans, Melitae consedit, tihi 
Jesu nomini sacrandam aediculam liane voluit ad sepulturam; 
septuagenario major ohiit anno sakdis M.D.XXXIV.Augusti 
die XXII . . . ^). Le grand-maître est couché sur le sarco- 
phage de marbre, posé sur deux lions accroupis. Il a la 
toque, le manteau, l'aumônière. Ses mains jointes tiennent 
le rosaire. Le même auteur rapporte en outre deux autres 
inscriptions, l'une sur le monument élevé en 1577, à ses 
prédécesseurs, par La Gassière; l'autre, dans l'Eglise-de- 



1) Pauli, C. (l. di il/. II, p. 473. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 1^7 

l'Observance. La première est ainsi conçue: D. 0. 31. 
Frater Pliilippus Villiers de VIsle-Adam, sacri ordinis hospitaUs 
magister, ciini j^ost maximos, qnos terra marique sustinuit Jahores, 
Melitae vifa defuncfus esset, in arce sancti Angeli septultus. 
Frater Joannes Lévesqne ta Cassière, mayistrati suoriim prae- 
decessorum dignitati atque memoriae consulens; tam Imjus, quam 
aliorum in eadem arce aut alibi in hac urhe magistrormn sepidta 
corpora^ ctim consensu proceriim venerandi consilii. inde trans- 
ferri ac in hoc templo, a se suisque sumptihus féliciter aedifi- 
cato, rursus condi atque poni diligenter curavit. Anno salidis 
JI. D. LXXVII^ die idtima septemhris. La deuxième, dédiée 
par Jean Quintin, chapelain de la Langue de France, est 
un modèle du genre: Frater Philippus Villiers deVIsle Adam, 
hierosolimitanae mUitiae magister, Jesu^ dum vixit^ custos reli- 
giosissimus, septuagenario major animam Jesu, corpus Jesu, 
corporis intima Mariae Jesu, liac in aede commendavit. Les 
restes de Frère Philippe Villiers de l'Isle Adam ont été 
transportés en grande pompe dans la chapelle souterraine 
de l'Eglise-de-Saint-Jean, en octobre 1755, sous le magi- 
stère de Fr. Emmanuel Pinto. 

Ce grand-maître ne fit point frapper monnaie à Malte; 
les pièces de lui qu'on possède sont de Rhodes: nous y 
trouvons des monnaies d'or du type vénitien, d'autres avec 
le buste du Grand-Maître tourné à droite, avec la croix sur 
l'épaule et une toque en tête, puis au revers, les armes 
écartelées et pour légende: ^ da • mihi • vietvtem ■& cotea • 
HOSTES • Tvos, qui se réfère à l'attaque de Soliman ; des 
pièces de billon ayant à l'avers un castel ou un Saint- 
Sépulcre, surmonté de la croix de l'Ordre, et au revers, 
la croix seule avec la légende : )^ coxaœxtvs eodi >). Nous 
avons aussi trouvé une médaille qui porte bien le nom de 
Villiers de l'Isle Adam, mais avec l'initiale r ; cette médaille 
semble avoir été frappée à l'occasion du mariage de 
quelqu'un de ses parents: en tous cas il est certain qu'elle 
ne se rapporte pas à Fr. Philippe. 



*) Convent de Rhodes (Convent signifie ici l'Ordre). 



llg L'ORDRE DE MALTE. 

XXV. Frère Pierre del Ponte, 

(1534-1535) 

bailli de Sainte-Eiipliémie, en Calabre, fut éln, à Malte, 
au magistère. Il appartenait à la famille des seigneurs de 
Lombriaco, dans le Comté d'Asti. C'était un cbevalier d'une 
piété insigne et il aurait volontiers écarté de lui la dignité 
suprême; mais les nouvelles qui lui parvinrent en même 
temps que l'annonce de son élection, lui faisaient un 
devoir d'accepter le magistère. Le fameux Barberousse, 
corsaire barbaresque, faisait des préparatifs pour attaquer 
Tripoli. Le magistère de Fr, del Ponte fat de très-courte 
durée: il y eut sous ce magistère guerre à outrance contre 
les pirates et coopération active de l'Ordre à l'expédition 
de Cbarles - Quint contre Barberousse; c'est en cette 
année 1535, vers la fin de juillet, que l'Emperem- reprit 
Tunis à Barberousse qui l'avait enlevée à Muley-Hassen, 
et rétablit celui-ci sur son trône. Les Chevaliers se 
signalèrent pendant cette campagne. La prise de la cita- 
delle de Tunis fut due au chevalier Simeoni, dont nous 
avons raconté l'ingénieuse défense de Léros, alors qu'il 
n'avait que dix-sept ans: il était tombé entre les mains 
de l'ennemi et avait été enfermé dans la citadelle. Mais 
il réussit à se procurer des limes, et scia ses chaînes ainsi 
que celles de ses compagnons de captivité. Ceux-ci péné- 
trèrent ensuite dans l'arsenal, se munirent d'armes, et, 
entraînant avec eux tous les esclaves chrétiens, ils contri- 
buèrent par une puissante diversion à faire tomber la place 
au pouvoir des assiégeants. Fr. Pierre del Ponte mourut 
au bout d'un an, deux mois et vingt-deux jours de magistère, 
le 17 novembre 1535. Son mausolée se compose d'un sarco- 
phage monumental, sur lequel sa figm^e est couchée dans 
le manteau de l'Ordre; en voici l'inscription: Frater Petrmus 
a Ponte, vir pius, soïidique Judicii, àb omni fastu semotus, ex 
divae eupliemiae hajulivatu (bailliage de Salute-EupltémieJ, in 
magisterium evocatus, paerepta per Cacs. Carolum V Tnrcorum 
classe, captoque et direpto Tuneto priusqiiam Trirèmes, quas 



LES CHEVALIERS DE JL^LTE. 119 

ille sithsidio niisserat, rediissenf, diim hujus castri muniti intendit, 
moresque et res ordinis, et miUtiac siiae ad veterem normam 
revocat, morte praeventus, totius soladitatis maerore, de vita 
magis exire, quam, ejici visus, qiiinto decimo post adeptum 
magistratum mense, m,igravit ad Deitm: et hic viator sepelliri 
voluit. Décima octava novemhris M. D. XXXV. vixit annos 
scptuaginta. Nous notons parmi ses monnaies, un sequin 
d'or, modèle vénitien, avec le Sauveur au revers et la 
devise : da mihi virtvtem coxtea hostes tvos. 

XXVI. Feèee Didier de Saixt Jaille, 
(1535—1536) 

prieur de Toulouse, un des défenseui^s de Rhodes, qu'on a 
souvent comparé à son contemporain Bayard, le Chevalier 
sans peur et sans reproche, était en France, lorsqu'il fut élu 
au magistère, le 22 novembre 1535. Il partit immédiatement 
pour Malte, mais fut surpris à Montpellier par une grave 
maladie, à laquelle il succomba, le 26 septembre 1536. On 
l'inhuma dans l'église de l'Ordre, hors de la porte de Mont- 
pellier. M son tombeau, ni l'Eglise-Saint-Jean n'existent 
plus. On croit qu'il était formé d'un sarcoj^hage, surmonté 
d'un obélisque orné de drapeaux turcs et d'étendards rhodiens. 
L'inscription lapidaire en est aussi perdue. 

C'est sous ce magistère qu'eut lieu, sous le comman- 
dement du grand-bailli Schilling, la belle défense de Tripoli 
qu'Airadin avait essayé de surprendre. 

XXVII. Frère Jean d'Homèdes 
(1536—1553) 

fut élu par l'influence des Chevaliers de la Langue d'Aragon, 
ses compatriotes. Il était bailli de Caspe et s'était fait 
remarquer à la défense de Rhodes. Il était brave et reli- 
gieux, mais on prétend qu'il était aussi fier, avare et vindi- 
catif. L'Ordre entreprit sous son magistère, de concert avec 
Charles-Quint, le siège de Suse, sur les côtes de Barbarie 
(1537). L'incapacité du commandant impérial amena la 



120 L'ORDRE DE MALTE. 

levée du siège. Puis eut lieu l'attaque d'Alger (1541) par 
Charles- Quint, à laquelle prirent part 400 Chevaliers et les 
troupes de Malte, sous les ordres du grand-bailli d'Allemagne : 
on sait que cette expédition aboutit à un désastre. Charles- 
Quint fut repoussé et une violente tempête dispersa et 
détruisit presque toute la flotte. André Doria, amiral de 
l'Empereur, avait cependant, avec le concours des Chevaliers, 
pris Suse (1539) et mis le siège devant Afrique (Mehadïa) 
dont Dragut, chef de pirates, s'était rendu maître. Fr. de 
la Sengle commandait les troupes de l'Ordre, et, après un 
premier assaut infructueux, les Chevaliers avaient, au 
deuxième, emporté la place. Mais Barberousse pressait 
Soliman II de déclarer la guerre à l'Ordre de Malte et de 
lui reprendre Tripoli. Dragut unit ses efforts à ceux de 
Barberousse. Soliman plaça sous leurs ordres une flotte 
considérable et une armée de descente, commandée par 
Sinan, Ces préparatifs ne furent pas ignorés du Grand- 
Maître, mais on lui reproche d'avoir négligé par avarice 
de mettre en état de défense Malte, Gozzo et même Tripoli. 
Il eut même, ajoute-t-on, la cruauté de refuser un asile et 
des subsistances aux femmes de Gozzo qui venaient lui 
demander un abri. 

Sinan débarqua, le 16 juillet 1551, dans l'île de Malte, 
et, comprenant la difficulté de s'emparer du Château-Saint- 
Ange, il commença le siège de La Notable. Le gouverneur, 
réduit à la dernière extrémité, envoya^ au magistère demander 
du secours. Le Grand-Maître refusa et se contenta de per- 
mettre à Fr. Villegagnon (preux Chevalier français, dont 
il voulait peut-être se débarrasser) d'aller au secours de 
La Notable avec six chevaliers. La valeur de Villegagnon 
était si connue, disent les Chroniques, que son arrivée et 
celle de ses compagnons rendirent le courage aux assiégés. 
Le Receveur de Messine usa en même temps d'un strata- 
gème, dont le succès fut instantané. Il env03^a au Grand- 
Maître un faux avis de prom^^t secours: on laissa l'ennemi 
s'emparer du messager pendant la traversée, et Sinan, 
effrayé, ne songea qu'à s'éloigner au plus vite, après avoir 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 121 

saccagé Gozzo qu'il occupa sans sérieuse résistance. La 
flotte turque fit voiles sur Tripoli et ^dnt aborder à Tachore 
à douze milles de la place. Elle j fut rejointe par d'Aranion, 
que Henri II, roi de France, avait envoyé en ambassade 
à Constantinople : ayant fait relâche à Malte, en se rendant 
auprès du Sultan, ce Chevalier français avait été prié par 
Fr. d'Homèdes d'interposer ses bons offices, afin d'obtenir 
de Soliman qu'il tournât ses armes d'un autre côté; mais 
cette démarche n'avait pas abouti. Fr. Glaspard de Valier, 
maréchal de l'Ordre, défendit bravement Tripoli; mais les 
Calabrais que le vice-roi de Sicile lui avait envoyés pour 
renforcer la garnison, se mutinèrent et paralysèrent la 
résistance: il fut forcé de rendre la place (1551). Cette 
perte de Tripoli était un désastre, si l'on songe que les 
Chevaliers étaient privés d'un poste en terre ferme, d'où 
ils auraient pu s'étendre et rayonner autour d'eux. Le 
Chapitre avait même, dit-on, en 1548, résolu d'y transporter 
dans un avenir prochain et à titre provisoire le siège de 
l'Ordre, et c'était Homèdes qui avait retardé l'exécution de 
cette mesure ordonnée contre son propre avis. D'Aramon 
obtint la liberté de quelques chevaliers et paya la rançon 
des autres. En dépit de ces services rendus à l'Ordre, 
Homèdes ne craignit pas de rejeter la perte de Tripoli, 
causée par son avarice et son inertie, sur l'ambassadeur 
français, qu'il accusa de trahison, et sur le maréchal de 
Valier, qu'il accusa de lâcheté: il mit tout en oeuvre pour 
perdre le premier et se défaire du second. Mais Villegagnon 
éleva dans le Conseil sa voix autorisée, pour les défendre 
et reprocher publiquement au Grand -Maître toutes ses 
machinations. Le Conseil adressa ensuite à Henri II une 
lettre de remerciements pour les grands services rendus par 
d'Aramon à l'Ordre auprès de Sinan. On y démentait les 
fausses imputations dirigées contre l'ambassadeur du roi 
de France. 

Homèdes se rendit aussi coupable, par l'effet d'une déplo- 
rable jalousie, d'une grande injustice envers Strozzi, prieur 
de Capoue, auquel il fit refuser l'entrée du port de Malte. 



j^22 L'ORDRE DE MALTE. 

Strozzi tint quelque temps la mer et croisa contre les 
pirates, qu'il battit en plusieurs l'encontres; puis, sur le 
conseil de ses amis, il aborda à Malte, à l'insu du Grand- 
Maître et se présenta sans délais au Château-Saint-Ange, 
avec une suite nombreuse de Chevaliers. Le Conseil le 
nomma alors avec Bombost, prand-bailli d'Allemagne, et 
Louis de Lastic, lieutenant du maréclial de l'Ordre, pour 
former une commission de défense de l'île: c'est sur son 
avis que l'on construisit le Fort- Sain t-Elme. 

Fr. d'Homèdes mourut, le 6 septembre 1553. 

Le Conseil proposa d'abord de laisser le soin de ses 
funérailles à ses neveux, mais cependant ces funérailles 
furent céléb^ ées aux frais de l'Ordre, avec la pompe due à la 
dignité qu'il avait revêtue. Son tombeau à Malte est sur- 
monté d'un trophée d'armes. Nous relevons dans l'inscription 
lapidaire ces mots': MiliUae hierosolimitanae . . . Arces Sancti 
Angeli, Helmi et Michaelis, ac alla propugnacula contra Turcum 
extruxit. Homèdes a frap^^é monnaies et médailles: les 
monnaies d'or sont du modèle vénitien, avec le millésime 
1539; celles d'argent ont à l'avers les armes d'Homèdes 
écartelées avec celles de l'Ordre, et, au revers, l'agneau 
pascal avec l'étendard et les millésimes 1539, 1541, 1543, 
1552, 1553; la médaille retrouvée, qui n'est sans doute 
qu'une épreuve, car elle n'a pas de revers, représente le 
Grand-Maître en buste, la tête tournée à droite; il a la 
barrette, et la croix de l'Ordre sur la poitrine, H tient entre 
ses mains un rosaire. La légende porte: )${ p. ioannes * 

HOMEDES * M * HOSPITALIS -^ HIERVSALEM *. 

XXVIIL Feèee Claude de la Sengle 

(1553-1557) 

était grand-hospitalier i), et il se trouvait en ambassade 
auprès du pape Jules II, lorsqu'il fut élu. Il régna paisiblement 



1) Il était un des 8 grands dignitaires assistants du Grand-Maître 
et formant le Conseil: ces dignitaires étaient le Grand-Commandeur 
(Provence), le Grand - Maréchal (Auverg-ne), le Grand - Hospitalier 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 123 

pendant quatre années; on ne signale durant cette période 
qu'une tempête qui se déchaîna sur l'île, le 23 septembre 1555, 
et qui submergea beaucoup de brigantins et de galères. 
Cette catastroplie coûta la vie à plus de six cents marins; 
mais la munificence des princes cbrétiens permit de réparer 
en peu de temps les pertes éprouvées. On offrit à l'envi 
à l'Ordre bâtiments, vaisseaux, bommes et argent. La Sengie 
mourut subitement, en visitant La Notable , le 18 août 1557: 
il était vénéré de tous; car il s'était occupé sans relâche 
du bien-être de tous. Il avait dépensé une grande partie 
de sa fortune personnelle, pour faire élever de nouvelles 
fortifications et renforcer celles qui existaient. Une des 
cités de Malte porte son nom, le Fort- Saint- Michel et le 
Fort-Saint-Elme ont été achevés par lui. 

Oe grand-maître porta le premier le bonnet de velours 
rond, comme on le voyait sur son mausolée et ses monnaies. 
On lisait sur sa tombe: I). 0. M. Frater Claudius de la 
Sengie, vir animo libero, modestoque, post expugnatam, eo trire- 
mium duce, apJiricam; dum Romae secundo legatus, hospitalarius 
ageret, ad magistratum hosxntcdis inde vocatus, mores exemplo^ 
legibusque componens,procellis temporum superior; arcem novamque 
Sengleam condens, sïbi parcus^ magnis opihus aerario congestis... 
Nous relevons sur une de ses monnaies cette belle devise: 
PAE.ATE viAM DOMiNi. Une médaille d'argent de lui présente 
son buste tourné à droite, et, au revers, cette légende : 
i^ DEO ET BEAT^ viRGiNi, avcc l'écu écartclé, au centre. 

XXIX. Frère Jean de la Valette-Parisot, 

(1557—1568) 

de la Langue de France, fut un des plus illustres, on 
pourrait même dire, le plus illustre grand-maître de l'Ordre. 
Il avait pris l'habit des moines-chevaliers, à l'âge de vingt 
ans, il ne quitta jamais le Couvent, et se distingua dans 
de nombreuses entreprises, surtout sur mer. Nommé général- 

(France), le Grand-Amiral (Italie), le Turcopolier ou général de la 
cavalerie (Angleterre), le Grand-Bailli (Allemagne\ le Grand-Chancelier 
(Castille), l'Amiral-Drapier (Aragon). V. A^Dpendice. 



124 L'ORDRE DE MALTE. 

des-galères, il fit une chasse incessante aux corsaires et 
eut l'audace de capturer au Sultan trois vaisseaux, aux 
emboucliures du Nil. Soliman jura alors de prendre Malte 
aux Chevaliers, qu'il nommait les pirates de la Croix. Une 
des premières préoccupations de son magistère fut de faire 
examiner de nouveau le procès du Maréchal de Valier, 
relativement à la perte de Tripoli, et, l'innocence de Fr. 
Valier ayant été reconnue, de lui conférer le bailliage de 
Lango ^). Il tenta ensuite, de concert avec le vice-roi de 
Sicile, de reconquérir Tripoli; mais cette expédition échoua, 
par suite des lenteurs du Vice-Eoi, qui perdit un temps 
précieux à s'emparer de l'île de Gelves, où il voulait élever 
une forteresse qui portât son nom. 

Le plus beau titre de Fr. Jean de la Valette à la 
célébrité, ce fut sa défense de l'île de Malte. Soliman, déjà 
irrité, comme nous l'avons dit plus haut, des entreprises 
et des captures faites par les Chevaliers, fut au comble 
de la fureur, en apprenant la perte d'un bâtiment chargé 
de marchandises précieuses destinées à ses femmes. Le 
Grand-Maître fut immédiatement averti par les agents sûrs 
qu'il entretenait à Constantinople. Tous les Chevaliers 
reçurent l'ordre de venir se ranger sous la bannière de la 
Croix; on fit de nouvelles levées, on engagea des lans- 
quenets; les galères maltaises amenèrent des approvisionne- 
ments d'Italie et de Sicile. Le pape Pie IV envoya dix 
mille écus d'argent, le Eoi d'Espagne, Philippe II, promjt 
des renforts. Sept cents Chevaliers et huit mille hommes 
de pied furent bientôt réunis, sans compter les milices 
formées parmi les habitants. 

Les Chevaliers se préparèrent à la lutte par des prières 
pubUques; on passa ensuite une dernière fois en revue la 
situation de la place. Un Français, un Espagnol et un 
Italien furent chargés des derniers approvisionnements; on 
amena autant d'eau douce qu'il fut possible; on améliora 
et compléta quelques parties du système de défense; on fit 

^) C'était un titre nu, puisque Lango était, depuis 1522, entre 
les mains des Turcs. 



LES CHE VALLEES DE MALTE. 125 

sortir de l'île toutes les boiiclies inutiles et même ceux des 
habitants qui n'avaient pu se procurer des vivres pour un 
temps fixé. L'Ordre fut prêt à livrer ce combat qui devait 
porter de nouveau sa renommée aux sommets et étonner 
encore une fois l'Eiu-ope. Malte, en 1565, allait voir se 
reproduire, dans un effort peut-être plus gigantesque encore, 
les exploits de Saint- Jean d'Acre, en 1291, et de Riiodes, 
en 1480 et en 1522, et la victoii'e allait assiu'er cette fois 
à l'Ordre plus de deux siècles d'existence indépendante et 
souveraine ^). 

Moustaplia, généralissime du Sultan, parut à l'entrée 
du port, le 18 mai 1565, à la tête d'une armée de 30.000 
hommes. Cette armée était portée par une flotte de 193 
vaisseaux, commandés par le renégat Paoli, qui avait en 
outre sous ses ordres 8000 soldats de marine aguerris. 
Pendant leurs premiers travaux de campement, les Tiu-cs 
eurent à subir des pertes sensibles, que l'arrivée de nouveaux 
renforts d'Egypte put seule compenser. Ils changèrent 
ensuite leur positions, et ayant ouvert leurs tranchées siu" 
un point plus élevé de l'île, ils bombardèrent le Château- 
Saint-Ange, où résidait le Grand-Maître, tout en diiigeant 
leur feu le plus vif sur le Fort-Saint-Elme, qui fut défendu 
par les Chevaliers avec un courage admirable contre toutes 
leurs attaques. Le danger fut même si grand un instant, 
que le Grand-Maître voulait s'y jeter lui même, avec sa 
phalange d'élite, afin de le disputer jusqu'à la dernière 
goutte de son sang. H céda toutefois aux représentations 
de quelques chevaliers, à qui leur courage et leurs vertus 
donnaient une grande autorité, et détacha deux de ses 
plus intrépides guerriers, le commandeur Deguavras, bailli 
de Négrepont, et le chevalier Medran, avec une compagnie 
de ces troupes d'infanterie espagnole qui étaient alors 
renommées dans toute l'Europe et étaient commandées par 
le chevalier de Lacerda. Les défenseurs du Fort-Saint- 
Elme étaient loin de perdre courage: ils faisaient des 

*) V. Appendice. Notes descriptives sur Vîle de Malte au temps des 
Chevaliers, 1 — 10, et Système de défense, y faisant suite. 11 — 18. 



126 L'OEDEE DE MALTE. 

sorties et tuaient beaucoup de monde aux assiégeants. 
Mais ils furent en quelque sorte vaincus dans leur triomplie. 
Il s'éleva pendant un de ces engagements, un violent 
ouragan qui poussa au visage des assiégés toute la fumée 
de l'artillerie, de sorte qu'ils ne purent se rendre compte 
des mouvements de l'ennemi. Les Turcs en profitèrent pour 
se retranclier dans l'ouvrage qu'ils avaient pris et y dresser 
une batterie. Le lendemain, ils renouvelèrent l'attaque, 
mais ils furent reçus avec une telle vigueur qu.'ils laissèrent 
sur la place trois mille des leurs. Malgré ces hauts-faits, le 
commandant de Saint-Elme ne pouvait se déguiser que le 
fort n'était pas tenable, quoique l'Ordre n'eût perdu dans 
ce brillant engagement que 17 chevaliers et 300 soldats. 
Il y avait à craindre aussi que Saint-Elme, miné de tous 
côtés, ne vint à sauter et n'ensevelît sous ses ruines tous 
ses défenseurs. Les Chevaliers tinrent donc conseil et 
envoyèrent au Grand-Maître un messager pour lui faire 
connaître la situation. Quoique Saint-Elme ne fût pas en 
somme de la plus extrême importance, Er. la Valette pensa 
qu'il serait dangereux d'abandonner un ]3oint quelconque 
du sjrstême de défense, avant que le secours attendu arrivât. 
Il ordonna donc aux Chevaliers de rester à leur poste, 
jusqu'à ce que l'imminence du péril résultant des mines 
fût bien constatée. Fr. Miranda, le commandant du fort 
et des Chevaliers de la Langue d'Espagne, se soumit sans 
murmurer à l'ordre de son chef suprême. La Valette fit 
examiner l'état des ouvrages par une commission de trois 
Chevaliers, il envoya des vivres et des renforts. On employa 
alors aussi avec succès contre les assiégeants une sorte de 
feu grégeois, qui causait dans leurs rangs de grands ravages: 
on paralysa leurs opérations; mais on ne put les faire 
renoncer à leur dessein. Au contraire, les assauts se sui- 
vaient chaque jour, et, comme il y avait tout un mois 
déjà d'écoulé sans résultat, Moustapha résolut d'en finir 
d'un seul coup et il ordonna un assaut général. Le 16 juin 
fut choisi pour cette formidable attaque. Les remparts furent 
battus en brèche pendant toute la nuit du côté de l'intérieur 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 127 

de l'île et jetés par terre. Toute la flotte se concentra à 
l'entrée du Port-de-Musciet, pour y pénétrer, au cas où 
l'assaut réussirait. La terre tremblait sous le rouJement des 
canons; des coiiortes innombrables de Turcs marchèrent 
aux remparts. Les assiégés reçurent le choc en héros: à 
chaque trois soldats, se tenait un Chevalier; les brandons 
de feu firent leur oeuvre dans les masses des Infidèles, 
l'artillerie du Château-Saint-Ange les décima. Après six 
heures de combat, la victoire des chrétiens fut complète 
sur toute la ligne d'enceinte, et les Turcs se retirèrent. 
Les Chevaliers comptaient Medran parmi leurs morts, mais 
l'ennemi avait fait de son côté une perte sensible: Dragut, 
le corsaire intrépide, avait été frappé à mort par un boulet 
du Château-Saint-Ange, pendant qu'il reconnaissait les 
retranchements des Chevaliers. Ce succès rendit aux soldats 
chrétiens quelque confiance dans leurs propres forces, et 
cependant, les Turcs le savaient, le Fort-Saint-Elme n'était 
plus tenable; aussi les assiégeants recommencèrent-ils bientôt 
leurs assauts quotidiens, malgré les pertes qu'ils avaient 
éprouvées. La valeureuse garnison était prête à mourir, le 
glaive à la main: elle s'e prépara à la moif. par la confession 
et la communion. Les Chevaliers se recueillirent pour un 
dernier effort, réunissant toutes les armes intactes, rassem- 
blant toute la poudre pour leurs derniers coups de canon; 
il y eut un dernier assaut, la lutte fut sans merci, puis les 
hurlements de triomphe des assaillants retentirent: le fort 
était pris. Miranda et Egueras étaient tombés ; celui-ci était 
grièvement blessé, mais, à l'approche des ennemis, il ramassa 
une hallebarde et essaya encore de la brandir, un coup de 
cimeterre lui trancha la tête. La résistance des Chevaliers 
tint du prodige: pas un de ces héros ne voulut de quartier, 
lors même qu'ils n'étaient plus qu'une poignée de com- 
battants. Moustapha ne fut maître du Fort-Saint-Elme que 
le 23 juillet, quand il ne resta plus un seul défenseur. Il 
souilla sa victoire. Tous ces braves étaient morts, excepté 
treize guerriers chrétiens blessés; le général tiux, au lieu 
d'honorer le courage de ses ennemis, fit écorcher vifs ces 



128 L'ORDRE DE MALTE. 

blessés et leur fit arraclier le coeur tout palpitant de la 
poitrine. Il fit ensuite exposer les cadavres décapités sur 
les murs, afin qu'on les vît de tous les autres forts; puis 
il fit revêtir ces cadavres de manteaux de Chevaliers, après 
leur avoir tailladé la poitrine en forme de croix, et les fit 
jeter à la mer. Mais la mer les porta vers leurs frères, 
qui pleurèrent sur les martyrs et les inhumèrent en terre 
sainte avec les honneurs qu'ils méritaient. Le Grand-Maître, 
indigné de ces traitements plus que barbares, ordonna alors 
de ne plus faire de quartier. On avait perdu à la défense 
de Saint-Elme 1300 hommes, dont 130 chevaliers de l'Ordre; 
mais la prise de cette redoute coûtait à Moustapha plus de 
10,000 soldats, et, nous le verrons plus loin, la résistance 
de ce fort allait contribuer au salut de la place ^). On dit 

^) Liste des Chevaliers morts à la défense de S'-Elme: 

Langue de Provence: Fr. P. de Massues, Gr. de la Motte, L. de 
Maquenti, L. de Puget Fuveau, J. de Châteauneuf, H. de VentimUle, 
E. du C.urdurier la Pierre, d'Aux, de Colombiers, de Massues Vercoiran, 
J. de Gozon, A. de Châteauneuf d'Antragues, J. de Gelon. 

Langue d'Auvergne. A. de Bridiers Gardampe, L. de Boulieu 
Jarnieu, J. de Vernon le Bessé, L. d'Argeroles Sanpoulghe, Cl. de la 
Eroclie Aymon Villedubois, Gr. de Deraas S. Bonet, P. de Loué, J. de 
Eachel Vernatel. 

Langue de France. L. de Saucière Tenance, Cl. de la Bugne " 
Bulsy, Henry de Cressy Bligny, Fr. du Chilleau, Fr. Boûer Panchian, 
L. Rogier Ville, J. deLubart Zemberch Fiammengo, Fr. de Ganges Mont- 
fermier, A. Bonet BrouUac, A. Eoubert Lezardiere, A. de Choyseul, 
G. Haultoy, Simon de Clainchant, A. de MoHns, P. Vigneron (Cbapelain). 

Langue cTItalie. G. Vagnone^, Ard. Griselli, Vinc. Gabrielli, Ard 
Pescatore, Em. Scarampo, Fr. Petetto di Asti, J. Martelli, G. Vitello 
Vitelleschi, D. Mastrillo, Gir. Galeotto, Alex, de Conti di S. Giorgio 
del Canavese, P. Avogrado, Pier Fr. Somaja, Alex. Busca, Ant. Soler, 
Gir. Pepe da Ruvo, P. Mbbia, N. Strambino, C. Sassetti, G, B. Pagano, 
Mario Conti, St. de'Fabii, Rosso Strozzi, Fr. Gondi, Lelio Tana^ 
Ottaviano Bozzuto, B. Francolini, G.-B. Montalto, Vinz. Bozutto, 
Vespasiano di Gilestri, Ambrogio PecuUo. 

Langue d'Aragon. G. d'Egua (Eguaras), M. de Monserrat, Félix 
de Queralta, Pedro Zacosta, G. Perez Barragan, Fortuno Escuderro, 
Fr, Monpalan, Ant. de Monferrat, J. de Pamplona, Fr. Armengol, 
On. Fern. de Mesa, Gaspare de Guete, Baltassar de Aqiiiuez, Ant. de 
Morgute, Gaspare de Aoyz, Myguel Bueno, Nofre Tallada. 



LES CHEVALIERS DE ILiLTE. 129 

que Monstapha s'écria, en regardant alternativement Saint- 
Elme et Saint- Ange: »Que me coûtera donc le père, si le 
fils, qui est si petit, m'a pris mes plus braves soldats !« 
Une fois Saint-Elme entre leurs mains, les Turcs entrèrent 
dans le Port-de-Musciet et investirent par terre le Château- 
Saint-Ange, le Bourg et La Sengle, en se servant de Saint- 
Elme comme base d'opérations. 

Ils envoyèrent d'abord au G-rand-Maître un parlemen- 
taire, pour le sommer de se rendre. Ensuite ils se bâtèrent 
de tenter un assaut sur le Fort-Saint-Micbel. Ce fort est 
situé sur une étroite langue de terre, au S.-O. de Saint- 
Ange, et il est défendu par trois autres forts. Ces ouvrages 
n'étaient évidemment pas aussi solides qu'ils le furent après 
le siège, lorsque Malte fut couverte d'un système de forti- 
fications qui la rendit inexpugnable. Mais ces forts barraient 
l'entrée du Grand-Port, où ils voulaient amener leur flotte. 
Ils poursuivirent donc le siège et l'attaque du Fort-Saint- 
Michel avec vivacité; mais les assauts renouvelés chaque 
jour étaient chaque jour repoussés. Le Grand-Maître avait 
imaginé une excellente défense contre tout débarquement, 
n avait fait enfoncer dans la mer, tout autour de la langue 
de terre servant de base au fort une ligne de pieux, reliés 
par d'énormes chaînes; les Turcs ne purent la franchir. Us 
dirigeaient cependant en même temps leurs opérations contre 
le Château-Saint- Ange. Dès le 18 juillet, ils tentèrent 
l'assaut général de toutes les positions; la journée fut 
chaude, ils furent battus du côté de la terre et de la mer. 
Ils recommencèrent le 23 juillet: la lutte fut plus sanglante 
encore; les Chevaliers avaient à venger lem'S frères si 



Langue d? Allemagne. Vulthaus de Heunech, Johann de Hassen- 
burg, Florian Stezela d'Otmut, Telmanus Eyessembach, Turc de Duelen. 

Langue de Castille. Juan Velasquez de Argote, Cristoval de Silva, 
Bartolomeo Pessoa, J. Rodriguez de Villafuerte, Fr. de Britto. Lorenzo 
de Gusnian, L. Costilla de Nocedo, Fern. de Acugna, P. de Soto, 
J. d'Espinosa, Alf. de Zambrana (Chapelain). 

Comp. Mathieu de Goussaucourt, Martyrologe des Chevaliers 
de 8. Jean de Hierusalem, Paris 1654. 

SALLES, L'ORDRE DE HALTE. 9 



130 L'ORDRE DE MALTE. 

odiensement mutilés et ils ne firent pas de prisonniers. 
Ce dernier assaut coûta aux Turcs 4000 hommes. Ils se 
mirent alors à miner le Fort-Saint-Michel, du côté de la 
mer, tout en le bombardant sans relâcbe, afin de déguiser 
leurs travaux souterrains, et ils réussirent en effet à pour- 
suivre pendant quelques jours ces travaux, sans être décou- 
verts; mais les Chevaliers veillaient, ils s'aperçurent donc 
du danger et rejetèrent les mineurs hors de leurs ouvrages, 
à coup de pique ou avec des brandons de feu. Cependant 
les murailles du fort commençaient à souffrir: l'ennemi 
s'était emparé successivement des bastions avancés, et, le 
31 août, il allait même, après un vigoureux assaut, sur- 
monter tous les obstacles, lorsqu'une sortie offensive de 
quelques soldats envoyés de La Notable, où l'on avait vu 
l'imminent péril, opéra une diversion efficace et mit en 
déroute les assaillants. 

Le découragement s'emparait des Turcs, qui avaient 
déjà perdu plus de la moitié des leurs et dont les 13.000 
hommes restants étaient en partie malades ou blessés, 
tandis que les soldats valides étaient pris d'une terreur 
indicible devant l'épée des Chevaliers. C'est à grand'peine 
que l'on pouvait par la menace les maintenir dans l'obéis- 
sance. Le pacha en tua même de sa main qui fuj'aient le 
combat; mais la révolte se mettait dans le camp. Moustapha 
était d'autant plus embarrassé, qu'on lui annonçait l'arrivée 
du roi de Sicile avec une armée de dégagement. Il occu- 
pait et lassait les assiégés par des assauts partiels, toujours 
repoussés, grâce à l'infatigable vigilance des chefs et en 
particulier de Fr. la Valette qui, malgré les fatigues de 
chaque jour et malgré son grand âge, passait les nuits aux 
remparts. Il résolut alors de réduire la place par la famine, 
mais il s'aperçut qu'il manquait lui-même de vivres et de 
munitions. Ne voulant pas toutefois battre en retraite, il 
fit une nouvelle tentative sur La Notable; mais il trouva, 
à sa grande surprise, la crête des remparts garnie d'une 
nombreuse garnison et couverte de canons, de mousquets 
et d'étendards. Mesquito, chevalier de la Langue de 



LES CHEVALIEES DE MALTE. 131 

Castille, gouverneur du Bourg, avait revêtu de l'habit mili- 
taire les femmes et même les enfants. 

Le Grand-Maître était partout, la tête couverte d'un 
casque léger, sans cuii^asse, accourant à la tête de sa plia- 
lange là où le danger était le plus pressant; les Chevaliers 
réparaient sans cesse les ouvrages entamés par les pro- 
jectiles; Saint-Michel, tout troué qu'il était par les boulets, 
n'en restait pas moins le centre de la défense aussi bien que 
de l'attaque, et Fr. La Valette avait réservé la retraite sur le 
Château-Saint- Ange, comme une mesure de salut à laquelle 
on ne recourrait qu'à la dernière extrémité. 

Moustapha allait faire un dernier effort sur Saint- 
Michel, lorsque, le 6 septembre, Don Garcia, vice-roi de 
Sicile débarqua à la Melléha, avec 8000 hommes. Les géné- 
raux turcs, sans même s'assurer de la force de ce secours, 
abandonnèrent l'assaut et s'enfuirent à Saint-Elme, aban- 
donnant leurs énormes pièces de siège qui lançaient des 
projectiles de 200 livres. Ayant reconnu que les renforts 
étaient si peu nombreux, ils revinrent au devant des troupes 
chrétiennes; mais, bien que supérieurs en nombre, ils furent 
complètement défaits et retournèrent à leur vaisseaux, serrés 
de près par les Espagnols. 

Le 13 septembre, la flotte turque fit voiles vers 
Constantinople, après avoir perdu plus de 30.000 hommes 
dans les divers combats de ce siège. L'Ordre avait subi 
aussi des pertes considérables. Les combattants étaient 
réduits de 9000 à 600. Dès le 11, l'étendard de la croix 
flotta de nouveau au Fort-Saint-Elme. Ainsi finit cette 
défense héroïque, qui causa une grande allégresse dans les 
états chrétiens. Le Bourg (La Notable) reçut le nom de 
Cité victorieuse; Philippe II d'Espagne envoj^a à La Valette 
une épée et une dague enrichies de joyaux. Paul IV voulut 
le nommer cardinal; mais il refusa modestement cette 
dignité, en répondant que ce n'était pas à lui, mais à tous 
les vaillants qui avaient combattu avec lui, qu'appartenait 
la couronne de la victoire. Partout ce furent des Te Deum 
d'actions de grâces, des fêtes, des illuminations en l'honneur 



132 L'OBDRE DE MALTE. 

des Yainquenrs. Le canon du Cliâteaii- Sainte- Ange, à Rome, 
résonna pendant plusieurs heures, annonçant urhi et orhi 
la délivrance de l'île des Chevaliers. 

Fr. Jean de la Valette est le type du héros: il n'eut 
pas un instant de faiblesse, il ne négligea rien de ce qui 
pouvait assurer la défense, il fut partout au premier rang 
et brava le danger avec une sorte de pieux fanatisme, afin 
de doubler encore le courage de ses moines- chevaliers. Il 
distribua ensuite tous ses biens entre ses frères, et ordonna 
le dépôt de l'épée et de l'armure qui lui avaient servi 
durant le siège, dans l'église grecque de la Victorieuse, 
comme un témoin de la gratitude de l'Ordre envers les 
anciens habitants de E-hodes qui avaient pris part à la 
défense. Il fut loin de se laisser endormir dans une fausse 
sécurité, et redoubla au contraire les mesures de surveillance 
des mouvements des Infidèles. On devait bien s'imaginer 
que Soliman n'allait songer qu'aux moyens de prendre sa 
revanche d'un humiliant échec et réunissait des forces encore 
plus considérables, pour attaquer de nouveau Malte avec 
de plus grandes chances de réussite. Le Grrand-Maître avait 
donc à la fois à panser a.ussi vite et aussi bien que possible 
les blessures encore saignantes, à repeupler l'île, à regarnir 
l'arsenal et les magasins, à relever les bastions écroulés et 
les remparts en ruines, à remplir les vides faits par la mort 
et les blessures dans les rangs de ses frères. Le danger 
s'annonçait donc sous de terribles auspices, lorsque l'arsenal- 
des-galères de Constantinople, où tout était rassemblé pour 
la campagne contre Malte, vint à sauter. On a beaucoup 
discuté pour savoir, si c'était La Valette ou non, qui avait 
fait détruire ainsi le matériel de guerre et paralysé une 
incursion sans doute désastreuse des armées du Croissant. 
Quoi qu'on en pense, il ne faut pas oublier que l'Ordre 
était en état de guerre avec les Turcs et que ce ne serait 
là par conséquent qu'un acte justifiable au point de vue 
même du droit moderne. Mais nous aimons mieux croire 
un hasard providentiel, qu'à une action qui, toute légitime 
qu'elle serait, ne cadrerait point avec le caractère chevale- 



LES CHEVALIPKS DE MALTE. J^33 

resque des membres de l'Ordre et de leur glorieux chef. 
Ce qui est certain, c'est que l'expédition des Ottomans 
contre Malte fut renvoyée aux Calendes grecques et que 
le Grand-Maître eut ainsi le loisir de s'occuper de mettre 
à exécution un projet magnifique, qu'il avait formé pendant 
le siège. Il ne s'agissait plus seulement de compléter et de 
perfectionner le système des fortifications de l'île; il 
s'agissait de bâtir sur la presqu'île de Scabarras une ville 
nouvelle, qui commanderait à la fois la mer et les deux 
ports. Parmi les princes chrétiens, plusieurs voulurent con- 
tribuer à cette entreprise; le roi de France, Charles IX, 
donna à lui seul 140.000 livres tournois. 

Le 28 mars 1566, La Valette, suivi des dignitaires de 
l'Ordre et du pays, ainsi que des Envoyés des cours chré- 
tiennes et d'une grande affluence de Chevaliers, de servants 
d'armes, de chapelains et d'habitants, alla poser la première 
pierre de la cité nouvelle. Plusieurs médailles furent déposées 
sous les fondations: elles représentaient, d'un côté, le buste 
du Grrand-Maître tourné à gauche, armé de la cuirasse avec 
la croix à huit pointes; de l'autre côté, on avait figuré sur 
deux d'entre elles, l'entourage de l'île avec la légende: 

IMMOTAM COLLI DEDIT; aveC Cellc-ci: )$( MELITA RENASCENS ; 

sur deux autres, le plan de la ville avec la légende: 

DEI PROPVGNATOEIS SEQVEND^ VICTORIA, OU aVCC Cellc-ci : 

PERPETVO PROPVGNACVLO TVEOicja OBSiDioNis. Suruue cinquième, 
on avait représenté David tuant Goliath, avec la devise : 
VNVS DEGEM MiLiA, en souvcuir de la défense de Malte, en 
1565. Et, pour ne plus revenir aux médailles, en parlant 
des monnaies frappées par La Valette, disons tout de suite 
qu'il existe encore une médaille commémorative, de 1568, 
avec le plan de la ville et du Fort-Saint-Elme, au milieu 
de la mer, avec l'inscription: perpetvo propvgnacvlo tvrcice 
OBSIDIONIS, et, sur les deux côtés du fort, ces mots: deo lvx; 
une deuxième, avec un oeil ouvert au milieu, surmonté de 
la croix de l'Ordre, et, au dessous, une massue, avec cette 
légende: his ordinem insvlam novam vrbem reg. defen. gond.; 
une troisième, avec l'île de Malte en relief, et, à l'entour 



j^34 L-ORDRE DE MALTE. 

le légende: ^ melita renascens; une quatrième enfin, de 
1574, croit-on, avec le buste tourné à droite et avec une 
allégorie, au revers, représentant des soldats sortant d'une 
galère de l'Ordre et prenant un éléphant chargé d'une tour 
où se trouve un archer; à gauche de l'éléphant, un palmier; 
au milieu, le plan des nouvelles fortifications, plus loin un 
vaisseau, toutes voiles déployées; en haut de la médaille, 
ces mots: habeo . te. 

Fr. Jean de la Valette ne quitta pas l'île lui seul 
instant, pendant les travaux qui occupèrent les deux der- 
nières années de sa vie; le connnandeur de la Fontaine 
avait la direction des travaux de fortification, mais le Grand- 
Maître resta l'âme de l'entreprise, qu'il conduisit avec intelli- 
gence et énergie. Comme le trésor ne suffisait plus aux 
dépenses de chaque jour qui étaient, dit-on, de 2000 écus, 
La Valette créa la monnaie fiduciaire, c'est à dire qu'il fit 
frapper des jetons de cuivre, avec l'indication d'une valeur 
en argent, de 4, 2 et 1 tari, et portant cette devise : 
NON BES SED EiDES. On les retirait, au fur et à mesure que 
la générosité des princes ou les responsions des prieurés 
venaient remplir les caisses. Ce système eut un plein succès. 

La cité nouvelle fut nommé Himnlissima, puis La 
Valette^ du nom de son fondateur ; mais le dernier de ces 
deux noms lui est seul resté. Partout d'ailleurs, ' à Malte, 
on retrouve des souvenirs du règne de ce grand-maître. 
Il mourut le 21 août 1568, couvert de gloire et chargé 
d'années. Sa mort causa une douleur universelle. Il avait 
bien mérité de tous : il avait réuni deux Chapitres géné- 
raux et rendu l'Ordre redoutable sur mer et sur terre, 
respecté de l'Occident et de l'Orient. La devise Melita 
renascens pouvait s'appliquer à l'Ordre aussi bien qu'à l'île 
même. Ses funérailles furent réglées . par son successeur 
avec une grande magnificence, digne des chevaliers et du 
glorieux grand-maître. Il fut inhumé dans la Chapelle- 
de-Notre-Dame-de-la-Victoire, à la Valette. Son corps fut 
plus tard, sous le magistère de La Cassière, porté dans la 
chapelle souterraine de l'Egiise-Saint-Jean, où son Mausolée 



LES CHEVALIERS DE MALTE. ;[35 

f 

le représente couché. La statue est en marbre, les mains 
jointes sont en bronze. Il est aimé de pied en cap, mais 
le chef est nu. Le sarcophage repose sur un lion et un 
gerfaut, que l'on retrouve dans les su^^ports de l'écusson 
écartelé : il est placé sous une voûte à plein-ceintre. L'épi- 
taphe demeure au-dessous du héros qu'elle célèbre : JD. 0. 
M. Et memoriae aeternae viri illustrissimi frafris Joannis de 
Vdletia franci^ qui, post multa vanaque, tum apud Tripolim 
in Africa, tantamque Numidiani^ tum vero per itniversam 
graecîam^ terra marique, sfrenuè acjprosperè gesta, summo totius 
ordinis consensu magister, ac praefectus electus, jampridem de 
■se conceptam opinionem sic adauxit^ ut anno domini M.D.LX.V, 
cunctantibus christianis principihus, 3Ieîitam a Solimani oh- 
sidione liberaverit : veterem urhem, castraque servaverit, Turcos 
de universa insida fiigaverit, utrumque mare piratis repurga- 
verit, et NeapoJim Valetta tutum adversis nosfrae fidei inimicos 
propugnaculum, atquae aeternum Valetiae francique nominis 
monumentum, summa eeïeritate atque mirahiïi artifbcio, con- 
struxerit. Ohiit XXI. die August. 3I.B .LXVIII, et ipso die 
qiio undecim ante annos magisterium ordinis inierat. Hostihus terri- 
hilis, et suis cJiarus, unde non immerito annos, tantam tanti 
viri memoriam, tantmnque hierosolimitani militi virtutis stimulum 
prius humi jacentes; frater . . . in eminentiorem liane lucem 
erexere, Domini anno M. BXCI. Vixit annos LXXIII^ menses 
VI, dies XVII. — Une autre inscription en quatre vers 
peut se traduire ainsi: Ci-gît celui cpii fut la terreur de l'Asie 
et de la Libie, le protecteur de VEiirope, quand ses armes 
sacrées terrassèrent les Barbares; il fut le premier inhumé dans 
cette cité La Valette, qu'il a fondée et il y repose, digne d'un 
honneur éternel '). Nous croj^ons qu'il est intéressant de 
connaître aussi une inscription très-curieuse, qu'on lisait 
dans l'Egiise-de-Saint-Jean. Elle avait été composée sur 
la construction de la Cité Valette : le grand-maître, 



') En voici le texte d'après Pauli, C. cl. cU M., II, p. 475. 
Ille Asiae Libj^aeque pavor, tutelaque quondam 

Eui'opae, Domitis per arma getis, 
Primus in liac aima, qviam condidit, urbe sepultus 
Valletta, aeterno dignus honore jacet. 



136 L'OEDKE DE MALTE. 

Fr. Antoine de Paule la fit placer snr la Porte-Eoj'-ale, 
l'une des trois portes de cette ville. La voici, telle que 
Villeneuve l'a relevée. Illustrissimus et reverendissimus domi- 
nus Joannes de Valetta, ordinis militiae hospitalis divi Baptistae 
liierosolymitani magnus magister, pericuïorum anno superiore 
a suis militihîLS, popidogue meliteo, in obsidione turcica per- 
pessorum memor, de condenda urhe nova, eaque moeniis, arcibuSi 
et propugnamlis ad sustinendam vini omnem propulsandosque 
inimici turcae impetus, aut salutem reprimendos, munienda, 
inito cum procerihus concilio, die Jovis vigesima octava mensis 
martii M.D .LXVI, deiim omnipotentem deiparamque virginem^ 
et numen tutelare, divum Joannem Saptistam, divosgue coeteros 
Milita precatus, ut faustum feïixque reïigioni christianae fieret 
ac ordini suo, quod inceptabat hene cederet, suppositis aliquibus 
suae notae nummis aureis et argenteis, p7'ima urbis fundamenta 
in monte àb incolis sceb-erros vocato, fecit, eamqiie de suo 
nomine Valettam, dato pro insignibus in Parma miniata aureo 
leone, appeUari voJuit. 

Les monnaies nous offrent ou le tj^pe vénitien (or), ou 
les armes écartelées avec la légende : ^ p. ioannes de vallete 
M. Hosp. HIEE., puis, au revers, la légende: parate via doimlni, 
ave Saint "Jean tenant la "croix avec une banderolle où on 
lit: iNT NA Tos MV (argent). D'autres d'argent présentent comme 
innovation, au revers, la tête de Saint Jean dans un bassin 
ovale, avec la légende: ^ propter veritatem et justitiam; 
ou encore la croix de l'Ordre avec celle-ci : in hoc signo 
MiLiTAMVs. La monnaie fiduciaire mérite d'être décrite en 
détail. Procédons donc par ordre. Voici les monnaies fidu- 
ciaires que l'on possède : 1° un tari de cuivre : avers, 
)$( svB HOC siGNO MiLiTAMVs, la croix de Malte et entre ses 
branches: .F.Io.D.A; revers, ^ non aes sed pides, 1566, 
dans un cercle de points, )^ vallete . m., deux mains en- 
lacées et plus bas, T. 4.; — 2° un tari de cuivre, 1567, 
(variante) . T . Z . sans le nom de La Valette, avec l'M ; — 
3° un tan avec les mêmes légendes et emblèmes, la date 
1566 et le cbiffre XX, aa revers, puis, à l'avers, les armes 
écartelées et la légende : j^ f. ioannes de vallete M: ho . .h .; 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 137 

— 4° un antre de 1566, avec la tête de Saint Jean, à 
l'avers, et la légende )^ pkoptee veritatem et ivstitiam ; — 
5° un antre du même type, avec vallete an revers ; — ' 
6° nn enfin avec la mention V et les armes senles du 
Grand-Maître. 

XXX. Frère Pierre del Monte 
(1563—1572) 

était amiral-des-galères, lorsqu'il fut élu. Son nom de fa- 
mille est Pierre Guidalotti; il naquit à Monte-San-Gavino, 
près d'Arezzo, en Toscane : il était aussi grand-prieur de 
Capoue et avait pris le nom de del Monte, comme son 
oncle maternel, le jDape Jules III (Jean-Marie Giocclii). Il 
s'était distingué comme général-des-galères contre le cor- 
saire Dragut, puis comme châtelain du castel de La 
Sengle. Sa valeur et la noblesse de son caractère étaient 
éprouvées. Il fut un digne successeur de la Valette. Son 
premier soin, en arrivant à la dignité suprême, fut de remplir 
le pieux devoir de faire à son prédécesseur de splendides 
funérailles, ainsi que nous le disons plus haut. Il se con- 
sacra ensuite à l'exécution du testament politique de La 
Valette, et profita de la paix pour hâter l'achèvement de 
la cité nouvelle et augmenter la marine de l'Ordre. Il fit 
même construire à ses frais plusieurs galères, dont il fit 
abandon à l'amirauté. Ayant permis aux Chevaliers d'armer 
des vaisseaux pour leur propre compte, afin de faire la 
course aux pirates turcs, qui tenaient la mer comme au 
temps de Barberousse, ces guerriers réunirent nn grand 
nombre de bâtiments qu'ils dirigèrent vers le port de 
Malte et remportèrent bientôt de tels avantages sur les 
corsaires, que ceux-ci se tinrent à distance. Mais un évé- 
nement douloureux interrompit le cours de ces succès ob- 
tenus sous le pavillon de l'Ordre. Saint-Clément, le nouveau 
général-des-galères aj'ant aventuré sans escorte quatre 
galères chargées de vivres, dans le canal entre Malte et 
la Sicile, fut surpris par le corsaire Lucciali, qui lui captura 
trois galères. Fr. Saint-Clément se jeta à la côte, pour 



138 L'ORDRE DE MALTE. 

sauver son or, oubliant même d'emporter l'étendard de 
l'Ordre, qui eût été perdu sans le courage d'un jeune marin 
-maltais, lequel se fraya un chemin, la liaclie à la main, 
au travers des pirates. Saint- Clément fut privé de l'habit, 
jugé et décapité, pour fuite devant l'ennemi. Il y eut 
encore une autre calamité pour l'Ordre ; ce furent les dissen- 
sions entre les chevaliers des diverses Langues ; on en vint 
même à des combats singuliers, et Fr. La Cassière, maréchal 
de l'Ordre, dut réprimer par les armes, ces mutineries. La 
paix ne fut bien rétablie qu'après l'expulsion de l'Ordre 
des principaux perturbateurs. 

Trois années après la pose de la première pierre, la 
Cité-Valette fut terminée, et, le 18 mars 1571, eut lieu la 
translation du Magistère, du Bourg à la nouvelle Rési- 
dence. Elle se fit avec une grande pompe, bien que le 
palais magistral provisoire ne se composât encore que d'une 
salle et de deux autres pièces, le tout en bois recouvert 
de ciment. Le Orand-Maître procéda dès ce moment-là à 
l'inauguration de la Cité, afin d'encourager les travailleurs, 
et de ne pas retarder plus longtemps la distribution des 
distinctions attendues par les membres méritants de l'Ordre, 
et des récompenses promises aux chevaliers moins riches, 
aux frères-servants et soldats, qui devait consacrer le 
souvenir de cette inauguration. On admira en cette circon- 
stance le désintéressement et la générosité de Fr. del Monte. 
Peu de mois après, le 7 octobre 1571, six galères de l'Ordre 
prirent part à la célèbre bataille de Lépante, qui fut contre 
la puissance maritime des Ottomans un de ces coups dont 
un Etat ne se relève pas facilement. Ce combat naval fut 
livré par les flottes combinées des Espagnols, des Véni- 
tiens, du Pape et de l'Ordre de Malte, près du golfe de 
Lépante (Mer Ionienne), et coûta aux Infidèles 30.000 
hommes tués, dix mille faits prisonniers, quatre-vingts 
vaisseaux coulés à fond, cent trente galères prises par les 
Chrétiens, quinze mille esclaves délivrés. Don Juan 
d'Autriche commandait la flotte chrétienne, Pierre Jiusti- 
niani, grand-prieur de Messine, les galères de Malte : celles-ci 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 139 

combattirent au centre de la ligne de bataille. Soixante- 
treize chevaliers y trouvèrent la mort. La galère amirale, 
dite la Capitane de Malte, fut un instant à l'ennemi, quand 
il n'y eut plus pour la défendre que Jiustiniani et deux 
cbevaliers grièvement atteints. Mais les autres galères vin- 
rent à temps la dégager des mains d'Ouloudj Ali, le chef 
de pirates, et l'étendard de l'Ordre flotta de nouveau â 
son mât. Ce qui faisait la force de ces vaillants, c'est qu'ils 
savaient mourir, mais ne savaient ni fuir, ni reculer. Après 
la dispersion de la flotte turque, dont trente galères échap- 
pèrent seules à force de rames aux alliés chrétiens, on 
aurait pu s'emparer de Constantinople ; mais la désunion 
se mit parmi les vainqueurs et tous les fruits de la victoire 
furent perdus, à l'exception de Tunis, que l'on garda 
jusqu'en 1574. 

C'est sous le règne de Fr. del Monte, que le soin des 
malades, qui faisait partie essentielle de la mission primor- 
diale des Chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, 
mais avait été négligé par les Chevaliers militants de Rhodes 
et de Malte, occupés sur terre et sur mer contre les Infi- 
dèles, fut repris par ces nobles femmes qui avaient fondé 
autrefois à Jérusalem, vers la fin du XI^ siècle, la pieuse 
congrégation des Chevalières de Saint-Jean ou Hospitalières ^), 
sous une règle analogue à la règle primitive donnée par 
Fr. Gérard à l'Ordre des Hospitaliers. Ces religieuses avaient 
d'abord être soumises à l'obédience du magistère ; j^uis, dans 
la suite des temps, elles s'étaient soustraites à cette juri- 
diction et n'avaient plus voulu reconaître que le Saint-Siège 
pour leur chef immédiat. Il en était résulté un conflit 
entre leur communauté et l'Ordre même. Le grand-maître, 
Fr. del Monte sut rétablir l'harmonie, sur la base des 
rapports originaires. Il nous en reste encore aujourd'hui 
une preuve: c'est le Couvent des Hospitalières institué à 
Malte, sous le magistère Verdala, lequel subsiste de 
nos jours. 



^) V. Indi'oductioii. 



140 L'OKDEE DE MALTE. 

Pour achever la construction de la Cité-Valette, l'Ordre 
fit, en 1570, un emprunt de 70.000 écus. Ce fut enfin sous 
ce magistère que l'on songea à faire rédiger la Chronique 
de l'Ordre, qui raconte tant et de si belles actions, tan- 
dis qu'il n'existait jusqu'alors que des documents, des poëmes 
ou des récits isolés des événements les plus remarquables. 
Le chevalier Bosio fut chargé de ce travail: son oeuvre 
est une compilation, mais elle n'omet pas les faits saillants 
qui nous permettent de suivre l'Ordre à travers les phases 
distinctes de son développement historique. 

Fr. Pierre del Monte mourut le 27 janvier 1572, à l'âge 
de 76 ans. Son sarcophage de marbre est sans orne- 
ments; au-dessus se voit, au frontispice du ceintre ogival, 
une pjTamide de boulets, puis, au-dessous des armes 
écartelées avec celles de l'Ordre, une tête de mort retenant 
les pièces de l'armure à une banderole. L'inscription suivante 
se lit sur le sarcophage: D. 0. 31. Fratri Petro de Monte, 
Juin III. Pont. Max. ex germano filio, in Rliodio exidio 
strenue servato, rursus in Sengleae peninsulae anno MDLXV 
a Turcis ohsessae defensione, admirato praeclarissimo, ac gid)er- 
natori, capuae priori primogue in valettana civitate incolae^ 
liierosolymitanae militiae in simimo magistratu magni Vcdettae 
digno successori, majorague longe merito quam adepto. qui sui 
magistratus anno tertio, mense quarto, die sexto, ohdormivit in 
domino., XXVI januar M. D. LXXII. 

On a de son magistère, des monnaies d'or du type 
vénitien, avec la légende au revers: da mihi vietvtem coxtra 
HOSTES Tvos; des taris d'argent avec l'écu écartelé et la 
tête de Saint Jean-Baptiste dans un bassin; d'autres avec 
la croix de l'Ordre, au revers, et le: svb hoc sigxo militamvs ; 
d'autres avec la tête de Saint Jean dans un bassin à pied, 
avec le : peopter veeitatemet ivstitiam; d'autres avec l'Agneau 
pascal, au revers, et la légende: ivstitia saxct. redemtio: 
l'Agneau tient l'étendard; puis on a des pièces fiduciaires 
de 1570, T. 4-, de 1570, T. Z., de 1570, T. I, comme 
sous Yillaret, et toutes, avec les armoiries écartelées, à 
l'avers. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 141 

XXXI. Frère Jean de la Cassière 

(1572—1581) 

était de la Langue d'Auvergne; sa renommée de valeur 
était grande; il s'était signalé dans plusieurs affaires, et 
particulièrement à l'attaque de Zoare, où il avait sauvé 
l'étendard de l'Ordre. Il occupait le poste éminent de grand- 
maréclial de l'Ordre, lorsqu'il fut élu à la dignité suprême.. 
Ajoutons qu'il est le premier grand-maître auquel le Conseil 
de l'Ordre reconnut le titre de Prince Souverain de Malte. 
Une médaille frappée sous son magistère semble du moins 
confirmer cette affirmation de quelques chroniqueurs. Nous 
en parlerons plus loin. Les deux premières années de son 
règne n'offrent pas d'événement remarquable; les Turcs 
dont on avait un instant redouté une attaque contre Malte, 
tournèrent leurs armes vers Tunis et la Goulette. L'établisse- 
ment de l'Inquisition en territoire maltais aurait, selon 
quelques historiens, donné naissance à de vifs antagonismes 
et à des conflits dans le sein de l'Ordre. Il y eut aussi 
des difficultés entre le Grand-Maître et le Conseil qui avait 
usurpé des droits inhérents au magistère, comme pou- 
voir exécutif. Des princes chrétiens suscitèrent aussi 
des chicanes à l'Ordre: ce fut d'abord la République 
de Venise, qui réclama des marchandises capturées par les 
galères de l'Ordre, à bord des navires des Infidèles et 
appartenant à des juifs du Levant. Il fallut accéder à cette 
demande, toute singulière qu'elle fût, afin d'éviter la mise 
sous séquestre des commanderies de Malte sur le territoire 
de cette république. Le Pape, l'Empereur, les Rois de 
France pourvurent directement aux plus hautes dignités 
de l'Ordre; il fut même question de fusionner les Chevaliers 
de Malte avec l'Ordre Teutonique, afin de renforcer celui-ci 
et de le rendre j)h^s apte à opérer contre les Turcs, aux 
frontières de Hongrie. C'eût été la fin de l'Ordre de Saint- 
Jean-de-Jérusalem qui, d'ordre chrétien militant, serait 
descendu au rang d'Ordre allemand, et aurait été détourné 
du but pour lequel il avait été fondé et forcé de renier 



142 L'ORDRE DE MALTE. 

son passé d'Ordre intemational et neutre entre les puissances 
qui reconnaissent la croix comme symbole. La nomination 
directe par l'Empereur d'Allemagne, au priem'é de Castille 
et Léon, de Wenceslas, arcHduc d'Autriclie, occassionna 
une révolte dans l'Ordre (1578); mais elle fut bientôt apaisée. 
Le Pape fut 23ris pour arbitre et les mécontents furent 
cités à comparaître devant son siège, à Rome: plutôt que 
de s'y rendre, ils aimèrent mieux faire leur soumission et 
demander en plein conseil pardon au Grand-Maître. L'année 
suivante, Tévêque Gargallo ou Gargalla voulut s'aiToger le 
droit de visiter l'hôpital de La Xotable; mais les administra- 
teurs refusèrent de reconnaître son autorité et il les 
excommunia. Il y eut des rixes à main armée entre ses 
partisans et la population. La Cassière dut mettre une 
garde de cinquante hommes dans La IsTotable. Le Saint- 
Siège avait délégué l'Archevêque de Palerme. pour examiner 
les causes du conflit; mais l'Archevêque trouva, à son 
arrivée à La Valette, la querelle tellement envenimée, par 
suite de Tanimosité réciproque des partis, qu'il laissa au 
Pape lui-même le soin de prononcer. L'évêque fut mandé 
à Rome, ad aiidiendum verlium. Cependant il s'était formé 
un complot contre la vie du Grand-Maître. Des aides de 
l'Liquisition furent arrêtés: ils dénoncèrent comme leurs 
instigateurs, Petrucci, inquisiteur de Malte, et plusieurs 
cbevaliers de haut rang. Des chevaliers des Langues 
d'Aragon, de Castille et d'Italie forcèrent l'entrée du palais 
du Grand-Maître et insultèrent en face leur chef, en le 
mettant au défi de donner des preuves que cette conjura- 
tion eût jamais existé. La révolte devint générale; on 
voulut arracher à La Cassière la nomination d'un Lieutenant 
du magistère. Quelques chevaliers, qui briguaient la dignité 
suprême, étaient irrités de voir le Grand-Maître, malgré son 
âge avancé, en possession d'une santé excellente, ce qui 
retardait la réalisation de leurs désirs; une ordonnance qui 
reléguait les courtisanes dans quelques hameaux éloignés du 
Couvent fiit accueillie par d'autres, comme rme suspicion 
et une insulte à leur honneur. Les prétextes ne manquèrent 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 143 

point. Les rebelles se plaignirent de la vieillesse et de la 
caducité du Grand-Maître qui, à leur sens, le mettaient hors 
d'état de veiller aux intérêts de l'Ordre; ils prétendaient 
que ses dernières ordonnances le prouvaient sans conteste; 
ils ajoutèrent que La Cassière s'assoupissait pendant les 
séances du conseil, et, qu'au lieu de régenter la conduite 
des Maltaises, il ferait mieux de pourvoir les magasins, 
d'entretenir les fortifications, de faire des expéditions contre 
les Turcs et les corsaires de Barbarie. Le G-rand-Maître 
refusa de nommer un Lieutenant; alors on s'empara de sa 
personne, on l'enferma au Château-Saint-Ange et l'on élut 
à la Lieutenance du Magistère, Romegas, prieur de Tou- 
louse, qui était l'âme du mouvement. Chabrillan, général- 
des-galères, rentra à Malte deux jours après ces actes 
d'insubordination. Il força toutes les consignes et pénétra 
auprès de La Cassière, auquel il offrit de lui rendre immé- 
diatement le pouvoir, à l'aide de deux mille hommes de 
troupes sûres, choisies parmi les soldats de son escadre et 
les chevaliers dont une grande partie détestait ce qui était 
arrivé. Le Grand-Maître lui répondit qu'il aimait mieux finir 
ses jours en prison et renoncer au pouvoir, que de faire 
verser une goutte de sang. Les rebelles avaient envoj^é 
des ambassadeurs au Pape, et, de son côté, le Grand-Maître 
put se faire représenter auprès du Saint-Siège. Gasj^ard 
Yicenti, auditeur de rote, fut délégué à Malte pour faire 
une enquête, puis Romegas et La Cassière furent cités à 
comparaître à Rome. La Cassière fit une entrée presque 
triomphale dans la Ville Eternelle, à la tête d'une escorte 
de huit cents Chevaliers; la Cour pontificale, les suites des 
cardinaux, des princes, des ambassadeurs allèrent à sa ren- 
contre. Romegas ne pat même obtenir d'audience du Pape, 
avant d'avoir déposé la dignité qu'il avait usurpée; sa 
déception fut si grande, qu'il devînt malade de dépit et 
mom^ût au bout de quelques jours. Tous les Chevaliers firent 
leur soumission. Mais La Cassière survécut peu de temps 
à son triomphe. Il mourut en janvier 1581, à Rome, trois 
mois après ces événements. Sa dépouille fut transportée à 



144 L^OEDEE DE ilALTE. 

Malte, taudis que son coeur fut déposé dans l'Eglise-Saint- 
Louis, de Rome. 

Grégoire XHI fit graver sur la pierre de son tombeau 
à B,om.e, cette insciiption: Fratri Joanni Episcojno,' niagno 
militiae liierosoJymiianae magistro. viro fortissimo, religiosissimo, 
splendidissimo. cujus ut igné aurum, sic calumniis spectata ac 
prohata integritas, etiam magis enituit, sacra sodalitas militum 
Merosolgmitanornm pjatnae ac principi optimo maerens posiiit. 
Vixit annos LXXVIII. ohiif Boniae XII Calend. Jamiarii 
MDLXXXI La plaque de marbre noir où se trouve cette 
inscription est placée maintenant assez liaut dans un pilier 
du cloître voisin. Le corps du Grand-Maître fut renfermé, 
à Malte, dans un sarcopLage de marbre, posé sur deux 
lions coucbés et surmonté d'une tête de mort, sous un 
arceau à plein-ceintre décoré des insignes de la chevalerie. 
On y lit cette épitaphe : Fratri Joanni Levesque de la Cassière 
MerosoUmitani liospitalis magno magistro, viro religiosissimo, 
optimo, heneficentissimo, cui ad fastigium principatiis egregia 
multa adversus fîdei Iwstes édita facinora aditum stravere, 
quorum gloriam, postquam princeps est renunciatus, admirahiU 
in regendo prudentiae, justitiae et integritatis lande cumulavit. 
Humillimam civitatem valettam majori templo conventuali ex- 
structo, donatoque Xenodocliio, praetorio, et magnificentissimis 
aedihus, pro sua suorumque commoditate fahricatis, condeco- 
ravit. Demum oh civiles seditiones sedandas a Gregorio XIII 
Momam, se flagitanfe, accitii^, summoque honore Jiabitus, et in- 
nocens declarcdus, ibidem incredibili omnium bonorum maerore 
decessit XII Cal. Jan. MBLXXXI Cadaver a Fioma trans- 
vectum. Jioc in monumento, qitod vivens sibi coeterisque con- 
struxerit, conditum est . . . Le caveau de l'Eglise-Saint-Jean 
de la Cité-Valette ^), dont il s'agit ici. fut creusé au dessous 
du cboeur, sous le magistère La Cassière. C'est la chapelle 
souterraine, où il fit transférer les restes et les tombeaux 
de ses prédécesseurs, ainsi que les reliques des grands- 
maîtres de E-hodes que l'on put retrottver. C'est ici le lieu 



^) Aujourd'hui, la Chiesa maggiore. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 145 

de parler de cette Eglise-des-Clievaliers ou Eglise-Saint- 
Jean : bâtie par ce grand-maître, à ses frais, elle est simple 
et sans coupole ; mais l'intérieur en est d'une grande 
ricliesse : on y est ébloui par le nombre des statues, des 
mausolées, des fresques et tableaux que l'art y a réunis à 
grands frais. Le pavé tout entier de l'église est formé de 
pierres sépulcrales des grand'croix, baillis et commandem-s, 
mosaïque unique en son genre, de marbres, de blasons où 
les couleurs sont figurées par des pien-es précieuses. On 
admire dans les nefs, chacun dans la chapelle de sa Langue, 
les mausolées des grands-maîtres Cotoner, Pinto, Perellos, 
Zondodari, Vilhena et autres; ou bien on les trouve dans 
la chapelle souteiTaine. Le 9 septembre de chaque année, 
l'Ordre célébrait solennellement dans cette basilique et à 
Notre-Dame-de-la-Yictoire, l'anniversaire de la levée du 
siège de Malte par les Turcs. 

Nous trouvons sous ce magistère les monnaies des 
mêmes types que sous le précédent : la gravure et la frappe 
sont de plus en plus finies. Pas de monnaies fiduciaires. 
La médaille de la Cassière que l'on possède, est en argent, 
de grand module, et a été frappée à l'occasion de son 
élection. A l'avers: ^ f . lo . levesqve de la cassiere mag. 
Hosp.H. Buste du grand-maître en manteau, tourné à 
droite; — au revers: aetatis svae lxix; un ange issant 
d'une nuée, sonnant de la trompette qu'il tient de la main 
droite, tandis qu'il élève de la main gauche une couronne. 
Au bas, croix de l'Ordre entre deux branches de chêne. 
On a aussi une autre médaille, de moitié plus petite, pré- 
sentant son écusson écartelé, et, au revers, la croix de 
Malte. Il n'y a pas d'inscriptions. 

XXXII. Frère Hugues de Loubenx Verdala. 
(1582—1595) 

La mort du Grand-Maître, à Eome, fut l'occasion d'une 
dérogation aux Statuts de l'Ordre; le Pape exigea des 
Chevaliers qu'ils nommassent son successeur, sur une liste 

SALLES: L'ORDRE DE MALTE. If) 



j^46 L'ORDE-E DE MALTE. 

de trois membres qu'il leur présenterait. Cette liste portait 
Yerdala, le descendant d'une des maisons les plus anciennes 
de la noblesse languedocienne, comte de Toulouse, le même 
qui avait sauvé l'étendard sacré, à la retraite de- Zoare, 
avec La Cassière ; puis Paincise, grand-prieur de Saint- 
Gilles, et enfin Cbabrillan, bailli de Manosque ; le Chapitre 
choisit Yerdala. Cette élection apaisa la colère de Henri III, 
roi de France, qui demandait satisfaction des insultes 
faites à La Cassière, et le Pape Grégoire XIII fit en outre 
lire en plein consistoire une sentence de son siège, qui 
réprouvait comme coupables et indignes les actes des 
rebelles contre le grand-maître défunt. Le nouveau digni- 
taire mit la paix à profit, pour agrandir les fortifications 
du Château de Gozzo et pour réunir un Chapitre général 
qui frappa les revenus des prieurés d'une taxe générale au 
profit du Trésor. Les Vénitiens renouvelèrent leurs chicanes : 
tantôt ils prétendaient que leur pavillon devait couvrir la 
marchandise turque, tantôt que les marchandises de prove- 
nance vénitienne pouvaient naviguer librement sous pavillon 
ennemi. Ils s'emparèrent même de deux galères maltaises, 
mais en échange ils se virent capturer un vaisseau par les 
Chevaliers. 

Pour prévenir de nouvelles collisions entre l'Ordre et 
des Etats chrétiens, le Pape prescrivit aux Chevaliers de 
respecter tout bâtiment allant d'un port de la chrétienté 
dans le Levant et du Levant dans un port de la chrétienté 
avec des marchandises non prohibées ^). Le Souverain Pontife 
ajoutait que ces marchandises, bien qu'appartenant à des 
juifs ou à des mahométans, devaient être libres ainsi que 
les personnes. Cette défense donna lieu à une ambassade, 
envoyée à Rome pour en obtenir la révocation, et il est 
curieux de lire les instructions très-explicites qui lui furent 
données ^). De tous les arguments invoqués dans ces in- 



^) V. Miége, Histoire de Malte. 
^) Les Envoyés étaient chargés de représenter: 
1^ Que selon son institution approuvée par le Saint-Sii^gH et 
les princes chrétiens, la Religion faisait une juste guerre aux Infidèles ; 



LES CHEVALIERS DE MALTE. ]47 

structions, il n'}^ en a. pas nn seul qui ne soit juste et 
fondé. L'application exacte de l'ordonnance du Saint-Siège 
eût tué l'Ordre des Chevaliers de Malte. La lutte maritime 
n'était pas seulement la revanche de leur passé, elle était 
la condition essentielle aussi bien que la donnée de leur 
existence. 

La Saint-Siège rendit, en 1581, un autre décret qui 
interdisait aux membres de l'Ordre l'évêché de Malte, — 
c'était là une réserve d'influence — et le prieuré de 
l'église primatiale de Saint- Jean, — c'était une réserve 
plus grave, car le prieur de l'Eglise avait en particulier 
la présidence de droit du Chapitre ou conclave électoral, 
à la mort des grands-maîtres, et la direction des affaires 



2^ Que, ne pouvant pas la leur faire par terre, elle la leur faisait 
par mer, parce qu'elle n'avait que ce moyen de se dédommager des 
pertes que les Mahométans lui avaient fait éprouver en la chassant 
de Syrie, de Rhodes et de toutes les villes, forteresses, terres et îles 
qu'elle possédait dans le Levant; 

3" Que par conséquent il lui était permis de saccager, dépréder 
et occuper les personnes et les biens des Infidèles, dé quelque manière 
et en quelque lieu que ce fût, pour se dédommager en tout ou en 
partie, bien que ces personnes et ces propriétés se trouvassent sur 
bâtiments chrétiens, et cela, selon la loi maritime faite d'un commun 
consentement par les Chrétiens, admise et observée dans toutes les 
terres et provinces où l'on navigue; 

4^ Que, depuis sa fondation, l'Ordre avait toujours été en posses- 
sion de parcourir toutes les mers des Chrétiens et des Infidèles, 
favorisant les uns et poursuivant les autres; que le Saint-Siège et 
les princes chrétiens dont il dépend n'avaient jamais prétendu le 
contraire, et que, si quelque répubhque en avait ressenti un dommage 
particulier, il en était résulté un avantage pour l'universahté de la 
Chrétienté ; 

b" Qu'en laissant le commerce fibre, comme Sa Sainteté l'ordon- 
nait, il serait désormais impossible aux galères de l'Ordre de faire 
aucune prise aux Infidèles, attendu qu'il leur serait facile de faire 
apparaître avec des papiers simulés, qu'ils vont et viennent en 
Chrétienté, tandis que ceux qui vont d'un port turc à un port turc, 
comme d'Alexandrie à Constantinople, sont toujours escortés d'une 
escadre de galères supérieure à celle de la Religion. 

6" Que, ne faisant plus de prises, l'Ordre serait obUgé de désarmer 
ses galères, et que les corsaires en prendraient de l'audace, et infeste- 

10* 



148 L'ORDRE DE MALTE. 

religieuses ^). D'un autre côté, l'esprit de sédition n'avait 
pas encore complètement disparu: en 1587, Verdala dut 
même se rendre à Rome, ponr réclamer l'intervention du 
Saint-Siège. Il faut noter parmi les faits qui nous sont 
connus, qne le Maréchal de l'Ordre avait, de sa propre 
autorité, fait sortir de prison un serviteur accusé de vol ; 
que le prieur de France en avait appelé aux tribunaux 
civils des décrets promulgués dans le dernier Cliapitre 
général. Le port des pistolets et des stylets fut défendu 
par une ordonnance de 1586, ce qui prouve que les 
rixes et les attaques à main armée étaient devenues 
fréquentes. 

Sixte- Quint nomma Fr, Yerdala cardinal, et le Grand- 
Maître revint à Malte. L'année suivante fut marquée par 
la capture de nombreux vaisseaux musulmans, qui furent 
amenés dans le port. Mais le Pape et le Roi de France 
continuaient à disposer, chacun chez soi, des grandes di- 
gnités de l'Ordre; la peste ravagea l'île en 1592, et, à peine 
la peste était-elle finie, que de nouvelles révoltes contre 
le magistère furent à l'ordre du jour. Fatigué de cet état 
de choses, Yerdala partit de nouveau pour Rome, où il 
mourut peu de temps après son arrivée, en mai 1795, à 



raient les mers et les côtes des puissances chrétiennes, pour lesquelles 
il en résulterait un dommage considérable, ainsi que pour l'île de Malte. 

7^ Que, l'Ordre n'entretenant plus de galères, les Chevaliers ne 
pourraient plus s'exercer dans l'art de la navigation, et que la 
Chrétienté y perdrait ces valeureux commandants qui, sortis de l'école 
de la Religion, avaient rendu de si grands services. 

8" Qu'en continuant à parcourir rArcliipel avec ses galères, 
l'Ordre entravait le commerce du Turc et l'obhgeait à entretenir 
continuellement, pour la garde de ses côtes, soixante à soixante-dix 
galères, qui autrement seraient employées contre les Chrétiens. 

9^ Que les courses des galères de la Religion avaient pour 
résultat de procurer des avis certains sur les desseins et les mouve- 
ments des Barbares; de libérer chaque année de l'esclavage un grand 
nombre de chrétiens; d'extirper la piraterie chez les Infidèles; de 
causer une infinité de grands dommages à l'ennemi commun, et de 
rendre une infinité d'autres services à la Chrétienté. 

^) V. Appendice. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 149 

l'âge de 74 ans, après avoir laissé à l'Ordre par son dés- 
appropriement, une fortune de 500.000 écus. 

Il a bien mérité de l'Ordre, par les soins qu'il a appor- 
tés à l'administration de la fortune de la communauté, et 
aux recherches et travaux historiques. C'est sous son règne 
que le chevalier Fr. Mondinelli publia les Statuta Hospi- 
talis Hierusalem, et le chevalier Fr. Jacques Bosio son 
Histoire de V Ordre sacré de Saint- Jean-de- Jérusalem en langue 
italienne, qui fut imprimée à Rome et dont la propriété 
littéraire fut garantie pour dix ans, par un Bref de 
Clément YIII qui prononçait l'excommunication contre les 
contrefacteurs hors des Etats de l'Eglise, et, dans ces états, 
une amende de mille ducats contre les coupables ^). 

Loubenx Verdala fit bâtir le palais du Bosquet (Boschetto) 
et institua à Malte les monastères de Sainte-Ursule (Hos- 
pitalières de Saint-Jean) et des Capucins. 

Voici l'épitaphe de son rxiausolée, à Malte, où il est 
représenté couché, en longue robe et manteau, mître 
en tête, l'épée le long du corps, les mains croisées sur 
le rosaire, sur un sarcophage orné des armes écartelées, 
sommées du chapeau et de la couronne, et appuyé sur deux 
chiens héraldiques: D. 0. M. Ulustrissimo domino fratri hugoni 
de Loubenx Verdalae cardinali amplissimo hierosolymitanaeque 
militiae, cui annos tredecim., menses très, dies vero viginti et 
unum honorificè praeftiit, dignissimo magno magistro, principi 



^) Ce magnifique ouvrage est en deux volumes in-folio. Le 
premier porte les armes de Loubenx -Verdala, auquel il est dédié, 
écartelées avec celles de l'Ordre et sommées du chapeau de cardinal; 
le second est dédié à Alofe de Wignacourt et porte les armes de 
ce grand-maître, écartelées de même et surmontées d'une couronne 
ducale. La Bibliothèque Impériale de Vienne possède un très-bel 
exemplaire de cette Historia. — L'Histoire de V Ordre par l'Abbé de 
Vertot n'en est presque que la traduction élégante, en style du 
XVIP siècle. Ce qui manque chez ces auteurs, c'est la critique histo- 
rique. La Dissertation sur les Statuts et termes techniques, de Vertot^ 
est très instructive; le Eapport du commandeur de Bourbon reproduit 
par lui est très précieux. L'oeuvre de Vertot forme quatre beaux 
volumes in quarto, avec cartes, plans, portraits plus ou moins authen- 
tiques des grands-maîtres (Nous parlons de l'édition dé luxe). 



j^50 L'ORDEE DE ilALTE. 

invictissimo, jjrudentissimo, harbaris Jiostibics tremebundo, catJio- 
licae religionis studiosissimo, in adversis forti, inprosperis circum- 
specto, moderato, provido^ sexagesimo qiiatro aetatis suae anno 
vita functo, universa religio maerens hoc supremum pietatis offiicium 
ultro libensque reddidit. Obi if IV non. maiij an. dom. MBXCV. 
Nous citerons parmi ses mounaies : les sequins du 
modèle vénitieu, avec les devises: da mihi yirtvtex contra 
HOSTES Tvos : les taris avec l'écu écartelé, surmonté de la 
couronne, plus tard, de la couronne et du drapeau de car- 
dinal par dessus, et avec la tête de Saint-Jean dans un 
bassin avec ou sans pied, au revers ; les monnaies fidu- 
ciaires, dont une porte, au revers, au dessus de deux mains 
enlacées, une tête de Saint-Jean, et, au dessus, un écusson 
de Verdala avec la marque T 4 ; les carlins fiduciaires, 
avec la figure du soleil surmonté d'une croix, au dessus 
des mains entrelacées, et le millésime 1591. Il existe de 
son magistère de belles médailles : 1° Une petite médaille 
d'or, avec les armes écartelées et surmontées d'une 
couronne de perles, et la légende : f .h.de lovbexx verdal. 
M. M. H. H., à l'avers et au revers, avec la croix de l'Ordrt: 
ayant entre ses branclies les lettres hdlv; — 2° Un^ 
gr an _e jnéd aille de bronze, avec le buste du Grand-Maîtr. 
en manteau à capucbe, ayant la croix sui' la poitrine 
tournt à droite, et la légende: p. vgo.de lovbexx verdal^ 
u . M . PRix.iiEL.E.G., à l'avers, et, au revers. Neptune, \- 
trident à la main, traîné sur les flots dans une conqivr 
attelée d'un quadrige de clievaux marins, derrière lui, lesprour 
des vaisseaux de l'Ordre, à gauche les vents qu'il chasse, t 
dessus, le soleil, puis la légende : )^ collectasq. ^ ftg-at ^; 
xvBEs )^ soLEMQ )^ REDVGiT ; — 3° Deux autres médailles (\^ 
grand module, en bronze, avec le buste à droite, et, au 
revers, l'écusson écartelé surmonté de la couronne de per- 
les, avec le millésime de 1586 sur toutes deux, et, sur la 
première, la légende : gemixati germixabimvs td -. mart : , sur 
la seconde, la légende: gratia dei vniti gemtstamvr; — 4° Une 
petite médaille d'argent, avec l'écusson écartelé, à l'avers, 
et, au revers, la croix de Malte. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 151 

XXXIII. Feère Martln Garzes, 
(1596—1601) 

successeur de Verdala, était de la Langue d'Aragon, châte- 
lain d'Emposte. C'était un homme de moeurs douces et 
bienveillantes. Il s'appliqua à écarter toutes les causes de 
conflits intérieurs et parvint, grâce à son caractère con- 
ciliant, à rétablir la bonne harmonie dans l'Ordre. Les 
Chevaliers et le peuple jouirent d'une grande tranquillité 
sous son magistère. Le fait le plus saillant de son règne, 
c'est la décision prise en Conseil, que tout Chevalier qui 
servirait, en Hongrie, dans la guerre contre les Turcs, 
serait considéré comme ayant servi pendant le même temps 
sous la bannière de l'Ordre et jouirait des mêmes privi- 
lèges. On résolut aussi d'admettre dans l'Ordre, tout 
Suisse qui prouverait sa descendance légitime du côté par- 
ternel et du côté maternel, pendant trois générations con- 
sécutives, et qui démontrerait que ses aïeux n'avaient 
exercé d'autre profession que celle des armes. Le Grand- 
Maître fit élever de nouvelles fortifications dans l'île de 
Gozzo, et, lorsqu'une partie de ces fortifications tombèrent 
en ruines, il y a quelques années, on y trouva des mé- 
dailles et des pièces qui y avaient été sans doute déposées, 
lors de la pose des fondations. Quelques unes portent la 
date de 1600. Il mourut, en février 1601. Son mausolée, 
orné de ses armes et de son buste, offre l'inscription ci- 
après : D. 0. M. Fratri Martino Gardes, sacra hospit. hierusal. 
repuh. domi forisque pacis et helli artihus aptis sexennio féli- 
citer gesta inclyto, VII id. fehr. MB CL aetat. LXXV, vita 
functo, Fr. Vincentius Fardeîla pos. Les monnaies d'or sont 
toujours du type vénitien; — les pièces d'argent, du type 
ordinaire (armes écartelées, tête de Saint Jean) avec double 
M (Magnus Magister) dans la légende; — des pièces de 
cuivre portent, comme innovation, au revers, les mots : 
VTCOMMODivs; — dcs piccioli, le N*' 3. 



152 L'ORDRE DE MALTE. 

XXXIV. Frère Alope de Wignacourt, 

(1601—1622) 

de la Langue de France, était entré dans l'Ordre à ■ l'âge 
de 17 ans: sa prudence et sa valeur lui avaient fait donner, 
à 21 ans, le poste de Lieutenant du gouverneur de la 
Cité-Valette. A la mort de Garzes, il était grand-hospi- 
talier et ne dut son élection qu'à ses propres mérites. Son 
prédécesseur avait gagné l'amour des Chevaliers et du 
peuple par son esprit de conciliation et d'équité, et avait 
réorganisé et ravivé l'Ordre, par les mesures qu'il avait 
prises pour y entretenir l'esprit militant, en continuant la 
course contre les corsaires mahométans ; Wignacourt 
s'adonna, lui aussi, à cette double politique et il lui fut 
supérieur comme administrateur, comme homme de guerre, 
comme génie réorganisateur. C'était un Maître sévère, en- 
durci à l'école du travail et fait à toutes les fatigues du 
corps ; son esprit s'était trempé dans les luttes qui avaient 
divisé l'Ordre. Il avait foi en lui-même, ce qui est une 
condition essentielle pour assurer l'accomplissement des 
devoirs dont on est chargé. Il sut relever et affranchir la 
dignité de grand-maître, en faisant notifier par Envoyés 
aux cours chrétiennes son entrée au pouvoir; en usant le 
premier dans les rescrits publics, de son titre de Grand- 
Maître; en excluant de la circulation toute pièce nouvelle 
qui ne porterait pas l'écusson de ses armes ; il imposa 
à ses subordonnés par l'exemple de ses moeurs pures, et ne 
cessa de rappeler à ses chevaliers l'héroïque dévouement 
et l'esprit chrétien d'obéissance de leurs glorieux devan- 
ciers. L'Ordre allait bientôt du reste reprendre énergique- 
ment sa mission d'Ordre militant et maritime : "Wignacourt 
porta la guerre chez les Infidèles, dès l'année qui suivit 
son élection. Les galères de Malte s'emparèrent de Maho- 
mette (1602) ^) et firent la chasse aux pirates sur tous les 
points de la Méditerranée. Les Chevaliers saccagèrent 



1) Ville et port de la côte d'Afrique. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 153 

Lépante et Patras (1604), puis ils prirent une des dépen- 
dances de Rhodes, Lango (1611), surprirent Lajazzo et en 
rasèrent les fortifications et emportèrent d'assaut Corintlie, 
perdue par les Vénitiens en 1459, où ils firent un grand 
butin. Les galères rapides et insaisissables de Malte re- 
devinrent la terreur des pirates et des Infidèles, d'une ex- 
trémité à l'autre du bassin méditerranéen, sous la conduite 
des moines-chevaliers. Le sultan Aclimet P^ (1603 — 1617) 
jura de se venger de ces entreprises: en 1615, une flotte 
de soixante vaisseaux turcs, ayant à bord 5000 hommes 
environ, sans compter leurs équipages, tenta un débarque- 
ment dans l'île de Malte. Mais les côtes étaient très-bien 
défendues par les ouvrages élevés à la Baie- Saint-Paul, à 
Marsa-Scala, à Marsa-Scirocco, dans l'ile de Comino ; les 
canons énormes, enlevés aux Turcs, armaient ces ouvrages; 
le système de fortifications était si bien combiné pour rendre 
une descente impossible, que les Turcs échouèrent dans 
leur tentative. 

Le plus grand titre de gloire de Wignacourt, c'est la 
construction d'un aqueduc (1610 — -1615), d'une longueur 
de 7466 cannes (15.649 m.), amenant l'eau d'une source 
qui existait à Dia Chaudul, au N. de La Notable, jusqu'à 
la Cité-Valette et au palais du Grand-Maître, On com- 
prendra l'importance de cet ouvrage, digne des Romains, 
si l'on se souvient de la pénurie d'eau à Malte et des 
désastres qui en résultèrent. Cet aqueduc est élégamment 
et solidement bâti. Le dicton du temps caractérise bien 
l'importance de l'oeuvre. »La Valette, disait-on, a donné 
à la ville un corps; mais Wignacourt lui a donné une 
âme«. La construction coûta 154.864 écus maltais; mais le 
nom de Wignacourt est vivace aujourd'hui encore dans le 
coeur des habitants, et l'inscription placée sur une colonne 
près de l'aqueduc est un souvenir de gloire pour ce grand- 
maître et pour l'Ordre tout entier. Elle est ainsi conçue: 
Fratri Alophio de Wignacourt, magno magistro, valletam urhem 
et arcem dulcissimis aquis vivificanti aeterna salus!« Il fut 
apporté aussi de nouveaux perfectionnements au système 



154 L'ORDRE DE MALTE. 

de défense, afin de mettre les fortifications à la hauteur 
des progrès de la science militaire. L'Ordre avait reconquis 
sa haute influence, et l'île était florissante. En cinquante 
années à peine, la population avait crû de 10.000 à 52.000 
âmes: c'était peut-être proportionnellement à sa superficie, 
le pays le plus peuplé de la terre. 

Mais cependant cette gloire et cette prospérité allaient 
être traversées par de nouvelles dissensions intestines, sus- 
citées surtout par les prétentions de l'Inquisiteur et de 
l'Evêque de Malte qui cherchaient à s'emparer des attri- 
butions souveraines du Grand-Maître. Des expéditions contre 
les Turcs firent une diversion utile. Les troupes de l'Ordre 
assaillirent avec succès, en 1620, Castel-Tornese, le prin- 
cipal magasin de la Morée; mais elles durent se retirer 
sur leurs galères, pour éviter de voir couper leurs commu- 
nications par un corps de 4000 hommes qui marchait au 
secours de la ville; elles se rembarquèrent du reste en si 
bon ordre qu'elles ne perdirent pas un seul homme dans 
cette entreprise. Il y eut aussi une descente sur les côtes 
de Barbarie, et une tentative sur Suse, qui n'aboutit à 
aucun résultat. 

Fr. Wignacourt mourut, à l'âge de 75 ans, le 14 septem- 
bre 1622, après 22 années de magistère, laissant une marine 
florissante et bien munie. Il avait reçu des empereurs 
romains le titre de Prince Sérénissime, et ce titre lui 
avait été confirmé par le pape Clément YIII ^). Son dés- 



^) Les actes établissent que dès le XV siècle on disait: Mon- 
seigneur le Maître, et même: Très-révérend et très-illustre Seigneur, Mon- 
seigneur le Grand-Maître de Bhodes, Frère ... (V. entre autres Rapport 
du Commandeur de JBourhon^ du 1" octobre 1527.) 

Les emperevirs Rodolphe II, par Lettre patente du 20 mars 
1607, et Ferdinand II, par Lettre Patente du 16 juillet 1620, conférè- 
rent et confirmèrent aux grands-maîtres le titre de princes du Saint 
Empire {Arcli. de VEtat, à Vienne, Registre du S'-Empive). Cet 
exemple fat suivi par le pape Urbain VIII, qui leur donna, par bulle 
du 10 juin 1630, le même titre qu'aux cardinaux et aux trois Electeurs 
ecclésiastiques de l'Empire, celui d'Eminence. Nous devons cependant 
constater que, dans une lettre datée de Vienne, le 9 septembre 1622, 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 155 

appropriement ') euricliit l'Ordre de 204.607 écris, de 200 
esclaves et d'une réserve de 4000 salmes de blé. 

Son mausolée nous montre son buste, dans un médaillon 
très-orné et surmonté de ses armes, écartelées avec celles 
de l'Ordre, et une longue épitaphe: Deo. Opt. Max. Fr. 
Alojjhium de Wignacourt francia nobilem genuit, tuendae fidei 
studium, sacrae liyerosolymitanae militiae devotio, iïlibata casti- 
tas, pietas in Deiim perpétua, nullis in sacris defati^ata religio, 
magnanimitas injuriarum condonatrix, imiocens dolique ignara 
prohitas, reliquusque virtutum senatus, magnum liospitalis 
S. Joannis Jderosolymifani magistrum miUtiaeque principem 
dixerunt. Hlius prudentiam conservata vexilli in regio classe 
praerogativa^ sanctissimi sepulchri praefeciura sibi posterisque 
adjimcta ^), in memoria totkis ordinis posuere sempiterna. lllius 
armis semper victricihus gemina Lepante et Patrassi casteUa 
uno impetu expugnata, direpta MeJiemeUa (Africa), depopiulatae 
Tornesii arces, capta sine numéro harharum navigia^ repulsae 
classium incursiones, toti orienti suasere formidandum. lllius 
munificentia cincfa turrihus melita, Valetta munita propugna- 
culis, sitientes terra marique populi perennibus aquae fontilms 



l'empereur Ferdinand II ne donne à ce grand-maître que le titre de 
Révérend (Pauli, C. d. di M , II, p. 276), tandis que dans rme autre 
lettre de juillet 1623, ce même empereur appelle son successeur: 
»Très Révérend et très-illustre prince, dévoué, sincère, à nous cher* 
(Pauli, C. d. di M. II, p. 281). Cela prouverait, en combinant ces 
données avec l'inscription de son mausolée qu'on lira plus loin, que 
l'acceptation publique du titre de prince ne serait que de peu de jours 
avant la mort de "Wignacourt. On remarquera que l'épitaplie de 
Fr. Antoine de Paula (1636) renferme ces titres; Principi gratissimo, 
splendissimo, et que celle de Fr. Mendez Vasconcellos (1623) parle seule- 
ment du pi-mcipatus du Grand-Maître. Quant au grand-prieur d'Alle- 
magne, il reçut par diplôme du 8 février 1546, le titre et le rang de 
prince de Heitersbeim pour lui et ses successeurs (Il eut le 29'^ rang 
à la Diète, parmi les princes ecclésiastiques). 

^) Abandon à l'Ordre, avant la mort, en vertu du voeu de pauvreté. 

-) Ce membre de phrase est d'une haute signification : il note 
un fait qui a été négligé par les historiens et qui confirme le titre 
de Chevaliers du Saint- Sépulcre des Hospitahers; le sens du passage 
est en effet celui-ci: »Le gouvernement du Saint- Sejndcre fat acquis à 
lui et à ses successeurs. « 



156 L'ORDRE DE MALTE. 

2Jotatij occidenti reddidere carissinmm. Invisere henevoJi reges, 
infidèles coïuere, in Jegatis honore insolito omnes christiani 
principes. Imperator Ferdinandus, suffragantibus mcritis, suc- 
clamante orhe universo. titulum serenissimi principis augendwn 
decrevit ^). Sed heu! reguni delitias, equitum splendorem, terrorem 
hariarorum, virtutum domicilium, aguae demum guttula de 
medio sustulit, iisdem aquae laticibus, quos per Meïitam large 
effudit vice lacrymariim, perermiter lugendum. Faïleris! 

Ac post annos sexaginta sub humili crucis jugo religio- 
sissime transactos ires supra viginti, crucis honoribus terra 
marique propagatis, in supremo magistratu laboriosissime con- 
sumptos, ipso die sanctae crucis exaltatione sacro, ad aeternos 
ejusdem crucis honores, et praemia a munificentissimo crucis 
studiosorum reniuneratore evocatus est, anno salufis MDCXII. 
aetat . LXXV. 

Vivet in'memoria posterorum, in regum annalibus, in ampli- 
ficata successorum dignitate ^), in exornata praeclaris aedificiis 
Valetta, in propagato uMque aerario, sacrae crucis hierosoly- 
mitanae nomen et honor. 

Le portrait de ce grand-maître est à Paris, au Musée 
du Louvre: ce prince y est représenté tête nue, armé de 
pied en cap, tenant le bâton de commandement semé de 
croix d'or, et accompagné d'un page qui porte son casque. 
Le tableau est de Michel- Ange de Caravage: il doit avoir 
été peint par celui-ci fM-A. AmerigM), pendant le séjoiu- 
qu'il fit à Malte, en 1608 ou 1609, pour se faire recevoir 
Servant d'armes de l'Ordre. 

Les monnaies sont conformes aux types connus; on 
remarque sur une pièce, entre les brancbes de la croix de 
Malte, la date de 1609; on a des pièces fiduciaires de 1619 



^) A défaut d'autres preuves, cette phrase mettrait hors de doute 
la collation du titre de prince sérénissime à Wignacourt, pour lui et 
ses successeurs, par le chef du Saint-Empire-Eomain. 

- 1 Ce passage se rapporte à la même collation du titre de prince 
du Saint-Empire; il est certain que ce titre peut être considéré, au 
point de vue féodal, comme un accroissement de dignité pour les 
grands-maîtres. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 157 

et d'autres avec le : vt commodivs. Toutes les monnaies, à 
l'exception des sequins d'or du modèle connu, portent les 
armes écartelées ou simples du Grand-Maître. On possède 
trois belles médailles de "Wignacourt: la première est 
d'argent, et porte, à l'avers, le buste du grand-maître tourné 
à droite, avec la légende: f. aloeivs de wignacovrt, au 
revers, l'écusson orné, écartelé et surmonté d'une couronne, 
et la date de 1607, avec la légende: )J( m. magistee, hospi- 
talis klervsalem; — la deuxième est la même sans millésime, 
et avec la figure du grand-maître vue de trois quarts, 
regardant en droiture; — la troisième est de bronze; au dessus 
de la couronne sont les initiales: d . o . m ., comme légende, 
au revers, on lit: ^ principivm et finem habi svmmo a deo. 
Le buste plus jeune est plus dégagé. Ces médailles se 
rapportent nécessairement aux faits les plus mémorables 
du règne de Wignacourt. 

XXXV. Frère Ludovic de Vasconcellos 
(1622—1623) 

ne survécut que six mois à son élection au magistère. Il 
était de la Langue de Castille et Portugal, et bailli d'Acre. 
Ses grandes qualités d'homme d'état s'étaient montrées 
dans plusieurs ambassades; sa bravoure était connue: il 
avait pris part, comme volontaire, à la dernière expédition 
contre Suse; mais il mourut dès le 7 mars 1623. C'était 
une fâcheuse coutume de nommer des Chevaliers déjà si 
âgés à la dignité suprême, car c'était créer des vacances 
fréquentes, et cela était préjudiciable à l'unité de direction 
dans les affaires de la communauté. Vasconcellos avait 
quatre-vingts ans, lorsqu'il fut élu: il n'avait donc plus, 
malgré sa haute expérience et l'autorité de son âge, la 
vigueur nécessaire par gouverner avec l'énergie voulue 
dans une heure difficile, si une telle occurence se rencon- 
trait,* et pour défendre les prérogatives de l'Ordre ou pour 
mener à bien l'exécution des mesures nécessaires au main- 
tien de l'intégrité du corps tout entier. Son mausolée est 



158 L'ORDRE DE MALTE. 

orné, surmonté de Técu aux armes écartelées et sommé de 
la couronne; il nous offre, comme le précédent, le buste 
du Grand-Maître, tête nue et arm.é. En voici l'inscription: 
D. 0. M. Fr. Ludovicus 3Iendes de VasconceJlos, qui per sin- 
gulos pacis ieUiqiie gradus ad summum magisterii cuïmen virtute 
duce condescerat, in sexto vix principatus mense fato bonis 
infausto praeripitur, ciincfis optahis, nulli non ïacrymatus, Me 
conditur nonis martii M . D . CXXIII. On ne connaît de ce 
grand-maître que des pièces d'argent du type courant: on 
n'a de lui ni monnaies d'or, ni monnaies fiduciaires, ni 
médailles. 

XXXVI. Frère Antoeste de Paula, 

(1623—1636) 

grand-prieur de Saint-Gilles, fut élu à l'âge de 71 ans, sur 
le voeu exprimé par Vasconcellos, à son lit de mort, malgré 
les calomnies répandues contre lui par le parti qui lui était 
hostile. Il sut prouver que sa vie était à l'abri du blâme. 
Il se hâta, aussitôt après son intronisation, d'envoyer des 
Ambassadeurs au pape Urbain VIII et aux cours d'Europe, 
pom' protester contre les nominations qui se faisaient dans 
l'Ordre, au mépris des droits et prérogatives du Grand- 
Maître et du Chapitre. On dit que ses protestations eurent 
peu de succès: une des conséquences de ces nominations 
par voie irrégulière fut, que des commandeurs et même de 
simples chevahers refusèrent de répondre aux convocations 
du Grand-Maître ou de faire leurs caravanes, comme leurs 
voeux les y obligeaient. Paula résista, autant qu'il était en 
son pouvoir, contre ces abus qui privaient l'Ordre d'un de 
ses grands moyens d'action, la nomination aux commanderies 
et offices, en récompense de services rendus, et menaçaient 
même la constitution organique de l'Ordre, en relâchant 
les liens de la discipline et de l'obéissance. Pour faire 
diversion à ces préoccupations qui troublaient la paix 
intérieure, Fr. de Paula fit armer en course une sixième 
galère, donna au Chevalier Yaldi le commandement de la 
flotte et lui ordonna de purger la mer des pirates, qui 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 159 

recommençaient leurs ravages. Valcli remporta plusieurs 
victoires sur les corsaires, auxquels il reprit 400 esclaves cliré- 
tiens; mais Venise, l'éternelle envieuse de toute gloire, chez elle 
et au dehors, fut irritée de ces succès : elle chercha querelle aux 
Chevaliers, en revendiquant comme faite dans ]es mers de 
sa dépendance, la prise de quatre vaisseaux africains chargés 
d'esclaves, dans les eaux de Zante (1634). Le conflit n'eut 
pas de suites. L'Ordre éprouva quelques pertes. Un assaut 
sur Sainte- Maure échoua ^j; deux galères furent perdues, 
beaucoup de Chevaliers et de soldats chrétiens furent tués 
ou menés en captivité. Il y eut cependant à ces pertes 
une compensation: ce fut la révolte des esclaves chrétiens, 
sur la galère du Bey de Famagouste, dans les eaux de 
Chj^pre; ils s'emparèrent de la galère et l'amenèrent dans 
le "port de Malte. 

Les dernières années du règne de Fr. de Paula furent 
attristées par des événements fâcheux pour l'Ordre. Les 
chrétiens latins perdirent le droit de garde du Saint-Sépulcre 
et les Chevaliers étaient tout particulièrement atteints, 
dans leur nouvelle mission à Jérusalem (depuis le magi- 
stère de Fr. Alofe de AVignacourt). Ce résultat était le fruit 
des intrigues et des moyens de corruption mis en oeuvre 
par les grecs schismatiques. Le Grand-Maître voulait leur 
déclarer la guerre, mais le Chapitre n'approuva pas l'entre- 
prise. Il se passa enfin un fait d'une haute gravité. C'était 
une règle de l'Ordre de convoquer tous les cinq ans un 
Chapitre général, afin de revoir les Statuts et de les modi- 
fier selon les circonstances. Urbain VIII insista pour que 
l'Inquisiteur, qui n'appartenait à l'Ordre à aucun titre, 
présidât le Chapitre général de 1631, sans y avoir voix 
délibérative, mais avec droit de prorogation et de dissolu- 
tion. Quel coup n'était-ce pas 23orter à l'indépendance de 
l'Ordre, que de placer ainsi sous la surveillance d'un tiers, 
sans qualité à cet effet, les délibérations relatives à son 
administration intérieure et à sa discipline ! Le Grand-Maître 

^) Forteresse et port de l'île du même nom, ou Leucade (Mer 
loniennej. 



160 L'ORDRE DE MALTE. 

n'avait plus assez d'énergie pour résister à cette mesure: il eut 
même la faiblesse d'éloigner de la Résidence tous les jeunes 
Chevaliers qui se seraient opposés à cette concession. Mais 
ce fut le dernier Chapitre général, tenu à la Cité-Valette, 
et les Statuts qu'on y établit et dont la rédaction fut con- 
fiée au prieur Imbrolt, ont réglé et règlent encore quelque 
point de dispute que ce soit ^). Nous mentionnerons encore 
sous le magistère de Paula, le recensement de Malte, de. 
Comino et de Gozzo, qui établit que la population avait 
bien augmenté: il s'y trouvait, sans compter les Chevaliers 
et les ecclésiastiques, 51.750 habitants; puis les ordonnances 
relatives à la mise en circulation de 2000 écus de monnaie 
de cuivre neuve, en date du 6 août 1628, celles relatives 
au pesage des pièces au-dessus d'un écu, pour parer à la 
fraude qui consistait à les limer, en date du 7 août 1631, 
celles relatives à l'ouverture d'une enquête sur la monnaie 
fausse de 8 réaux, en date du 18 avril 1636. Parmi les 
ouvrages construits par ses ordres, on remarque la ligne 
fortifiée qui ferme la presqu'île de La Valette, du côté de 
la terre, l'église et le couvent de Sainte-Thérèse, à Burmola, 
le Casai-Neuf, auquel il a donné son nom. 

Il mourut le 10 juin 1636, -après une maladie de trois 
mois. Son mausolée et ceux des grands-maîtres suivants 
reproduisent le médaillon et les armes ; son épitaphe retrace 
brièvement sa vie: Fratri Antonio de Pauïa, magno militiae 
Merosolymitanae magistro, principi gratissimo^ gui oh egregias 
animi dotes vivens^ in omnibus sui amorem, extinctus desiderium 
excitavit^ pacem mirificè coluit et affluentiam. Ordinis vires, 
opes addidit, auxit. Ampliori munir e vallo urhem aggressus, cùm 
annum ageret Magisterii decimum quartum, aetatis supra octo- 
gesimum, diuturno cum morbo constanter conflictus, semper se 
ipso major, piissimè ac religiosissimè quievit in Domino, septimo 
id. Junii anno Sal. MDCXXXVI. 

Nous ne relevons rien de particulier dans les monnaies; 
nous trouvons cependant deux pièces fiduciaires de 1629, 



^) V. Vertot, Histoire de l'Ordre (Documents). 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 161 

avec les chiffres X et V, à l'éciisson écartelé, aux mains 
entrelacées, et à la devise: non ^s sed fides; les emblèmes 
et les légendes sont les mêmes. Mais on connaît deux 
belles médailles de ce grand-maître: — 1° Une médaille 
d'argent, 40 m. m. Avers: f . antonivs . de . paula . m . m . h . h ., 
Buste du Grand-Maître, armé, regardant à gancbe, de trois 
quarts; au dessous, la date de MDCXXXVI: Revers z 
FAVSTis OMiNiBVs; Saint- Jean avec l'étendard et Saint Paul 
avec l'épée, sur un fond d'écueils; — 2° Une médaille sans 
revers: ^ antonivs de pavla . m.m.hos .hie .epe; Buste à 
droite avec cuirasse, croix sur la poitrine et collier; — 
3° Une médaille de bronze, 62 m. m. Avers: f . antonivs . de. 

PAULA . M . M . HOSP . ET . S . SEPVLCHR . HIERV . Buste à gaUChe 

avec la croix et le collier. Revers: leavlte passe tovt, écus- 
son écartelé, surm^onté de la couronne (cette médaille por- 
tant le titre de l'Ordre de l'Hospital et du Saint- Sépulcre 
doit être une protestation). 

XXXVII. Frère Jean Paul Lascaris, 
(1636-1657) 

bailli de Manosque, était de l'antique maison des Empereurs 
de Constantinople. Il avait 70 ans et faisait partie de l'Ordre 
depuis un demi- siècle, lorsqu'il fut élu au magistère. Il se 
préoccupa tout d'abord de perfectionner encore le système 
de défense de l'île, d'augmenter les approvisionnements 
des arsenaux et des magasins de subsistances. Il émit, pour 
subvenir aux dépenses, une grande quantité de monnaies 
fiduciaires. On a un nombre considérable de pièces de 4, 
de 2, de 1 tari, en cuivre, de Lascaris. Les travaux des 
fortifications furent dirigés par Florian, un des plus habiles 
ingénieurs de cette époque. La Cité-Valette, avec ses 
annexes, ses forts avancés, ses ouvrages et ses lignes de 
remparts; l'île tout entière avec ses forts et ses bastions 
détachés, mais reliés entre eux, était devenue une citadelle 
inexpugnable qui pouvait braver toute entreprise des Infi- 
dèles. L'ingénieur reçut en récompense le titre de Chevalier 



SALI-ES ; 1,'OUDRE DE MALTE. 



162 L'ORDRE DE MALTE. 

de Grâce, qui était alors très-difficile à obtenir. L'Ordre, 
grâce à lui, était en état de jouer de nouveau son rôle 
glorieux, dans le drame des luttes de la civilisation contre 
la barbarie, du monde cbrétien contre le monde musulman, 
dans les eaux de la Méditerranée. En ces temps-là, pas 
plus qu'aujourd'hui, l'Orient resplendissant n'était, quoi qu'en 
ait dit un récent voyageur, le foyer de lumière du monde ; 
car alors, comme aujourd'hui, lorsqu'on cherchait l'intelli- 
gence, le sentiment, la vertu, c'était vers l'Occident qu'il 
fallait se tourner; alors, comme aujourd'hui, il n'y avait pas 
d'actes inspirés par le fanatisme musulman, ou par l'ambi- 
tion de quelque conquérant avide, qui fussent à la hauteur 
des actions héroïques des moines-chevaliers, combattant 
avec Dieu et sous le signe sacré de la Croix. L'Ordre se 
voua donc de nouveau à l'accomplissement de sa mission, 
et rien ne lui fit oublier alors quel était le but même de 
sa fondation, quelle était la condition primordiale de son 
existence. 

Qu'importait donc par exemple que le Grouverneur de 
la Sicile, pour venger l'Espagne, de ce que des Chevaliers 
avaient pris part contre elle à la guerre de Trente Ans 
(1618 — 1648), refusât tout d'abord de laisser exporter des 
grains sur les vaisseaux de l'Ordre, et fît même canonner 
ces vaisseaux? L'indignation générale de l'Europe força le 
gouverneur à désavouer ses subordonnés et à s'empresser 
de fournir à Malte tout le grain nécessaire. Qu'importaient 
même quelques dissensions intestines ? Cela ne dura pas 
longtemps, et, en 1639, les agitateurs furent forcés de 
quitter l'île. L'Ordre s'empara, en 1638, de vingt navires 
marchands turcs, escortés de trois vaisseaux ; ceux-ci furent 
pris aussi bien que les navires marchands. Charolt com- 
mandait les galères de Malte. La flotte des Chevaliers 
captura, en 1640, dans le port de Tunis, six vaisseaux des 
corsaires; elle conduisit à Malte, en 1644, une caravane 
qui s'était embarquée pour Constantinople, sous la protection 
de trois bâtiments de guerre. Le sultan ottoman, Ibrahim, 
souverain d'Egypte, irrité par la prise d'une cargaison très- 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 1Ç3 

riche destinée au Caire et de personnages turcs qui tom- 
bèrent à cette occasion entre les mains des Chevaliers, 
envoya au Grand-Maître un héraut lui déclarer la guerre. 
Toutes les mesures nécessaires étaient depuis longtemps 
prises pour soutenir un siège ; les Chevaliers arrivèrent à 
Malte, en grand nombre, pour répondre à l'appel de leur 
chef et faire noblement leur devoir ^). Le vicomte d'Arpajon, 
riche seigneur français, y conduisit 2000 hommes équipés 
à ses propres frais. Il sacrifia ainsi à la cause une grande 
partie de sa fortune. On le nomma Capitaine général et on 
lui conféra en récompense, pour lui et ses descendants par 
ordre de primogéniture, le droit de porter la grand'croix 
d'or de l'Ordre de Saint- Jean. Malte ne fut point attaquée : 
l'ennemi tourna ses armes contre l'île de Candie, et les 
Chevaliers accoururent pour la défendre. C'est là que le 
chevalier Charles de Sales fit des prodiges d'audace et fut 
retiré à demi-mort de dessous les décombres d'un bastion 
(1649); François de Sales, le saint, était le frère de ce 
vaillant soldat. Les troupes et les galères de l'Ordre tin- 
rent en échec les Infidèles ; la flotte maltaise livra plusieurs 
batailles navales, près des Dardanelles, à la flotte turque, 
et garda sans cesse l'avantage: en 1655, elle prit ou coula 
14 vaisseaux ; une autre fois, elle dispersa les forces enne- 
mies et s'empara de l'île de Ténédos. L'Ordre aurait pu 
prendre et garder Candie; mais la surveillance jalouse des 
Vénitiens l'empêcha de réaliser ce plan d'une exécution 
facile et d'une importance considérable pour l'accroisse- 
ment de ses ressources. Nous verrons plus loin cependant 
quels privilèges Venise conféra à ses membres, en reconnais- 
sance de leurs hauts faits d'armes et de leur généreux 
désintéressement. 

Nous avons encore à enregistrer quelques événements 
qui appartiennent à ces Annales. C'est en 1642 que com- 
mencèrent les négociations relatives à la première érection 
d'un grand-prieuré de Pologne avec les Rois de Pologne. 

^) Quatorze cents Chevaliers et près de 17.000 hommes se 
trouvèrent réunis. 



IQ4, L'ORDRE DE MADTE. 

(Nous donnons en note les documents qui se rapportent à 
cette affaire (1642 — 1711) ^). Malte fut en proie à une 
grande famine, en 1648, et les Chevaliers manquèrent eux- 
mêmes de pain. Il y eut aussi des difficultés avec la 
France et avec la Sicile, par suite de la gueiTe continen- 
tale : d'un côté le vice-roi de Sicile défendit de nouveau 
l'exportation des grains ; d'un autre côté, le Grand-Maître 
ayant eu la faiblesse de céder à ces mesures et ayant pris 
parti contre la France, en refusant l'entrée du port de 
Malte à la flotte de cette puissance, le roi Louis XIV 



1) Pauli, C. d. di M., U, N° 329, p. 344. Année 1642. 

Lettre de Wladislas, roi de Pologne, grand-duc de Lithuanie, 
de Russie, de Prusse, de Moscovie, de Samogitie, de Livonie, etc, à 
son très cher ami, le très illustre et très vénérable grand-maître, 
Jean-Paul Lascaris. 

». . .Magna cum animi nostri molestia accepimus, Nationem Polo- 
nam a tanto temporis intervallo Prioratui Bohemiae sacri ordinis 
melitensium, pari cum Boliemis ipsis, Moravis et Silesitis, et Austriacis 
ratione adunatam, nunc primum iniqua novitate, per summam Gentis 
iniuriam et quemdam contemptum, ab ea Nationum societate avulsam, 
a concursu Dignitatum et Commendarum eiusdem Prioratus arceri 
atque excludi. Quae res cum non privatorum modo Equitum, eorum- 
demque de re Catbolica optime meritorùm iustum dolorem provocet, 
verum etiam Universae Nationi Polonae non mediocrem infamiam 
inférât, vindicare ab ea gentem de ordine vestro meritissimam, quam- 
primum aequum censentes; peculiarem Prioratum in Eegno nostro 
Poloniae instituere in animum induximus, illumque Illustri Sigismundo 
Carolo Radivilio Duci in Olyka, et Niesniez, Sacri Romani Imperii 
Principi Pocillatori Magni Ducatus Litbuaniae, Equiti eiusdem Sacri 
Ordinis, viro Natalium Famiiiae suae splendore, maiorumque suorum 
plurimarum Dignitatum et Magistratuum amplitudine conspicuorum 
clarissimo; et sicut de Ordine suo rébus praeclare et fortiter gestis, 
ita et de Ecclesia Dei, Nobisque et Regno nostro in variis expedi- 
tionibus beUicis, praesertim contra Christiani Nominis Hostes Turcos, 
et Tartaros susceptis, optime promerito, déferre statuimus. Amanter 
igitur ab lUustritate Vestra contendimus, velit pro officio authorita- 
teque sua, una cum uuiversa Religione, hoc institutum nostrum 
assensu suo, ratum et firmum habere, eumderaque ad dictum Prio- 
ratum, secundum Ordinem Religionis, instituere. Quare Illustritas 
vestra non solum Genti Poloniae et Magno Ducatui Lithuaniae, huic 
Ordini addictissimo, plurimum gratificabitur, verum etiam universam 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 165 

séquestra les biens de l'Ordre, dans ses Etats, par mesure 
de représailles, et le bailli de Souvré, ambassadeur de 
Malte à la Cour de France, eut beaucoup de peine à ob- 
tenir la levée du séquestre. C'était un imprudence d'autant 
plus grande d'irriter la France que, d'après les lettres du 
Vénérable Conseil de l'Ordre (Pauli, II, p. 337 et 338, 
année 1640) à Louis XIII et à Richelieu: »L'Italie rendait 
fort peu; la Bobeme et l'Allemagne comme rien; l'Angle- 
terre et le pais bas depuis un longtemps rien du tout. On 



familiam Radiviliorum summopere devinciet. Nos vero, sicuti id 
gratissimo ab lUnstrate Vestra accipiemus animo, ita dabimus operam, 
ut hanc ipsius in subditos nostros propensionem et favorem benevo- 
lentiae nostrae officiis compensemus. Oui interea bonam valetudinem, 
et prospères ex animo successus vovemus. 

Datuna Varsaviae, die 4- Mensis Aprilis 1642, Regnorum nostro- 
rum Poloniae et Sveciae X Anno. Uladislaus, rex. 

— Ibidem. II, N° 330, p. 344, Année 1642. 

Lettre du même au Vénérable Conseil de l'Ordre, sur le même 
sujet, datée du même jour. 

— Ibidem. II, N° 331, p. 345, Année 1642. 

Réponse du Grand-Maître. Refus sous les formes les plus diplo- 
matiques, vu les Ordonnances de Chef du Saint-Empire qui interdi- 
sent l'admission dans le prieuré de Bohême de chevaliers nés hors 
de ce royaume de Bohême. Quant 'au prieuré de Pologne à institiier, 
promesse d'y nommer le prince RadzivU avant tout autre (23 août 
1642, Malte). 

— Ibidem, II, N° 382, p. 346, Année 1642. 

Réponse du Vénérable Conseil au Roi de Pologne, Exclusion 
des étrangers au prieuré de Bohême, décrétée à l'unanimité par le 
Conseil, conformément aux ordonnances impériales. Acceptation 
d'institution d'un grand-prieuré de Pologne, et du prince Radzivill 
comme grand-prieur (23 août 1642, Malte).' 

— Ibidem, n, N" 361, p. 363, Année 1683. 

Lettre de Jean III, roi de Pologne, etc, à son ami très-vénérable 
et très-illustre, Fr. Grégoire Caraffa, grand -maître, lui racontant 
l'insigne victoire remportée sur les Tares devant Vienne (13 septem- 
bre 1683, du camp turc et de la tente du Vizir, près de Vienne). 

— Ibidem, IL, N° 395, p. 873, Année 1711. 

Commission donnée par Stanislas, roi de Pologne, relativement 
à certains biens de l'Ordre (provenant des ducs d'Ostrog) (19 jan- 
vier 1711). 



166 L'OEDRE DE MALTE. 

n'avait que quelque chose du roj'aunie de France et 
d'Espagne, pour subsister . . .«, affirmation réitérée dans 
la deuxième lettre. C'était aussi de l'ingratitude, car (Pauli, 
1. c, p. 339 et 341), en réponse aux suppKques de l'Ordre, 
la » Chambre du Grand-Conseil établie par le Roy pour le 
recouvrement des droits d'amortissement deubs à S. M. par 
les ecclésiastiques et autres gens de main-morte « répartit 
(1640 et 1641) la taxe sur des bases équitables et con- 
firma l'Ordre dans ses pri^dléges en le maintenant séparé 
du corps du clergé français. Saint Louis avait été son bien- 
faiteur (Pauli, 1. c, p. 12); Louis XI avait par Lettres 
patentes, datées de Montils-les-Tours. le 20 septembre 1471, 
autorisé ses hien-amés Eeligieux, Prieurs et Frères de l'Ordre 
et Hospital S. Jean de Hierusalem au Fort de France.^ pour 
la défense de Ehodes, à parcourir le royaume pour lever 
des gens et rassembler des ressources de ravitaillement et 
d'armement (Pauli, 1. c. p. 141); Louis XII avait envoyé 
des navires au secours de Rhodes, en 1499 (Bosio, T. II, 
p. 331); François I®^ avait, par Lettres patentes, datées de 
S* - G-ermain- en-Laye, le 19 mars 1527, confirmé à son 
cher et aimé Cousin le grand-maître de Rhodes les privi- 
lèges et immunités de l'Ordre en France (Pauli, 1. c, p. 188); 
Louis XIII avait donné, le 25 mars 1615, des lettres de 
franchise à une galère à construire et armer tous les cinq 
ans pour l'Ordre, sur fondation du grand-prieur de Saint- 
Qilles (Pauli, 1. c, p. 266); ce même roi Louis XIII avait 
témoigné en 1639 son affection à ses Très-cliers et hons 
amis par lettre autographe du 12 avril; la reine Anne 
d'Autriche, son épouse, avait fait de même envers son 
cousin le Grand-Maître (Arch. de Malte, Y. à l'App.); 
Louis XIV avait promis sa protection à l'Ordre par lettre 
autographe à son cousin le Grand-Maître, du 22 mars 1644, et 
la Reine-Régente confirmait de même ses promesses de bien- 
veillance (Arch. de Malte, V. à l'App.). Il y eut aussi im incident 
avec la République de Gênes, à propos d'une question de 
salut maritime, suivi de l'attaque d'un vaisseau génois par 
les Chevahers qui en abattirent le pavillon, et de 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 167 

l'exclusion cle l'Ordre de tout as^^irant de cette nationalité, 
jusqu'à ce que satisfaction eût été donnée par la République. 

C'est sous le règne de Lascaris qu'une librairie fat 
fondée à la Cité-Valette, et que, par un décret de 1650, 
il fut ordonné que les livres appartenant à des Clievaliers 
ne seraient pas vendus à leur décès, mais seraient trans- 
portés à Malte. Cet établissement s'enricliit bientôt, par 
suite de cette mesure, d'ouvrages de grand prix. 

Malgré tout ce qui pouvait contribuer à la prospérité 
de l'Ordre, celui-ci allait éprouver le contre-coup de la 
Réforme. Tant de princes allemands, grands et petits, avaient 
saisi l'occasion de cette prétendue introduction d'un cliristia- 
nisme évangéiique, pour spoKer les biens de l'Eglise et 
s'enrichir par une annexion successive des possessions des 
Chevaliers, et la paix de Munster et celle d'Osnabruck 
sanctionnèrent cette iniquité (1648). 

Lascaris mourut, le 14 août 1657, à l'âge de 97 ans. 
Il fut inhumé dans la chapelle de la Langue de Provence, 
dans l'Eglise primatiale de Saint-Jean, à Malte. Le mausolée 
de ce grand-maître porte l'épitaphe suivante: JD. 0. M 
Hic jacet frater Joannes Paulus de Lascaris Casteïar Magntis 
Magister, et Melitae princeps, qui nascendo^ ah iniperatoribus 
et comitibus Vintimiliae, accepit nohilitatem; vivendo in consi- 
liis et legationihus regum fecit ampUssimam; et moriendo inter 
omnium lacrymas, reddidit immortalem. Regnavit ann. XXI. 
inter principes fortunatus, erga subditor pater patriae, erga 
Religionem hene merentissimus. Septima triremi quam annuis 
redditibus stabilivit, nova commenda quam instituit, aliis atque 
aliis aedificiis quae construxit, tôt nominibits terra manque 
victoriis omnibus celeber, sali Deo semper affixus^ obiit die decimâ 
quartâ Augusti, anno domini MBCLYII, aetatis siiae LXXXXVII. 
Renovahitur ut aquila ^). 

Les monnaies d'or sont du modèle vénitien; celles 
d'argent rappellent celles des grands-maîtres précédents; 
les pièces fiduciaires portent les millésimes: 1643, 1637, 

^) Allusion évidente à l'aigle dans les armoiries de Lascaris- 
Castelar. 



168 L'ORDRE DE MALTE. 

1639. Les médailles offrent ceci de particulier, que l'une 
a pour devise, au revers: ix hostes et erga hospites; qu'une" 
autre présente, au revers, l'écusson écartelé supporté par 
deux aigles, sans légende; qu'une troisième montre le grand- 
maître coiffé d'un chaperon de forme nouvelle. 

XXXVIII. Frère Martin de Redin 
(1657—1660) 

était vice-roi de Sicile, à la mort de Lascaris; il était en 
outre prieur de Navarre (Langue d'Aragon). Son épitaplie, 
qu'on lii'a plus loin, résume ses hauts mérites, avant qu'il 
fût élu au grand-magistère. Il fut nommé en son absence; 
mais l'Inquisiteur de Malte, qui était son ennemi, ayant 
obtenu du pape Alexandre YII, une Bulle qui excluait de 
la magistrature suprême tout chevalier s'étant procuré 
des votes, par intrigues ou par simonie, déclara Redin 
coupable de corruption des chevaliers-électeurs; cependant 
E-edin n'en fut pas moins élu et il eut la prudence de s'en 
référer à la décision du Saint-Siège, Alexandre VII lui 
donna gain de cause. Redin continua les fortifications de 
Malte. On ne signale sous son règne de près de trois années 
que la capture d'un gahon turc et la destruction d'un autre 
par les galères de l'Ordre. Il moui'ut, le 6 février 1660. 
Voici, d'après Vertot, l'inscription gravée sur son tombeau; 
l' avant-dernière phrase parle d'une Croisade, à laquelle il avait 
offert de prendre part avec ses frères, soit comme chef, soit 
comme allié. D. 0. M. Aeternae memoriae sacrum M. Magistri D. 
de Bedin magni Xaverii oh genus propinqui, cujus ante aetatem 
praematura virtus Siculae, deinde Neapolitanae classium prae- 
fecturam meruit. Adidtus, ad summum pontificem et liispaniarum 
regem legatus profectus, exercitus regios apud Catalaunos et 
Gaïlicos, caeterosque Hispaniae populos^ summo cum imperio 
rexit. Inde victoriis, meritis, atque amiis auctus, ex priore 
Navarrae, atque Siciliae Pro-rege, princeps Meïitae absens 
electus, insulam propugnaculis, ac turritis speculis, urbes aggeri- 
hus liorreis, annonâ, ac vario helli commeatu instructis, con- 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 169 

structisque munivit. Ducis Bidlonii exemplum secutus^ expeditionis 
hierosoljpnitanae principibus Europae se idtro vel Ducem vel 
Comitem ohtulit. Obiit die sexta frehruarii MDCLX, aetatis 
LXX, Imperii tertio. Les monnaies d'or sont du type vénitien; 
les monnaies d'argent sont du modèle précédent. Il faut 
mentionner une médaille d'argent, 28 m. m., et une médaille 
de bronze, 52 m. m., plus curieuse, car elle porte 
simplement, à l'avers: f. don martinvs. m. m. h. h. pnps mel. 

ET G-AVL. POST MVNITAM ARMIS ET ARCIE HANC INSVLAM AD MDCLIX, 

et, au revers : vetvsta Hvrvs civitatis pêne dirvta propvgna- 
cvLA novat incolarvm mvnimini paoit prima pvndamenta, sans 
autres signes ou emblèmes. Il s'agit des réparations faites 
aux fortifications, et sans doute du plan et de la pose des 
premières assises de l'immense demi-cercle fortifié, qui 
entoure les cités Borgo, Burniola et La Sengle, nommé 
Cotonera, du grand-maître qui en a achevé la construction ^j. 

XXXIX. Frère Annet de Clermont Gessan, 

(1660) 

bailli de Lyon (Langue d'Auvergne), était un homme d'une 
grand valeur et d'une vertu éprouvée: tous les Chevaliers 
l'aimaient et l'estimaient. Mais il était arrivé déjà à l'âge 
de 70 ans, lors de son élection. Il tomba malade, trois 
mois après son entrée au magistère, et, les blessures qu'il 
avait reçues au siège de Mahomette s'étant rouvertes, il 
mourut le 2 juin de la même année. L'épitaphe de son 
mausolée rappelle ses vertus et les principales actions de 
sa vie: B. 0. M. Hic jacet Emin. frater Annetus de Chattes- 
Gessan, qui a comitibus clarimontis ortum accepit, a Pontîfici- 
hits sacras cïaves, et Tiaram utramque, per majores in Caïisto IL 
sedis Apostolicae acerrimos deffensores, Hoc uno verè majonmi 
omnium maximus, quod Tiarae supremam coronam adjunxit, 
creatus, nemine discrepante, ex Bajulivo Lugduni niag. magister, 
et Melitae princeps. Eum apicem mérita jam pridem exegerant. 



^) V. Appendice. 



-j^70 L'ORDRE DE MALTE. 

Vota minç[uam praesumijserant; sed virtutes tiderimt suffragium: 
pietas in divinis, prudentia in Jmmanis, suavitas in congres su^ 
maj estas in incessu, marescaïli integritas, terrae marisque im- 
perium, de suo nihil ipse contulit, nisi quod amicis ohedivit. 
Begnavit ad perennem memoriam vix quatuor mensïbus; hrevis 
vitae nuïla pars periit : priniam Religioni, secundam populo, 
tertiam sihi, omnem Beo consecravit. Ohiit inter lacrymas et 
vota omnium, die secunda Junii MDCLX, aetatis suae LXXIII, 
On connaît de lui une monnaie d'argent, avec le 
millésime de 1660, la valeur indiquée T 4, l'écnsson écar- 
telé et la tête de Saint Jean, ainsi qu'une médaille de bronze, 
36 m. m., avec le buste tourné à droite et la légende : 
F. ANNETVS OLERMONT GESSAN, à l'avcrs, puis, ail rcvers, l'écns- 
son écartelé, très-orné, avec pavillon et couronne, et avec 
la légende: magn magis-hos et s sep-hi-1660. 

XL. Frère Eaphaël Cotoner, 
(1660-1665) 

de la Langue d'Auvergne, bailli de Majorque, succéda à 
Fr. Annet de Olermont. Il était libéral, courageux, plein 
de zèle pour la religion et pour, son Ordre. 11 avait com- 
mandé, en 1644, une des galères qui remportèrent sm- les 
Turcs cette victoire qui suscita les colères du Sultan. Il 
envoya aux Candiotes de nouveaux renforts pour les soutenir 
dans leur résistance, et c'est à la suite de cette assistance 
efficace, que la République de Venise rendit un décret, 
permettant aux Chevaliers de paraître armés sur son terri- 
toire, privilège qu elle n'accordait même pas à ses nationaux. 
Les galères de Malte continuèrent à faire la police de la 
mer: elles firent de riciies captures et elles s'emparèrent 
en particulier, en 1661, de dix forts bâtiments, dont la 
cargaison couvrit en grande partie les frais de la guerre. 
Cotoner ne négligea pas l'administration intérieure: on 
parle des agrandissements et améliorations qu'il entreprit 
à l'hôpital de l'Ordre, ainsi que des tableaux de prix dont 
il orna l'Eglise conventuelle de Saint-Jean. Il succomba à 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 171 

une fièvre maligne, à l'âge de 63 ans, après cinq années 
de magistère. Les Chevaliers de sa Langue lui élevèrent 
un magnifique tombeau dans la chapelle d'Aragon et l'on 
y mit cette épitaphe: 

Araconimi quicumque teris Melitense saceïhim 

Sacraeque signa vides, sisfe^ Viator, iter. 
Hic ille est primus Cotonera e stirpe magister; 

Hic ille est Raphaël, conditus ante diem 
Talis erat cervix melitensi digna corona: 

Taie fuit hello, consiliisque caput. 
Cura, fides, pietas^ genium, prudentia, robur, 

Tôt dederant vitae pignora cara suae, 
Ut diim coelestis citius raperetur ad arces, 

Ordinis liaec fuerit mors properata dolor. 
Qui ne mutatas regni sentiret hdbenas, 

Germano rerum fraena regenda dédit. 
Caetera ne quaeras. Primus de stirpe, secundum 

Promeruit: satis hoc. perge, viator, iter. 

Et, en prose: Obiit ann. dom. MDCLXV, die XX octoh. 
aetat. suae LXIII, magisterii III, et VII menses .D . .M . 

aeternae memoriae fr. BapJiaelis Cotoner, relig. hier, magni 
magist. majorcicae patricii, ac primum bajulivi. Il faut relever 
ces mots: » Grand-maître de la Religion de Jérusalem«. 

Les monnaies appartiennent aux types antérieurs; il 
existe une médaille de ce grand-maître, petit module, ayant 
à l'avers, le buste avec chapeau et manteau, et avec la 
croix sur la poitrine, tourné à droite, ainsi que la légende : 
F. D. EAPHABL. COTONER, et, au rcvers, l'écusson orné, écar- 
telé surmonté d'une couronne, avec la légende: m. m. hosp. 

HIERVSAL. 

XLI. Frère Nicolas Cotonee, 

(1665—1680) 

bailli de Négrepont, succéda à son frère, avec le consente- 
ment unanime des Chevaliers et du peuple, ainsi que parlent 
les chroniques. Ce fut sans contredit un des plus beaux 



172 L'ORDEB DE MALTE. 

caractères que l'histoire nous ait retracés. Sévère pour lui- 
même, indulgent pour les autres, il était la précision même 
dans la conception de ses plans, la promptitude et l'énergie 
dans leur exécution. Il évita avec un soin jaloux tout ce 
qui aurait pu exciter l'envie ou le mécontentement chez 
les autres. Sous son règne, la flotte de Malte, bien exercée, 
continua la chasse aux Infidèles. Des Chevaliers se firent 
un nom dans les fastes maritimes de l'Ordre, par leurs ex- 
ploits. Mamoille et Téméricourt prirent aux corsaires un 
vaisseau de 40 canons; puis ils attaquèrent, avec le secours 
d'une seule frégate, un convoi de 22 bâtiments marchands: 
ils en capturèrent six et coulèrent ou dispersèrent le reste. 
Téméricourt est encore plus célèbre par sa mort que par 
ses victoires. Attaqué sur les côtes d'Italie par cinq vaisseaux 
de haut bord, appartenant aux corsaires de Tripoli, il se 
défendit avec intrépidité, en démata deux et mit les autres 
en fuite. Mais son vaisseau fut jeté par la tempête sur 
les côtes de Barbarie, et ce jeune marin de 23 ans fut 
mené devant Mahomet III (1672). Le Sultan mit tout en 
oeuvre pour qu'il reniât sa foi: il lui offrit en vain le grade 
d'amiral et la main d'une princesse de sa famille. N'ayant 
pas pu le gagner, il lui fit subir les plus cruelles mutila- 
tions et lui fit ensuite trancher la tête. Ho cquin court, autre 
héros, fut assailH dans le port de l'Ile-du-Dauphin par 33 
galères turques et canonné par l'artillerie du môle. Quoique 
son vaisseau fût fort endommagé, il s'ouvrit un passage au 
travers des galères ennemies, après en avoir coulé plusieurs 
et avoir tué plus de six cents soldats. 

L'île de Candie tomba, en 1670, au pouvoir des Turcs. 
Le siège de la capitale de l'île durait depuis 22 mois, lors- 
que le grand-vizir Achmet amena en personne aux assié- 
geants des renforts considérables. Les assiégés avaient été 
secourus par plusiers princes chrétiens, et l'Ordre, dont nous 
avons avant tout à retracer les Annales, avait à lui seul 
donné 400 hommes. Les Turcs furent battus dans un com- 
bat naval, tous les efforts possibles furent faits pour sauver 
la place; mais les canons ennemis avaient fini par abattre 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 173 

toutes les fortifications et la ville ne put résister à un 
assaut ^). Le Grand-Maître, présumant que les Turcs, irri- 
tés des secours que l'Ordre avait fournis aux Vénitiens, 
allaient se jeter sur Malte, fit d'énergiques préparatifs de 
défense. Il appela auprès de lui un ingénieur très-habile, 
nommé Valperga, et le chargea d'élever de nouvelles forti- 
fications : on poursuivit la construction de la ligne de la 
Cotonera; on bâtit le fort Ricasoli, destiné à la défense 
du Grand-Port. Ce fort s'appela ainsi, du nom d'un com- 
mandeur qui avait donné 30.000 écus maltais pour sa con- 
struction. L'Ordre sa préparait en même temps à venir com- 
battre avec le duc de Lorraine, Charles Y, et le roi de 
Pologne, Jean Sobieski, contre les Turcs, lorsque la peste vint 
éclater à Malte et y fit de tels ravages dans les rangs de 
l'Ordre, quil n'y avait même plus assez de Chevaliers pour 
monter les galères (1676). Fr. Nicolas Cotoner mourut, à 
la suite d'une longue et douloureuse maladie, le 20 avril 1680. 
Ce fut sous les règnes de Raphaël et de Nicolas 
Cotoner que les fresques des voûtes de l'Eglise-Saint-Jean 
furent peintes par Mathieu Preti, qui fut reçu Chevalier, 
en récompense de ses services. Fr. Nicolas Cotoner fut 
inhumé dans la chapelle de la Langue d'Aragon, et l'on 
grava l'inscription suivante sur son mausolée, à p3a'amide 
et à médaillon, ornée de trophées, d'une Renommée et de 
son écusson porté par un ange, et supporté par deux 
Infidèles faisant cariatides : Fratri Nicolao D. Cotoner, 
ma(/no Ilierosolymitanl ordinis magistro, animi magnitudine, 
consilio, munificentia, majestoie principi, erecto ad Mahometis 
dedecus e navigii rostris, ac sultanae praeda, tropJieo: Mclita 



^) Le généralissime vénitien qui défendit Candie avec autant 
d'habileté que de valeur et obtint une si honorable capitulation qu'il 
ne laissait à l'ennemi que l'armement des remparts, tel qu'il était sur 
le pied de paix et emmenait plus de 300 pièces d'artillerie, qu'il 
obtenait en outre en témoignage de sa belle résistance trois canons 
à son choix de l'ancien armement de la place, et que la République 
de Venise était reconnue encore dans l'avenir patrona de la mer, 
était YrSincesco Morosini, provéditor de Saint-Marc, puis doge. 



174 L'ORDRE DE MALTE. 

magnificis extructionihus, Templorum nitore explicato, munito- 
que urhis potnoerio, splendide aucta: cive e pestilentiae faucibus 
pêne rapto: Hierosolymitano ordine, cui primus post fratrem 
praefuit, legibiis , auctoritate, spoliis amplificato : Repuh. 
difficillimis helli temporibus servata, vere magno: quod tanti 
nominis mensuram gestis inipleverit, pyramidam liane excelsi 
testent animi D. D. D. (dat, dicat, dedicat) fama superstes. 
Vixit in magisterio amios XVI. menses VI. ohiit XXIX aprili.^ 
MB CL XXX, aetatis LXXIII. Post ejus ohitum Executores 
testamentarii tumulum hune fieri mandare. 

On a de ce grand-maître des pièces d'argent avec le 
millésime de 1665, et deux médailles: la première est 
d'argent et de petit module; la seconde au contraire est 
de très grand module (99 m. m.) ; elle fut frappée en com- 
mémoration de la construction de l'enceinte de la Coto- 
nera, autour de la colline Sainte-Marguerite. A l'avers, 
buste du Grrand-Maître regardant à droite, avec le manteau 
et la croix ; légende : p . d . nicolavs magnvs magister . h . h., 
date: 1670. Au revers, écu écartelé, orné, surmonté d'une 
couronne, supporté par une tête d'ange ailé. Légende: 

)$( COLLEM ISTVM VT TVTVM PORTVM AVXILIARIBVS COPYS CONSER- 

VARET validissimi propvgnacvlis pràemvnivit anno 1670. 

XLII. Frère Grégoire Caraepa, 

(1680—1690) 

de la Langue d'Italie, prieur de La Rochelle, fut élu à la 
dignité suprême, le 2 mai 1680. Il appartenait à une 
illustre famille aragonaise établie à Naples; c'était un 
homme d'un courage éprouvé et d'une sagesse incontestée. 
Sous son magistère l'Ordre brilla d'un nouveau lustre. 

Le premier fait d'armes, sous Caraffa, fut la prise de 
cinq vaisseaux algériens par le Chevalier de Correa (1683). 
La puissance ottomane était alors à son plus haut période : 
Vienne même était assiégée pour la deuxième fois par les 
Infidèles. Après la victoire de Jean Sobieski et de Charles 
de Lorraine, suivie de la délivrance de Vienne, il se forma 



LES CHEVALIERS DE MALTE 175 

entre plusieurs Etats chrétiens une ligue contre les musul- 
mans. L'Ordre entra dans la coalition et concourut, sur 
mer et sur terre, à l'oeuvre de délivrance. Le commandant 
des galères, bailli de Saint-Etienne, parcourut les côtes 
barbaresques et s'empara ensuite des îles de Prevesa ^) et 
de Sainte-Maure (1684) 2). Puis, agissant de concert avec 
la flotte vénitienne et avec les galères du Pape, il prit 
Coron ^). Le général de l'Ordre, Hector de la Tour-Maubourg, 
après avoir conduit ses Olievaliers à la victoire et abattu 
de sa propre main, sur le rempart, l'étendard du Croissant, 
fut mortellement blessé. Les alliés se rendirent maîtres, 
l'année suivante, de Navarin'^) et de Modon^); Naples de 
Romanie (Roumélie), capitale de la Morée '^), tomba entre 
leurs mains, et coûta à l'Ordre dix-neuf Chevaliers. En 
1687, le Grand-Maître fit prendre la mer à huit galères, qui 
contribuèrent beaucoup à la prise de Castel-Nuovo, dont 
la possession donna l'empire de l'Adriatique à la République 
de Venise. Le pape Lmocent XI complimenta vivement 
le Grand-Maître de ces succès multipliés. La liste de lettres 
adressées à l'Ordre par la République (1661 — 1718), que 
nous donnons en note, prouve à quel haut degré de renommée 
il était parvenu et savait alors se maintenir ''). 

1) Port d'Epire, à l'entrée du golfe d'Arta: il fut donné aux 
Turcs, en 1718, par la Paix de Passarovitz. Les Français prirent 
cette ville, en 1797, et y tinrent 600 contre 11.000; puis la ville fut 
reprise et saccagée, en 1798, par Ali, pacha de Janina. 

^) Leucade, île ionienne, sur la côte de l'Albanie , ch.-l. Amaxichi. 

3j En Morée. 

*) Ville et port de Morée. célèbre par la destruction de la flotte 
turque, le 20 oct. 1827, par les flottes combinées de France, d'Angle- 
terre et de Russie. 

®) V. forte de Messénie, sur un rocher qui s'avance dans la mer. 

") Ce doit être Tripolitza, d'après l'appellation turque. 

') Pauli, Cod. d. di M., II, W 3.55, p. 360. Année 1661. 

Domenicus Contenants, D. G. Dux Venetianwi, etc, écrit à Fr. 
Raphaël Cotoner, D. G. Domus Hosp. S. Joannis Hier, magno mag. ac 
Pauperum Christi Custodi dignissimo, pour faire ressortir la part 
glorieuse prise par les galères de la Religion, leur général et tous 
les Chevaliers à la victoire navale remportée contre les Turcs dans 
les eaux de Milo (15 octobre 1661, Palais ducal). 



YJQ L'ORDRE DE MALTE. 

Pendant ce temps-là, Malte jouissait de la plus parfaite 
tranquillité, sous la sage administration de Fr. CarafFa, que 
l'évêque Palmeri, homme prudent et estimé du Souverain- 
Pontife, sut aider à contenir dans de justes limites les pré- 
tentions de l'Inquisiteur. Les fortifications commencées en 
1670 furent achevées, sous le règne de Caraffa: les anciennes 
furent réparées; on ajouta de nouveaux ou^rrages au 
Château-Saint-Ange et au Fort-Saint-Elme. L'Ordre neut 
à éprouver qu'un seul échec, ce fut lors du siège de Négre- 
pont ^), que les alliés tentèrent en 1689: il y perdit 
29 Chevaliers. Le Grand-Maître, déjà malade, fut trés-affligé 
de cette défaite et mourut peu de temps après. Fr. Caraffa 
joignait à toutes les vertus militaires la plus grande humilité 
chrétienne, il aimait les pauvres et s'était fait aimer et 
vénérer de tous. Son corps fut déposé dans la chapelle 
de la Langue d'Italie, où il avait lui-même fait construire 



— Ibidem, U, N" 365, p. 366. Année 1684, 

Marms Antonius JiisUniano, B. G. etc. félicite le Grand-Maître 
de la bonne part que les Chevaliers ont eue aux progrès de la 
dernière campagne (23 décembre 1681, Palais ducal). 

— Ibidem, n, N° 366, p. 367, Année 1685. 

Francisco 3forosini, Capitaine général, adresse au Grand-Maître 
des félicitations semblables sur la valeur et la discipline militaire des 
Chevaliers au siège de Coron (22 août 1685, Palais de Sa Sérénité). 

~ Ibidem, U, N° 367, p. 368, Année 1686. 

Francisco Morosini, capitaine-général, adresse au Grand-Maître 
des félicitations semblables sur le concours des galères de TOrdre 
dans les victoires de la dernière campagne, et le courage intrépide de 
tant de Chevaliers. (Port de Naples de Romanie, 6 septembre 1686). 

— Ibidem, II, N° 368, p. 368, Année 1686. 

Même lettre du doge Marcus Antonius Justiniano, (10 novembre 
1686, Palais Ducal i, 

— Ibidem, II, N" 8, p. 154, Année 1690. 

Franciscus Mawoceniis, D. G. Dux Venetiarum, etc, surpasse 
dans une nouvelle lettre les précédents éloges (14 septembre 1690, 
Palais ducal). 

— Ibidem, II, N" 9, p. 455, Année 1694. - N° 10, p. 455, Année 
1716. — N" 11, p. 456, Année 1718, etc. 

1) Ane. Eubée, Egribos des Turcs, île de 1" Archipel: occupée par 
les Vénitiens (1210), par les Turcs (1470) et prise par les Grecs (1821). 



LES CHEVALIERS DE MALTE. I77 

son tombeau. Voici aussi l'épitaplie qu'il avait composée 
deux ans avant sa mort : Fr. D. Gregorius Caraffa Aragonms 
eprincipibus Rocellae, llagtms Hierosolymitani Ordinis magister, 
cui vivere, vita peracta, in votis crat, quia mortem primam qui 
praevenit, secimdam évitât, hoc sihi ad hue vivens non mauso- 
leum sed tumidum posiiit. Besmrccturo . satis. Ann. Bom. 
MDCLXXXVIII. Quand le Grand-Maître fut mort, le 
19 septembre 1679, on grava aux pieds de la statue un 
éloge funèbre plus conforme à la tradition et plus détaillé, 
après avoir ajouté au mausolée le buste de Caraifa et les 
personnages allégoriques, dont un lui présente une couronne 
de laurier: Emeritos venerare cines, viator. Rie jaeet Fr. JD. 
Gregorius Carajfa ah Aragonia, M. M. cïarus génère, genio 
praeclarior. Heroas, quos in nomine gessit, in virtute expressif. 
Effusa comitate, difusis triumphis, popidos hahuit amatores, 
orhem fecit admiratorem. Bis ad Hellespontum, toties ad E2nrum, 
Feloponesum, lllyrium, impertito ductu. praevaUdâ op)e, classes 
delevit, Regias expugnavit. Munificentiâ, pnetate princeps ïauda- 
tissimus. Urhem, Arces, Portus, Xenodochia, Tempda, ampliavit, 
restituit. ornavit. Ftlblico semper BeUgionis hono curas impendit 
et studia. Aerariuni ditissimo spwlio cunmlavit. Obiit die XXI. 
Juin, anno aet. LXXVI. mag. X. sut. MDCXC. 

Sur les monnaies d'or connues, nous voj^ons: Saint 
Jean donnant l'étendard de 1" Ordre au Grand-Maître; derrière 
le Saint: s io.baptista; le long de la hampe: m e; au revers, 
l'écusson écartelé, avec la couronne fleuronnée et la légende : 
M.M Hosp ET ss.H.DE PRiXG ROCELi; surles pièccs d'argent, 
les emblèmes ordinaires. De princ. Fioceli (ou Rocc) veut 
dire : desprinces de la Roclielle. (La famille Caraffa était illustre. 
On cite entre autres parmi ses membres, Antoine Caraffa, mort 
en 1693. Il entra en 1665 au service de l'Autriche, devint 
feld-maréchal, combattit les Turcs en Hongrie, et j)rit sm* 
eux Munkacz et Belgrade, en 1688j. Une médaille qu'on lui 
attribue est sans inscription, et l'écusson des Caraffa y est 
supporté par la grand, croix de TOrdre; c'est une raison 
pour nous de ne pas nous ranger à cette opinion: car les 
grands-maîtres n'ont jamais ainsi soutenu lem's armes. 

SALLES : L'OUDRE DE HALTE. j2 



178 L'ORDRE DE MALTE. 

XLIIl. Frère Adrien de Wignacourt 
(1690-1697) 

était le neveu du grand-maître, Fr. Alofe de Wignacourt; 
il occupait la charge de trésorier, à la mort de Fr. Caraifa. 
C'était un homme pieux et charitable. Il donna la preuve 
de ces vertus, aussitôt après son élection, en s'informant 
des familles des soldats morts dans les dernières campagnes 
de l'Ordre et en leur faisant distribuer son propre argent, 
exemple qui fut suivi par un grand nombre de Chevaliers. 
Il se souvint aussi de la mission première des Hospitaliers, 
qui était d'assister les nécessiteux et de soigner les souf- 
frants, sans négliger toutefois la mission militante des 
moines-chevaliers de Malte. L'Ordre prit part, sous son 
magistère, au siège de La Canée, port important de l'île 
de Candie, que les alliés assiégèrent (1692). Les galères 
maltaises étaient commandées parle grand-prieur de Messine 
(Langue d'Italie); mais la mauvaise saison interrompit les 
opérations du siège et les galères de l'Ordre rentrèrent à 
Malte, au bout de vingt-quatre jours. En 1693, la Russie 
se mit pour la première fois en communication avec l'Ordre, 
pour le malheur à venir de celui-ci (V. en note, Lettre de 
Pierre, tsar de Moscou, lui notifiant sa victoire sur les 
Turcs et demandant la cession de Malte ^) ; puis, en cette 



') Pauli (Coâ. d. di M.) cite d'après les Archives de Malte 
(Livre du Conseil d'Etat, fol 164, à l'année 1693) deux pièces qui 
établissent que la Russie avait dessein dès cette époque de s'appro- 
prier Malte. 

(N° CCCLXXV, p. 372) Lettre de recommandation de l'empereur 
Léopold, datée de Vienne, le 4 janvier 1698, en faveur d'un Envoj^é 
à Malte du Tsar Pierre. On y lit: » . . .Melitam quoque profiscisci cogitet, 
faciendum Nobis duximus pro eo, ac ipsum modo dictis nominibus 
magni facimus, atque Summi Pontificis Sanctitati impense commen- 
davimus, Nostras etiam ei ad devotionem Vestram litteras dare ... « 
(N° CCCLXXVI, p. 373) Lettre du Tsar de Moscovie, Pierre, au 
grand-maître, pour lui raconter ses victoires sur les Turcs. On y lit: 
»...Nec dubitamus, quin secundum nostram declarationem liaec 
occasio in tali ojDportuno tempore Vos etiam célèbres Equités contra 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 179 

même année, un tremblement de terre causa des ravages 
à Malte et en Sicile, où la ville d'Agosta fut presque 
entièrement détruite. L'Ordre y avait des forges et des 
magasins, et le Grand-Maître envoya de prompts secours. 
Il fit aussi reconstruire des magasins plus vastes que ceux 
qui venaient d'être ruinés par ce cataclysme. La flotte fut 
fournie d'instruments et d'agrès, qu'on fit venir d'Amsterdam, 
et mise en état de tenir la mer avec avantage. Elle alla, 
en 1694, mettre le siège devant Scio ^) et s'empara de cette 
ville, au bout de huit jours. La bonne harmonie fut rétablie 
par le pape Innocent XII, entre l'Ordre et la République 
de Gênes, et beaucoup de Génois prirent l'iiabit des Hospi- 
taliers. Fr. Adrian de Wignacourt mom-ut, le 4 février 1697, 
et fut inbumé dans la chapelle de la Langue de France. 
On lit sur son tombeau: 

Eminentissimi Princip is 

Fr. Adriani de Wignacourt mortelles exuviac 
Sut hoc marmore quiescunt 

Si generis splendorem quaeras, 
Habes in solo nomine, 

Habes in Affinitatihus pêne Regiis. 

eosdem liostes magis magisque alacres effectura sit : quandoquidem vh^es 
hostis illiiis marinae ad très partes possunt dividi, in mediterraneum 
mare, in Pontum Euxinum, ac ad fluvium Danubium in Hungariam. 
Qîiod affectantes Nos magnus Dominus amandammus ad Vos in Meli- 
tensem Insulam Intimum nostnim Boiarinum . . . qui cimi ad vos appulerit, 
ut ij)si in nostrani Tzareae Maiestatis gratiam ex bono vestro affectu apud 
vos in Melita degere cum omni ipsius Coniitatu, ac supéllectili, quod secum 
liahituTus sit, in quantum desiderabit, libère, et tute, ac in necessitatibics 
illius subvenire permittatis: pari modo in bellicis ves'fris marinis expeditio- 
nibus (in quibus omnipotens Deus contra eosdem communes CJiristianorum 
hostes efficiat Vos strenuosj sine recusatione, cum omni in necessitatibtis 
eius lihertate commorari pênes vos concedatis. Cum vero ex Melita 
desiderabit a vobis renieare, illum pari recedatis. Apud nos vero 
Magnum Douiinam . . . haec vestra benecolentia, semper in bona memoria 
persecerabit . . . Moscovia, anno ab orbe condito 7205, Mensis Aprilis 30 
Die, Imperii 15 Anno.« 

1) Scio ou Chios, île de l'archipel grec, près de la côte occiden- 
tale de l'Asie-Mineure, possédée par les Turcs depuis 1566. (Scio ou 
Cliios est aussi le nom de la capitale de l'île.) 

12* 



180 L'ORDRE DE MALTE. 

Si Beligiosae vitae mérita spectes, 
Charitatem erga pauperes^ et infirmas indefessam, 

Erga peste làborantes generosam, 
Mirari poteris^ 
Et ita intemera^am morum innocentiam, 
Ut mori potius, quam foedari ,voluerit. 

Magni Alofbi ex pâtre nepos, 
Integritatis, fortitudinis, et Justiae laude simiïïinms, 

Tanti principis famam est assecutus. 

Vixit sanctissime, sanctissime ohiit, 
Anno salutis MBCXCVII. 

Die fehruar. IV, aetat, Ann. LXXIX. 

Ce que nous voulons avant tout faire remarquer, à 
propos des monnaies d'or, c'est que Wignacourt fiit le 
premier qui fit frapper des pièces d'or de 4 seç[uins (1695), 
et que la légende de ces pièces ainsi que des autres mon- 
naies d'or rappelle le titre complet de: Chevaliers de l'Hôpital 
et du Saint- Sépulcre de Jérusalem, que nous avons trouvée 
pour la première fois sur les monnaies, en 1660, et sur une 
médaille de Fr. Antoine de Paule (1623 — 1636), .-. m-m- 
HOSPiTALis ET S: SEP: HiERVSALEM. On a de lui uue grande 
médaille ovale en bronze, 93 m. m. X '''8 m. m., sans revers, 
avec le buste, en cuirasse et en manteau, vu de face, et 
la légende : e ■ adriaj^vs de wignaco vrt m • m • h ■ s • sep •. La 
barbe est rasée et les cheveux sont taillés à la mode 
du temps. 

XLIV. Frère Kaymond Perellos y Roccafulli. 

(1697—1720) 

Avec l'élection de ce grand-maître, nous approchons 
du commencement du XVIII® siècle et nous allons voir 
l'Ordre se consacrer plus que jamais à la protection du 
commerce maritime de la Méditerranée, par la poursuite 
infatigable des corsaires, en pleine mer et jusque dans 
leurs ports de refuge. Fr. Perellos était Aragonnais: il 
avait 60 ans, lorsqu'il fut élu au magistère.yi déploya une 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 181 

grande activité pour la gloire et les intérêts de l'Ordre. 
Les Annales doivent enregistrer dans cet ordre d'idées, que 
ce fut sous son magistère que les Chevaliers entrèrent pour 
la première fois en relations avec l'empire scliismatique du 
Nord, dont l'importance européenne commençait alors à 
s'affirmer. Nous voulons parler de la Russie. Pierre-le- Grand 
chercha à faire alliance avec l'ennemi traditionnel des Turcs. 
La solidarité d'intérêts qui existait dès ce temps-là, entre 
l'empire russe et l'Ordre de Malte, ne s'est jamais démentie 
depuis; mais, au fond, une alliance effective entre la Russie 
hérétique et l'Ordre essentiellement apostolique est une 
anomalie, tout aussi bien qu'entre cet Ordre et un Etat 
protestant. On le verra dans la suite de ces Annales, mais 
qu'il nous suffise de rappeler ici, que ce sont les schismatiques 
grecs qui firent perdre aux Chevaliers catholiques la garde 
du Saint- Sépulcre. En rapportant le dire des chroniques, 
au sujet du Czar Pierre et de l'Ordre, nous n'avons voulu 
que constater un fait, sur lequel nous ne croyons pas devoir 
nous étendre plus longuement. 

Fr. Perellos n'oublia pas la réforme des abus intérieurs 
qui s'étaient introduits dans le sein de la communauté. Il 
y en avait surtout un de très-nuisible, et Innocent XII 
admit sur ce point les représentations du Grand-Maître. Le 
Saint-Siège conférait des Bulles de Grâce, et, au moyen 
d'une de ces bulles, un chevalier pouvait se faire nommer 
grancl'croix de grâce, puis, à la mort d'un Chevalier- 
grand'croix, il héritait de sa dignité. Les Chevaliers de 
Justice, qui avaient passé leur vie au service de l'Ordre, 
étaient ainsi frustrés de leurs droits acquis. Beaucoup d'entre 
eux étaient mécontents : ils abandonnaient la maison Chef- 
d'Ordre et se retiraient dans leurs familles, laissant ensuite 
tous leurs biens à leurs parents, en dépit des Statuts, ce 
qui causait un grave préjudice au trésor, en même temps 
que leur absence du couvent relâchait les liens qui les 
attachaient à la Religion. 

Ayant reconnu qu'il fallait renforcer la flotte, il apporta 
tous ses soins à l'acquisition de vaisseaux de guerre. Il 



182 L-OEDKE DE MALTE. 

avait en vue de purger les côtes d'Espagne et d'Italie des 
écumeurs de mer qui les infestaient de nouveau, captui'ant 
les vaisseaux de transport ou enlevant les habitants pour 
les réduire en esclavage. Il cliargea donc le chevalier de 
Saint-Pierre, capitaine dans la marine française, de rassembler 
cette flotte. En attendant, les galères contruuaient leurs 
croisières et s'emparèrent entre autres d'une sultane de 
80 canons. La nouvelle flotte, dont Saint-Pierre eut le 
commandement, prit la mer, en 1706. Elle fit voile immé- 
diatement poiu- le Levant et rencontra bientôt trois vaisseaux 
tunisiens: elle en captura deux, qu'on incorpora à l'escadre. 
L'année suivante, le commandeur de Langon ravitailla la 
garnison espagnole d'Oran assiégée par les Algériens, passa 
avec son serd vaisseati de 50 canons à travers la flotte 
ennemie, qtii essaya en vain de lui fermer le passage. Il 
fut nommé quelque temps après Lieutenant-général de la 
flotte de la Eehgion. Une escadre de huit vaisseattx turcs 
tenta, en 1709, une descente dans l'île de Gozzo; mais son 
approche fut à temps signalée, tous les habitants furent 
mis à l'abri; l'Ordre était en force et les Turcs s'éloignèrent, 
après avoir ramassé de long des côtes quelques embarca- 
tions sans importance. Une escadre turque Qxsmt menacé 
la Calabre, le Grand-Maître envoya quelques vaisseaux 
donner la chasse aux Infidèles. Le commandetu' de Langon 
coula à fond le vaisseau-amiral de TripoH. L'Ordre perdit, 
l'année suivante, ce vaillant et habile marin. H fat tué. à 
l'attaque du vaisseau amiral d'Alger, tandis que la flotte 
qu'il commandait coulait à fond ce vaisseau. Le corps de 
ce valeureux marin fut inhiuné à Carthagène ^), sous le 
grand autel de la cathédrale. Poin- perpétuer sa mémoire, 
le Grand-Maître fit graver siu' tme pierre sépulcrale, dans 
la nef de l'EgLise-Saint-Jean de Malte, une inscription qui 
rappelle ses talents, son courage et ses vertus. De 1713 à 
1715, on signale des prises nombreuses, faites par l'Ordre. 
Le sultan Achmet III se prépara à une expédition contre 



^) Yille d"Espague (Murcie). 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 183 

Malte. On raconte qu'un renégat était venu s'offrir à TOrdre, 
pour organiser la défense, et que cet espion sut se faire 
montrer l'ensemble des fortifications, puis disjDarut sans 
laisser de traces. Mais un grand nombre de Chevaliers 
arrivèrent au couvent, apportant des subsides et amenant 
des renforts, et il est probable que le rapport de l'espion 
turc contribua à faire changer de résolution au Sultan, car 
il tourna ses armes contre la République, à laquelle il 
déclara la guerre (1716). Cet Etat demande aide et assistance 
ait Grand-Maître, qui lui envoya une escadre de cinq vais- 
seaux de guerre et de quelques galères. Cette petite flotte 
rendit, pendant quatre ans, de grands services à la Répu- 
blique, en s'emparant de plusieurs bâtiments de guerre et 
de na^dres marchands appartenant à l'ennemi. 

Quand nous aurons parlé de la conduite, à la fois 
énergique et prudente de Fr, Perellos, à l'occasion des 
tentatives faites par l'Inquisiteur de Malte, Dolci, poiu' 
s'arroger les plus grandes prérogatives dans l'Ordre, nous 
aurons fait connaître ce règne de vingt- deux ans, si favo- 
rable à la gloire des Chevaliers et au bien-être de la 
population. Dolci voulut placer l'Hôpital de l'Ordre sous 
sa juridiction. C'était un lieu privilégié; personne n'y était 
admis, avant d'avoir déposé les insignes de ses dignités; 
les Chevaliers qui le desservaient ne reconnaissaient d'autre 
supériem- que le Grand-Hospitalier (Langue de France). 
Les officiers de l'Inquisition s'y introduish-ent par subter- 
fuge, et, une fois introduits, firent une visite d'inspection 
formelle; mais le commandeur d'Avemes du Bocage, sur- 
intendant de l'Hôpital, l'ayant appris, les congédia. Le 
Grand-Maître envoya immédiatement à la Cour de Rome 
le grand-prieur Zondadari, pour se plaindre de cette tenta- 
tive. Zondadari. qui était tenu en grande estime par Clé- 
ment XI, réussit dans cette délicate mission. 

Fr. Perellos mourut, en 1720, à l'âge de 82 ans. Son 
mausolée est à médaillon et à buste, surmonté des armes écar- 
telées et sommées de la coiu'onne. Il est entouré d'étendards 
et de trophées. On y voit un amour tenant le faisceau des 



184 L'ORDRE DE MALTE. 

licteurs, puis deux femmes représentant la générosité et 
l'idstoire. En voici l'épitaplie: D. 0. M. Eminentis. principi 
fr. D. Baymundo Perellos de Boccafidl, clarissimo génère nato, 
et virtutum suffragio ad magnum magisterium erecto : qui omni- 
bus aeque carus, magnorum etiam principum praeconiis commen- 
datus, et praeter ceteras animi egregias dotes, justitia praecipuè 
et caritale conspicuus, mirari ah omnibus potuit, puriter et 
amari. Apprimè munificus, nullius mérita sine premio demisit: 
erga Christi pauperes sunmiè misericors, eorum custos vertus 
voluit esse quam dici. Erga deum et superos verè religiosus, assi- 
dîiis fundendis precibus. templis pretiosa supellectili. ministris 
insigni liahitu decorandis magnoperè intentus, sui pêne visus est 
oblivisci, qui demum portu aedificiis ornato, additis propugna- 
cuUs, quatuor navibus bellicis aucta classe, magna non semel 
pecunia vi in commune bonum erlargita^ ita ut suum exliausisse 
aerarium credi potuisset. Ter centena aureorum millia publici 
aerarii rationibus inferenda, post XXIII aunos opjtimi princi- 
patus, pie moriens, reJiquit. Obiit die Xlan. MDCCXX. Aetat. 
suae LXXXIV. 

Les monnaies d'or que l'on possède de ce grand-maître, 
sont de 10 sequins, de 4, de 2 et de 1 sequim Celles de 
dix ont, à l'avers, l'écusson écartelé, . aux côtés de la cou- 
ronne Zx, les armoiries supportées par deux branches de 
palmier et la coiu'onne ducale, puis la légende: f.ratmvn: 
PERELLOS • ET- ROCCAEVL- M-M-H-H-; au revcTs: Saint Jean 
donnant l'étendard à ini guerrier armé, avec le casque à 
panache et la croix de l'Ordre jusqu'au bas de la cotte de 
mailles, les millésimes 1699 ou 1705 et la légende: pletate 
>$( vcsrcES. D'autres ne varient que par le z (z 4 . z 2 . z 1). 
Sur celles de 1717 et de 1719, à l'avers, buste du grand- 
maître tourné à gauche, avec cuirasse et perruque Louis XIV ; 
au revers, les armes écartelées avec la légende: )J( m . m . 
Hosp . ET . s . SEPVL . KEERVSALEM. Il y en a d'autres de 2 
sequins, où l'écusson est à l'avers et où se trouvent, ati 
revers, l'archange Saint Michel, la croix de l'Ordre sur la 
poitrine, l'étendard dans la main gauche et le glaive dans 
la droite, puis la légende: mihi gloiua. hostibvs exitvm (ou 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 185 

EXiTivMj. Les autres monnaies appartiennent aux types anté- 
rieurs. Nous retrouvons aussi des pièces fiduciaires, avec 
les armes et le : xon ^s sed eides et les mains enlacées, 
de 1707 (v) et de 1719 (x). On ne connaît qu'une seule 
médaille de ce grand-maître, mais elle est très-curieuse. 
Elle est d'argent, elle mesui-e 29 m. m. et pèse 10 gr. 27 cgr. 
A l'avers, les armes avec la couronne ducale et la légende : 

FK, • D • EAIMONDVS DE PERELLOS M • M • HO • H • ; aU rCVCrS, 

l'image de la Sainte- Yierge, dans la parm^e roide et naïve 
des types bj^zantins. 

XLV. Frère Marc Antoine Zondadari, 
(1720-1722) 

gentilliomme de Sienne (Langue d'Italie), neveu par sa 
mère du pape Alexandre VII, entra dans l'Ordre de bonne 
heure ; il dut son élévation rapide aux plus hautes dignités, 
à l'intrépidité dont il fit preuve en diverses circonstances. 
Dès 1707, il était grand-écuyer et conseiller-intime de 
Fr. Perellos; c'est à lui que la flotte nouvelle était due en 
partie ; c'est lui qui mena la négociation délicate avec le Saint- 
Siège, dont nous avons parlé, sous le magistère précédent. 
Son élection fut accueillie avec joie par tout le peuple: 
on connaissait sa charité, son amour de la discipline, sa 
sollicitude pom^ le bien public. Pendant les deux années 
de son règne, la flotte de l'Ordre continua à purger la mer 
des pirates et fit d'importantes captures, parmi lesquelles 
il faut noter le vaisseau-amiral d'Alger, armé de 80 canons 
et monté par 500 soldats, la reprise d'un bâtiment chrétien 
et d'autres prises sur les corsaires tunisiens. 

Fr. Zondadari mourut, le 6 juin 1722, après une dou- 
loureuse maladie qui dura plus de six mois. Son règne 
d'une si courte durée est encore marqué 2)ar des règlements 
et des mesures fort sages. Il resserra les liens de la disci- 
pline qui se relâchait, répara les fortifications, pourvut 
à l'abondance et à la richesse des aumônes, fit prospérer 
le commerce de l'île. Il n'y avait qu'une voix sur la sagesse 
de son gouvernement. On a de sa main un opuscule intitulé : 



IQQ L'OEDRE DE MALTE. 

Courte Instruction sur l'Ordre militaire des chevaliers de Saint- 
Jean-de- Jérusalem. Son mausolée est dans la nef de l'Eglise- 
Saint-Jean et non dans la chapelle de la Langue d'Italie. 
Il est d'un bon style: entre deux colonnes, surmontées de deux 
anges se couvrant du bouclier, sont les armes écartelées. avec 
deux ailes en support et la couronne. Le grand-maître est 
couclié sur le sarcophage, tout armé et tenant son bâton de 
commandement, accoudé sur le bras droit; deux anges soulèr- 
vent le drap qui le couvrait, et, par derrière, sont rangées des 
piques debout; deux anges à demi voilés, postés au dessus du 
socle, tiennent, l'un la croix, le calice et les Evangiles, l'autre 
l'ancre et la discipline. Ces symboles sont rendus plus 
compréhensibles par l'inscription tumulaire, ainsi conçue: 
D. 0. M. Fr. M. Antonio Zondadario senensi, magno magistro. 
ex ansano Zondadario et agnete Chigia Alexandri VIL P. M. 
(Pontifîcis maximi) fratis filia progenito, gemina apud summum 
pontificem. legatione classisgue totius praefectura difficillimis 
temporihus praeclare functo, summis Buropae principihus pro- 
hatissimo, christianae et militaris disciplinae vindici, re navali 
plurimum aucta, insulaque novis munimentis- instructa, de suis 
equitibus optime merito, pio, hos^ntali, magnanimo . . . Obiit 
a. B. MBGCXXII Aetat. suae LXIV. principatus III. Le 
coeur de Zondadari fut porté à Sienne, et placé dans la 
Cathédrale, sous sa statue, près de la chapelle de Saint- 
Jean-Baptiste, avec cette inscription: Eminent. princ. Fr. 
Marco Antonio Zondadario, sacrae domiis Jiospitalis Jérusalem 
magno magistro. Condito hic ejus corde, fr. Gaspar Gori, Man- 
cini, meliten. episcopus, a supremis sut ordinis et siciliae regni 
consiliis, decreto puhlico sorenensi (de Sienne) patrono gratus 
et patriae MB. A. B. MBCCXXVI 

Une pièce d'or de 4 sequins porte au revers l'écusson 
écartelé avec la couronne ducale (1722); une autre, l'in- 
scription dans une moulure : qvi dat pavperi non indigekit; 
toutes deux, à l'avers, le buste tourné à gauche, avec la 
croix dessus, et avec la perruque Louis XIV et le jabot. 
La légende, au revers, est: m ■ magisïer hospitalis et • s • s • 
SEPVLCHRI • HiERv: plus OU moins abrégée. Une de 1 sequin 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 187 

a, au revers, Saint-Jean donnant l'étendard à un Chevalier 
à genoux et la légende: pietate vinces. Un carlin d'argent 
a, d'un côté, la croix dans un écusson porté par deux 
palmes et surmonté de la couronne ducale, de l'autre, une 
branche à trois roses, avec la légende: gratli obvia vltio 
QVAESiTA. On a une médaille de Zondadari en bronze, 
40 m. m.; à l'avers, le buste comme ci-dessus, avec la légende: 
F • MAEC • ANT • ZONDADARI • p • MAS • S • H • H • ; au revei's, David 
retirant le miel de la gueule du lion, avec le millésime de 
1721 et la devise: de forte egressa est dvlcedo. 

XL VI. Frère Antoine Manoël de Vilhena. 

(1722—1736) 

le successeur de Fr. Zondadari, avait successivement revêtu 
toutes les dignités de l'Ordre, et sa valeur s'était montrée 
dans plusieurs rencontres avec les corsaires. Ce choix fut 
justifié: il gouverna sagement, pendant 14 années, les afiaires 
de l'Ordre. De son règne date en particulier la réforme 
du système monétaire de Malte, dont nous nous occuperons, 
mais enregistrons d'abord les faits les plus saillants qui 
se sont passés sous ce magistère. Et d'abord, notons que 
c'est sous son règne que le pavillon espagnol, qui avait 
flotté jusque là sur la Cité- Victorieuse, comme un témoin 
de la suzeraineté étrangère, fut remplacé par le pavillon 
de l'Ordre. Le fait a son importance. 

Un esclave turc, qui avait été racheté par l'Ambassa- 
deur ottoman à Paris, retourna à Stamboul; il avait étudié 
les fortifications de Malte et sut persuader au Sultan d'en- 
voyer une flotte contre l'île des Chevaliers, en assurant 
qu'à l'approche des vaisseaux turcs, tous les esclaves 
prendraient les armes, et que de cette manière la conquête 
de l'île serait rendue très-facile. Le Grand-Maître, informé 
de ce projet, se disposa à recevoir les Lifidèles. On ajouta 
à la Cité- Valette un faubourg bien fortifié; on construisit 
sur l'ilot existant dans le port de Marsa-Muscet, un fort 
qui fut baptisé du nom de Fort-Manoël, et l'on enferma 



188 L'ORDRE DE MALTE. 

les esclaves en lieu sûr et sous bonne garde. L'amiral 
ottoman, en arrivant à la tête de la flotte infidèle, trouva 
les fortifications armées et défendues par les Chevaliers, et, 
après une démonstration inoffensive de son artillerie, il se 
retira en laissant une lettre à l'adresse du Grand-Maître 
qu'il menaçait, avec une jactance tout à fait orientale, des 
plus grands malheurs, s'il ne mettait pas en liberté les 
esclaves turcs. Le Grand-Maître répondit avec dignité, qu'il 
était prêt à un échange de prisonniers. Des négociations 
s'entamèrent même à Constantinople, sous les auspices de 
l'Ambassadeur de France, et l'on fut sur le point de con- 
clure une trêve de vingt ans (1723). La jalousie du Capitan- 
pacha fit échouer ces négociations ^). Le traité projeté était 
acceptable, car le droit de combattre les corsafi-es y était 
réservé. L'Ordre était placé sur la même ligne que la France 
vis-à-vis de la Porte (capitulations); enfin, il était stipulé 
que si, dans l'intervalle de ces vingt années, la Tui'quie 
était en état de guerre avec une puissance chrétienne, le 
traité serait nul de plein droit. Le pape Benoît XIII voulut, 
à cette occasion, témoigner au Grand-Maître son estime, et 
lui envoya, en 1725, de magnifiques insignes, qui se com- 
posaient de l'estoc et du casque bénits solennellement à la 
fête de Noël. D'après Vertot, l'estoc était une épée d'argent 
doré, longue d'environ cinq pieds, et le casque une espèce 
de bonnet de velours pourpre, brodé d'or, garni d'un Saint- 
Esprit de perles. C'était là un rare honneur poiu: l'Ordre 
et son chef: on célébra, à Malte, à cette occasion, les fêtes 
les plus brillantes; puis de magnifiques inscriptions furent 
placées au palais des grands-maîtres et à l'Eglise-Saint- 
Jean, poui' perpétuer ce souvenir. 

L'apparition de la flotte turque avait rendu l'audace 
aux pirates. Deux vaisseaux de TOrdre capturèrent deux 
corsaires tunisiens; puis, en 1728, la flotte maltaise bombarda 
Tripoh, et, quatre ans plus tard i24 novembre 1732), elle 

^) Le capitan-pacha est le grand-amiral de l'empire ottoman. Sa 
charge est la seconde de l'Etat: il n'a au dessus de lui que le 
Srand-vizir. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. i^Q 

s'empara du vaisseau du contre- amiral, la sultane Kali- 
Micliamet, dans un combat naval qui dura une demi-journée 
et îine nuit entière. 

Fr. Vilhena mourut le 12 décembre 1736, Le dernier 
acte de son administration fut la fondation d'un asile pour 
les mendiants et les jeunes filles pauvres. Son mausolée 
est à médaillon; il est très-richement orné de sculptures. 
Au dessus du socle, décoré de faisceaux et de chaînes sur 
ses faces, est le sarcophage, porté par deux lions d'armes; 
des anges tiennent de chaque côté T estoc et le casque bénits; 
au milieu du sarcophage, reposent sur un coussin les in- 
signes du magistère. Plus haut, dans les dra]Deries, planent 
l'ange de la Renommée et un autre ange qui soulève 
celles-ci pour mettre à nu l'écu aux armes écartelées, sommé 
de la couronne, L'épitaphe du socle est ainsi conçue: D. 
0. M. Hic jacet M. M. fr. d. Antonius Manoël de Vilhena., 
regia e stirpe ortus. qui ad supremum magistrii ctdmen ob vir- 
tutem erectus, magis natus quant electus princeps videhatur. 
Vix suscepto imperii gubernaculo., arcem sui nominis condidit, 
verè pater pauperum, xenodochia fundavit. Mira mentis fortitu- 
dine praeditus, vel magna cogitahat, vel exsequehatur. Mémento, 
viator^ quod uhi gressum in his insulis sistes, pietatis ejus, 
munificentiae, securitatis, amoenitatis monumenta ihi inveniens. 
In acerrimis ultimi morhis cniciatibus, summa ejus religio et 
patientia emicuere. Ohiipridiè idus decemhris A. MDCC XXXVI. 
Aetatis siiae LXXIII magisterii vero XV. 

Nous sommes obligé de nous arrêter un peu longue- 
ment aux monnaies de ce magistère, à cause de la grande 
réforme qu'inaugura Fr, Manoël de Vilhena ^). Cette réforme 
était devenue nécessaire: les sequins magistraux étaient à 
un titre inférieur à celui des doublons d'Espagne et des 
autres monnaies d'or étrangères. Parmi les pièces d'or, on 
possède des pièces de 12 sequins ('1725), de 10 sequins 
(1722), de 4 sequins (1723 et 1724), de 2 sequins (1723, 
1724, 1726), de 1 sequin (1724 et 1725); des pièces d'argent 



') V. Appendice, Système monétaire à Bhocles et à Malte. 



190 L'ORDRE DE MALTE. 

de 1 et de 2 écus (1723 — 1725); des 8 taris (module des 
4 seqnins d'or), 6 taris, 4 taris (1721 — 1728), 2 taris et 
1 tari; des carlins de cuivre (modèles fiduciaires 1726 — 1734); 
des grains de cuivre (1734 — 1736). Ce sont toujours les 
types précédents, pour les légendes et emblèmes. Les 2 écus 
nous montrent les armes de l'Ordre, et les armes de Manoël 
de Yilhena écartelées avec celles de l'Ordre, accotées sous 
nne couronne ducale. Les 8 taris furent retirés de la cir- 
culation," à cause de leur ressemblance avec les 4 sequins, 
qui facilitait la fabrication de la fausse monnaie par un 
simple procédé de dorure. Les médailles de Vilbena sont 
curieuses. Voici d'abord celle frappée pour la construction 
du Fort-Manoël; elle est de bronze et a 36 m. m. Avers: 
F : D • AN • MANOEL DE viLHENA M • M • Buste à gauclie, perruque, 
cuirasse avec la croix; revers: * arx da marsamucietum in 

VALETTE TUTELAM ET SECURITATEM POSITA AN-MDCCXXIII (NoUS 

appelons l'attention sur l'U remplaçant le V, pour u) *>$(*. 
Voici ensuite celle frappée en commémoration de l'ouverture 
du nouveau port: elle est d'argent et a 52 m. m.; avers, de 
même; revers, le nouveau Fort-Manoël et la légende: portvs 
MARSAMVsciETVM, au bas à droite, la ville et le mot valetta, 
autour: ad • vltionem • inimicorvm • et Valette -tvtamen- 1724. 
Voici celle de bronze, d'un dessin très-bon, frappée en 1725, 
pour l'achèvement du Fort-Manoël: elle a 97 m. m.; avers, 
buste très-soigné, légende: F >|c d * an * manoel de * vilhena 
*M>^M5|c; revers: terraq * mariqve; un guerrier en habit 
de l'Ordre, à l'antique, tient une épée à la main droite et 
à la main gauche un bouclier aux armoiries du grand- 
maître (pour Manoël), dont il se couvre; à ses pieds, un 
lion rampant (pour Vilhena)^), des armes, une tablette 
portant eternitas, et une autre avec couronne de lauriers. 
Dans le fond, à droite, le Fort-Manoël, surgissant des flots, 
avec l'inscri23tion: manoel, et, à gauche, un vaisseau de 
guerre pavoisé et armé; au bas, l'exergue : foutes creantur 



^) V. Appendice, Livre cVOr, pour les armoiries des grands- 
maîtres. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 191 

FORTiBvs. Voici enfin celle frappée en IMDCCXXIX, pour 
rappeler l'envoi des insignes par Benoît XIII. Elle est de 
bronze et a 96 m. m.; avers, buste et légende, comme ci- 
dessus; revers: insignis * gloeia * factl La Foi présente 
à un guerrier antique, ayant à sa gauclie un lion rampant, 
un casque et une épée sur un coussin. A gauche de la Foi, 
deux anges tiennent, l'un la croix et le calice, l'autre un 
livre et un encensoir; sur un autel, la tiare et les clefs de 
Saint-Pierre. Le guerrier foule aux pieds des armes turques 
et un bouclier sur lequel sont figurés des croissants. 

XLVII. Frèee Raymond Despuk^ 
(1736—1741) 

avait été lieutenant du Magistère, sous ses trois prédé- 
cesseurs immédiats. Homme religieux et intègre, il était 
cependant, dit-on, un peu faible de caractère et soumis à 
l'infiuence de son entourage. Son règne n'offre rien de 
remarquable que la continuation de la course contre les 
corsaires, auxquels la flotte maltaise captura entre autres 
une tartane tri^Dolitaine et deux frégates algériennes, de 
40 canons chacune. Il mourut à Malte, le 15 janvier 1741. 
Son tombeau se compose d'un sarcophage de marbre, sans 
autres ornements que deux médaillons, l'un à ses armes, 
l'autre avec son buste qui nous montre les deux croix de 
l'Ordre que les grands-maîtres portèrent alors, comme 
marques de la dignité suprême. L'épitaphe commence par 
ces mots: Fr. D. Rmjmundus H. H. M. M. . . et rappelle sa 
haute naissance: . . . ex praeclara halearia gente exortus, 
indytae hierosol. militiae nomen dédit . . . Elle énumère ensuite 
ses vertus et ses oeuvres. Les dates sont indiquées en ces 
termes: . . . Ohiit XVIII Cal. febr. MDCCXLI, Aet. siiae 
LXXI. On n'a pas de monnaies d'or de ce grand-maître, 
mais on en a d'argent et de cuivre. La couronne ducale 
y est doublée dans les pièces du plus grand module. II y 
a des monnaies fiduciaires. 



192 L'ORDRE DE MALTE. 

XLVIII. Frère Emmanuel Pinto. 
(1741—1773) 

Le règne de ce gTand-maître fut un dès plus longs 
dont la Chronique fasse mention. Les premières années de 
son m-agistère ne nous offrent de notable que le bannisse- 
ment des Jésuites, qui devaient du reste être supprimés pour 
un temps, en 1773, par le pape Clément XIV. Mais, en 
1758, on découvrit une conspiration formée par Moustapba, 
paclia de Rhodes, prisonnier de guerre à Malte, où il était 
traité avec les égards dus à son rang. Il avait formé le 
projet d'assassiner le Grand-Maître et les principaux Cheva- 
liers, en armant les esclaves, espérant pouvoir ensuite 
s'emparer de l'île, à la faveur du désordre que cela occa- 
sionnerait. Les pachas de Tripoli et des états barbaresques 
devaient fournir des troupes, pom' appuyer les conjurés, 
aussitôt que le signal de la révolte serait donné. L'esclave 
faisant le service de Pmto devait le frapper d'un poignard 
empoisonné. Mais cet esclave, nommé Imseletty, recula trois 
fois au moment voulu devant l'exécution, lorsqu'il se trouva 
en présence de son maître endormi. Les conjurés gagnèrent 
ensuite un cuisinier turc, pour qu'il empoisonnât les mets 
servis au grand-maître; mais le cuisinier recula aussi devant 
l'exécution. Deux des conspirateurs dénoncèrent leurs 
complices; le pacha fut mis à la torture et avoua le complot. 
On arrêta sans retard deux cents conjurés, dont trente- 
quatre furent condamnés au dernier supplice. Fr. Pinto fut 
le premier qui porta le titre d'Altesse Eminentissime et 
surmonta ses armes de la couronne de prince; on dit qu'il 
en agit ainsi, pour donner plus de poids aux négociations 
qu'il avait entamées, afin d'obtenir la souveraineté de l'île 
de Corse qui, sous la conduite de Paoli, venait de s'affranchir 
de la domination de Gênes. Mais le Ministre du Roi de 
France mit un terme à ces négociations. L'indépendance 
de Malte fut un instant menacée par Charles III, roi des 
Deux-Siciles ^), auquel l'île avait été concédée par son père, 

^) Charles III (en Espagne), Charles IV (dans les Deux-Siciles). 



LES CHEVALIEES DE MALTE. 193 

Philippe V d'Espagne, et qui réclama le droit d'envoyer 
dans cette île un visiteur apostolique. Le Grand-Maître s'y 
opposa, et le roi Charles III répondit à ce refus par la 
séquestration de tous les biens des Chevaliers dans ses 
Etats. Fr, Pinto tint bon et le Roi finit par renoncer à ses 
prétentions. L'influence de la France qui dominait dans 
le conseil empêcha, dit-on, les Chevaliers de poursuivre 
leurs entreprises contre les vaisseaux ottomans; mais si 
cela est vrai, il faut aussi ajouter que cette influence préserva 
Malte d'une incursion turque, à la suite de la caj)ture par 
l'Ordre d'un vaisseau de 78 canons, nommé le Grand- Seigneur, 
que des esclaves chrétiens révoltés prirent et conduisirent 
dans le port de Malte. Louis XV envoya un ambassadeur 
au Grrand-Maître, acheta la prise et en fit présent au Sultan 
turc, afin de l'apaiser. 

Fr. Pinto construisit plusieurs édifices publics : on lui 
doit le Palais-de-Justice, dont il décora le fronton des 
statues de marbre de la Justice et de la Vérité ; dix-neuf 
magasins sur le môle du Grrand-Port et dix-neuf autres 
près du Fort-Saint-Elme. Il fit planter un grand nombre 
de mûriers, afin d'augmenter par la sériciculture les ressources 
de l'île. Il commença la Douane et acheva le Fort-Chambray, 
sur l'île de Gozzo, à la construction duquel le commandeur 
de Chambray avait déjà consacré une partie de sa propre 
fortune. La Bibliothèque, commencée sous le magistère de 
Fr. Alofe de Wignacourt, fut ouverte au pubhc, à la 
suite d'un don de 4.030 volumes, provenant de la biblio- 
thèque très-riche du cardinal Porto Carrero, fait à cette 
condition expresse (1761). Il réforma la justice, consacra 
une partie de ses revenus à l'établissement du Mont-de- 
piété de la Cité-Valette, et à la construction de navires 
légers pour la course, ouvrit le port-franc de Malte afin de 
faciliter le trafic maritime, fit protéger l'ile contre la peste 
de Messine (1743) par l'établissement d'an cordon sanitaire, 
fit reconnaître son ministre à Rome, en qualité d'ambassa- 
deur, par le pape Benoît XIV (1746) qui lui envoya, 
comme à Fr, Manoël de Vilhena, son prédécesseur 

SALLES: 1,'OliDRE DE MALTE. iq 



194 L'OEDRE DE MAiTE. 

Benoît XIII. l'estoc et le casqiie hénits. Sous son règne, 
Louis XV. roi de France, par sa patente de juin 1769, 
enregistrée au Parlement de Paris, le 1^^ août de la même 
année, accorda aux Maltais tous les droits des régnicoles 
dans ses Etats, »Le roi, dit cette patente, voulant reconnaître 
les preuves d'attacliement données par la nation maltaise, 
tant à son service qu'au bien du commerce de son royaume, 
en s'employant soit sur ses vaisseaux de guerre, soit sur 
les navires marchands, ordonne que les Maltais, de quelque 
condition qu'ils soient, nés ou à naître dans les îles de 
Malte, Goze et Cumin, soient tenus pour régnicoles dans le 
royaume, et qu'à ce titre ils puissent s'y établir, y com- 
mercer, y acquérir, disposer de leurs biens par donation 
entre vifs, testament, codicille, ou tel autre acte, sous clause 
(le réciprocité de ne pouvoir porter les armes ni par terre ni 
par mer, pour le service d'auciuie ptiissance avec laquelle 
la France serait en guerre, et de n'être pourvus d'aucuns 
offices ni bénéfices de quelque natui'e qu'ils soient, sans 
avoir préalablement obtenu des lettres de nattn'alité.« Les 
liens étaient désormais étroits entre Malte et la France, 
comme ils l'avaient toujom-s été entre l'Ordre et le royaume 
qui possédait trois Langues sur les buit, entre lesquelles 
les Chevaliers se répartissaient depuis des siècles. C'était là un 
fait à constater, d'autant plus qu'après 1774 le roi Louis XYI 
maintint cette concession et y aj otita des faveurs potu' la Biblio- 
thèque, à laquelle il ordonna d'envoyer un esemplaii'e de 
tous les ouvrages qui sortiraient de l'imprimerie roj^ale. 

Fr. Pinto mouritt, le 24 janvier 1773, à l'âge de 92 
ans. Son niattsolée à l'Egiise-Saint-Jean, de Malte, est formé 
d'un socle, orné de l'écu. aux armes écartelées, sommé de 
la couronne fermée, accoté de deux branches de laurier; le 
sarcophage posé sur ce socle est siu-monté d'un obélisque^ 
auquel s'appuie le médaillon du défunt, avec luie Renommée 
à droite, et, à gauche, un ange renversant son flambeau. 
L'épitaphe est courte et simple : B. 0. M. Euiin. Pinto 
hier. ord. m. m. rexit. ann. XXII. vixit. ann. XCII. ohiit 
MDCC LXXIIL Amor c/rate posuit. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 195 

Nous voj^ons sur les pièces d'or la couronne doublée, 
ensuite la couronne fermée sur une pièce de 4 sequins, 
sur une de 2 sequins et sur une de 1 sequin. A partir de 1761, 
nous trouvons les écus d'or (S. 20), avec les armes de 
l'Ordre, au revers, supportées par la croix de Malte avec 
le collier, puis surmontées d'une couronne fermée, ou 
bien, avec les deus écus de l'Ordre et du Grand-Maître, 
accotés sous une couronne fermée, au dessous, deux rameaux 
d'olivier d'où pend une croix de l'Ordre, et, au revers, 
Saint Jean avec l'étendard de l'Ordre dans la main droite 
et à ses pieds l'Agneau; au dessous: S. XX; en légende: 
NOîiT svRREXiT MAioE.. Mêmes observations pour celles de dix 
ou de cinq écus, et pour les taris d'argent. Monnaies 
fiduciaires, avec la tête de Saint Jean ou avec l'écusson 
du Grand-Maître. La couronne semble avoir été adoptée 
depuis 1742. Nous relevons deux devises nouvelles: onvs 

ilEVM LEVE EST, 1741, et: COXCVTIATIS NEMINEM (1742. 1752). 

Les médailles sont très-nombreuses. Nous en citerons deux : 
1° Une médaille de bronze doré, 56 m. m. frappée à l'occa- 
sion de la prise de possession du magistère : Buste à droite, 
cuirasse, croix de l'Ordre, perruque à la mode : f. emmanvel 
piNTO M-M-H- ET S-SH-; au rcvers, la Religion avec l'étendard 
de l'Ordre présente au grand-maître un bomme à genoux 
tenant deux clefs ; derrière cet homme est la Cité-Notable. 
Millésime : a-d-mdccxxxxi. — 2° Une médaille de bronze 
doré, 37 m. m. ; buste à gaucbe (de trois-quarts, dans un 
autre exemplaire), légende : f • d ■ em. pestto m-m-s-r-hp-m- 
(magmis magister sacrae religionis hierosoîimitanae princeps 
melitae) ; au revers : heis dvclbvs mdcclxv. La mer éclairée 
par le soleil, sur la rive l'épée debout et le serpent de 
Saint Paul, à droite une galère, à gauche un palmier et le 
croissant de la lune. 

XLIX. Frère François Ximénès de Texada 
(1773—1775) 

était prieur de Navarre (Langue d'Aragon) et sénéchal de 
Fr. Pinto, auquel il succéda. Il appartenait à une grande 



IQQ L'ORDRE DE MALTE. 

famille d'Aragon et il avait gagné la confiance de ses 
Chevaliers par ses manières caressantes et affables, ainsi 
que par la promesse de gouverner tout autrement que son 
prédécesseur. Il était intelligent et courageux; mais, fier et 
violent au fond, il se démasqua bientôt, et perdit l'affection 
de l'Ordre et de la population. Pour remédier aux grandes 
dépenses de Pinto, il supprima diverses charges, diminua 
le traitement des autres et abolit à l'Université les chaires 
confiées à des étrangers. L'augmentation du prix des grains, 
par suite de l'établissement de droits d'entrée mit le comble 
à l'exaspération de la population. Don Gaétan Manarino se 
plaça à la tête du mouvement : il s'empara le 1^^ septembre 
1775, du Fort-Saint-Elme et de la Tour-Saint- Jacques. 
Cependant les rebelles ne furent pas secondés : le chevalier 
d'Hamionville reprit la Tour-Saint-Jacques par escalade, à 
la tête de cent soldats; on n'y trouva que quatre rebelles. 
Se voyant abandonnés par la population, ceux qui tenaient 
Saint-Elme offrirent de se rendre. On leur accorda l'impunité 
et on leur promit de respecter les privilèges de la nation. 
Mais Fr. Ximénès allait, dit on, au mépris de la capitulation, 
les faire interroger et passer en jugement, quand il tomba 
malade à l'improviste et mourut, le 11 novembre 1775, à 
l'âge de 72 ans; il ne lui fut pas élevé de mausolée, une 
simple dalle en pierre de Malte recouvrit son cercueil et 
l'on y grava cette courte épitaphe : Fr. B. Franciscus Ximenes 
de Texada, m. m. eledus XXVIIIJanuarii Ann. MBCCLXXIII, 
obiit XI novenibris ann. MDCCLXXV. 

Les écus d'or de ce grand-maître ont le buste tourné 
à gauche et les écus accotés sous la couronne fermée, avec 
la légened: fr • d . pranoisgvs ximenes de texada 17^73, et, 
au revers : ^ m- m -h -et sangti sepvlghri ievrsale=, ou bien 
des abréviations différentes et les armes de l'Ordre adossées 
à la croix à huit pointes, avec colHer et couronne fermée 
(20 et 10), millésime 1774. Les écus d'argent et taris ont 
les mêmes emblèmes; un tari a le rameau d'olivier et la 
palme sous l'écu. On a de Ximénès une médaille de deux 
modules différents, d'argent et de bronze, 47 et 39 m. m.; 



LES CHEVALIERS DE MALTE. I97 

elle porte pour légende: tempokvm félicitas mdcclxxiii, deux 
cornes d'abondance, au milieu, deux épis de blé, au centre 
de ceux-ci, le caducée. Buste tourné à gauche, avec la 
cuirasse et la croix, et la perruque à marteaux. Légende : 

F. D. FRANOISCVS XIMENES DE TEXADA M • M • S • S • HIE • L'allé- 

gorie à la paix et à la prospérité sous ce magistère est- 
elle une protestation, ou est-elle conforme à la vérité? 

L. Peère Emmanuel de Rohan 

(1775—1797) 

appartenait à cette illustre maison de Bretagne qui avait 
pris pour adage : Roy ne puy, Duc ne doygne, Rohan suy ! 
Son père, ayant été accusé de particij^ation à une conju- 
ration fomentée, en 1720, par la Cour de Madrid, s'était 
réfugié en Espagne et avait été condamné à mort par 
contumace, à Paris. Emmanuel servit d'abord comme 
officier aux gardes du roi d'Espagne, puis il fut nommé 
grand-écuyer de l'Infant, duc de Parme, et même chargé 
d'aller à Vienne recevoir l'Archiduchesse d'Autriche, fiancée 
de ce prince. Ensuite il se rendit à Paris, où il parvint à 
faire réhabiliter la mémoire de son père. Il entra alors dans 
l'Ordre et, grâce à la haute protection de la Princesse de 
Marsan, gouvernante des Enfants de France, il fut bientôt 
nommé bailli et capitaine-des-galères. Rohan joignait à la 
noblesse de son origine les qualités les plus brillantes : il 
sut se faire aimer par sa bonté. Il unissait à l'énergie du 
caractère, la douceur de l'abord qui tempérait en lui l'orgueil 
de race. »J'aime mieux, disait-il, non sans hauteur, 
mériter des éloges que d'en entendre. « A la mort de Fr. 
Ximénès, il fut élu grand-maître et le peuple ratifia unani- 
mement cette élection. Les Chevaliers de la Langue de 
France qui, depuis frère Adrien de Wignacourt, n'avait 
pas donné de grand-maître à l'Ordre, offrirent des fêtes 
magnifiques, pour célébrer cet heureux événement. 

Le nouveau dignitaire justifia les espérances qu'on 
avait fondées sur lui. Les premières mesures qu'il prit, lui 



19g L'ORDRE DE MALTE. 

concilièrent l'Ordre tont entier. On enleva les têtes de 
trois révoltés que Fr. Ximénès avait en le mauvais goût, 
dans ce siècle de civilisation, de faii'e exposer au liaut de 
la Tour-Saint-Jacques, comme des témoins de la sédition 
et du châtiment; on amnistia les détenus politiques et l'on 
fit remise aux débiteurs du trésor de leurs dettes : Rolian 
paya pour eux. Il distribua d'abondantes aumônes, restreignit 
le droit de chasse des Chevaliers et inaugura les audiences 
pubKques. Il fonda la chambre de commerce, formée des 
Chevaliers les plus instruits sur les questions économiques 
et de notables de l'île. Pom^ relever l'agriculture, il su]3prima 
tous les droits sur les céréales. 

La convocation du Chapitre général, tenu en 1777, fut 
un des actes importants de son magistère : il y avait 146 
ans que l'Ordre n'avait plus exercé cette prérogative. Il 
racheta aussi un grand nombre des commanderies que 
l'Ordre avait possédées en Pologne et qu'il avait perdues 
après le démembrement de ce royaume par la Russie, 
l'Autriche et la Prusse (1772), et il créa un nouveau grand- 
prieuré de Pologne (1777), Ce fut le premier pas d'une 
politique d'alliance avec l'empire schismatique, à laquelle 
nous n'hésitons pas à attribuer en première ligne la perte 
de Malte par l'Ordre^), Les Chevaliers firent preuve de 
beaucoup de zèle et d'esprit de charité, en 1783, à l'occasion 



^) » Saint- Allais. L'Ordre de Malte. Un Prince de la famille de 
Sangusko avait fait en Pologne une fondation en faveur de l'Ordre 
de Malte; elle avait été sanctionnée par plusieurs diètes dans le 
XVn° siècle, et néanmoins on s'en était emparé au détriment de 
l'Ordre. Le Bailli de Sagramoso, de la Langue d'Italie, nommé ministre 
de l'Ordre en Polog-ne, fut chargé, en 1772, de faire les réclamations 
nécessaires; sa négociation ne fut point infructueuse, et, en 1780, il 
vint en annoncer le succès au Couvent. Les biens que l'Ordre possé- 
dait en Pologne consistaient: 1° en deux commanderies, qui lui avaient 
toujours été conservées, mais dont on avait cessé de percevoir les 
responsions; 2° en un grand-prieuré; 3° en six commanderies situées 
dans Vordinatie d'Ostrog, payant annuellement 2-l.OOOfl. de Pologne, ou 
près de 6000 écus maltais; en hxdt commanderies patronales, taxées à 
6700 fl., ce qui devait faire monter annuellement les responsions de 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 199 

d'un tremblement de terre, qui désola les côtes de Sicile 
et les Calabres. La réforme des Statuts de l'Ordre, com- 
mencée en 1725, sous le règne de Fr. Manoël de Villiena, 
fut terminée et les nouveaux Statuts furent approuvés par 
le pape Pie YI, en 1779. Ils ne différent que peu, dans 
cette nouvelle rédaction, des anciens qu'ils répètent et dont 
ils rappellent la confirmation par Sixte-Quint et Paul V ^). 
Les nouveaux Statuts se divisent en deux parties. La pre- 
mière renferme la liste des grand-maîtres, puis la Bulle de 
Pie VI; elle traite ensuite des rapports avec l'extérieur, eUe 
rappelle enfin les privilèges conférés à l'Ordre par les papes. 
La deuxième renferme, en 22 chapitres, les points les 
plus importants de discipline, à l'intérieu.r, et réglemente 
l'administration des biens de l'Ordre. Les Cbevaliers durent, 
comme à l'origine, se consacrer au soin des malades : 
chaque semaine venait le tour d'un chevalier qui avait à 
remplir ses devoirs d'hospitalier. Afin de rendre meilleure 
l'administration de la justice, les Lois furent aussi réformées 
et le nouveau code fut promulgué, en 1784, sous le titre 
de : Droit municipal de Malte ; il fut créé en outre une sorte 
de Cour judiciaire, nommée Magistrat de judicature, qui 
eut à se réunir deux fois par semaine, trois fois même, s'il 
était nécessaire, et qui fut divisée en deux chambres. 

La flotte, depuis quelque temps à peu près inactive, 
s'unit en cette même année 1784. aux flottes d'Espagne, 



Pologne à 7740 écus environ, sans compter les passages, les dépouilles 
les mortuaires et les vacants. Leur situation dans le district d'Ostrog, 
en Wolhynie, les fit passer, dans le démembrement de la Pologne, 
sous la domination russe. . . En vertu du traité de 1773, l'Ordre avait 
acquis en Pologne un revenu annuel de 120.000 fi. de ce pays. Paul 
résolut de porter ce revenu à 300.000 fl., payables par la trésorerie 
de l'Empire, et il demanda de substituer au titre de grand-prieuré de 
Pologne celui de grand-prieuré de Russie (V. Appendice XXIII"). Le 
traité fut signé par Besborodsko et Kourakin, et par le Bailli de Litta, 
le 15 janvier 1797.« Cette convention eut pour l'Ordre les plus funestes 
conséquences. 

1) Smitmer, N° 256, p. 206. Liste des Statuts publiés ou manuscrits, 
de 1118 à 1797. 



200 L^OEDKE DE MALTE. 

de Xaples et de Portugal, pour tenter un assaut .snr Alger 
Le bombardement de la place fat sans résultat et l'entre- 
prise éclioua. Alger conclut du reste la paix avec l'Espagne, 
en 1785. Ce fut là la dernière expédition maritime, à laquelle 
prit part l'Ordre lios]oitalier et militaire de Saint- Jean-de 
Jérusalem et du Saint-Sépulcre, de Rhodes et de Malte. 
Tandis que l'Electeur de Bavière, désirant que ses gentils- 
hommes fussent admis dans l'Ordre, faisait à celui-ci donation 
des biens des Jésuites qui venaient d'être supprimés par 
le Saint-Siège, et. qu'avec l'assentiment de Georges m de 
Hanovre, roi d'Angleterre, la Langue d'Angleterre était in- 
corporée à la Langue nouvelle, pom- former la Langue 
anglo-bavaroise; tandis qu'en France l'Ordre de Saint- Antoine 
(de Vienne, en Dauphin é) fusionnait avec la Religion hiéro- 
solymite ^) : tandis que l'empereur de Russie, Paul I*^^. augmen- 



^) En 1070, Gaston, gentilhomme dauphinois, institua à Saint- 
Didier, près de la Tour-du-Pin (Isère), où l'on conservait les reliques 
de Saint Antoine, un ordre de religieux pour soigner les malheureux 
atteints de la maladie appelée alors: feu sacré ou feu-de- Saint- Antoine. 
Cet Ordre prit un accroissement assez considérable: la maison chef 
d'Ordi-e s'appela l'Abbaye de Saint- Antoine. Il fut incorporé à l'Ordre 
de Malte (1777) et aboH (1790). — S'mitmer, n" 236, p. 200. Lettres patentes 
du Roi de France relatives à la réunion et incorporation de TOrdi'e 
de S'- Antoine à l'Ordre deAIalte. du 25 juillet 1777. — Traité préalable 
entre les deux ordres. — Les Archives centrales de l'Ordre Teutonique 
(Vienne) possèdent une copie contemporaine de la Bulle de Pie VI.. 
Benim Jiumanarum conditio . . . . . en date de Home près de S'-Pierre. 
le 17 décembre 1775, réunissant l'Ordre de S*-Antoine, en France, à 
l'Ordre de S'-Jean-de-Jérusalem, et. en Sardaigne, à l'Ordre des Saints 
Maurice et Lazare. Cette pièce est très curieuse: on y trouve l'énumé- 
ration des 26 monastères de cet ordre de S'-Antoine de Vienne 
(Dauphiné). »L''ahhaye et ses dépendences, Paris, Pont Mousin, Besançon 
et Aumonure, Isenheim, Toulose, Chalons sur Saône, Stirizboîirg, Troyu, 
Pont en Poyan, Trois Epis, Saint Marcéllin, la Faucadiere. Xorges. Vienne, 
Clermont Ferrand, Rems, Poven, Barleduc, Metz, Lalande, Lyon, Briey, 
Atibeterre, Pont d'Aurat, Marseille, situes dans au'ant de lieux des royaumes 
du Roy très-clirétien«.. (V. Grosscapitularia 2062 fasc. I.) Cet acte fut 
produit à l'appui des négociations relatives à la réunion du canonicat 
de Cologne de l'Ordre de S'-Antoine à l'Ordi-e Teutonique (1785 
jusque 1786y, dont le dossier est complet, La pièce n" 27 porte le 



LES CHEVALIERES DE MALTE. 201 

tait les revenus du prieuré de Pologne, en y ajoutant 
150.000 florins par an sirr ses biens domaniaux, à la con- 
dition quil porterait à l'avenir le titre de grand-prieuré de 
Russie et que ses sujets du rite latin seraient admis dans 
l'Ordre (15 janvier 1797); tandis qu'ensuite, avec l'assenti- 
ment du Saint-Siège et par une complaisance funeste de 
l'Ordre catholique, ses sujets de rite grec purent y être 
aussi reçus; Frédéric II, roi de Prusse, avait dès 1771, 
afin de bien marquer la rupture avec la Religion catholique 
de Saint-Jean, interdit par Décret, de la façon la plus 
sévère, aux commandeurs de la Silésie prussienne, de con- 
tinuer à assister aux Chapitres de l'Ordre, au Couvent de 
Prague. Cette défense, il est vrai, n'empêcha pas le lien 
de cohésion de subsister tacitement, et l'on peut dire que 
ce n'est que le 3 juillet 1873, que les Chevaliers silésiens 
de l'Ordre catholique se sont en partie détachés de la 
communauté, afin d'être plus libres de se ranger du côté 
de cette politique de persécution contre l'Eglise, que le 
chancelier prussien avait baptisée du nom aussi faux que 
pompeux de: Cultur-Kampf (Combat de civilisation). Mais 
nous remettons à plus tard l'explication de ces derniers in- 
cidents, La Révolution française priva l'Ordre d'une grande 
partie de ses possessions, qui subirent le sort des biens 
ecclésiastiques ou des biens d'émigrés, selon les cas. Le 
décret de la Convention, du 19 septembre 1793, atteignait 
l'Ordre comme communauté religieuse, et le supprimait en 
territoire français, bien que l'Ordre eût jusqu'alors gardé 
la neutralité et quïl eût souvent secouru des vaisseaux 
français attaqués par les corsaires. Le nombre des Cheva- 
liers émigrés venant chercher un refuge dans le Couvent 
augmentait chaque jour. Ils étaient sans ressources, par 
suite de la confiscation de leurs biens. Le Grand-Maître 
les reçut tous, et, pour être en situation de donner de 
prompts . secours à ceux qui étaient sans ressources, il 

sceau sur cire rouge des Antonins parfaitement intact; un aigle 
éployé chargé d'un T couronné, le tête de l'aigle entourée d'une 
auréole. Les négociations n'aboutirent pas. 



202 L'ORDRE DE MALTE. 

diminua les dépenses du Palais. Beaucoup de commandeurs 
doublèrent leurs responsions; mais, malgré tout, le trésor 
était pauvre, par suite de la générosité du Grand-Maître. 
C'est de lui qu'on rapporte ce beau trait. Un jour, l'inten- 
dant du palais vint lui annoncer, qu'il n'y avait plus d'argent 
pour les dépenses quotidiennes de la maison. — »Mets de 
côté pour moi. chaque jour, un écu, répondit-il, et distribue 
le reste à mes frères ')«. 

Fr. Rohan espérait beaucoup de la Russie et il offrit 
au czar Paul I®^', qui l'accepta, le protectorat de l'Ordre. 
Mais cette alliance, dont on exagéra sans doute les termes 
et la portée, exaspéra la République française et motiva 
les mesures prises contre Malte, sous le règne de Fr. Hom- 
pescL., son successeur ^). Rolian eut le tort, en tous cas, 
de faire acte de politique européenne, dans un moment 
011 l'Ordre devait au contraire, plus que jamais, garder la 
neutralité et se réserver pour cette mission, fixée par ses 
Statuts, qu'il avait si admirablement remplie durant des 
siècles. On verra plus loin que nous analysons les faits 
et les opinions, sans nous départir de la plus stricte ob- 
jectivité. Aussi cette réflexion n'est-elle de notre part 
qu'une constatation: l'Ordre, resté neutre, n'aurait eu besoin 
du protectorat d'aucun souverain ; il avait ses vaisseaux, 
ses remparts, ses canons, ses chevaliers, et personne sans 
doute ne serait venu troubler dans son existence autonome 
un petit Etat, dont la neutralité am^ait rendu plus utile et 

^) On avait en vain clierché un remède dans les réceptions de 
minorité. Très-fréquentes sous le magistère de Fr. Emmanuel de 
Rohan, elles entraînaient un droit de passage plus élevé: elles pou- 
vaient avoir lieu dès le berceau, avec dispense par Bref du S'-Siége, 
mais sous réserve qu'à la 15" année accomplie le Clievalier de minorité 
ferait ses preuves de noblesse, afin de profiter de son rang d'ancienneté, 
et après sa 25" année accomplie ferait les 2 années de noviciat 
(caravanes) et prononcerait ses voeux comme chevalier de justice. 

") Smitmer, n° 127. p. 102. — Un gTand-maître pouvait être déposé 
s'il faisait alliance avec les ennemis de la foi (Oldradi de Ponte, 
Venise 1585). Si l'on apprécie à la lumière de ce précepte l'offre au 
scbismatique Paul I"" du protectorat de l'ordre catholique, on ne peut 
être trop sévère pour Rohan. V. App. Grand -prieuré de Russie. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 203 

plus efficace encore la lutte contre les corsaires. Mais une 
fois jeté par l'imprudence de son chef, dans les luttes poli- 
tiques et internationales de l'Europe, il s'exposait fatale- 
ment au sort des petits, lors des conflicts des grands. 
Rolian était trop lionime d'état pour ne pas s'en rendre 
compte : de là sans doute les paroles qu'on lui prête sur son 
lit de mort. S'il a vraiment prédit »qu'il serait probable- 
ment le dernier grand-maître de l'Ordre souverain à Malte «, 
il savait pourquoi, mieux que personne. 

Fr. Rolian mourut, le 13 juillet 1797, après une longue 
maladie. Il avait, de son vivant, fait élever son mausolée, 
qui présente au dessus d'un cénotaphe, orné des armes 
pleines et écartelées, son buste appuyé à un obélisque, au 
milieu de drapeaux et de trophées, entre deux cartels, 
posés plus tard et sur lesquels se voient, à droite, une 
balance, à gauche, un pélican. Il y fut inhumé sans pompe, 
en juin 1814, dix-sept ans après sa mort. On lit sur le 
tombeau : D. 0. M., optato principi, benefîcio egentium patri, 
Emin. M. M. fr. Em. de Rolian, gui,, per XXI annos arduis 
temporibus prudenter, adversis strenuè remp. gestans, nov. decus. 
l. 0. attulit ; nec non, dum revolventur régna, abundantia pacem, 
justitia fidern^ pietate amorem populorum, obtinuit. Obiit die 
XIII Juin, MDCCXCVII, aetatis suae LXXII 

Les écus d'or (20. 10. 5) sont un seul et même type. 
Avers: buste, à gauche, cuirasse avec croix, perruque à 
marteaux (1778 — 1779), légende: p. Emmanuel de rohan m. 
M.; revers: hospitalis et s . sepu . hierusal ; au milieu, les 
armes de l'Ordre et celles de Rohan, accotées sous la 
couronne fermée. Deux pièces de 30 taris, d'argent, montrent 
les armes appuyées sur un aigle aux ailes éployées 
(1779 — 1789); une pièce de 2 écus d'argent présente l'écu 
de Malte, appuyé sur la croix, avec le collier et la couronne 
fermée, et orné de deux rameaux d'olivier et de chêne 
(1796). Il y a des monnaies du type fiduciaire. 

Les médailles sont très-belles. 1° Médailles d'argent 
et de bronze doré, commémoratives de l'élection, 48 m. m.: 
Buste à gauche : Emmanuel de rohan melitae princeps ; 



204 L'ORDRE DE MALTE. 

revers, sur une nuée, un ange tenant d'une main la trom- 
pette et de l'autre une couronne de laurier : gloria eivs 
PER ORBEM TERRARUM. — 2° Médailles d'argent et de bronze 
doré, 50 m. m., avers : F. emmanltel de rohan m . m . h . et . s . 
s. H.: Buste de même. Revers: Le grand-maître debout pr^.s 
d'un piédestal, sur lequel est posée la couronne ; un bommo 
à genoux lui présente les clefs de la Cité Notable ; cette 
ville à gauche. Légende : melitae princeps et delicivm. 
Elle est commémorative de la prise de possession de la 
principauté. Sur une plus petite médaille d'argent, avec 
buste et écusson, on lit: in te domine speravi, 1778. • — 
3° Médaille de bronze, 52 m. m.: Buste de même. Légende: 

AVSPICIIS M . M . EM . DE ROHAN PROVLDENTISSIMI PRI ; la longUC 

inscription, au revers, énumère de nouveaux travaux de 
défense à Malte. 

LI. Frère Ferdinand de Hompesch 

(1797-1799) 

était de la Langue allemande: il s'était attiré par son caractère 
loyal et sa probité bien connus, par ses manières affables 
et courtoises, la confiance générale ; on ajoute que son 
élection fut fortement appuyée par l' Autriche ; mais il était 
incapable, dit-on, et contribua à hâter la ruine de l'Ordre, 
quand on pouvait encore essayer de le sauver. Il avait, 
ajoute-t-on, négligé de préparer la défense de l'île. Il est 
un point enfin, sur lequel les opinions sont unanimes, ce 
sont les termes mêmes de la capitulation ; car si la France 
n'avait pas occupé Malte, d'autres l'auraient enlevée aux 
Chevaliers, et plus que personne, la puissance qui la prit 
aux Français en 1800 et qui l'a gardée par une violation 
de la foi |d'un traité, après 1802. L'Ordre, nous l'avons 
fait remarquer, n'était plus, par la faute de Fr. Rohan, 
cette association religieuse et guerrière, devant rester ab- 
solument neutre dans les luttes de l'Europe chrétienne, que 
nous avons suivie à travers les siècles, depuis que la guerre 
contre les Infidèles avait cessé d'être la loi unique de son 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 205 

existence, depuis que le titre de Chevalier de Malte, grâce 
surtout aux réceptions de minorité, était devenu une sorte 
d'apanage des cadets de famille, depuis que Rohan avait 
fait de la politique de grand état. 

Voici les faits racontés sans passion et sans parti pris, 
éclairés à la lumière des documents historiques. 

Le Directoire de la République française envoya, vers 
la fin de février 1798, une escadre éclairer le chemin pour 
le transport des troupes destinées à l'expédition d'Egj^pte, 
tandis que la flotte française s'armait dans le j)ort de 
Toulon. L'escadre fit escale à Malte, et y attendit la flotte 
qui partit, le 9 juin 1798, des ports de la Provence et 
parut devant l'île, où elle opéra sa jonction avec la pre- 
mière escadre commandée par l'amiral Bruyès. Les deux 
flottes réunies comptaient 472 navires, vaisseaux de guerre 
et bâtiments de transport. Le général en chef, Bonaparte, 
qui était à bord du vaisseau L'Orient, détacha à terre un 
aide-de-camp, j)Our charger l'Agent consulaire de la 
République française de demander au Grand-Maître l'entrée 
du port pour la flotte, afin de réparer quelques avaries, 
de faire de l'eau, de renouveler les provisions et de laisser 
reposer les malades. On assembla le conseil et l'on répondit 
que, suivant les règlements de 1718, le port ne pouvait 
recevoir à la fois plus de quatre vaisseaux de guerre, que 
l'Ordre pourvoirait au repos des malades et enverrait à 
l'armée d'expédition toutes les provisions dont il pouvait 
disposer. Sur cette réponse, que Bonaparte considéra comme 
une déclaration de guerre, celui-ci ordonna immédiatement 
de faire les préparatifs nécessaires pour s'emparer de Malte. 
L'Agent consulaire qui avait ap]30rté cette réponse, fut 
retenu à bord de l'Orient et fit connaître au Grand- 
Maître par lettre les intentions du général en chef, Bona- 
parte, en l'engageant en même temps à trouver un moyen 
d'accommodement, afin d'éviter l'effusion du sang. A la 
réception de cette Note, la confusion fut grande à la Cité- 
Valette, où les idées nouvelles avaient des partisans. Tandis 
que les Chevaliers occupaient leurs postes, les partisans 



206 L'ORDRE DE MALTE. 

de la République s'efforçaient de mettre les Maltais en 
défiance contre l'Ordre. Hompescli voulut alors, mais un 
peu tard, tenter la résistance. Il confia la défense au 
bailli de la Tour du Pin et à un comité de 16 clievaliers, 
et se déchargea sur cette commission, d'une gênante re- 
sponsabilité. La commission, en voulant disperser les forces 
dont on disposait pour étendre la défense à toute l'île, 
adopta un plan évidemment impraticable. Il fallait les 
concentrer dans l'imprenable Cité-Valette. Puis qu'il y 
avait un acte, qualifié fait de guerre par Bonaparte, et 
qu'on ne voulait pas réparer l'imprudence commise par un 
changement immédiat de résolution et par l'ouverture du 
port à la flotte française, il fallait s'enfermer dans les forts 
et les fortifications des quatre cités, y appeler les habitants 
de la campagne avec leurs bestiaux et leurs récoltes. Bona- 
parte, sachant Nelson à sa poursuite, n'aurait pas perdu 
son temps à faire un long siège et surtout un long blocus. 
Il se serait éloigné après quelque simulacre de bombarde- 
ment, ou bien l'on aurait négocié une convention laissant 
l'île à l'Ordre, à certaines conditions garantissant la neu- 
tralité de Malte. La répartition des forces en entraînait 
la neutralisation, et il est certain que les chances d'une 
résistance à outrance furent dès lors bien diminuées. Il 
ne faut pas oublier que Bonaparte avait sous ses ordres 
des forces navales considérables et ce corps de vieilles 
troupes, qui firent ensuite la conquête de l'Egypte, après 
même qu'il en eut détaché 4000 hommes, à Malte, pour 
la garder. Il ne faut pas oublier non plus que le plan 
du comité était d'autant plus irréfléchi et maladroit que, 
sur 332 Chevaliers qui se trouvaient au couvent, 200 étaient 
français, 90 italiens, 25 espagnols, 8 portugais, 5 bavarois 
et 4 allemands, ce qui rendait l'harmonie des idées et des 
volontés difficile au cas présent, et que, dans ce nombre, 
il y en avait une cinquantaine que leur âge et lem'S 
infirmités mettaient hors d'état de porter les armes. Les 
faits qui se passèrent prouvent en outre que les cinq 
sixièmes des forces qu'il }' avait dans l'île, et, en parti- 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 207 

ciilier, les 14.000 Maltais (1200 chasseurs et 12.800 hommes 
de milice) pouvaient tourner leurs armes contre les Cheva- 
liers, qui étaient en si infime minorité. 

Les Français débarquèrent sur plusieurs points de l'île, 
sans être inquiétés par les forts avancés, excepté par le 
Fort-Manoël et le Fort-Tigné, qui furent vigoureusement 
défendus. Les habitants du Bourg résistèrent d'abord, mais 
ils capitulèrent à des conditions honorables. Les bourgs de 
Zebbug et de Siggieni épuisèrent leurs munitions avant de 
se rendre. Lorsque les Français se présentèrent- devant la 
Porte-des-Bombes, les Maltais firent une sortie, mais ils 
furent repoussés et désarmés. Les ouvrages extérieurs furent 
enlevés. Mais la Cité- Valette fut alors témoin de scènes 
odieuses: des négociants français, suspects d'être partisans 
de la République, furent massacrés par la pojDulace; des 
Chevaliers (Yallin, Montazet, d'Ormiz, d'Audelard) furent 
tués par leurs propres soldats. Les jurats et notables, se 
disant qu'en un tel état de choses la résistance était 
absolument impossible, et que tout le sang versé le serait 
sans utilité, rédigèrent une supplique au Grand-Maître, pour 
le prier de leur épargner les malheurs qui accompagnent 
le bombardement et la prise d'assaut. Hompesch refusa 
d'accéder à cette demande; mais on assure qu'une nouvelle 
députation vint plus tard le prévenir que, s'il ne voulait 
pas accueillir la prière de la population, on se chargerait 
bien sans lui de traiter avec le général Bonaparte. Etant 
donné l'état des esprits, le fait est possible. Le Grand- 
Maître réunit le Conseil, qui fut d'avis de demander un 
armistice, et l'armistice fut accordé, le 11 juin, pour vingt- 
quatre heures. Avant que le Conseil fut dissous, quelques 
jeunes chevaliers obtinrent l'autorisation de s'enfermer dans 
le Fort-Saint-Elme et de s'y défendre jusqu'au dernier. 
Trois cents soldats les y suivirent et n'en sortirent, qu'après 
la reddition du corps de place. 

La capitulation 'j fut signée, le 12 juin, à bord du 
vaisseau L^ Orient, et voici en substance les huit articles 



^) V. Appendice, Texte de la Capitulation. 



208 L'ORDRE DE MALTE. 

de cette convention: — 1° Cession de Malte, Gozzo et 
Comino, par l'Ordre à la République française, en tout 
droit de propriété et de souveraineté; — 2° Promesse au 
grand-maître d'une principauté équivalant à celle de Malte; 
pension annuelle de 300.000 francs; remboursement de 
600.000 francs pour ses biens meubles; — 3° Permission 
aux Chevaliers français de rentrer dans lear patrie, leur 
résidence à Malte n'étant pas considérée comme émigration 
à l'étranger; - 4° Assignation de pensions aux Chevaliers 
français. Promesse de bons offices auprès des Républiques 
italiennes, afin qu'elles en usent de même envers leurs 
nationaux. Promesse de bons offices auprès des puissances 
européennes, afin qu'elles conservent intacts les droits des 
Chevaliers sur les biens de l'Ordre situés dans leurs Etats; 
— 6° Garantie de la propriété privée des Chevaliers dans 
les îles: — 7° Garantie du libre exercice de la religion 
catholique, de la propriété et des privilèges acquis, pour 
les habitants de Malte et de Gozzo; promesse de ne pas 
les frapper de contributions extraordinaires; — 8° Déclara- 
tion de validité de tout acte civil passé sous le gouverne- 
ment de l'Ordre. — Il y avait en outre des articles relatifs 
à la remise des forts, des magasins, des munitions de guerre 
et de la flotte (2 vaisseaux, 2 frégates, 4 galères). 

Les avantages magnifiques garantis au Grand-Maître, 
tandis que l'Ordre ne venait qu'au dernier plan, dans la 
Convention, ont donné lieu à de vives attaques contre 
Hompesch. Ce n'était pas là, en effet, l'acte d'un grand- 
maître plus soucieux des intérêts de sa communauté que 
des siens propres; mais en conclure à un marché, ce serait 
outrager sans preuves les deux parties contractantes. Que 
l'on songe donc que la plupart des Chevaliers étaient de 
Langue française, et qu'ils étaient restés Français, que par 
conséquent ils ne pouvaient porter les armes contre une 
armée française, sans commettre le crime de haute trahison ^)! 
Il vaut mieux voir avant tout dans la reddition de Malte, 



1) C'est dans ce sens naturel et prochain, qu'il faut lire la lettre 
du 10 juin, du commandeur Bosredon de Ransijat au grand-maître 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 209 

en 1798, raccomplissement d'un fait historique inévitable, 
amené par des fautes antérieures et principalement par les 
conditions nouvelles survenues dans la vie des peuples et 
l'existence des Etats. 

Hompesch a protesté ultérieurement contre la conven- 
tion signée par ses plénipotentiaires, sous la médiation de 
l'Espagne, et qu'il a déclarée entachée de violence. Mais 
sa protestation pouvait-elle rien changer à un acte de 
capitulation^ si noblement qualifié de Convention par Bona- 
parte, à cause de l'honneur chevaleresque^ qui est de sa nature 
même la suite fatale d'une situation inéluctable, où le plus 
faible cède au plus fort? Si cette convention est une arme 
contre lui, elle ne lui a pas autant profité qu'il l'espérait; 
car, s'il a reçu la première indemnité, fixée par l'Art. II, 
soit 600.000 francs, il n'a touché dans la suite, que 
15.000 francs au lieu de 300.000 francs par an ^). L'homme 

Hompesch. Cette lettre amena l'incarcération temporaire de ce 

chevalier. 

»Altesse Eminentissime, 
Dans l'extrême affliction que j'éprouve en considérant que 
notre Ordre, après tant de malheurs essuyés jusqu'ici, se trouve 
encore exposé à celui d'être en guerre avec la France, qui est, 
sans contredit, le plus grand de tous, je crois de mon devoir 
d'avoir l'honneur de représenter à Votre Altesse Eminentissime, 
avec cette franchise qui a toujours fait la hase de mon caractère^ que, 
lorsque je me suis lie' par des voeux à notre institîct, je n'ai dû y 
contracter d'autre obligation militaire que celle de combattre les Turcs, 
nos ennemis constitutionnels, et jamais contre ma patrie, à laquelle, x>ar 
devoir autant que par sentiment, je suis et serai toujours, de même 
qu'à mon Ordre, extrêmement attaché. Me trouvant dans une circon- 
stance aussi critique, de ne pouvoir me déclarer d'un côté, sans, 
de l'autre, me rendre coupable, j'ose me flatter que Votre Altesse 
Eminentissime ne trouvera pas mauvais que j'observe une exacte 
neutralité. Je la suppHe en conséquence d'avoir la bonté de 
m'indiquer celui de nos religieux à qui je dois consigner mon 
trésor et de vouloir bien aussi nae désigner le lieu de ma démettre. 
J'ai l'honneur d'être, etc. 

signé: Bosredon-Ransijat.« 
') D'après les actes officiels du 16 juin 1798 et du 18 juin 1798 

(28 et 30 prairial, an VI), Hompesch avait accepté ce qui suit, en 

exécution de l'Art. H, et cela constituait une ratification sans réserve 

SALLES : 1,'ORDKE DE MALTE. \.\ 



210 L'OEDEE DE MALTE. 

qui proteste, à son amvée à Trieste. afin d'écliapper aux 
reproches, mourut à Montpellier, en 1805, pendant un 
voyage qu'il faisait en France, pour aller reclamer sa pen- 
sion, ce qui, on doit TaTOuer, était loin d'une protestation, 
tout aussi bien que l'acceptation de la première indemnité. 
n fiit inliumé, à Montpellier, sans aucune pompe, le 
13 mai 1805, dans un caveau de la nef de l'Eglise-de-la- 
Merci, paroisse de Sainte-Eulalie, en présence de deux 
Chevaliers de sa maison et d'un commandeur de passage, 
comme l'établissent les registres de cette église^). Le caveau 

de la convention. La pension de 300.000 frs. par an fat laissée à la 
charge du Trésor de la Eépublique française, mais il n'en fut pas de 
même de Tindemnité de 600.000 fi-s. Conformément au désii- que le 
grand-maître Hompesch exprimait dans sa fameuse lettre au général 
en chef Bonaparte, avant de quitter Malte. »que 300.000 francs fussent 
consacrés sur l'indemnité pour son mobilier, à l'acquit des dettes 
qu'il laissait, ainsi que 100 000 frs. par chacun an sur la pension qui 
lui était assignée, jusqu'à l'extinction des créances, et que cette délé- 
gation de 300.000 frs. présentement et de 100-000 frs. annuellement 
fût remise entre les mains du citoyen Poussielgue, capitaine du port«, 
300.000 frcs., dont un tiers en argent et deux autres tiers sur le 
le payeur de Strasbourg, foi-ent remis à Hompesch avant son départ; 
les 300.000 fi-s restants forent affectés au paiement de ses dettes. 
Pour assui-er ce|paiement, la Commission de gouvernement fat chargée 
de prendre sur les biens de l'Ordre, déclarés domaines nationaux, 
des immeubles d'une valeur correspondante et d'en faire la cession 
à Hompesch, représenté par Antoine Poussielgue, son fondé de pou- 
voirs, constitué par acte passé, le 17 juin, devant Joseph Noël Mauréal, 
notaii-e pubhc. V. Miége, H. de 21alte. — Arch. de Malte. 
^) Actes de décès et d'inhumation. 
Décès. »Du 23° jour- de iioréal (12 mai 1805). Acte de décès 
de Son Altesse Eminentissime Ferdinand-Joseph-Herman-Antoine 
de Hompesch, ancien Grrand-Maître de Malte, décédé ce jourd'hui 
à trois heures après midi, dans la maison de Jardin Gruidais, sise 
sous le peyrou, au fauboui-g Saint-Dominique, âgé d'envnon soixante- 
un ans, étant né le 9 novembre 1714^ originaire de Bollheim, dans 
le ci-devant duché de Juliers, demeurant à MontpeUier depuis six 
mois. — Sur la déclaration à moi faite par M. Jean-Baptiste Becker. 
ex-chevalier de Malte, âgé de trente-trois ans, et par M. Léonard- 
Claude Xormand, ex-commandeur de l'Ordre, âgé de cinquante- 
quatre ans, habitans de cette ville depuis six mois, lesquels ont 
dit être les gentilshommes de Son Altesse, et ont signé après lecture 



LES CHEVALIERS DE iL\LTE. 211 

fut fermé par une dalle carrée. Aucun monument, aucune 
inscription, pas même le nom de celui qu'on avait appelé 
le Prince de Malte, ne vinrent rappeler qui reposait sous 
cette pierre. Il ne laissa rien du reste j)Our paj^er les frais 
de ces modestes funérailles. Le silence et l'oubli semblèrent 
être la meilleure sauvegarde de celui qui reposait là, por- 
tant comme derniers insignes de sa haute dignité, l'échaipe 
de l'Ordre, sur laquelle les mystères de la Passion étaient 
brodés en or, et un grand ruban en sautoir, auquel pendait 
l'aumônière. Les jugements prononcés sur lui sont inspirés, 
tantôt par la haine contre la France, tantôt par l'esprit de 
parti; nous ne nous y associons pas. Nous avons hésité 
longtemps à troubler le silence de cette humble tombe; 
mais nous avons enfin reconnu qu'il est de notre devoir 
de mettre le lecteur à même de juger par lui-même, si 
ïïompesch fut un traître, un incapable, une victime volon- 
taire d'une convention secrète entre l'Autriche et Bona- 
parte ^). ISTous donnerons donc à l'Appendice les précieux 



dûment faite du présent acte; constaté par Jean-Baptiste Dupy, 
adjoint à la mairie de Montpellier*. 

Inhumation. (Extrait des Registres de la sncciu'sale de Sainte- 
Eulalie). 

»Le 13 mai 1805, a été déposé sans cérémonie, avec simplicité, 

le corps de Son Altesse Eminentissime F.-J.-H.-A. de Hompesch, 

Grand-Maître de l'ordre dit de Malte, décédé ce jom-d'huy, âgé 

d'environ soixante-un ans. Le corps a été déposé dans un caveau 

à lui seul destiné; le cercueU en bois blanc, scellé aux armes de 

Son Altesse Eminentissime, a été lié par un cordon blanc en fil, 

formant sept tours Vs, avec cinq sceaux en cire d'Espag-ne; et le 

caveau a été clôturé d'une pierre carrée, et ai-rêtée par une bande 

de fer, placée à fleur de terre, en présence de M. M. Joseph MiHou, 

aumônier de Son Altesse Emmentissùne, Jean-Baptiste Sabatier, 

ancien garde-du-cor})S, Vincent Soulier, marguiUier de l'oeuvre. 

Signé: Cambon, prêtre; les susdits, le Bailli de Suftren Saint-Tropez, 

le Chevalier Le Normand, le Chevalier Becker. Vincent Gravag-na.« 

^) Cette dernière qualification est absolumeut inadmissible, si 

l'on songe aux paroles relatives à Hompesch, attribuées à l'empereur 

Napoléon I", dans les Mémoires de Saint-Hélène. M. Miége nous semlde 

donc avoir fait fausse route par amour pour les Maltais, qui ne le 

méritaient guère. 

14* 



212 L'ORDRE DE IVIALTE. 

documents que nous avons pu recueillir, documents inédits, 
mais authentiques, qui nous ont permis, nous l'espérons, de 
faire assez de lumière sur la personne de Fr. Hompescb. 
et ses agissements, pour que le lecteur puisse se prononcer^). 

Fr. Hompesch avait quitté Malte, le 17 juin 1798 à 
l'heure la plus tranquille de la nuit, avec une suite peu nom- 
breuse, et l'on assure que beaucoup de Chevaliers de 
Langue française (44) suivirent Bonaparte en Egypte et 
s'y couvrirent de gloire sous le drapeau de lem- pays. 
Hompescli dut résigner la dignité suprême, en 1799, sur 
l'ordre de l'Empereur d'Allemagne, son souverain ^), à la 
suite d'événements qui appartiennent à la dernière partie 
de ces Annales. 

Il faut citer ici la médaille de Hompescb qui rappelle 
la fusion de l'Ordre de Saint- Antoine avec l'Ordre hiéro- 
sol^^mitain, en 1777. L'aigle à deux têtes, tenant en ses becs 
le T des Antonins, supporte avec un faisceau d'étendards 
l'écusson de Malte, à la couronne fermée: la légende 
indique son objet : ordo . s . ANT.vrENNEN.iN ordinem hxerosol. 
EECEPTVS M . Dcc . Lxxvi (sic). On l' attribue à Hompesch, 
malgré la date. L'aigle était l'insigne héraldique des 
Antonins, et l'écu de Malte est posé dessus, conformément 
à une ordonnance du 21 août 1777, signée en Conseil. 
Nous noterons enfin une pièce d'argent, de 30 taris, avec 
l'écusson écartelé porté par l'aigle et surmonté de la couronne 
fermée, avec le millésime de 1798. Les monnaies de l'Ordre 



1) V. Appendice. Le Cas Hompesch. 

^) Ordre d'abdication, notifié au grand-maître Hompesch par le 
prévôt Mafféi, par rintermédiaii-e de son frère, consul à Trieste : 

»Yienne, juin 1799. Ce n'est plus le lieu de temporiser. Dans 
le temps que le grand-maître fera l'acte d'abdication pour notre 
souverain (TEmp. d'Ail.), il doit en faii'e un second pour l'empereur 
de Russie. S'il tarde, s'il tergiverse à accomplir le désir de notre souve- 
rain et du ministre, il deviendra personnellement ennemi de Vempereur et 
devra être traité en prissonnier d'état. Il peut profiter du prétexte d'aller 
prendre des iDains d'eaux minérales « 

V. Miége, Histoire de Malte. — Collationné avec l'original, S. 



LES CHEVALIERS DE MALTE. 213 

eurent cours à Malte, pendant une période de 28 ans, après 
l'entrée des Anglais. 



Sans parler des titres glorieux à l'existence que possé- 
dait l'Ordre souverain des Clievaliers de Malte, des services 
rendus pendant des siècles à la cause de la Chrétienté et 
de rhumanité, nous nous contenterons ici de quelques ob- 
servations de sens commun. 

Une lutte fratricide a été évitée. Ce n'en est pas moins 
à regret, que l'on voit disparaître un petit Etat qui avait, 
depuis plus de deux siècles et demi, fait l'admiration du 
monde chrétien et la terreur de l'Islam, et qui avait, dès 
les temps de despotisme, presque réalisé le type de l'état 
monarchique électif et constitutionnel. 

N'eût-il pas été d'une bonne politique de la part de 
Bonaparte, de laisser, en 1798, Malte aux Chevaliers, comme 
il y était autorisé selon les cas par le Directoire, avec un 
traité de neutralité et une garnison suffisante pour garantir 
cette neutralité, dans les luttes entre la France et la 
Grande-Bretagne. Cette dernière puissance ne s'en serait 
pas ensuite rendue maîtresse le 4 septembre 1800 ^) et 



^) Les Anglais ne forcèrent Malte que par un blocus presque 
ininterrompu, qui dura du 2 septembre 1798 au 4 septembre 1800, 
que grâce au concours de l'insurrection des habitants soudoyés par 
eux, qu'avec l'aide des Portugais et des Napolitains. La Cité-Valette 
même n'ouvrit ses portes que, lorsqu'elle fat à bout de vivres et de 
munitions, après huit sommations anglaises et moyennant la capitu- 
lation la plus honorable qui fut signée à la Valette ^). On peut même 
affirmer d'après les recherches de l'histoire, que ce furent les évé- 
ments extérieurs qui, en empêchant le ravitaillement de la place, en 
ouvrh-ent les portes aux aUiés. La défense de Malte est un fait 
d'armes mémorable : ce n'est pas au bombardement qu'est due la 
perte de l'île par les Français, c'est à l'esprit d'humanité du com- 
mandant qui n'éloigna pas les bouches inutiles et recueillit même 
les fuyards que les Anglais accueillaient à coup de canons ; car seul, 
avec ses soldats et ses marins, il aurait bravé longtemps encore 



^) V Appendice, Reddition de Mulle. 



214: L'ORDRE DE MALTE. 

n'aurait pas sans doute conquis la domination de la Médi- 
terranée. 

Quoi qu'il en soit, quel qu'ait été le coup porté à 
l'Ordre, par la cession de ses possessions de Malte, de Gozzo 
et de Comino, il s'est peu à peu relevé de ce désastre. Il 
existe aujourd'hui, non plus il est vrai comme Ordre de 
Chevaliers militants, mais comme Ordre de Chevaliers 
hospitaliers, exerçant sous une forme moderne, la mission 
primordiale de sa fondation. Lorsqu'on ne peut remonter 
le ^cours des âges, il y a une haute sagesse à conformer 
la vie et l'activité d'une glorieuse association aux exigences 
du présent, sans rien lui faire renier des traditions du 
passé. La constitution de l'Ordre est donc restée la même, 
mais son action s'est adaptée à la société moderne; à côté 
de cela, si l'Ordre n'est plus militant et souverain, dans 
le sens effectif de ces mots, il reste en ce siècle d'impiété 
et de matérialisme, le lien d'une phalange d'élite, qui doit 
combattre par l'exemple et par l'oeuvre de charité, pour la 
Foi que son épée défendit autrefois avec tant d'abnégation 
et d'héroïsme. 

Nous voyons se clore derrière nous les périodes an- 
ciennes de son existence ; mais, à l'heure où nous écrivons 
ces Annales, l'Ordre est sur le seuil d'une période nouvelle, 
et, là encore, c'est la Croix de Malte à huit pointes, qui 
est le signe sous lequel l'avenir est à lui. 



Anglais, Portugais, Napolitains et insurgés maltais. On a dit avec 
raison que la Grande-Bretagne a escamoté et non conquis cette île. 
Il est certain en effet, qu'elle avait tour à tour et selon les cas, pro- 
tégé les Maltais révoltés, déclaré agir pour le E-oi de Naples, puis 
dans l'intérêt de l'Ordre de Malte et pour la lui restituer ; qu'elle 
avait dupé tout le monde, et, qu'en somme elle n'avait procédé qu'avec 
le ferme dessein de prendre Malte pour elle et de la garder. C'était 
de la foi . . . punique. 



L'ORDRE SOUVERAIN 



DE 



SAINT-JEAN-DE-JERUSALEM OU DE JERUSALEM '). 

(1798—1886). 



LU. Feère Paul I^^, 

(1799-1801) 

Empereur de Russie. L'Ordre était errant à travers l'Europe. 
Alors »les baillis, grand'croix, commandeurs, clievaliers du 
grand-prieuré de Russie ^) et autres membres de l'Ordre, 
présents à S*-Pétersbourg, proclamèrent, tant en leur 
propre nom qu'au nom des autres Langues et grands- 
prieurés en général, et en celui de chacun de ses membres 
en particulier qui se réuniraient à eux, S. M. V-^ l'Empereur 
et Autocrate de toutes les Russies, Paul I®^', grand-maître 
de l'Ordre de Saint- Jean-de-Jérusalem«. L'Empereur accepta: 
il avait déjà accepté, en 1797, le protectorat de l'Ordre ^). 
On déposa en même temps Hompescli, acte illégal et 



^) Ce second titre est employé par les historiens anciens et dans 
le Codice diplomatico di Malta, du XVIII° siècle: »L'Ordre souverain 
de Jérusalem», ou encore »L'Ordre de Jérusalem», tel nous paraît 
être le titre officiel depuis 1879, titre justifié par les monuments les 
plus anciens; "mais les autres titres historiques appartiennent toujours 
à l'ordre. La médaille frappée par ordre de Léon XIII, à l'occasion 
de la restauration du magistère, en 1879, porte: SVMMVM OE.D . 
HIEROSOL . MAGISTERIVM . A . LEONE . Xm . RESTITVTVM . V. 
CAL . A . MDCCCLXXIX . 

-) V. Appendice, Le Grand prieuré de Russie et le Cas Hompesch. 

^) Ibidem. 



216 L'ORDRE DE MALTE. 

arbitraire d'une fraction de la communauté, de même que 
la nomination de Paul était contraire à l'essence même 
d'un Ordre qui relevait directement du Saint-Siège. Hompesch. 
résigna le magistère, en 1799, et quoique, d'un côté le 
Pape ne pût se résoudre à ratifier l'élection, quoique, d'un 
autre côté, l'empereur François II (François I®^, emperem- 
héréditaire d'Autriche) l'eût apprise à regret, parce que 
l'Ordre avait des possessions dans tous les pays d'Europe, 
où il n'était pas aboli, la politique l'emporta, et Paul fat 
reconnu par tous les souverains, à l'exception de l'Electeur 
de Bavière qui abolit l'Ordre dans ses Etats, afin d'é^dter 
les malentendus, et vit son élection confirmée par presque 
tous les Chevaliers. De ce côté-là donc l'irrégularité de 
l'acte fat à peu près couverte ^). L'Empereur était parvenu 
au but qu'il ambitionnait et il songea immédiatement, après 
une acceptation solennelle du magistère, à exploiter la 
situation dans son propre intérêt, plus que dans celui des 
Chevaliers, Il pensait pouvoir, en reprenant Malte aux 
Français, acquérir une forte position dans le bassin médi- 
terranéen. Il témoigna pour l'Ordre une vive sollicitude. 
Il forma même le plan de le réformer, afin d'y faire entrer 
tout l'aristocratie de l'Europe, sans distinction de confession 
religieuse. Il en avait déjà composé le Conseil suprême et 
nommé les Lieutenants-Généraux et Lieutenants du Magistère, 
tous Russes. L'Ordre devait compter quatre classes: celle 
des marins, celle des combattants, celle des fonctionnaires, 
celle des savants; la noblesse n'était obligatoire que pour 
les deux premières classes. On avait armé une escadre j^our 
aUer s'emparer de Malte, lorsqu'on apprit que la Grande- 
Bretagne avait, grâce à la révolte des Maltais, pris le 
4 septembre 1800 l'île qu'elle détient encore. Les Anglais 
refasèrent de la restituer à Paul, qui la réclamait au nom 
de l'Ordre dont il était le grand-maître. Ils ne la rendirent 
pas non plus, après la Paix d'Amiens, qui en stipulait la 
restitution aux Chevaliers. L'assassinat de Paul I®^ (23 mars 



1) V. suprà p. 202, note 2. 



L'OKDKE DE .JÉKLSALEM. 217 

1801; avait aplani les difficultés de la situation vis à vis 
du Saint-Siège, mais délivré l'Angleterre d'un cruel ennemi 
et lui avait donné ses coudées franclies, car Alexandre I^^\ 
tout eu promettant sa protection, renonça formellement à 
l'héritage de la dignité de grand-maître. Les Chevaliers se 
retirèrent, en 1801, à Messine, et, l'année suivante, le 
y février 1802, le pape Pie VII nomma grand-maître, par 
délégation des grands-prieurs, Fr. Barthélémy, prince Rus- 
poli, de Rome, qui refusa d'accepter cette charge. 

LUI. Frère Jean de Tomiiasi, 
(1803—1805) 

né à Crotone (Royaume de Naples), fut alors élu par le 
Souverain-Pontife, en vertu de la même délégation, le 
13 juin 1803, et transféra le siège de l'Ordre à Catane, en 
Sicile. Fr. Tommasi était un ami de l'empereur Alexandre P^, 
mais il invoqua en vain son appui et fit dans la suite 
d'inutiles efforts, poiu' obtenir Malte et les domaines que 
l'Ordre avait possédés et perdus, dans plusieurs pays 
d Em'ope. On s'arrête beaucoup trop, en général, à la 
reddition de Malte au général Bonaparte, en 1798, tandis 
que l'on passe plus légèrement sur l'inexécution persistante 
de la Paix d'Amiens par la Grande Bretagne. Et cependant 
ce traité célèbre, dont le premier consul Bonaparte dicta 
en quelque sorte les clauses, imposait à l'x4.ngleterre la 
restitution immédiate à l'Ordre, de cette possession 
(25 mars 1802) ^). Le lieutenant du grand-maître Tommasi, 
Chevalier Buzi, se présenta en conséquence, le 1" mars 
1803, pour prendre possession de Malte, Gozzo et Comino ; 
mais le commandant anglais répondit qu'il n'avait pas 
d'ordres de son gouvernement. Il déclara même, en sub- 
stance, par une lettre du 2 mars 1803, qu'il ne pouvait 
évacuer l'île et que le Grand-Maître ferait mieux, en atten- 
dant, de rester dans sa résidence de Sicile. Le ministre 



') V. Appendice, XXVn. 



218 L'ORDRE DE MALTE. 

français à Malte fut prié par Buzi d'intervenir, pour ob- 
tenir que la place lui fût remise, et invita le Grand-Maître 
à se rendre à Malte sans délai, afin de donner plus de 
poids à la réclamation. Fr. Tommasi manqua de l'énergie 
voulue, car il répondit que son Lieutenant avait ses pouvoirs 
et qu'il attendrait à Messine la décision de l'affaire. Le 
ministre de France près V Ordre et l'île de Malte envoya 
alors une Note verbale au commandant anglais : il y con- 
clut que: . . »1° L'indépendance de ces îles et l'arrangement 
qui les concerne ayant été mis, par l'Art 10, § 4, du Traité 
d'Amiens, sous la protection -et la garantie des six puissances 
les plus prépondérantes de l'Europe, la France et la Grande- 
Bretagne, qui contractaient ensemMe, et qui ont appelé les 
autres puissances à garantir cette clause de leur traité de paix, 
ne peuvent point, sans scandale, refuser d'exécuter ces arrange- 
ments et d'accorder cette protection et cette garantie; — 4° Que 
s'appuyer d'un prétexte aussi frivole et d'un sophisme évident^ 
pour refuser ce qu'on a consenti soi-même, serait une in- 
fidélité qui est indigne d'une grande puissance, et dont 
l'Angleterre ne voudrait point souiller son histoire; — Que 
la République française ne reconnaît au commandant 
anglais d'autre qualité en cette île, que celle de ministre 
plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique, charge par elle de 
l'exécution et du, maintien des traités; que le premier consul 
se verrait dans le cas d'en appeler au tribunal de l'Europe 
et qu'il y trouverait indubitablement autant d'alliés, qu'il 
y a de puissances amies de la paix et jalouses de leur dignité, 
de leur indépendance, du droit des souverains et du maintien 
rigou/reux de la foi des traités. Il appuyait donc de la façon 
la plus formelle . les demandes faites au nom du grand-maître 
de l'Ordre de Malte, par son Ambassadeur extraordinaire et 
plénipotentiaire, le Chevalier Buzi, et, en conséquence, il récla- 
mait la plus prompte et la plus entière exécution du ■i'^ § de 
l'Art X du Traité d'Amiens «. C'était là un langage ferme et 
énergique, qui ne fut point désavoué par le gouvernement 
français. Il est du reste liors de doute que l'Espagne et 
l'Autriche avaient accordé leur garantie, en novembre 1802 ; 



L'ORDRE DE JERUSALEM. 219 

que l'Empereiir de Russie et le E,oi de Prusse donnèrent 
la leur, en janvier 1803, avec quelques modifications à 
l'Art X du Traité d'Amiens, immédiatement acceptées par 
le Premier Consul, qu'enfin la garnison napolitaine, con- 
venue par le Traité, avait débarqué dans l'île, dès novembre 
1802, et y campait en dehors des cités. Le léopard bri- 
tannique ne lâclia pas sa proie. La guerre déclarée par 
l'Angleterre, le 12 mai 1803, pour garder Malte, remit 
tout en question et rompit toutes les négociations rela- 
tives à la remise de Malte à l'Ordre. L'heure de Dieu 
était passée ^). 

Il est un fait que nous ne pouvons omettre, car il 
établit péremptoirement les rapports de parfaite cordialité 
entre l'empereur Napoléon I®^ et l'Ordre, et il répond aux 
détracteurs ^). L'Envoyé du grand-maître Tommasi, bailli 
Fr. de Ferrette, fut un des premiers ministres étrangers 
venant à Aix-la-Chapelle, en même temps que l'Ambassa- 
deur d'Autriche, en septembre 1804, pour présenter à 
l'Empereur des Français, la reconnaissance de la dignité 
impériale par l'Ordre de Malte. 

A la mort de Fr. Tommasi, le Souverain-Pontife refusa 
de nommer un grand-maître; mais il autorisa le Conseil de 
l'Ordre à élire un Lieutenant du Magistère, sous réserve de 
ratification de l'élection par le Saint-Siège. Jusqu'en 1879, 
l'Ordre fut ainsi gouverné par des Lieutenants du Magistère. 



LIEUTENANTS DU MAGISTERE. 

I, Frère Innico Marie Guevara Suardo, 
(1805-1814) 

de Naples, fut élu le 15 juin 1805. La sécularisation des 
biens ecclésiastiques et la médiatisation des petites princi- 
pautés étaient à l'ordre du jour. Dès le temps du Schisme 



^"i V. Appendice. 

^) V. A. Thiers, Le Consulat et VEinpire. 



220 L^ORDRE DE MALTE. 

de Henri VIII, la Langue d'Angleterre avait été abolie 
(1534) ; la Langue anglo-bavaroise, créée plus tard, n'avait 
subsisté que peu de temps : le Langue d'Italie, une des 
plus ricbes, perdit d'abord ses domaines de la Haute-Italie, 
puis, en 1808, ceux des Etats de l'Eglise et de Naples; les 
Langues de France, de Provence et d'Auvergne avaient 
été détruites et dispersées par la Révolution française ; les 
biens de la Langue d'Espagne firent accession à la couronne 
(1803) ; le Roi de Prusse, par un Ordre de Cabinet, du 
30 octobre 1810, supprima et annexa même les comman- 
deries silésiennes, appartenant au grand-prieuré de Bohême, 
de même que ses ancêtres avaient confisqué les autres 
domaines de la Langnie d'Allemagne, lors de l'invasion du 
protestantisme. En somme, à la fin de la Lieutenance de 
Fr. Suardo, l'Ordre n'existait plus à vrai dire qu'à titre de 
grand-prieuré de Boliême pour les pays de l'empire 
d'Autricbe, que l'empereur François P^ prit sous son aug-uste 
patronage (après une suspension de courte durée). Toutes 
les tentatives de Fr. Suardo pour récupérer Malte furent 
inutiles. Le Traité de Paris entre les Puissances alliées 
et la France (30 mai 1814) mit fin aux plus justes reven- 
dications. L'Art 7 en est ainsi conçu : »L'île de Malte et 
ses dépendances appartiendront en toute propriété et souveraineté, 
à Sa Majesté Britannique^ . La spoliation était accomplie 
et reconnue par les Alliés qui disposaient ainsi de 
ce qui ne leur appartenait pas. La violation de la Paix 
d'Amiens recevait, au bout de douze années, sa ratification 
par la faiblesse des puissances contractantes. Quant à la 
France, elle signa; mais on ne peut dii'e qu'elle eût voix 
délîbérative, car elle était écrasée et subissait la loi des 
vainqueurs. 

Fr. Suardo moui'ut à Catane, le 2.5 avril 1814. et j fut 
inhumé dans l'Eglise conventuelle de Novaluce ; on lit sur 
son tombeau : Fratri innico ma. guevara suardo.^ ex ducïbus 
Bovoni, ordinis hierosolymitani iajuïivo, et navium longarum 
praefecto, in regni utriusque Siciliae copiis militum trihuno ; 
catinae quo ordinis sedes transvecta fuit magna croce decorato, 



L'ORDRE DE JÉRUSALEM. 221 

ibique magni magistri post Tomasii tnortem legato facto, dum 
praefiiit semper pio, Immano^ prudenti, de ordine in rébus an- 
gustis optime merito, fratres maerentissimi. L. P. VII Cal. 
mai. MBCCCXIV. 

II. Frère André Giovanni et Centelles, 
(1814—1821) 

de Messine, remplit les fonctions de Lieutenant du Magistère, 
dn 26 avril 1814 au 10 juin 1821. Le mémorandum présenté 
par lui au Congrès de Vienne (1814 — 1815) demeura lettre 
morte ^). Depuis, il est vrai, la Prusse a fondé (15 octobre 



1) »Le Mémoire présenté par les ministres plénipotentiaires de 
Y Ordre souverain de St-Jean-de- Jérusalem au Congrès de Vienne est du 
20 septembre 1814; il est signé, le bailli Miari, le commandeur 
Berlingbieri. Nous en trouvons le texte dans Klûber, Acten des Wiener 
Congresses, I, 85 et s. On y résume l'histoire de l'Ordre, pour étabUr 
surtout que celui-ci ne prit jamais part aux guerres entre les nations 
chrétiennes, et eut pour principes Vhospifalité, la milice, la noblesse, la 
neutralité parfaite et inviolable envers tous les chrétiens ; on y raconte 
les exploits de l'Ordre. Il insiste sur les soins que les Hospitahers 
donnaient à tous les malades dans leur vaste hôpital à Malte, véri- 
table lazaret qui souvent préserva de la peste Tltahe et l'Europe. Il 
accuse l'Ordre et ses sujets, de trahison, povu' faire l'apologie de 
Hompesch. Il exalte jusqu'aux nues Paul I" et Alexandre I". Puis 
il réclame un emplacement convenable, la restitution de ses biens qui en 
serait susceptilile et, au moins pour les premières années les moyens néces- 
saires pour fournir aux dépenses de son établissement et à la reprise de 
ses croisières contre les pirates. Il n'entend pas faire dans la Méditerranée 
une guerre de religion, mais en y protégeant le commerce et la navigation 
il voudrait briser les fers^des chrétiens qui gémissent dans V esclavage et 
préserver d'autres de cette calamité. Il serait une école de navigation et 
de valeur militaire, il exercerait de même la neutralité et l'hospitalité, 
il serait un modèle pour relever la noblesse. Il n'est pas sans ressources, 
car il jouit de ses anciennes possessions en Sicile et en Sardaig-ne, 
de presque toutes dans le prieuré de Rome, dans les duchés de Parme 
et de Plaisance, de toutes dans le grand-prieuré de Bohême. Il espère 
la restitution de partie de ses biens dans les états de Venise et de 
Lombardie, dans le prieuré de Pise, en Espag-ne, en Portugal: il 
espère tout de l'auguste empereur de Russie, dont il porte aux nues 
l'acceptation du protectorat de l'Ordre, de cette grande nation (l'Angle- 



222 L'ORDRE DE MALTE. 

1852), en. souvenir du Bailliage de Brandebourg (supprimé 
le 23 janvier 1811), un Ordre protestant des Johannites; mais 
il n'a de commun avec l'Ordre souverain de Saint-Jean-de- 
Jérusalem, qu'une certaine similitude de nom et d'insignes. 
Fr. Centelles fit cependant reconnaître l'existence de son 
Ordre, en accréditant des Envoyés auprès des Cours. C'est 
ainsi que le Comte du Saint-Empire, Fr. Philippe CoUoredo 
Mannsfeld. commandeur en Bohême, fut choisi pour Envoyé, 
et le Bailli Miari pour fondé de pouvoirs à Vienne. Il 
mourut, le 10 juin 1821, et fut inhumé dans la même 
église que son prédécesseur. 

m. Frère Antoine Busca, 
(1821—1834) 

de Milan, élu le 11 juin 1821 à la Lieutenance du Magistère, 
occupa cette charge jusqu'au 19 mai 1834; c'était un 



terre) qui de tout temps a bien mérité de VJmmanite, qui dans les cir- 
constances actuelles s'est acquis de si grands droits à la reconnaissance de 
VEurope entière, jjar les efforts prodigieux et les sacrifices immenses qii'elle 
a faits pour lui procurer la paix et sa liberté, et renouveler avec lui 
ses anciennes liaisons qui augmenteraient sa sûreté, sa force 
et sa gloire, du roi Louis XVIII, de la Bavière et de la Prusse, de 
la Suède et du Danemarc, avec lesquels l'Ordre pourrait renouer la 
négociation ancienne relative au convoiement de leurs bâtiments dans 
la Méditerranée. Le nouveau lieu d'établissement ne devrait pas être 
trop éloigné du centre de la Méditerranée, avoir un port sûr, un 
arsenal, un lazaret, des bâtiments pour le personnel, une église, un 
hôpital. L'ordre devrait y être indépendant et libre, et y joidr de tous 
les droits et prérogatives de la souveraineté et de tous ses anciens privilèges. 
Dans ce factum maladroit, on supplie tout le monde et l'on oublie 
de réclamer Malte, ce qui était la chose essentielle. C'est sur Malte 
que l'Ordre avait un droit incontestable, et c'était le moment de 
l'invoquer et non de s'agenouiller devant la Russie et l'Angleterre. 
La revendication du droit aurait été digne du passé de l'Ordre, tandis 
que le Mémoire que nous venons d'analyser est une oeuvre illogique, 
qui n'eut et ne devait avoir auciin effet. Ce Mémoire est en outre 
un acte d'ingratitude envers la France de la Paix d'Amiens, et un 
outrage à la vérité historique relativement à l'Angleterre (V. Appen- 
dice, Le cas- Hompesch et Arch. I'" (Vienne). 



L'ORDRE DE JÉRITSALEM. 223 

homme d'une haute intelligence et il sembla avoir un 
instant des chances de réussite dans ses revendications. 
On ijroposa, au Congrès de A^érone (1822), de céder à 
l'Ordre une des Iles Ioniennes. Mais il ne fut pas donné 
stiite à ce projet. L'Ordre perdit même, par Ordonnance 
ministérielle de l'année 1824, tous ses droits et prétentions 
sur ses anciens domaines de Sicile. Fr. Busca transféra le 
siège de l'Ordre à Ferrare, dans les Etats de l'Eglise, le 
12 mai 1826. 

IV. Frère Charles, CA:NDn)A, 
(1834—1845) 

de Lucère, fat nommé par le pape Grrégoire XVI, le 23 mai 
1834. Il consacra toutes ses forces vives au relèvement 
de l'Ordre. C'est ainsi que l'empereur Ferdinand I^^ auto- 
risa l'érection d'un grand prieuré de Lombardie-Vénétie, 
auquel fut nommé Fr. Philippe CoUoredo-Maunsfeld ^). Il 
transféra l'Ordre à Rome. Le prieur eut Venise pour rési- 
dence et l'Ordre récupéra son ancienne église et son ancien 
couvent; l'Empereur lui assura en outre une pension 
aimuelle de 2000 florins. Il se fonda aussi sur d'autres 
parties du territoire de l'empire des commanderies de 
famille, richement dotées. Le Roi de Naples reconnut 
l'existence de l'Ordre dans ses Etats et lui donna en pleine 
propriété huit commanderies. Le duc de Modène fonda 
de même, en 1841, trois commanderies 2). Mais par contre 
les Chevaliers perdirent ce qu'ils possédaient encore en 
Portugal. 

Il mourut, le 10 juillet 1845. 



^) Le décret impérial est du 15 janvier 1839; il a été publié dans 
le Recueil des lois et ordonnances pour la Lombardie-Vénétie, A. 1841, 
vol. I, n° 27, p. 58, et rappelé dans une circulaire du gouverneur de 
Milan, du 21 juillet 1844, A. 1844, vol. H, p. 296, n" 24241. 

2) V. au même recueil, A. 1844 et 1848, IL vol. II, p. 178 et 
vol, I, p. 52. 



224 L'ORDEE DE MALTE. 

V. Feèee Philippe Colloeedo Maxxspeld, 

(1845—1864; 

d'IIdiiie, succéda au Comte Candida; il fut nommé, le 
15 septembre 1845, et remplit cette haute charge jusqu'au 
9 octobre 1864. L'Ordre vit s'accroître ses domaines et 
s'étendre son influence, sous cette lieutenance. La Duchesse 
de Parme institua deux commanderies; le Hoi de Sardaigne, 
Charles-Albert, en institua en 1848. mais elles ne durèrent 
que deux années, car elles furent supprimées par une Loi, 
en 1850. L'Ordre pénétra de nouveau en Angleterre, où 
Fr. Colloredo fit construire, à Londres, un vaste liospital 
dont il confia le soin aux Soeurs-de-la-Miséricorde, une 
beUe église et un Couvent magnifique. Il fut aidé dans 
cette oeu\T:e par G-eorges Bowyer, chevalier de Justice, et 
l'Ordre compte aujourd'hui des Chevaliers, chapelains et 
donats de Langue anglaise. 

VI. Feèee Alexaxdee Ponsiax Borgo 
(1865—1872) 

(ou Borgia), de VeUetri, bailli de l'Ordre, fut nommé le 
27 février 1865 et mourut le 13 janvier 1872. C'est sous 
sa Lieutenance que le grand-prieuré de Bohême-Autriche 
a rendu à l'Ordre sa mission hosintalière, par l'institution 
du Service de santé volontaire en temps de guerre^ aujom'd'hui 
admirablement organisé et pourvu de tout le matériel 
nécessaire, comme nous le montrons dans notre étude 
spéciale sur ce grand-piieuré. L'inauguration de ce service 
date de l'année 1866, et précéda la guen'e faite à l'empire 
d'Autriche par la Prusse, ambitieuse de conquêtes et avide 
de suprématie. Nous dirons en détail l'organisation et les 
services rendus en 1866, 1869, 1878, 1885— 1886. Les noms de 
trois grands-prieurs de Bohême-Autriche se rattachent à 
cette oeuvre essentiellement humanitaire et hospitalière, 
digne de l'Ordre dont nous allons finir les Annales. Ce sont 
les noms de Fr. François Khevenhiiller-Metsch (1847 — 1867}, 



L'ORDEE DE .JEEUSALEM. 225 

de Fr. François-Xavier Kolowi'at-Krakowski flSeT — 1874) 
et de Fr. Othénio Bernard Marie Lichnowsky-Werdenberg 
(1874 à 1888). C'est aussi sons cette Lientenance du 
Magistère que le comte Caboga - Cerva. chambellan et 
conseiller anlique de Sa Majesté P® et E,^® apostolique, 
consul général d'Autricbe-Hongrie à Jérusalem, a accepté 
et mené à bien, grâce à l'appui de l'Empereur et Roi, lors 
de son voys^ge à Jérusalem, grâce à la munificence de ce 
monarque, grâce au concours actif et efficace du grand- 
prieuré de Bohême-Autriche, qui ont aplani les difficultés 
d'exécution, la mission confiée à ses soins, en 1869, et que 
l'Ordre a repris pied en Terre-Sainte, pour y exercer de 
nouveau, à huit siècles d'intervalle, le pieux ministère des 
Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérasalem, sous la protection 
d'une puissante monarchie. Comme l'inauguration de Tantur 
(c'est le nom de l'hospice) a eu lieu, en 18 70, sous la 
Lieutenance du Successeur de Fr. Borgo, nous y reportons 
les plus amples détails sur ce fait, accompli 689 ans après 
la perte de la Judée et 585 ans après la perte d'Acre et 
de toute la Palestine. 

ORAND MAÎTRE. 

LIV. Frèee Jean- Baptiste Ceschi de Santa Ceoce, 

Vn. Lieutenant du Magistère (1872—1879) 

LIY. Grand-Maître (1879) 

de Trente, fut élu à la Lieutenance, le 14 février 1872, et 
confirmé par le pape Pie IX ; puis le Magistère fut restauré 
par Bref du pape Léon XIII ^), en date du 28 mars 1879, 
et le titre et la dignité de Grand- Maîtrede V Ordre souverain 
de Saint- Jean-de- Jérusalem , ou de l'Ordre s. de Jérusalem 
furent conférés à Fr. Ceschi. Le Bref confirma en même 
temps les droits et prérogatives de cet Ordre. Le nouveau 
grand-maître reçut en outre le rang cardinalice à la Cour 



*) V. Appendice, Texte français d'après Voriginal. 



SALLES : I.'ORDRF. DE MALTE. 



226 L'ORDRE DE MALTE. 

du Souverain-Pontife et dans toutes les solennités, comme 
l'illustre Fr. Pierre d'Aubusson, en 1480, et Fr. Antoine 
de Paule, en 1630. Cette élévation au cardinalat a une 
signification aussi grande dans l'avenir que dans le présent; 
car Sa Majesté V-^ et B}^ apostolique a reconnu, en faveur 
de Fr. Ceschi et de ses successeurs, par Décret du 27 dé- 
cembre 1880, la collation de cette haute dignité avec les 
honneurs qui y sont attachés, puis elle y a ajouté une 
sanction plus marquée, en conférant à ce grand-maître, 
pour lui et ses successeurs au magistère, le rang de prince 
autrichien, et en étendant cette faveur insigne, par Décret du 
2 avril 1881, aux grands-prieurs de Bohême-Autriche, dans le 
présent et dans l'avenir, avec le prédicat de Grâce princière. 
Le grand-maître est donc S. Em., Fr. Jean-Baptiste 
Ceschi de Santa Croce, cardinal et prince-grand-maître, 
depuis cette année 1879 et depuis l'année suivante, et ce 
titre est acquis à l'Ordre souverain, de telle sorte que 
désormais les noms de famille et les prénoms seuls chan- 
geront 1). La pourpre cardinalice marque bien l'étroite 



^) Dès le XVn" siècle, les Chevaliers de Malte donnaient au 
grand-maître le titre d'Eminence, et les sujets de l'Ordre, celui 
d'Altesse Eminentissime. Depuis François I", les rois de France 
les appelaient: »Mon cousin«. On cite pour preuves une lettre de 
François I" (1525), après les négociations relatives à sa rançon; une 
de Louis XIV, du 22 mars 1644; une d'Anne d'Autriche, de la même 
date, en réponse aux lettres de condoléance de ce haut dignitaire, à 
propos de la mort de Louis XIII. Le titre de Prince fut conféré 
au Chef des Hospitaliers par l'Empereur Ferdinand I"' (Alofe de 
Wignacourt) avec le prédicat d'Altesse sérénissime. Sous Pinto et 
dans la suite, les Chevaliers et les ministres étrangers donnèrent 
aux grands-maîtres les titres de Monseigneur et d'Altesse Eminentissime. 
La couronne fermée somma alors les armes, pour la première fois. Mais 
il n'y avait, à vrai dire, de changé que la forme ; car, après le ser- 
ment d'observance des Statuts et Coutumes de l'Ordre, entre les 
mains du prieur de l'EgUse, tous les grands-maîtres allaient prêter, 
depuis l'inféodation de l'île, après leur intronisation et le baise-main, 
devant les portes de la Cité- Victorieuse, entre les mains du premier 
magistrat, en leur quaHté de princes de Malte, le serment de conserver 
les privilèges, libertés et autres droits garantis à la nation maltaise 



L'ORDRE DE JÉRUSALEM. 227 

union avec l'Eglise, et le rang de prince de l'Empire, qui 
n'a pas cessé un seul instant de reconnaître et de protéger 
l'Ordre, le lien entre les Chevaliers catlioliques et la 
dynastie qui a donné des Saints à la Chrétienté ; dont les 
souverains portent, depuis Charles-Quint, le titre de rois 
apostoliques ^ comme rois de Hongrie et celui de rois de 
Jérusalem, comme descendants directs des rois chrétiens de 
la Terre-Sainte. La couronne royale, maintenue au-dessus 
de l'écusson écartelé du Grand-Maître, ainsi qu'au dessus 
de l'écusson de l'Ordre, appuyé à la Croix à huit pointes, 
avec le collier de la grand' croix, est la manifestation de 
cette souveraineté, premier élément d'initiative et de force, 
dans l'accomplissement de l'oeuvre hospitalière de la com- 
munauté, pour la glorification de la Croix et le bien de 
l'humanité. Nous devons mentionner la restitution de son 
caractère autonome à l'Ordre, en territoire espagnol, par 
le Décret cité en original en tête de ce livre, dont voici 
la traduction fidèle, 

»Décret royal. 

»Prenant en considération les motifs exposés par 
Mon Ministre d'Etat et d'accord avec le Conseil des 
Ministres, Je viens décréter ce qui suit: 

Art. l*^^. Les concessions d'habit de l'Ordre insigne 
et vénérable de Saint- Jean-de- Jérusalem, en la partie 
relative aux langues de Castille et d'Aragon, qui seront 
données à l'avenir par le Grand-Maître de l'Ordre nommé 
par Sa Sainteté, conformément aux conditions imposées 
par les Statuts du même ordre et sur confirmation du 



par Chaiies-Quint, puis ils recevaient une clef d'or et une clef 
d'argent, en signe de soumission. Ils exerçaient à partir de ce 
moment là les droits inhérents à la qualité de princes souverains et 
constitutionnels de Malte. Disons encore que, dans la correspondance 
avec Hompesch, François II, empereur, appelle le grand - mai ti-e : 
Monsieur mon cousin ! (V. Appendice, Lettres de 26 août et du 23 dé- 
cembre 1707), et termine par ces mots : »Monsieur mon Cousin, de 
Votre Altesse le bien affectionné.» 



15* 



228 L'ORDRE DE MALTE. 

Chapitre espagnol, seront reconnues en Espagne et les 
bénéficiaires autorisés à porter les insignes du dit Ordre. 

Art. 2. Les Chapitres des langues de Castille et 
d'Aragon actuellement existants seront fondus en un 
seul et Mon G-ouvernement, d'accord avec le Grand- 
Maître de l'Ordre, déteiminera les futures fonctions de 
celui-ci. 

»Art. 3. Les chevaliers actuels de TOrdre conserveront 
dans la nouvelle organisation les mêmes insignes et uni- 
formes qu'ils ont actuellement, ainsi que les privilèges 
qui y correspondent et que reconnaît le G-rand-Maître 
de l'Ordre, au nom de Sa Sainteté. 

Art. 4. Aucun sujet espagnol ne pourra porter en 
Espagne les insignes de l'Ordre de Saint-Jean, sans avoir 
obtenu préalablement l'autorisation nécessaire, qu'il solli- 
citera par l'intermédiaire du ministère d'état. 

Art. 5. Les archives des langues d'Aragon et de 
Castille seront incorporées au dit ministère. 

Art. 6. Il est dérogé aux décrets royaux du vingt 
janvier mil huit cent-deux, du vingt-six juillet mil huit 
cent quarante-sept, et du vingt-huit octobre mil huit cent 
cinquante et un, en tout ce qui n'est pas conforme au 
présent. 

Donné au Palais de S*® Ldephonse, le quatre sep- 
tembre mil huit cent quatre-vingt-cinq. Signé: Alphonse. 
Contresigné: Le ministre d'état, J. Elduayen«. 

C'est ici le moment de reprendre les Annales du 
premier établissement de l'Ordre en Terre - Sainte, que 
nous avons commencé à écrire, sous la Lieutenance de 
Fr, Borgo, celui de V Hospice de Tantur. 

Au mois de novembre 1868. un traité conclu entre la 
Porte ottomane et la plupart des puissances permit aux 
étrangers d'acquérir et de posséder dans tout l'empire des 
biens-fonds, terres, maisons, etc., au même titre que les 
sujets du Sultan et avec cet avantage que les étrangers 
auraient leurs propriétés sous la protection de leurs consuls. 



L'ORDRE DE JERUSALEM. 229 

L'Ordre j^rofita de cette circonstance pour rentrer en 
Palestine, comme Ordre hospitalier. IL fallait avant tout 
être protégé par une puissance, acquérir une terre et agir 
sous le nom d'un tiers qui ne portât pas ombrage à quelque 
Etat non-catholique influent près de la Porte. On avait à 
redouter les menées des musulmans qui haïssent aujourd'hui 
comme jadis le nom chrétien, des juifs qui ne leur cèdent 
en rien sur ce point, des schismatiques de toutes les catégories, 
surtout des protestants anglais très-remuants servant partout 
d'avant-garde aux armées britanniques, et des protestants 
allemands, juifs convertis pour la plupart, ayant contre les 
catholiques plus de haine encore que les mahométans, les 
grecs et les Israélites. Une milice chevaleresque devait aussi 
inquiéter les catholiques latins redoutant de perdre leur 
situation acquise. Le comte Caboga acheta, en 1869, sous 
son propre nom, une colline entière, située entre Jérusalem 
et Bethléem, au lieu dit la Tour de Jacob. IL y construisit 
un véritable château, pour servir de Couvent aux Chevaliers, 
au chapelain et au médecin, puis, à vingt-cinq pas environ 
du côté S.-E., un hospital. Une collecte faite en Autriche 
par le grand-prieuré de Bohême, assura à l'établissement 
un revenu de 16.000 francs; Caboga lui aussi quêta partout 
avec succès: il fut soutenu par des grands personnages et 
par le trésor de l'Ordre; l'hospice fut doté par l'empereur 
François-Joseph. Les couleurs autrichiennes abritèrent la 
construction nouvelle, que le Magistère plaça du reste sous 
la protection immédiate de l'Empereur, auprès duquel l'Ordre 
est accrédité par ambassadeur. L'hospital ou hospice a été 
inauguré en 1876; le comte Caboga, reçu en juin 1872 
chevalier de justice in sine Religionis^ a été nommé par 
le Magistère et le Conseil, précepteur de cet hospital, selon 
le terme traditionnel qui remonte à Fr. Gérard, en 1113 
(Bulle du pape Pascal II) ^). Voici du reste le chaleureux 
appel du magistère aux grands-prieurs et à tous les Cheva- 
liers pour réclamer leur concours, en date du 7 avril 1873. 



^) Il est mort depuis. 



230 L'OEDEE DE MALTE. 

Cette circulaire est un document historique. L'Hospice de 
Tantur a déjà donné l'hospitalité à bien des pèlerins; la 
mission est en pleine activité. 

»Malgré les adversités de six siècles d'exil loin de la 
Terre-Sainte, écrivait le Magistère, l'Ordre de Saint-Jean 
a conservé jusqu'à nos jours le sentiment de la sainte 
mission qui, depuis son origine, lui incombe auprès du 
Très-Saint-Sépulcre de Notre-Seigneur. Fidèle à ses plus 
sacrées traditions, il s'efforce, aujourd'hui' que les conditions 
politiques de l'Em-ope et de l'Orient ont cessé d'y opposer 
des obstacles insurmontables, de se créer un nouveau 
champ d'action sur les saints lieux qui furent naguère son 
berceau et le premier théâtre de sa gloire. Pour vaquer à 
cette noble tâche, dans les limites que comporte notre ère 
actuelle, l'Ordre a résolu, il y a quelques années, de pour- 
voir à la fondation d'un établissement, dont le besoin se 
faisait vivement sentir à Jérusalem, c'est-à-dire d'un hôpital 
pour les pèlerins catholiques de toutes les nations. Il fit acquisi- 
tion à cet effet d'un terrain situé sur la colHne de Tantur, 
entre Jérusalem et Bethléem. 

»Le Saint-Père Pie IX, en bénissant la pieuse entre- 
prise, renouvela en faveur de cet établissement et de l'église 
qui y sera annexée, les amples indulgences et privilèges, 
dont jouissaient anciennement nos hospices en Terre-Sainte, 
en y ajoutant des faveurs spéciales pour ceux des cheva- 
liers de justice qui se dévoueraient personnellement au 
service de cette oeuvre. 

»D'autre part, le futur hôpital est aussi l'objet de la 
sollicitude de S. M. l'Empereur d'Autriche, qui a toujours 
manifesté le plus gracieux intérêt pour le développement 
du projet, et, tout récemment encore, a daigné en accepter 
le protectorat. La construction des édifices, placée sous la 
surveillance zélée et intelligente de notre confrère, le comte 
Caboga-Cerva, a fait de rapides progrès et se trouve 
presque achevée à l'heure qu'il est. Les frais considérables 
de cette institution furent supportés par le Magistère, aidé 
surtout par le généreux concours du Prieuré de Bohême. 



L'OKDRE DE JERUSALEM. 231 



On est parvenu ainsi à réunir un fonds produisant un 
revenu annuel de 16.000 francs. Ces moyens, toutefois, ne 
pourraient suffire pour faire face à tous les besoins de la 
situation. Le grand-prieuré de Bohême, sentant la nécessité 
de nouveaux sacrifices, ne recula pas devant cette obliga- 
tion et décida dernièrement qu'il demanderait une nouvelle 
contribution à tous les chevaliers de justice et de dévotion 
, de son ressort. De son côté, le suprême conseil approuva 
cette décision et décréta en même temps que, dorénavant, 
tous les chevaliers et dames de dévotion, nouvellement 
reçus dans l'Ordre, seraient tenus de faire une offrande 
pour l'oeuvre en question, dans les proportions que con- 
seilleraient à chacun sa propre piété et ses ressources 
personnelles. Pour leur part, les prieurés de la Langue 
italienne ont délibéré de prêter leur assistance à l'oeuvre 
commune, 

»L'honneur et le mérite de cette oeuvre doivent 
appartenir, en effet, indistinctement, à tous les membres de 
l'Ordre, car tous sont également intéressés au succès d'une 
entreprise, dans laquelle le drapeau de l'Ordre tout entier 
est engagé. 

»J'ai par conséquent le devoir d'en entretenir V. E., 
comme chef de l'association . . . Nos confrères de votre 
province, animés d'un esprit aussi chrétien que chevaleresque, 
voudront certes contribuer à ce que j'appellerai la renais- 
sance de notre institution sur son terrain primitif. Les preuves 
multiples que nous avons reçues du dévouement, de l'abnéga- 
tion et du zèle religieux de Votre Association, nous donnent 
l'assurance qu'elle répondra à cet appel en faveur d'une 
grande cause. 

y> L'Ordre doit reprendre possession de la place glorieuse 
qui lui est réservée au pied du très-saint tombeau du Sauveur, 
Déjà la hannière de notre Croix flotte sur les hauteurs de la 
ville de Sion; bientôt elle protégera, comme dans les siècles les 
plus recidés, les milliers de pèlerins que la dévotion amène, de 
toutes les parties du monde, sur la scène de la vie et de la 
passion de Notre Seigneur Jésus- Christ . . .« 



232 L'ORDRE DE MALTE. 

Cette lettre était signée du bailli Fr. Ceschi, lieute- 
nant du Magistère, aujourd'hui cardinal-grand-maître: on 
ne peut parler avec plus de prudence, en précisant mieux 
la signification réelle de cette rentrée en Terre-Sainte, 
pour y combattre le saint combat de la Charité. 

Jérusalem signifie dans la langue de la Bible: 

La Vision de la paix. 

Puisse donc le titre à' Ordre de Jérusalem être à la fois 
un symbole qui rappelle les origines de V Ordre de Saint- 
Jean et qui annonce ses destinées à venir! 



DEUXIÈME PARTIE. 



ANNALES DU GRAND-PRIEURE 



DE 



BOHEME-AUTRICHE. 



LE aEAND-PRIEURE 

DE 

BOHÊME -AUTRICHE. 

(1183—1886) 

Vladislaiis II, grand-duc, puis roi de Bohême, résolut, 
à son retour de la Croisade (1147), pendant laquelle il 
avait vu, en Terre-Sainte, les Chevaliers Hospitaliers de 
Saint-Jean-de-Jérusalem, a l'oeuvre, d'introduire l'Ordre 
dans ses Etats ^). Il lui donna l'emplacement nécessaire 
à la construction de l'église, de Vliospitàl et du couvent, 
sur les domaines de la Couronne de Bohême, à la Klein- 
seite de Prague, ainsi qu'une possession située le long de la 
Moldau et limitée par quatre routes, allant de l'île, appelée 
actuellement Kampa inférieure, au pont, avec droit de 
pêche dans la partie correspondante de la rivière et autres 
droits accessoires. Gervasius, chancelier du Royaume, et 
Martin, son neveu, firent élever à grands frais, en 1156, 
l'église de l'Ordre dédiée à Notre-Dame et Vliospital à la 
Kleinseite de Prague ; Daniel I®^, évêque (de Lipa), consacra 
la nouvelle église. La maison chef-d'ordre (Conventum, 
Couvent) fut ensuite pourvue de tout le nécessaire et les 
premiers chevaliers de Saint-Jean vinrent s'y établir, après 
avoir été solennellement reçus par le roi Vladislaus I®^ 
(grand-duc Vladislaus II), en 1158 — 1159; ils s'y con- 
sacrèrent au soin des malades, à l'hôpital, et se chargèrent 
du service religieux à Notre-Dame. Le roi Vladislaus I®^ 
fit dresser, en 1159, l'acte de fondation^): »Ad aedificandam 



1) V. Appendice, XXVHI et XXIX. 

2) V. Appendice, XXVIII, Texte de l'acte. 



236 L- ORDRE DE MALTE. 

ccclesiani et liosjjltalc at<j[ue imtituendam co^v^regationem reliyîo- 
sorum communis vitae virorum terrant quondarn ad coronam 
regiii mei pertinentem Pragae juxta pontem secus aquam inter 
quatuor vias dedi ipsamque aquam a super iori parte inferioris 
insidae usque ad pontem cum priscatione et omnibus aliis com- 
modis, quae in ihi possunt hàberi, eidem ecclesiae perpétua jure 
possidendam ^). L'Ordre s'étendit ensuite de Bohême en 
Moravie, Silésie. Hongrie et Pologne, de sorte qu'à la fin 
du Xn^ siècle et au commencement du XIII®, le plus grand 
nombre des commanderies se trouvait aussi bien dans ces 
pa3"s qu'en Styrie, Carintliie et Carniole, et que ces com- 
manderies furent, ainsi que celles des pays autricMens, 
mises dans l'obédience du grand-prieuré de Bohême. 

La première commanderie, instituée dans le grand- 
prieuré de Bohême, fut celle de Mailberg 'Basse- Autriche) -). 
C'était une possession de Chadold de Harras qui, en reve- 
nant de la Croisade de Godefroy de Bouillon, la donna 
à l'Ordre et y fit bâtir, dès 1128, un Couvent avec une 
Eghse de Saint- Jean -Baptiste. L'empereur Frédéric I®^ 
confirma, en 1156, cette donation à l'Ordre. 

Les Chevaliers de Saint-Jean se mirent à l'oeuvi'e pour 
embellir leur possession de Prague : ils y créèrent de beaux 
jardins et des bains; ils y bâtirent un moulin et de grandes 
maisons de revenu. Cette activité fut très -applaudie en 
Bohême et l'Ordre gagna sans cesse de nouveaux patrons 
et bienfaiteurs. Vladislaus lui donna, en 1259, le village 
de Letky, avec les vignes et autres dépendances, sur la 
possession qui forma plus tard le dominium de Tuchomeritz, 
à charge de prier pom" le salut de son âme et de l'âme 
de ses aïeux: puis les biens de la succession de Henri 
Hartmann, qu'il avait adopté : Kozarowitz avec toutes les 
forêts, ruisseaux et champs, près de "Worlék, dans le cercle 
actuel de Mirowitz: Breznoves prés de Libeii (Lieben), à 



^) L'original est aux Archives de l'Ordre, à la Kleinseite de 
Prague. 

^) V. Dr. M. M. Feytar. Atis dem Panthéon der GeschicTtte des h. s. 
Johanniter-Eitter- Ordens. 1882. 



LE GRaXD-PMEURE DE BOHEME. 237 

proximité de Prague, aujourd'hui propriété du Couvent; Neu- 
meritz, avec forêt et vergers, près de Welwarn (ancienne 
seigneurie de Svoleiioves) achetée par le roi lui-même au 
chevalier Lub et à d'autres encore; le revenu du passage 
sur la rivière de Mies, près de Radotin, non loin de 
Kônigsaal. Le chancelier royal Grervasius donna au cou- 
vent de Prague, le village de Pacislawitz, en Moravie, que 
le grand-duc Vladislaus I*^^ lui avait conféré, en récom- 
pense de services rendus à l'Etat ; son neveu Martin lui 
donna presque tout le domaine de Grussbach (non loin de 
Nicolsbourg), en Moravie, dont il avait acquis une partie 
de Conrad, duc de Znaïm, et le reste, des autres co-proprié- 
taires, par voie d'achat et d'échange. Les libéralités du 
roi Vladislaus I*^^' allèrent plus loin : il lui donna par 
Acte, en date de 1169, les possessions suivantes: Hodo- 
witz, Osajné (Meierhof), le village de Planes (paroisse de 
Girsch, prés de Tepl) et Kahov près de Plass, les terres 
de Manetin ^), avec Lippen et Viska, ainsi que le droit de 
pêche et d'usage des eaux, et de nombreuses forêts dont 
il laissa l'usufruit à ses parents "Wratislav et Nicolas, 
jusqu'à leur mort ; enfin Borislaw, près de Bilin ^), et 
Herbitz (Hribovic, paroisse de Karbitz), Lewin, près de 
x4.uscha, et une forêt à proximité de Olesohnitz et de la 
rivière de Liboc. Parmi les autres donateurs, il faut compter 
les frères Hroznata et Mircislaw, seigneurs de Peruc (non 
loin de Schlan), descendants des anciens Zupans de Melnik, 
et Frédéric, évêque, qui, avant 1179, pendant le règne du 
grand-duc Sobëslav II, firent donation au couvent de la 
Kleinseite de Prague, de Pomrle, près d'Aussig, de Reinlitz, 
de Rongstock, de Wëritz et Ujezd, de Schwaden, près 
d'Aussig, de Kojeditz, près de Leitmeritz, de Pirken, près 
de Rothenhaus, de Salesl, près d'Aussig, de Kleinpriesen, 
de Nestomitz, de Pohoï-, de Taschor, de la forêt près de 
Proboscht et de Ploschkowitz, près de Leitmeritz. Ils éri- 



^) Archives, Acte n" 10. 
2) Item, Acte n" 2. 



238 L'ORDRE DE MALTE. 

gèrent peu de temps après, à Ploschkowitz, une com- 
manderie. 

Lorsque la guerre éclata entre les ducs Sobëslav II et 
Frédéric, il fut livré, le 27 janvier 1179, entre Prague et 
"Wysehrad, là où se trouve aujourd'hui la Neiistadt supérieure 
(quartier de Prague), à côté de la Porte-du-porc (plus tard: 
porte-des-aveugles), un sanglant combat; l'épouse de Fré- 
déric, qui y assistait du liaut des murailles de VAltstadt 
(ville-vieille, autre quartier), fit voeu d'élever sur le ciiamp 
de bataille une Eglise-de-Saint-Jean-Baptiste et un couvent 
pour les Chevaliers Hospitaliers, si son époux remportait 
la victoire. Dieu exauça son voeu et elle donna ordre de 
commencer sans retard les constructions. Le grand-duc 
Frédéric donna aussi quelques domaines à l'Ordre ^). Il fut 
enfin le protecteur de YHospital à Jérusalem, auquel il 
envoyait chaque année une somme importante, pour assister 
les pèlerins pauvres, malades et blessés, et l'admirateur des 
faits et gestes héroïques des Chevaliers de Saint-Jean, en 
Terre-Sainte. 

Des maisons d'Hospitalières furent aussi fondées: la 
première fut créée pour les plus nobles demoiselles du pays, 
à Manetin, dans l'ancien cercle de Pilsen, confirmée par 
Bulle du pape Luce III, en date de Velletri, 23 octobre 
1181. Les Hospitalières y avaient une belle Eglise-de-Saint- 
Jean-Baptiste et un Hospital. Il fat presque en même 
temps construit à Gross-Bor et à Prague, un couvent pour 
les Hospitalières; mais, faute d'actes, il est impossible 
d'indiquer plus exactement le lieu de leur résidence à 
Prague. 

Comme la Congrégation des Chevaliers de Saint-Jean 
croissait de jour en jour, en Bohême et dans les pays voisins, 



^) Arch. de Malte. Documents originaux, série I, vol. XVII. 
sFredericus Boemorum dux, dat Hospitali Jérusalem ecclesiam inter 
Pragam et "WisegTad et confirmât diversas donationes in regno 
Boemiae, 118B.« Vide: Ed. Dobner, Mon. IV, 245, et Boczak, Cod. clipl. 
Moraviae, I, 307; extr. apud. Erben, Begesta dipl. nec non epist. Bnhemiae 
et Moraviae, I, 168, n° 376. 



LE GEAND-PEXEUEE DE BOHEME. 239 

et qu'elle acquérait de jour en jour plus de richesses, les 
Chevaliers élurent, en 1183, leur premier chef et le nom- 
mèrent praeceptor^ c'est-à-dire Représentant du Maître de 
l'Ordre. Les grands-prieurs actuels se nommèrent donc 
d'abord praeceptores (précepteurs ou vice-maîtres), pkis tard 
aussi, magistri (maîtres). Au XIIP siècle, ils portent déjà 
le titre de Magnus ou Summus praeceptor (grand ou souverain- 
précepteur), et ils sont identiques avec les grands-comman- 
deurs des provinces, qui cessèrent d'exister vers la moitié 
du XIV® siècle et cédèrent la place aux grands-prieurs 
autonomes. On les appelait: Sacrae domus hospitalis Jéru- 
salem magister, ou, Summus (magnus) praeceptor per Aleman- 
niam, Boliemiam, Moraviam^ Poloniam, Austriam, Styriam, 
Hungariam; on trouve aussi le: humilis praeceptor; mais, 
lorsque le titre de prior se trouve dans les titres les plus 
anciens, il faut entendre par là le prior ou magister cleri- 
corum, c'est-à-dire le prieur-de-1'Eglise ou maître-des-clercs. 
On ne rencontre pas, avant 1325, la dénomination de prior, 
pour désigner les chefs du grand-prieuré; plus tard, on lit 
souvent: prior generalis, prior humilis, et, dans les actes en 
allemand, Rochmeister (haut maître) et Oberster prior (prieur 
suprême). Les grands-prieurs sont aussi désignés dans les 
Actes, sous le titre de Supremi Magistri, de Maîtres-suprêmes 
de V Ordre de Saint- Jean-de- Jérusalem- en Bohême, à Strahonitz, 
et en tchèque: de »Mistri krizovnikùv zâkona rytirujiciho 
sv. Jâna krtitele prevorstvi ceského«. De 1661 à 1754, 
presque tous les grands-prieurs furent en même temps 
Lieutenants du Royaume de Bohême et possesseurs de la 
judicature provinciale supérieure; enfin d'après l'Ordonnance 
organique renouvelée par l'empereur Ferdinand II, ils sont 
premiers prélats de la province. 

Nous avons pris pour guide, outre les chroniques 
anciennes et les documents . existants, l'ouvrage très-savant, 
quoique çà et là un peu confus, de M. le D^' Feyfar (1882), 
et c'est d'après lui que nous avons établi la chronologie 
des précepteurs, précepteurs-généraux., prieurs-généraux, grands- 
prieurs. Quoiqu'on prétende que les dates et les noms ne 



240 L'ORDEE DE MALTE. 

seraient pas exacts, dans les premiers siècles, nous n'en 
avons pas moins conservé cet ordre chronologique, en 
ayant soin de présenter dans l'Appendice, les listes diver- 
gentes, de manière à permettre au lecteur de choisir. On 
a ainsi Feyfar (1882), Schaller (1786) et Beckmann (1726) 
comparés. Voulant donner place aussi à l'opinion, d'après 
laquelle Strakonitz aurait été le siège originaire du grand- 
prieuré de Bohême-Autriche, nous avons traduit de même, 
dans l'Appendice, les pages de Schaller et de Beckmann 
relatives à Strakonitz. En simple annaliste qui ne prétend 
pas trouver mieux que ses devanciers — car souvent le 
mieux est l'ennemi du bien — nous ne pouvions faire autre 
chose. Cela dit, nous allons d'après la méthode suivie pour 
l'Ordre tout entier dans notre première partie, esquisser 
les Annales de ce grand-prieuré ^). 

PRÉCEPTEURS. 

I. Feère Beenaed 
(1183—1186) 

fut élu par les Chevaliers, en 1183, à la dignité de pré- 
ceptem- pour la Bohême, la Pologne, la Poméranie et les 
provinces adjacentes et confirmé par Bulle du pape Luce III. 
Il était savant et pieux, et il tint sévèrement à l'observa- 
tion de la discipline régulière en même temps qu'il travaillait 
à donner du relief à l'Ordre, en rendant utile à tous l'acti- 
vité de la communauté. Il vit s'accroître aussi les possessions 
du grand-prieuré. Le grand-duc Frédéric lui donna pour 
r Ordre ^), en 1183, l'Eglise votive de Saint- Jean-Baptiste 
que son épouse avait fait bâtù- à grands frais (1179 — 1183) 
sur le champ de bataille (na bojisti), ainsi que VhospitaJ et 
le couvent construits à côté, avec un jour de terres, le 



^) V. Appendice, iïï're cTOr, les 3 listes comparées des dignitaires, 
de 1183 à nos jours. 

2j Les donations sont faites, tantôt à l'Ordre même, à Jérusalem, 
etc., tantôt au grand-prieuré de Bohême. 



LE GEAND-PRIEUEE DE BOHEME. 241 

ruisseau de Bolic, un étang et un moulin près du ruisseau. 
Quelques Chevaliers s'y établirent aussitôt, pour s'y con- 
sacrer à l'administration spirituelle et au soin des malades, 
à l'hospital, et ils emplantèrent le terrain qui leur avait 
été donné. C'est en cette même année 1183, que Fr. Bernard 
reçut pour l'Ordre de Saint-Jean, des fils de Dluhomil, le 
domaine de Eywanowitz, avec le village de Bëlcic, la 
lande de Madlejowitz et autres accessoires, en Moravie, et 
y fit immédiatement construire un hospital. La donation 
fut confirmée la même année. C'est encore en 1183, ou 
même plutôt, que l'Ordre reçut donation de la terre de 
Grôbnig, aujourd'hui située dans la Silésie prussienne, car 
le grand-duc Frédéric confirma, en 1183, cette possession 
et y attacha de grands privilèges. Il n'est pas établi qu'une 
commanderie avec hospital y ait été instituée immédiate- 
ment. C'est en 1183, que Fr. Bernard reçut pour l'Ordre 
du grand-duc Frédéric les possessions suivantes: Altsattel, 
près de Saaz, Ploscha, près de Postelberg, Girsch, près de 
"Weseritz, Sahrat, près de Preitenstein ou Tepl, Skyritz, 
près de Brux, Pollinken, Gleischowitz, Tichonitz, près de 
Sternberg; en échange de Tichonitz, l'Ordre dut rendre 
Boreslau. C'est en 1183, qu'il reçut d'un gentilhomme 
nommée Hrabise, pour l'Ordre, l'Ile-des-juifs, à Prague, en 
amont de l'Ile-des-tireurs (Schiitzeninsel), donation confirmée 
par le grand-duc Frédéric, qui arrondit encore cette pos- 
session et lui fit donner le nom de Jérusalem. Il y fit bâtir 
une église en l'honneur du Saint-Sépulcre et sous l'invoca- 
tion de Saint Jean-Baptiste. Son épouse fit élever à Mies, 
en 1183, l'église paroissiale, sous l'invocation de la Sainte- 
Vierge, et celle de Kaaden près de l'Eger, puis le remit 
à l'Ordre; le grand-duc confirma la donation, avec cette 
clause qu'il ne pourrait être bâti d'église sans autorisation 
de l'Ordre. Il conféra en même temps à celui-ci le droit 
de patronage ^) sur ces deux églises. Mies eut bientôt sa 
commanderie. Comme la population s'était accrue par 



^) Droit de collation du bénéfice. 

SALLES : L'ORDRE DE MALTE. 



242 L'ORDEE DE MALTE. 

l'immigration des Allemands dans le comté de Glatz qui 
appartenait alors à la Bohême, il fut élevé dans le bourg 
même de la comté une deuxième église en l'iionneiu- de 
Saint "Wenceslas: elle fut donnée, en 1183, à l'Ordre qui y 
institua une commanderie. La grande-duchesse Elisabeth 
donna encore à l'Ordre le village de Weissenthurm, près 
de Wranau, puis des terres près de Hradischt et le village 
de Bëlcowic, près de Blattna, L'évêque de Prague, Henri 
Bretislav, neveu du roi Vladislaus I®^, donna en 1184 à 
l'Hôpital de Jérusalem, sur son héritage paternel, une 
métairie à Lewin, près d'Auscha, pour l'assistance des 
chrétiens en Terre-Sainte, à la condition de prier pour lui, 
pour son père qui avait été chevaHer d'honneur de l'Ordre 
et sa mère Marguerite. Il remit l'Acte de donation à Fr. 
Bernard, avec mission de le transmettre au maître, Fr, 
Roger des Mouhns, à Jérusalem. Cet Acte contenait en 
même temps coniirmation de toutes les fondations faites 
au profit de l'Ordre. Le grand-duc Frédéric donna encore, 
en 1185, aux Chevaliers d'autres possessions, dans l'ancien 
cercle de Saaz, et, le 23 avril 1186 ^), le village de Leschan 
et la ville de Kaaden, où il fut érigé une commanderie et 
un hospital de Saint- Jean. L'église existe encore aujourd'hui. 
n j eut en outre d'autres donations et fondations, telles 
que celle faite par le Chapitre-du-Dôme de Prague, en 
1186, du village-paroisse de Schaab (Psav) qui appartient 
maintenant aux Seigneurs-de-la- Croix (Kreuzherren) ; celle 
faite, en 1186, par Hrdon, grand- chambellan et administra- 
teur des biens domaniaux de la famille grand- duc aie, du 
domaine deKosmanos, auquel appartenait la ville deHrobka, 
située dans l'enceinte de la ville actuelle de Jung- 
bunzlau, au pied de la colline du grand - duc Vlatis- 
lav, connue sous le nom de Podolec, Podol (pod-Dol, 
Dul), Podhrad (Pod - hrad, sous le manoir), donation 
confirmée par le grand-duc Frédéric, en sa qualité de 
fils et successeur du roi Vladislaus 1^^, en la même 



1) Arcli. Acte n" 6., an 1186. 



LE GEAND-PRIEURE DE BOHEME. 243 

année ^). Il fut érigé dans cette ville une magnifique coni- 
manderie, avec un Couvent de chanoinesses-hospitalières. 
Fr. Bernard mourut, en 118G, après avoir vu l'Ordre 
grandir et s'établir solidement dans son grand-prieuré, ré- 
compense bien précieuse pour ses efforts et ceux de ses 
chevaliers. Son corps fut inhumé dans l'Eglise conven- 
tuelle de Prague. 

II. Frère Martin 

(1186—1194) 

fut élu, au Couvent de Prague, chef de l'Ordre pour la 
Bohême, la Hongrie et les provinces orientales voisines, 
et cette élection eut lieu à l'unanimité. Il était d'une grande 
famille, neveu du célèbre G-ervasius, chancelier de Vladis- 
laus I®^ et de Vladislaus II; il avait été ordonné prêtre à 
Prague, par l'évêque Meinhard (de Bamberg), il était 
chapelain et notaire de la Cour et fut envoyé à Constan- 
tinople, en 1164, à la tête d'une mission. Il fut successive- 
ment prieur du Chapitre collégial de Leitmeritz (1168), 
et prieur du Chapitre de Prague (1174). Il entra dans l'Ordre, 
en 1179 ou 1180, sous réserve de sa prébende. Après 
avoir prononcé solennellement ses voeux, il se rendit en 
pèlerinage, comme chevalier-prêtre, à Jérusalem ; il en 
revint, en 1183, et consacra sa vie au bien de l'Ordre. Dès 
avant 1186, Ozel, fils d'un certain Hirdeta, avait fait don 
à l'Ordre d'un jour de terre et d'une vaste pâture devant 
le manoir de Gràtz f'Silésie) et près du village de Modle- 
jowitz, non loin de Prerau (Moravie), qui appartenait au 
château-fort de Grâtz et avait nom Roberic, Ce domaine 
fut réuni plus tard à la commanderie de Troppau. L'Ordre 
avait reçu aussi les châteaux d'Orlowitz et d'Austerlitz. 
On rapporte ces donations à l'influence de Fr. Martin. 
Après son élection, le nouveau précepteur utilisa mieux 
encore ses hautes relations, dans l'intérêt de la communauté. 



') Arch., Acte n° G., An 1186. 



244 L'ORDRE DE MALTE. 

Lorsqu'il eut réglé et consolidé la situation intérieure et 
extérieure de son Ordre, il se rendit de nouveau près du 
Maître, à Jérusalem; mais nous le retrouvons, en 1188 et 
1189, dans son grand-prieuré. Le grand-duc Frédéric con- 
firma, en 1188, la commanderie de Ploschkowitz ^) dans ses 
possessions, et le Pape Clément III approuva par Bulle ^) 
l'institution les Hospitalières de Prague, ce qui prouve leur 
existence. Fr. Martin s'appliqua à faire observer stricte- 
ment les Statuts de l'Ordre et prêcha d'exemple. Il j eut 
alors (1188) quelques échanges avec le grand-duc Frédéric, 
lequel assura à l'Ordre un revenu annuel de 12 marcs 
d'argent sur ses mines de Mas^). Euphrosine, mère de la 
grande- duchesse Elisabeth, faisait remettre chaque année 
au prieuré de Bohême, pour VHospital de Jérusalem des 
sommes importantes; une fois veuve, elle entra elle-même 
dans l'Ordre. En 1188, le grand-duc Frédéric confirma 
l'Ordre dans toutes ses possessions actuelles. En 1189, 
Crispus Hroznata, aïeul du bienheureux, fit donation 
à l'Ordre, avec l'assentiment du grand-duc Conrad Othon, 
de toute sa fortune*). En 1190, le bienheureux Hroznata, 
magnat de Bohême de première classe, fils de Sezima 
(mort en 1179) et de dame Dabroslava, de l'ancienne 
famille des Cernine de Chudenitz, donna aussi à l'Ordre le 
village de Hradzen, près de Staab, à la condition qu'il ne 
pourrait être engagé, ni vendu, sans son assentiment ou 
celui de l'Abbé des Prémontrés de Tepl. La commanderie 
de Gross-Tinz (Tynec) fut érigée, en 1189, et vit plus tard 
ses possessions s'accroître par suite des fondations du comte 
Adlard. Bavor I^^, seigneur de Strakonitz et de Horaz- 
dowitz, prit part à la IIP Croisade, sous les ordres de 
Léopold V, duc d'Autriche 5), et, lorsqu'il eut été témoin 

1) Arch. n° 7. 

2) Bulle n° 77. 

3) Arch. 11° 8. 

*) Arch. Acte original. 

5) C'est au siège d'Accon (Saint-Jean-d'Acre) que le duc d'Autriche, 
Léopold V, s'empara d'une tour par escalade, mais que, ne se voyant 
pas suivi, il s'élança (couvert de sang jusqu'à la ceinture) dans la 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHÊME. 245 

de la vaillance des Chevaliers, à la prise de Saint-Jean- 
d'Acre (1189), il fit voeu (1190), s'il revenait sain et sauf 
dans son pays, de donner à l'Ordre une partie de ses do- 
maines, dont Strakonitz faisait partie. Il accomplit son voeu. 
Fr. Martin fut un homme pieux, instruit, actif et in- 
fluent: il sut allier dans son gouvernement la douceur à 
l'esprit d'équité. Il mourut, après avoir bien contribué à 
l'extension de l'Ordre, grâce à la faveur dont il jouissait 
à la Cour et près des grands du royaume. Il fut inhumé 
dans l'Eglise conventuelle de Prague, aux côtés de son 
prédécesseur. 

III. Frère Meinhaed 
(1194—1234) , 

fut élu à Prague et fut durant sa vie un modèle de piété 
et de sévère observance de la règle de son Ordre, La 
pratique des vertus monastiques par le précepteur et ses 
chevaliers attira sur l'Ordre le respect et les faveurs du Roi 
et de la haute noblesse. En 1199, le roi Prem^'-sl Ottokar 1^^ 
donna à l'Ordre Liebkowitz, Sukov (ancien cercle de Pilsen), 
Kwasnei (cercle de Reichenau) et Blesau, en échange de 
sa part de la ville de Bydzov; il confirma au Couvent de 
Prague la possession des terres près de l'église, sur le 
champ de bataille en dehors de la Porte-du-loup (Wolfs- 
thor), sur lesquelles le châtelain avait, au nom du Roi, 
élevé des prétentions. C'est dans la première moitié du 
XIII® siècle que fut érigé le plus grand nombre des com- 
manderies du prieuré de Bohême. En 1200, les Chevaliers 
de Saint-Jean prirent soUennellement possession des com- 
manderies de Kaaden et de Mies. Ils reçurent dans la 
même année, du comte Adalbert de Kaunitz, sa terre de 
Kaunitz (Moravie). Jean V Bavor, évêque d'Olmutz, de la 
maison des Seigneurs de Strakonitz, confirma à l'Ordre le 



mer. L'empereur Frédéric ordonna qu'en souvenir de ce haut fait 
les ducs d'Autriche porteraient dans leurs armoiries, un écu de 
gueules coupé d'une face d'argent. 



246 L'ORDRE DE MALTE. 

don de la Chapelle de Hochtitz, le 20 décembre 1200, et, 
en cette même année, Vladislav, margrave de Moravie, 
affrancliit les biens de l'Ordre de toutes charges et rede- 
vances. Le comte Hemeram, fils de Gnemowir, érigea la 
commanderie de Striegau (Silésie prussienne). Dès avant 

1203, Léopold de Blumenove donna à l'Ordre le beau do- 
maine de Furstenfeld (Styrie), car un couvent et une 
église de Saint- Jean-Baptiste y ont existé en ce temps-là. 
C'est même la maison de l'Ordre la plus ancienne de 
Styrie, et elle était autrefois très-richement dotée. Un peu 
plus tard fut érigée la deuxième commanderie de Styrie, 
celle de Melling ou Melnik, dans l'ancien cercle de Mar- 
burg. On ignore si elle appartint tout d'abord à l'Ordre, 
ou vint en sa possession, par suite d'échange avec l'Ordre 
Teutonique. L'Ordre érigea quelque temps après la troi- 
sième commanderie de Styrie, celle de Haillenstein ou 
Cilli, près de Neucloster. La commanderie de Striegau se 
chargea, en 1203, du service de l'église paroissiale de 
Saint-Pierre et Saint-Paul et de l'hôpital. Cette comman- 
derie fut confirmée par Henri, duc de Silésie (1203). En 

1204, l'Ordre possédait déjà la commanderie d'Erdberg 
(Moravie) qui devint une filiale de celle de Mailberg 
(Basse-Autriche). Le Couvent de la commanderie était 
adossé à une colline, sur la rive du Tajax, et offrait une 
vue magnifique. Othon de Traberg avait érigé cette com- 
manderie, à laquelle est encore attaché le droit de patro- 
nage de l'église paroissiale d'Erdberg. Vladislav, margrave 
de Moravie, affranchit la commanderie filiale d'Erdberg 
des charges et redevances, et lui accorda des privilèges. 
En 1206, le Pape Lmocent III confirma aux Chevaliers la 
possession de Kaunitz et les autres fondations. L'Ordre 
institua à Ober-Kaunitz une commanderie avec hospital^ 
dont fut nommé titulaire un chapelain conventuel. En 
1207, les Chevaliers possédaient la riche commanderie de 
Lossen (Silésie prussienne), fondée par Henri P'^, duc de 
Silésie. Ils y rattachèrent les villages de Rosenthal, de 
Jeschen, de Bonhusen (Buchitz), qui font encore partie de 



LE GRAND -PRIEURE DE BOHÊME. 247 

la paroisse de Lossen, et plus tard, Glosenau et Lichten. 
La commanderie de Lossen était une des plus anciennes 
de la Langue d'Allemagne, dans la principauté de Brieg. 
C'est sans doute aussi vers ce temps-là que Henri P^, duc 
de Silésie, institua la Commanderie du Très-Saint-Corps-du- 
Christ (S. S. Corporis Christi), à Breslau, où les Chevaliers 
furent chargés du service religieux et du soin des malades. 
En 1208, le pape Innocent III confirma à l'Ordre les 
possessions delà commanderie de Mailberg ^Basse Autriche). 
Ce même Henri I®^ fonda, vers 1213, la commanderie de 
Loewenberg (Lemberg, Léopol), dans le duché de Jauer, 
et les Chevaliers la reçurent en 1213. On en trouve la 
preuve dans un Acte de Henri II, le Pieux, duc de 
Silésie, dressé à Brieg, le 12 mars 1241, par lequel il con- 
firme les donations faites par son père, Henri I®^, et par 
Thomas, évêque de Breslau, à l'égKse paroissiale de 
Loewenberg, le jour où elle fut consacrée. En 1213, 
Pï-emysl Ottokar I®^, roi de Bohême, agissant en commun 
avec Henri, margrave de Moravie, accorde aux Chevaliers, 
pour leurs possessions des districts d'Olmutz, de Brunn, de 
Znaïm et de Holeschitz, en Moravie, de nombreux privi- 
lèges, à la date du 31 décembre^). Il faut reporter à cette 
même année la construction de l'égHse de Saint-Procope, 
de Prague, à titre de filiale de l'église paroissiale de 
l'Ordre, sur l'emplacement de la plus ancienne maison 
bâtie sur l'ordre de Libusa (722). 

Ruppert, le dernier chevalier et seigneur de Pulst 
(Carinthie), étant mort à la Croisade, institua pour son 
héritier à titre universel, l'Hospital de Saint - Jean - de- 
Jérusalem, et il fut créé à Pulst une commanderie. La 
commanderie de Sanct-Peter (Carniole) est de la même 
date. La commanderie de KJremsier (Moravie) et celles de 
Svëtla et de Bohmisch-Aicha, dans l'ancien cercle de Jung- 
bunzlau (Bohême), fondées par Bohuchval de Wartenberg; 
les commanderies de Goldberg et de Beilau (Silésie prus- 



1) Arcli., Act., n° 14. 



248 L'ORDRE DE MALTE. 

sienne) sont de la même époque, A Kremsier, l'église fut 
dédiée à Saint Jean-Baptiste, il y eut à côté un hôpital. 
Celle de Svetla, située sur le penchant du mont Jeschken, 
était magnifique. A Svetla et à Bôhmisch-Aicha, les Cheva- 
liers avaient le droit de patronage sur les églises; ils ad- 
ministraient le service religieux et soignaient les malades. 
Us eurent aussi, sous Léopold-le-Glorieux, duc d'Autriche, 
un couvent avec une église dédiée à Saint Jean-Baptiste, 
à Vienne (Karnthnerstrasse; Johanneshof). Ils bâtirent à 
côté la maison encore aujourd'hui nommée, d'après son 
ancienne destination, Pilgrimhaus (Maison des pèlerins). 
La commanderie de Stroheim (Haute-Autriche) fut fondée 
et releva de celle de Mailberg (Basse-Autriche). En 1222, 
l'Ordre reçut le domaine de Pribitz (Moravie) et y érigea 
une commanderie avec église et hôpital; elle releva de 
celle d'Alt-Brunn. En 1227, le duc Léopold confirma la 
donation de la commanderie d'Erdberg (Moravie) par Othon 
de Traberg, et cette commanderie fut rattachée à celle de 
Mailberg. En 1230, le comte Hoslaus donna à l'Hôpital 
de la commanderie de Grobnig (Silésie prussienne) et au 
couvent de l'Ordre à Mokau (Makov), en Silésie autrichienne, 
les terres relevant de son domaine, nommées Chischi, et 
la commanderie de Mokau fut fondée. En 1234, fut confirmée 
la fondation par Léopold de Blumenhowe de la comman- 
derie de Furstenfeld (Styrie). 

L'Ordre était dans toute sa prospérité, en Bohême: il 
possédait 1900 biens et 12 hospitaux. Fr. Meinhard mourut 
en 1234 et repose dans l'église conventuelle de Prague. 

IV. Feèee Hugues, 
(1234—1238) 

en même temps titulaire de Pologne, fut élu à l'unanimité 
par les commandeurs et chevaliers de justice. Il était 
prieur conventuel de Prague. Il consacra ses soins à l'amé- 
Koration des biens de l'Ordre. Il y eut sous son priorat 
conflit entre le commandem- d'Ober-Kaunitz et le curé de 



LE GE.AND-PEIEURE DE BOHEME. 249 

l'église Saint - Michel de Znaïm, par suite du refus des 
redevances pour le village de Pratitz (1235). L'autorité 
religieuse d'Olmutz décida en faveur du commandeur, au 
nom du pape Grégoire IX, qui lui avait délégué le jugement 
de l'affaire. Il faut enregister aussi la donation du village 
de Drslawitz au couvent de Grobnig par le chambellan 
de la province, à Olmutz, confirmé par Premysl Ottokar, 
et la construction à Brunn d'un hôpital, en 1238, par le 
riche bourgeois Rudin. 

V. Frèee Mladota 

(1238-1245) 

lui succéda. Acquisition ^) de Proboscht-sur-1'Elbe, près de 
Leitmeritz (1238); confirmation des possessions de la com- 
manderie de Lossen (Silésie prussienne), avec permission 
de la constituer selon le droit germanique, donnée par 
Henri P^, duc de Silésie, mari de Sainte-Hedwige (1238) 2); 
achat par le commandeur de Striegau du village de 
Pochezno (Zédlitz), près de Schweidnitz (1238), et autori- 
sation de constituer selon le droit germanique le village 
de Lussen, près de Striegau (1239); confirmation par 
Miecislav, duc d'Oppeln, des possessions de la comman- 
derie de Grobnig (Hrobnik), et de celles de la comman- 
derie de Mokau (1239); renouvellement de l'Acte de fon- 
dation de la commanderie de Loewenberg, etc., par Henri II 
le Pieux, le 12 mars 1241 ; réalisation par Bavor P^', 

^) Les détails relatifs aux fondations étaient, lors de la création 
du prieuré, d'une grande importance historique, mais désormais nous 
ne mentionnerons que les principales fondations, afin d'alléger le récit. 

^) Sainte Hedwige, patronne de la Silésie, née en 1174, épousa 
Henri, duc de Silésie et de Pologne, et lui donna six enfants qu'elle 
éleva elle-même. Après la mort de son mari, elle fonda à Trebnitz, 
en Silésie, une abbaye pour des religieuses de Cîteaux et s'y en- 
ferma. Elle y mourut en 1243. On la fête le 15 octobre. Il ne faut 
pas la confondre avec Sainte-Hedwige, fille de Louis, roi de Hongrie, 
qui fut la femme de Vladislav V, roi de Pologne, et mourut à 
Cracovie, en 1399, après avoir puissamment contribué à répandre le 
christianisme en Lithuanie. 



250 L'ORDRE DE MALTE. 

seigneur de Strakonitz, du voeu fait de fonder près de 
l'église de Saint-Procope, à Strakonitz, un couvent de 
l'Ordre, et donation par lui de villages, ainsi que de deux 
autres villages par son épouse qui les avait achetés pour 
la somme de 66 marcs d'argent (1243) ^) ; entrée de Rudinger 
(Rudlin), directeur de l'hôpital-du-S* -Esprit de Brunn, dans 
l'Ordre, et transfert à l'Ordre de tous les biens de cet hôpital, 
fondation de la commanderie d'Alt-Brunn, dont il fut lé 
premier titulaire (1243): cet hôpital fut rebâti et prit le 
nom d'Hôpital-Saint-Jean, il fut doté de droits et privi- 
lèges importants. Tels sont les accroissements qu'il nous 
paraît utile de signaler. Fr. Mladota fut un parfait ad- 
ministrateur: il fit réparer toutes les maisons de l'Ordre 
qui étaient en mauvais état et décorer les églises. Il mourut 
en 1245. 

PRÉCEPTEURS GÉNÉRAUX. 

I. Frère Pierre de Straznitz 

(1245-1252) 

fut élu le premier, sous son nom de famille et son prénom, 
précepteur général (praeceptor generalis), selon les titres du 
temps. Il était de haute lignée et se consacra surtout è 
l'organisation intérieure de son Ordre. Il mourut en 1252 



a 



II. Frère Clemens, 
(1252—1255) 

en même temps grand-prieur d'Allemagne ^), et, comme tel, 
ayant le titre et le rang de prince du Saint-Empire romain, 
et titulaire du prieuré de Pologne. En 1253, l'église de 
Notre-Dame de la Kleinseite de Prague fut entourée, ainsi 
que le palais épiscopal, en 1253, pour renforcer la tête de 
pont de la Kleinseite et sur l'ordre du roi Wenceslas P'^, 

^) V. Appendice : Détails sur Strakonitz. 

2) Le grand-prieuré d'Allemagne fut fondé en 1250 ou 1251. 



LE GRAND-PRIEUKE DE BOHEME. 251 

de bastions, de murs et de fossés, et elle fut protégée du 
côté du fleuve par une chaîne dorée, d'où lui vient peut- 
être le nom de Notre-Dame sub-catenâ. Elle était exposée, 
par suite de son emplacement hors de la ville et formait 
un ouvrage soKde de défense. En 1254, il y eut nouvelle 
confirmation des possessions de l'Ordre par le roi Prem^^sl 
Ottokar II. En 1255, la pieuse dame de Brezno donna à 
l'Ordre, à Podhrad, au-dessous du manoir de Boleslaus 
(Jungbunzlau) la magnifique Eglise - Saint - Gu}', avec 
l'fiôpital et les dépendances ^). En en prenant possession, 
Fr. Clemens institua un couvent de clianoinesses pour les 
plus nobles filles du pays, au pied de la colline, près de 
la commanderie. Podbrad (Podoletz) eut ainsi ses Hospi- 
talières. Les possessions de la commanderie de Melling 
(Styrie) furent confirmées et agrandies par de nouvelles 
donations ^). Fr. Clemens mourut en 1255. 

III. Frère Henri de Furstenberg, 

(1255—1273) 

en même temps grand-prieur d'Allemagne et prieur de 
Pologne. Son priorat fut inauguré par la confirmation par 
le roi Premysl Ottokar II (1255) de toutes les possessions 
de l'Ordre. Il sut d'ailleurs augmenter encore les ricbesses 
du prieuré, en en arrondissant les possessions et domaines. 
La commanderie de Striegau fut l'objet particulier de ses 
soins. Fr. Henri érigea les commanderies de Zittau et de 
Hirsclifelde: Zittau avait été élevée au rang de ville, par 
le Roi de Bohême, et l'Ordre fut à cette occasion doté de 
domaines nouveaux. Cette commanderie a laissé de ses 
oeuvres des traces bénies, dans toute la contrée. En 1261. 
le prieuré reçut la confirmation du privilège de l'Ordre de 
ne relever que de l'obédience du Saint-Siège. En 1262, 
le duc de Silésie, Henri IH, fonda et dota la commanderie 
de Reichenbach (Silésie prussienne). En 1263, Ulrich, duc 

^) Arch., Acte original. 
-) Ibidem. 



252 L'OE.DEE DE MALTE. 

de Carinthie, remit à l'Ordre le legs du Chevalier et Seigneur 
de Pulst (Maria-Pulst), en sa qualité de suzerain de ce 
dernier, et la commanderie de Maria-Pulst fut alors fondée ^). 
En 1267, Fr. Wernhard, commandeur du JohannesJiof de 
Vienne, y commença la construction de l'Eglise-Saint- 
Jean-Baptiste et la termina en peu d'années ^). L'Ordre 
croissait de jour en jour et son influence s'étendait à 
mesure du bien qu'il accomplissait. Fr. Henri mourut, en 
1273, regretté de tous pour ce qu'il avait fait pour la reli- 
gion, pour ses frères et pour l'Etat, 

IV, Frère Henri de Bocksberg, 

(1273—1278.) 

en même temps grand-prieur d'Allemagne et prieur de 
Pologne, fut élu praeceptor generaïis. Sous son gouverne- 
ment, il faut noter les défricliements faits en Haute 
Autriche (1273), par le commandeur deStroheim; l'accroisse- 
ment d'influence de la commanderie de Zittau (1275), par 
les soins aux malades et l'enseignement; l'érection de la 
commanderie de Laa (Lauch, Loch, Unter-Laa, Basse- 
Autriche) par le Viennois Paltram, et la construction im- 
médiate de l'EgHse-Saint-Guy et de l'Hôpital-Saint-Jean- 
Baptiste. C'est alors que fut consacrée l'église de la 
Kârnthnerstrasse à Vienne, comme l'étabht un Mandement 
de l'Archevêque de Salzbourg et des évêques de Chiemsee, 
de Lavant, de Passau, accordant une indulgence de 40 
jours à ceux qui visiteront cette Eglise-Saint- Jean-Baptiste, 
aux grandes fêtes de la Sainte-Vierge {visitantibus ecclesiam 
fratrum hospit. S. Joannis Viennae in festis praecipuis JB. M. 
V. et in praesentatione dextri Srachii Beat. Joannis JBapt.) 
La commanderie d'Alt-Brunn reçut (1277) de Premysl 
Ottokar H, une métairie, cinq grandes économies, au 
village de Reckowitz, et le village du Suslotowitz, qui 
n'existe plus. Fr. Henri de Bocksberg mourut en 1278. 

^) Arcli., Acte original. 
*) Ibidem, 



LE QRAND-PRIEURE DE BOHÊME. 253 

V. Frère Hermann de Brunshorn, 

(1278-1284) 

en même temps grand-prieur d'Allemagne et prieur de 
Pologne, accrût les possessions de l'Ordre (1279) à Ober- 
Kaunitz; érigea à Leobscliutz (Silésie prussienne) une com- 
manderie (1279), plus tard réunie à celle de Grôbnig. Celle-ci 
fut affranchie par la reine-donairière Cunigonde (1279) 
de toute juridiction civile et de toutes redevances envers 
l'état. Henri, duc de Silésie, donna Brieg (cercle de 
Breslau) avec la paroisse (1280) et la commanderie de 
Brieg fut instituée ^). Bernard, duc de Silésie, confirma 
(1281) ^) les possessions de la commanderie de Loewenberg, 
dans la principauté de Jauer, avec droit de patronage. 
Celle-ci acquit de nouveaux biens. Il faut sans doute aussi 
rapporter à ce précepteur-général la fondation des com- 
manderies de Kosel et de Beilau (Silésie prussienne), et 
celle de la commanderie de "Warmbrunn (1281), sous le 
titre de : » Claustrum Sancti Joannis Bajpt. fontis calid'U qui 
fut la première supprimée parmi celles de Silésie. Fr. Her- 
mann de Brunshorn mourut en 1284. 

VI. Frère Hermann de Hohenlohe, 

(1284-1287) 

en même temps prieur de Pologne, commandeur et ckevalier- 
profès, fut élu à Prague. Il y eut des arrangements rela- 
tifs à une extension d'activité dans la commanderie de 
Grobnig (1284 — 1287), dont le siège fut ensuite transféré 
à Leobschutz (où il resta jusqu'en 1492), et quelques modi- 
fications relatives à d'autres commanderies. Fr. Hermann 
était un homme juste, sévère pour lui-même, indulgent 
pour les autres, bienfaisant; mais il était souffrant et 
renonça à sa charge, en 1287, afin de rétablir sa santé 
dans la retraite. 



1) Arch., Acte original. 

*) Ibidem, Acte. Bernhardus, Bei gratiâ Dnx . . 



254 L'OEDRE DE MALTE. 

VII, FrÈEE BÉEENaER DE LoUE, 
(1287—1290) 

en même temps grand-prieur d'Allemagne, érigea, en 1289, 
la commanderie de Horazdowitz, grâce à la donation de 
Bavor III, seigneur de cette ville, mais la commanderie 
fut ensuite réunie à celle de Strakonitz. Il mourut en 1290. 

VIII. Frère Godeproy de Kling-enpels, 
(1290-1293) 

en même temps grand-prieur d'Allemagne et prieur de 
Pologne. Les chevaliers eurent, en 1291, le service de 
l'église paroissiale de Zittau (alors ville de Bohême) ; leurs 
possessions et privilèges en Moravie (commanderie d'Erd- 
berg) furent confirmés par le roi Wenceslas II (1292). C'est 
en cette même année que le commandeur de Pulst fut 
écartelé pour crime de lèse-majesté. Cet événement qui 
appartient à l'histoire des compétitions politiques, fit sur 
Fr. Godefroy une si pénible impression qu'il se démit de 
sa charge, en 1293. 

IX. Frère Hermaot^ de Hohenlohe, 
(1293—1298) 

démissionnaire en 1287, fut élu de nouveau, à Prague, 
précepteur général; on parle de son esprit de conciliation, 
grâce auquel la commanderie de Pulst se releva, sous son 
nouveau titulaire, du coup qu'elle avait reçu. 

X. Frère Henri de Kindehuze, 
(1298-1301) 

en même temps prieur de Pologne, suivit l'exemple de ses 
prédécesseurs et se dévoua aux intérêts de l'Ordre. Le roi 
de Bohême, Wenceslas II, confirma la donation de la 
commanderie de Horazdowitz, faite par Bavor. La com- 



LE GRAND-PErEURE DE BOHEME. 255 

mauderie de Haillenstein (StjTrie) reçut de nouvelles posses- 
sions (1298); l'administration des biens du prieuré fut amé- 
liorée; les églises furent réparées ou décorées; la discipline 
fut sévèrement observée. 

XI. Frèee Henui (Helpheik) de Rudigkheim, 

(1301—1313) 

en même temps grand-prieur d'Allemagne et prieur de 
Pologne, fut un homme d'une grande activité et d'un saint 
zèle pour le bien de l'Ordre, et jouit de toute la confiance 
de ses frères. Il eut la joie de voir conférer, en 1301, au 
prieur conventuel de Prague, par le pape Boniface VIII, 
le droit de porter la crosse et la mître dans les cérémo- 
nies de l'église. En 1302, fut constituée la commanderie de 
Beilau (Pilavia) en Silésie ^). C'est en 1803, qu'on trouve 
la commanderie de Zittau mentionnée dans des actes. La 
commanderie de Furstenfeld subsiste, malgré les dangers 
qu'elle a courus de disparaître. A Zittau, on appelait com- 
munément les Chevaliers de Saint-Jean, Seigneurs de la 
Croix (Kreuzherren). Le pape Clément V fit savoir et 
connaître, par Bulle du 17 mai 1312, aux Etats de Bohême, 
que, l'Ordre des ChevaHers du Temple ayant été aboli à 
la date du 22 mars précédent, ils eussent à se mettre en 
possession' des biens de cet Ordre et à les remettre par 
commissaires spéciaux' à l'Ordre des Chevaliers de Saint- 
Jean, et quelques-uns de ces biens passèrent immédiatement 
entre les mains de l'Ordre, et par exemple, la Coîir (hi 
Temple, près de l'Eglise-Saint-Laurent (à présent Saiiite- 
Anne), à Prague, Cejkomtz, Aurinowes, Kolowrat, Vodo- 
chody, près de Raudnitz, Neuhof, dans l'ancien cercle de 
Tabor, Blatna, Budin, G-radlitz, Lemberg, Maleschau, Pisek, 
Bosig, Stodulek, "Wamberg et Jungbunzlau, etc. Les Cheva- 
liers de Saint-Jean n'eurent tous les biens des Templiers, dans 
le ressort du prieuré, qu'en 1318, et plus tard ils en reper- 



^)'Arch., Acte original. 



256 L'OEDEE DE MALTE. 

dirent un grand nombre. Les Templiers se maintinrent 
encore quelque temps dans certains pays de la Langue 
allemande, par exemple, dans la Marche de Brandebourg, 
à Gorlitz (Oberlausitz, actuellement prussienne), sous la 
protection du margrave Waldemar, jusqu'en 1318, époque 
à laquelle leurs biens écliurent à l'Ordre. Klein-Ôls, près 
d'OUau, ne fut remis non plus qu'en 1318 au prieuré de 
Bohême. Il est intéressant de noter que Frédéric d'AIvens- 
leben, chef de l'Ordre des Templiers, entra dans l'Ordre 
des Hospitaliers, ainsi que plusieurs de ses chevaliers, et 
qu'ils furent maintenus dans les dignités qu'ils avaient 
occupées dans l'Ordre du Temple. Pr. Henri de Rudigkheim 
mourut en 1313. 

PRIEURS GÉNÉRAUX. 

I. Pkèee Beethold (Comte) de Hennebeeg, 
(1313—1325) 

en même temps grand-prieur d'Allemagne et prieur de 
Pologne, était conseiller du roi Jean, qui le nomma son 
Lieutenant du Royaume de Bohême, pour le temps de son 
absence. Le pape Clément V ordonna, en 1313, la levée 
de la dîme en Bohême, pour la Terre-Sainte, sur toutes 
les personnes de l'ordre du clergé, à l'exception de l'Ordre 
de Saint-Jean. L'église du Très-Sacré-Corps-du-Christ, à 
Breslau, fut édifiée en 1317 et devint la propriété de l'Ordre, 
qui fit bâtir à côté un hôpital. C'est sans doute alors que 
fut instituée la commanderie de Breslau. La commanderie 
des Templiers, à Klein-Ôls, passa en 1318 à l'Ordre, qui y 
obtint du Eoi, en 1319, le droit de justice sur ses ressor- 
tissants. En 1314, Pribitz devint une commanderie filiale 
d'Alt-Bîunn. 

Les précepteurs-généraux de Bohême reçurent, en 1325, 
le titre de priems-généraux, et le priem'-général, Fr. Berthold, 
fut élu, en 1325, grand-prieur d'Allemagne et prieur de 
Pologne. Les Chevaliers lui élurent immédiatement un 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHEME. 257 

successeur au prieuré de Bohême. Il mourut en 1330, et 
fut inhumé solennellement dans l'Eglise-Saint-Jean-Baptiste 
de Wurzbourg (Bavière). 

II. Frère Michel de Tinz, 
(1325—1338) 

en même temps prieur de Pologne, était de la maison 
des ducs de Silésie. Sans nous arrêter à des acquisitions 
de moindre importance, nous mentionnerons la fondation 
(1333) par Nicolas, duc de Troppau et de Ratibor, de 
l'Hôpital- Saint-Nicolas, noyau de la célèbre commanderie 
de Troppau, érigée plus tard (Silésie autrichienne) ; l'institu- 
tion du prieur-général, Fr. Michel, et de ses successeurs 
pour héritiers universels, par Guillaume Bavor, seigneur 
de Strakonitz, en 1336. C'est depuis cette époque que chacun 
des chefs du grand-prieuré est possesseur de la grande- 
seigneurie de Strakonitz. Fr. Michel avait juridiction sur 
19 commanderies de chevaliers et 4 de chapelains, en Bohême, 
sans compter des possessions considérables dans diverses 
contrées, administrées par 8 fonctionnaires, presque tous 
membres de l'Ordre et résidant sur ces domaines. Il mourut 
en 1338. 

III. Frère Gallus de Lemberg, 

(1338-1367) 

en même temps prieur de Pologne. Aussitôt après son 
élection, Bolko, duc de Silésie, confirma la commanderie 
de Eeichenbach ^). Les Chevaliers de la commanderie du 
T.-S.-Corps-du-Christ, de Breslau, se signalèrent (1339) par 
leur zèle dans l'enseignement et le soin des malades. En 
1347, Karl, margrave de Moravie, j^ri* sous sa garde les 
maisons et possessions de l'Ordre dans ses Etats ^). En 1351, 



^) V, Arch., Acte original. 

2) V. Ibidem, Acte orig , daté de Brunn, 3 des calendes de juin 1348. 

SALLES, L'ORDRE DE MALTE. jj 



258 L'ORDRE DE MALTE. 

le commandeur, Fr. Nicolas de "Wildimgsmaiirer, administra 
les commanderies d'Ober-Kannitz (Moravie) et de Mailberg 
(Basse-Autriclie) avec tant de succès, qu'il en put augmenter 
les possessions ^). Il en fut de même du commandeur, Fr. 
Nicolas de Siegersdorf, pour la commanderie de ïïirscli- 
felde (1352). L'Ordre érigea une commanderie à Kostomlat 
(paroisse de Cernousek) en 1352. La commanderie du T.-S.- 
Corps-du-Christ fat très- enrichie, en 1353, par des" achats 
et des échanges. La commanderie de Lichtenau (Ober- 
Lausitz), érigée au commencement du XIV® siècle fut 
agrandie (13j55). 

Ernest, archevêque de Prague, voulut, sur l'ordre du 
Saint-Siège, soumettre les biens des Chevaliers à la dîme; 
mais les remontrances de l'empereur Charles IV firent 
dispenser l'Ordre de cette charge, dans le présent comme 
il l'avait été dans le passé ; l'archevêque Ernest (des Seigneurs 
de Pardubitz) était du reste favorable aux Chevaliers, dont 
il avait été l'élève à Glatz, et son corps repose dans 
l'église conventuelle de l'Ordre en cette ville. En 1358, 
Charles IV confirma l'Ordre dans toutes ses ^possessions- 
En 1860, Nicolas, duc de Troppau, remit aux Chevaliers 
la nouvelle Eglise-Saint-Jean-Baptiste, avec l'hôpital y 
attenant, etc., à Troppau, et affranchit l'Ordre de toutes, 
charges et redevances, ce qui fut ratifié par Jean VIII 
Ocko de Blasim, évêque d'Olmutz. Le Couvent de Prague 
possédait alors toute la partie sud de la Kleinseite, devant 
les murs de la ville, entre la montagne Saint-Laurent 
(Pétrin) et la Moldau (Aujezd), de la Karmelitergasse (Rue 
des Carmélites) à la caserne actuelle de gendarmerie. 
Les maisons de revenu étaient un peu à l'ouest et 
allaient jusqu'à la Haitptstrasse (Rue principale). Il s'y 
trouvait aussi la filiale de Saint-Procope, desservie par 
l'Ordre. Fr. Gallus mourut, en 1367, après 29 années de 
priorat. 



1) V. Arch., Actes de 1351. 



LE GRANU-PEIEUE-E DE BOHEME. 259 

IV. Frèee Je.in de Zwierzetitz (Zweretic)-Wartenbeeg-, 

(1367—137-2) 

en même temps prieur de Pologne. Le pape Urbain V 
imposa à l'Ordre un cens en faveur de l'empereur Charles IV, 
après le voyage de celui-ci à Rome. L'Ordre paya pour 
tout le prieuré 330 schocks de gros de Prague ^), ou 19.800 
gros. Ce prieur-général fit, le 30 janvier 1371, à la com- 
manderie de Svëtla un legs pour le service des âmes. Il 
mourut en 1372. . 

V. Feère Simon (duc) de Teschen, 
(1878—1391) 

en même temps prieur de Pologne, était fils de Casimir, 
duc de Teschen, et commandeur de Klein-Ols, depuis 1362. 
Son rapport de visite au pape Grégoire XI, en 1373, nous 
donne l'état actuel du prieuré. 

1° Commanderie de la Kleinseite (Prague): 17 chape- 
lains, 2 chevaliers, 9 frères servants, pour le Couvent et 
VEglise-N otre-D ame-siib-catenâ. — 1 chapelain pour l'Eglise- 
Saint-Jean-Baptiste sur Je champ de bataille^ à Prague. 

2° Commanderie de Strakonitz; avec les églises à 
Strakonitz, Horazdowitz etSicin: 15 chapelains et 4 frères 
servants. 

3° Commanderie de Ploschkowitz : 1 chapelain, 4 frères 
servants. 

4°, 5° Commanderie de Jung-Bunzlau, avec l'Eglise- 
Saint-Guy sous le château (Podhrad) et l'Eglise-Saint-Jean- 
Baptiste à la Neustadt (ville-neuve) : 3 chapelains. 

6° Commanderie de Svëtla: 6 chapelains et 5 frères 
servants. 

7° Commanderie de Zittau : 12 chapelains. 

S'-" Commanderie deGlatz: 13 chapelains et 1 frère servant. 

9° Sur les autres commanderies, chevaliers, chapelains 
et frères servants. C'est l'Ordre qui paya, en 1373, le plus 



') V. Arch., Acte original. 

17* 



260 L'ORDRE DE MALTE. 

haut cens au pape Grégoire XI, savoir : 400 fl. ou environ 
25 sctiocks de gros de Prague (1500 gros). 

Le commandeur et prieur crosse et mitre de Prague 
fit exhausser une tour de l'église, de 7 m. 90 cm. (1389). 
Cette Eglise-Notre-Dame était bien plus vaste que celle 
d'aujourd'hui, qui n'occupe que l'emplacement du choeur de 
l'ancienne. On la nommait alors l'Eglise au pied du pont, 
ou à côté du pont (in pede pontis, in latere pontis). Fr. Simon 
sut, grâce à sa haute naissance, défendre l'indépendance 
et les privilèges de son Ordre, de même qu'il sut y faire 
régner la discipline. Il mourut en 1391. 

VI. Feère Maucold de Wrutitz CWrutice), 
(1391—1396) 

en même temps prieur de Pologne, était de la maison des 
Wartenberg et portait le nom de sa possession territoriale, 
le manoir de "Wrutitz, près de Jung-Bunzlau. Pr. Marcold 
fnt, selon la chronique, un guerrier de pied en cap. Il fut 
proposé pour le priorat par le roi Wenceslas IV et approuvé 
par le grand-maître de l'Ordre, à Ehodes, Pr. Jean Fer- 
dinand de Heredia (1376 — 1396). Fr. Marcold était en faveur 
auprès du roi "Wenceslas IV; mais il fut suspect de con- 
spiration, mandé au château de Karlstein, avec trois autres' 
conseillers de la couronne par le prince Jean de Eatibor, 
commandant de ce château et confident de Wenceslas, et 
tous les quatre, furent frappés sans jugement à leur entrée 
dans le cabinet du Roi. Cet événement tragique est du 
21 mai 1396. (Des chroniqueurs écrivent 1397). Ses restes 
furent ramenés à Prague et inhumés dansl'église de Smichov, 

VIL Frèee Heemann de Zw^rzetitz-Wartenbee», 
(1398-1401) 

en même temps prieur de Pologne. Lors de la levée du 
cens, concédé en 1399 par le pape Boniface IX au roi 
Wenceslas IV, sur le clergé régulier et séculier de Bohême, 
ce fut encore l'Ordre qui, de toutes les congrégations, paya 



LE GRA^'D-PRIEUIÎE DE BOHÊME. 261 

la contribution la plus forte, preuve incontestable de sa 
ricbesse. Le prieur-général transféra, en 1399. sa résidence 
sur la commanderie de Svëtla, si admirablement située sur 
la pente du Jezek et au milieu des commanderies de Jung- 
Bunzlau, de Podolec, de Bëhmisch-Aicha, de Zittau, de 
Hirscbfelde. La fin de sa vie fut attristée par le sckisme 
de Jean Huss. Il mourut en 1401. 

VIII. Frère Henri de Neuhaus-Rosenberg, 

(1401—1422) 

en même temps prieur de Pologne, était prieur conventuel, 
lors de son élection, confirmée immédiatement par le 
Magistère de Rhodes. Les temps mauvais approcliaient. 
Le 13 décembre 1404, il confirma à la ville de Strakonitz 
les privilèges que Bavor IV lui avait conférés et força 
Zizka, qui en assiégeait le ckâteau-fort, à prendre la fuite. 
Il réunit, en 1411, la commanderie de Beilau à celle de 
Gross-Tj'^nz et reçut d'importantes donations au profit de 
l'Ordre. A la mort de Vi^enceslas IV, le roi Sigismond 
nomma Lieutenant du royaume de Bohême, le prieur- 
général Fr. Neuhaus, qui fut chargé de protéger avec d'autres 
seigneurs, la reine-douairière, Sophie, dans sa triste situation. 
Alors se déclara la tempête. Les chanoines du Dôme se 
réfugièrent à la commanderie de l'Ordre de Saint-Jean, 
à Bautzen ''Budissin). Mais les Hussites commençaient à 
ravager la Bohême : ils détruisirent entièrement une partie 
considérable des possessions de l'Ordre. Quand ils eurent 
entièrement ruiné, le 8 mai 1420, le couvent de la Klein- 
seite, de Prague, les Chevaliers émigrèrent à Strakonitz, 
où dès lors les prieurs-généraux résidèrent durant un siècle, 
de sorte que les prieurs-conventuels furent autorisés avec 
le temps à faire usage des pontificales. Le couvent des 
Chevalières de Saint-Jean, de Prague, fut détruit aussi, et 
les nobles filles qui ne purent s'échapper, furent livrées à 
une soldatesque infâme et à la mort pour leur attachement 
à leur foi. Le couvent des Chevaliers se releva peu à 



262 L'ORDEE DE MALTE. 

peu, mais celui des ctievalières hospitalières iie se releva 
plus. La commanderie de Mies fut ravagée (1420) ; les 
Hussites s'emparèrent (1421) du château-fort de Gross-Bor, 
dispersèrent les couvents des Chevalières de Saint-Jean, à 
Manëtin et à Podhrad, et d'autres encore, dont la disparition 
n'a pas laissé de traces. Le couvent, l'église et beaucoup 
de bâtiments de la commanderie de Horazdowitz furent in- 
cendiés (1421): la belle commanderie de Svëtla fut telle- 
ment ravagée qu'il n'en reste plus de vestiges. A Bôhmisch- 
Aicha, la commanderie fut saccagée et les chapelains de 
l'Ordre en furent expulsés violemment. La commanderie 
de Saint- Je an-Baptiste, à Jung-Bunzlau, et les deux filiales 
de Podoletz (Chevaliers et Chevalières de Saint-Jean) 
ainsi que l'hôpital furent entièrement ruinés, mais l'Eglise- 
Saint-Guy ne fut qu'endommagée. La commanderie de 
Podoletz devint une métairie, appelée aujourd'hui Friedrichs- 
hof. Fr. Henri de Neuhaus était un fervent catholique, il 
se réunit donc à Pierre de Konopist et d'autres seigneurs, 
fidèles à la religion catholique, prit la ville de Pisek, siège 
important des Hussites, au sud de la Bohême, et marcha 
contre Zizka qui sortait de Pilsen et, se dirigeant sur Tabor, 
approchait de Stëkna. H lui livra bataille, le 20 mars 

1422, et fut complètement battu, à l'étang du Sudomër 
(Skaredy) alors à sec. Le prieur-général fut blessé à la 
tête pendant le combat et emporté loin du champ de 
bataille. Mais la blessure était mortelle et il mourut bien- 
tôt à son château-fort de Strakonitz (1422), où sa dépouille 
mortelle fut inhumée. Ce fut là un nouveau coup j^o^^i" 
l'Ordre, en ces temps de désolation et de ruines. 

IX. Feère Rupeecht (duc) de Silésie, 
(1423-1434) 

en même temps prieur de Pologne, était fils de Henri, duc 
de Silésie et d'Anne, fille du duc Premysl de Teschen. H 
fut reçu tout jeune dans l'Ordre et il était commandeur en 

1423, lorsqu'il fut élu et confirmé dans sa dignité par le 



LE GKAND-PRIEURE DE BOHEME. 263 

Magistère de Rhodes. Bien des amertumes lui étaient réser- 
vées, car la guerre des Hussites continuait et causait chaque 
jour de nouveaux dommages aux possessions des Chevahers. 
Les bandes de Zizka assiégèrent Zittau (3 mars 1424), sans 
y causer beaucoup de dégâts; mais, en 1427, elles pénétrèrent 
de nouveau dans la Lausitz et, après un second siège in- 
fructueux de Zittau, elles dévastèrent Hirschfelde et le couvent 
de la commanderie, d'où purent s'échapper le commandeur 
et les chapelains. C'est grâce à son influence, qu'il fut érigé 
à Rhodes (1428) une charge de grand-bailli (ayant siège et 
voix au Conseil souverain) pour la Langue d'Allemagne 
(Allemagne, Bohême, Hongrie). 

D'après l'Acte dressé par la commune de Manëtin ^), le 
•6 décembre 1429, le Couvent des Chevalières de cette ville 
y fut, en cette même année, dévasté et enlevé à l'Ordre 
par les Hussites. Fr. Ruprecht mourut en 1432. 

X. Frère "Wenceslas de Michelsberg (Michalovice), 
(1434—1451) 

en même temps prieur de Pologne, fut élu en 1434 seule- 
ment et confirmé par l'empereur Sigismond 2) le 25 octobre 
1434, puis par le Magistère de Rhodes dans sa dignité. 
Les troubles hussites causèrent ce court interrègne de deux 
années. Strakonitz devint un point de ralliement pour les 
défenseurs du catholicisme contre les hordes hérétiques. 
Fr. "Wenceslas prit part à la bataille décisive de Lipan 
(1434), qui mit à peu près fin à la guerre des Hussites. H 
conféra des privilèges à Strakonitz, par Rescrit du 20 jan- 
vier 1435, rebâtit son château de Michalovic qui datait de 
1256 et avait été ruiné, en 1425, par les Hussites. Des 
embarras d'argent le forcèrent à vendre (1439) le village 
de Bohrau (Comm. du T.-S.-Corps- du- Christ, à Breslau) aux 

1) V. Arch., Acte n° 10. 

^) La confirmation par le Souverain ne fut que temporaire: elle 
semble avoir été commandée par les troubles et tomba en désuétude, 
dès Henri de Logau (1620). 



264 L'ORDEE DE MALTE. 

seigneurs de Parchwitz. Il fut obligé de faire campagne 
contre noble Jaroslaus de Drahowitz qui le poursuivait de 
ses outrages. Jaroslaus se réfugia à Wodnan et passa aux 
Taborites. Le prieur-général, de son côté, fut secondé par 
Msticli de Sedletz et Ulrich de Rosenberg, et, après avoir 
pris et détruit le château de Drahowitz, il assiégea la ville 
de "Wodnan, dont il s'empara. Mais, le 25 juin 1442, la ville 
de Strakonitz fut presque entièrement réduite en cendres, 
par suite de l'imprudence de quelques enfants qui s'amu- 
saient à tirer des pétards. Le prieur-général accourut sur 
le lieu du sinistre, consola les victimes, fit distribuer des 
vivres aux nécessiteux et leur donna les matériaux néces- 
saires à la reconstruction de leurs maisons. La guerre avec 
Jaroslaus se termina par la paix, le 27 juin 1443. Fr. 
Wenceslas seconda énergiquement le roi Albrecht II; après 
sa mort, il fut nommé capitaine du Cercle de Prachin et 
anéantit les derniers restes des Taborites. Il fut souvent 
aussi chargé de missions importantes. Ce fut lui qui fut 
envoyé en ambassade à_ la Cour de l'empereur Frédéric III, 
lorsqu'il s'agit d'obtenir la ratification par ce prince de 
l'élection deLadislaus, fils d' Albrecht II, au trône de Bohême. 
Ce fut chez lui que se forma, sous la direction d'Ulrich de 
Eosenberg, l' Union de Strakonitz contre T Union de Podéhrad 
qui avait suscité la guerre civile. Ceci se passa le 8 fé- 
vrier 1449, mais V Union (^e ^^ra^om^^ fut très-mal accueillie 
dans les pays slaves de la Couronne de Bohême; elle fut 
battue en plusieurs rencontres et ne put empêcher le roi 
Georges de Podëbrad de grandir en puissance et en renommée. 
Au Landtag (Diète), Fr. AVenceslas contribua de tout son 
pouvoir au rétablissement de la paix. Il mourut au château- 
fort de Strakonitz, le 28 août 1451, et y fut inhumé. 

XL Feère Jodok (Baron) de Rosenberg 

(1451—1467) 

évêque de Breslau, fut dès sa jeunesse, la providence des 
pauvres, l'ami des sciences, l'appui de l'église et du trône. 



LE GRAND-PEIEUEE DE BOHEME. 265 

Il avait étudié à l'université de Prague la théologie et le 
droit, et fut bientôt nommé chanoine, puis doyen du Chapitre 
du Dôme de cette ville. Il fut élu, en 1451, au priorat, et 
son élection fut confirmée par le Magistère de Hhodes. 
Il s'occupa avant tout d'assurer la situation des domaines 
de l'Ordre, autant que la chose était possible en ces temps 
agités. Le grand-maître, Fr, Jean de Lastic, le manda à 
Rhodes, par ordonnance du 10 octobre 1452, relativement 
aux responsions des domaines ravagés par les guerres 
hussites et appauvris. Lorsque Constantinople fut tombée 
au pouvoir des Turcs, le 29 mai 1453, le prieur-général 
Fr. Jodok, voulant contribuer à combattre l'invasion otto- 
mane, fit lever en Bohême 6000 hommes de troupes de 
pied et 1200 chevaux, qu'il envoya en Hongrie contre les 
Infidèles. 

n fut fondé à Strakonitz, pour le Couvent de l'Ordre, 
un hôpital près de l'Eglise-Sainte-Marguerite, avec 12 places 
pour des malades de la ville et de la contrée. Fr. Jodok 
rédigea lui-même, pour son prieuré, des règles relatives à 
la vie conventuelle. Il réduisit dans les commanderies le 
nombre des Chevaliers, afin que les revenus des domaines 
pussent y suffire à leur entretien. Il fut élu évêque de 
Breslau (8 mars 1456) par le Chapitre du Dôme, sur la 
recommandation du roi Ladislaus, avant d'avoir atteint l'âge 
canonique, sur dispense spéciale du pape Calixte III, à 
la date du 9 juin 1456. Sa consécration et son intronisation 
eurent lieu, le 11 décembre de la même année. Le grand- 
maître, Fr. Jacques de Milly, le confirma de nouveau dans 
sa dignité de prieur-général, qu'il l'autorisa à garder con- 
curremment avec celle d'évêque de Breslau. Il établit donc 
alternativement sa cour à Breslau, à Neiss, à Strakonitz, 
En sa qualité de Bohémien, il tint pour sa nation et fut 
par suite accusé auprès du pape Pie II de favoriser les 
Hussites; mais l'imputation était d'autant plus fausse qu'il 
était également juste envers les gens de toutes les natio- 
nalités, et que son orthodoxie ne pouvait être mise en doute. 
Lorsque le jeune roi Ladislaus mourut (1457) et que, sans 



26(3 L'ORDRE DE MALTE. 

l'assentiment des princes et des Etats de Silésie, Georges 
de Podëbrad fat élevé au trône, Fr. Jodok demanda conseil 
an Saint-Siège et ne prêta le serment de foi et hommage, 
que sur l'avis du pape Pie II. Il parcourut (1458) la Moravie 
et la Silésie, et gagna au roi Georges de nombreux adhérents. 
En 1460, il signifia au Sénat de Breslau un Bref du 
Souverain-Pontife, daté de Mantoue le 14 août 1459, qui 
lui enjoignait de faire hommage au roi Georges. 

Il confirma et renouvela, le 30 mai et le P^juin 1461, 
aux habitants de Strakonitz, les privilèges que Fr. "Wenceslas 
de Michelsberg leur avait concédés; il acquit pour l'Ordre 
la seigneurie de "Wolin, qui lui fut abandonnée, sur le 
commandement du roi Georges, par Pribik de Klenowa. 
Mais, d'un autre côté, la commanderie de Pribitz (Moravie) 
fut engagée par le Roi (1462) ^). De 1462 à 1566, les prin- 
cipales commanderies, qui n'avaient pas été détruites par 
les hordes hussites, furent enlevées à l'Ordre. Le comman- 
deur d'Alt-Brunn dut, en 1464, citer devant la justice le 
feudataire de Jaispitz, Brocek de Kunstadt, parce qu'il ne 
payait pas la redevance annuelle de 22 marcs d'argent, pour 
laquelle Ober-Kaunitz lui avait été engagée. Le prieur- 
général s'efforça en vain de récupérer (1464) la comman- 
derie de Lichtenau (Ober-Lausitz), qui avait été violemment 
prise à l'Ordre par les ducs Henri et Jean de Silésie ^). En 
1465, la commanderie de Ploschkowitz fut engagée et fut 
à partir de ce moment entièrement perdue pour l'Ordre. 

Lorsque le pape Paul II eut par Bulle du 8 décembre 
1465, excommunié le roi Georges, Fr. Jodok rompit tous 
rapports avec lui, et, lorsque la deuxième Bulle d'excom- 
munication du 23 décembre 1466 fut publiée et que Georges 
fût déclaré déchu de ses droits et dignités, il se rallia à 
l'Union de Strakonitz et à celle de Grlinberg, et prit éner- 
giquement parti contre le roi excommunié. L'armement des 
villes et hommes-liges de l'évêché, le força à contracter 



1) V. Arch., Acte n° 47. 
'^) Y. ibidem. Actes n° 47. 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHEME. 2(57 

des dettes. C'est alors qu'il vendit à réméré, le 3 juin 1466, 
des domaines de l'évêché: ces ventes furent ratifiées par 
son Chapitre, le 13 décembre 1466. Il fit cependant le 
possible pour sauvegarder les biens de l'Ordre et entretenir 
les bâtiments qui en dépendaient. Pour faciliter les trans- 
actions, il modifia le système monétaire et émit les gros 
hJancs et noirs. Il prit sans coup férir, dans la campagne 
contre Georges, le château - fort d'Edelstein, avec les 
mines de Zuckmantel et les trésors renfermés à Edelstein 
(13 juin 1467). 

Le roi Mathias Corvin, le compétiteur de Georges, 
restitua par Ordonnance de 1469, mais seulement sur le 
parchemin, à l'Ordre souverain ses possessions dans la 
ville de Kremsier, »occupées jusqu'à ce temps-là par les 
hérétiques « ; la réalité ne suivit pas la promesse. 

On loue les qualités de l'esprit et du coeur de Fr. Jodok. 
Il savait allier la sévérité à la bienveillance, et il avait 
toute la confiance de ses frères. Il ne se laissa jamais 
inspirer pour la collation des offices que par les qualités 
et les vertus de ceux auxquels il les conférait. Un chroni- 
queur dit de lui: Vitae continentis ac nitidae, virorum dodo- 
rum ac virtuosorum speciaUs promotor ac sélator, nec alios 
qiiam Imjusmodi viros ad praelaturas et bénéficia promovere 
consuevit. Un autre s'exprime ainsi, en 1707: Litteratorum 
singularis patronus, quorum mérita Jwnorabat, amahat colloquia^ 
non quemquam femere, nisi eruditum proveliebat ad ecclesiasticum 
beneficium. C'était un homme de haute taille, de forte char- 
pente et d'embonpoint; son regard était franc, son élo- 
quence, sa science et sa sagesse imjjosaient à tous. Il 
parlait couramment latin et tchèque, et un peu moins bien 
allemand. Il avait une volonté de fer, aussitôt qu'il était 
convaincu qu'il agissait selon le droit et la justice. Il fut 
un enfant soumis de l'Eglise, un ardent patriote, et, ce qui 
est surtout à noter dans ces Annales, il mérita bien de son 
Ordre. Avant de mourir, il manda auprès de lui le prieur- 
conventuel de Strakonitz, Pr. Georges Herda, et les com- 
mandeurs de Silésie, et leur recommanda de remplir 



268 -L'ORDRE DE MALTE. 

exactement leurs devoirs. Il mourut, le 12 décembre 1467, 
et fut inhumé dans l'Eglise-du-Dôme de Breslau. 

XII. Feère Jeaj^ (Baeon) de Schwanberg, 
(1467—1510) 

élu en 1467, fut confirmé dans sa dignité par le Magistère 
de Rhodes, le 18 août 1468. La commanderie d'Ober- 
Kaunitz (Moravie) fut entièrement détruite (1468), dans la 
lutte des Znaïmois contre le roi G-eorges de Podëbrad : 
depuis cette époqu.e-là, on n'en trouve plus de traces. Le 
reste de ses années de priorat furent plus tranquilles. Il 
faut enregistrer le Rescrit que le prieur-général obtint du 
roi Vladislaus II (11 février 1472), et d'après lequel les 
biens de l'Ordre ne devaient plus être engagés ni vendus 
au profit de la Couronne. Fr. Jean s'occupa de l'amélio- 
ration et de la réorganisation des possessions du prieuré. 
Mais le grand-maître, Fr. Pierre d'Aubusson, le menaça, en 
1501, de destitution, s'il ne versait pas au magistère la 
responsion fixée d'accord avec Fr. Jean de Lastic, grand- 
maître de Rhodes, en 1450, au chiffre de 100 ducats. Pour 
mettre le comble à ses embarras, un incendie qui éclata, 
en 1503, dans la maison dite de Petrzelki à l'Aujezd, 
détruisit le couvent et l'Eglise-Notre-Dame-sub-catenâ. 
Beaucoup de documents précieux furent alors perdus et 
l'église ne put être rebâtie que dans des proportions bien 
plus restreintes. Comme le prieur-général de Bohême 
n'envoyait toujours pas à Rhodes les responsions, il fut 
suspendu de sa charge par le Magistère. Mathias Turcozky 
fut nommé administrateur du prieuré; puis, en 1505, lorsque 
les responsions eurent été acquittées, Fr. Jean reprit ses 
fonctions. Il était déjà très-avancé en âge, et se fit (1506) 
donner un coadjuteur dans la personne de Jean (Baron) 
de Rosenberg, commandeur, qu'il avait autrefois initié à la 
science, dans son château de Strakonitz. Il mourut à sa 
résidence, en 1510, et y fut inhumé dans l'Eglise du 
château-fort. 



LE GRAND-PRIEUEE DE BOHÊME. 269 

XIII. Frère Jean (Baron) de Rosenberg 
(1511—1532) 

s'était signalé parmi les Chevaliers de Rliodes par sa valeur 
et ses autres vertus, et le grand-maître, Fr. Emery d'Amboise, 
le nomma par Décret du 26 août 1506, coadjuteur cum spe 
successionis, ainsi que nous l'avons noté. Il fut élu prieur- 
général, le 19 novembre 1510, et confirmé dans sa dignité 
par le grand-maître, Fr. Emery d'Amboise. Il était neveu 
de Fr. Jodok, avant-dernier prieur-général, et se montra 
digne de son oncle dans l'accomplissement de sa mission. 
Il visita (1512) la commanderie de Breslau, qui était en 
pleine prospérité, et la belle église que le chevalier 
Bartholomé Stein avait fait réparer. Elle avait 11 autels: 
il résidait à Breslau un commandeur, 18 chapelains et 
2 desservants. L'église était reliée avec Thospital par un 
cloître et son vaisseau reposait sur deux rangs de colonnes. 
Le prieur-général remit de l'ordre dans l'administration des 
biens et en augmenta le rapport; il fortifia la ville de 
Strakonitz, qu'il entoura d'une haute muraille, tandis qu'il 
faisait aussi agrandir le château-fort; il bâtit la partie 
antérieure du vaisseau de l'Eglise-du-château, ainsi que 
la Tour-Jelenka. Mais la Réforme fit perdre à l'Ordre 
(1520) le service religieux de TEglise-Saint-Jean à Zittau, 
qui appartenait depuis 1291 à la commanderie. Les circon- 
stances forcèrent le prieur-général à céder, avec l'assen- 
timent du Couvent, au conseil municipal de Breslau la 
rente que la commanderie du T.-S.-Corps-du- Christ rece- 
vait sur les revenus de la ville, à la condition, il est vrai, 
que l'église et l'hôpital seraient compris dans la nouvelle 
enceinte et que l'argent serait employé dans ce but. En 
1530, la commanderie de Brieg fut évangélisée et perdue 
pour l'Ordre. 

Malgré tous ces coups, il n'en a pas moins laissé le 
souvenir d'un bon administrateur de la fortune commune. 
Il mourut, le 28 février 1532, après 25 années de priorat, 
à sa résidence de Strakonitz et fut inhumé dans l'église 



270 L'ORDEE DE MALTE. 

de l'abbaye de Hoheiifurtli, fondée par ses aïeux. Après 
sa mort, le Magistère de Malte avait nommé pour lui suc- 
céder, Jean, duc de Munsterberg; mais ce choix rencontra 
une vive opposition de la part de Ferdinand I^^j roi de 
Bohême, et le magistère retira sa nomination. 

XIV. Frère Jean (Baron) de "Wartenberg 

(1534—1542) 

fut élu, le 18 novembre 1534, sur le désir du roi Ferdi- 
nand I®^, et confirmé dans sa dignité par le Magistère de 
Malte, le 20 septembre 1555. Sous son gouvernement, le 
prieuré eut à déplorer bien des catastrophes. La comman- 
derie du T.-S.-Corps-du-Christ, de Breslau, perdit le village 
de Schwoitsch, par suite d'incendie (1536) ; la religion 
catholique fut chassée peu à peu des commanderies de 
Zittau et de Hirschfelde, elles ne purent plus être conférées 
qu'à des Chevaliers (non chapelains) résidant à Zittau (1538). 
Fr. Jean convoqua un Chapitre à Strakonitz, afin de 
délibérer sur les moyens de sauver les biens de l'Ordre. 
On y confirma aux bourgeois de Strakonitz leurs privi- 
lèges anciens et on leur reconnut le droit d'appel direct 
au tribunal de l'Altstadt de Prague, celui de brasser de la 
bière blanche, avec l'obligation pour les habitants jusqu'à 
12 km. de distance de n'acheter que de cette bière. La 
commanderie de Zittau fut engagée au conseil de cette ville 
(1540), celle du T.-S.-CorjDS-du-Christ dut être abandonnée 
au conseil municipal de Breslau, en paiement d'un emprunt 
forcé du roi Ferdinand I^''. L'église devait rester consacrée 
au culte catholique, mais le conseil municipal ne respecta 
pas ses engagements, et, dès 1548, l'église avait un pasteur 
protestant; plus tard même, elle fut entièrement profanée 
et convertie en magasin de la gabelle et en écurie. On 
arracha et on emporta les autels, on brisa les tableaux et les 
statues, on mit en pièces l'orgue, on anéantit la bibliothèque, 
on souilla les ornements sacrés. Le peuple la nomma 
V Eglise dévastée (die wuste Kirche). 



LE GRAND-PRIEURÉ DE BOHÊME. 271 

Fr. Jean mourut, le 10 janvier 1542, à sa résidence 
de Strakonitz, et y fut inhumé dans l'église du château-fort. 

XV. Frère Zbinko Berka (Baron) de Dura et Lipa 

(1543-1555) 

ne fut élu et confirmé dans sa dignité par le Magistère de 
Malte, qu'en 1543. Il avait été commandeur de Zittau et de 
Hirschfelde; il se consacra à la défense de l'Etat: il com- 
battit, à la tête d'un régiment d'infanterie avec le roi 
Ferdinand I®^, accouru au secours de son frère, l'empereur 
Chailes-Quint, le 24 avril 1547, à la bataille de Mlihlfeld. 
Puis il marcha contre les Etats de Bohême, armés pour la 
défense de leurs privilèges, et resta maître du terrain. Il 
résigna sa charge, en mars 1555. 

XVI. Frère Wenceslas Zajïc (Baron) de Hasenburg- 

(1555—1578) 

fut nommé sur le désir exprès du roi Ferdinand I®^, en 
1555. n reporta le siège du prieuré au couvent de Prague, 
et y reçut le serment des commandeurs et chevaliers- 
profès. Comme les responsions n'avaient pas été versées 
depuis des années à la caisse de l'Ordre, à Malte, par suite 
des désastres de la guerre des Hussites, le grand-maître, 
Fr. Jean de la Valette-Parisot, manda à Malte les prieurs 
de Bohême et d'Allemagne. Fr. Wenceslas s'y rendit avec 
deux commandeurs (1558), et il fut décidé, par Décret du 
magistère, en date du 9 novembre 1559, que le prieur- 
général et les commandeurs auraient à verser de nouveau 
les responsions, qui n'avaient pas été versées depuis le 
priorat de Fr. Jodok de Rosenberg. L'affaire ainsi réglée, 
Fr. Wenceslas Zajio de Hasenburg, fut solennellement 
confirmé dans sa dignité par le Grand - Maître, le 
11 décembre 1559. 

L'invasion du protestantisme dans l'arrondissement de 
Striegau, en chassa les Chevaliers, qui se réfugièrent à la 



272 L'OEDEE DE MALTE. 

commanderie presque abandonnée de Loewenberg. ce que 
le prieur-général approuva (1559). 

Fr. Wenceslas fut un valeureux soldat: il se distingua 
dans la campagne de Hongrie contreles Turcs (1566). àZsigeth, 
à Gran, à Erlau, et fut élevé au grade de colonel-cle-camp. 

Mais, depuis 1557, Zittau et Hirschfelde étaient devenues 
entièrement protestantes, et, en 1570, le prieur-général céda 
ces commanderies avec les possessions et droits en dépen- 
dant, à la ville de Zittau, pour la somme de 10.500 écus. 
Le contrat fut signé à Zittau. le 19 mars 1570, et approuvé 
le 14 avril suivant jDar l'empereur Maximilian II, puis ratifié 
par le Magistère de Malte, le 9 juin 1571. Le piieui'-général 
acbeta pour la même somme le domaine de Ober-Krâlowitz, 
dans Tancien cercle de Caslau, à son propriétaire, Albert 
de Kolowrat-NovoiLradsky et y érigea une commanderie de 
bon rapport (1571). IL acheta, le 20 janvier 1573, au duc 
Georges II. tous ses droits sur la commanderie de Losse 
(Silésie prussienne). L'acte fut approuvé par l'empereur 
Maximilian IL Cette commanderie avait été instituée d'après 
le droit germanique, avec l'assentiment du duc Henri I" 
(1238). Le prieur-général réussit, en 1574, à repousser une 
tentative contre la souveraineté de l'Ordre et le droit des 
commandeurs de référer directement à Malte, ou à Prague, 
dans la principauté de Scliweidnitz-Jauer. C'est en cette 
même année que le commandeur de Maria-Pulst (Carintliie), 
Georges Schober. se signala par ses hauts-faits dans une 
campagne contre les Turcs, sous les ordres du commandant 
Khevenhuller. Fr. Wenceslas mourut, le 31 janvier 1578, 
en son palais prioral de Prague, laissant un renom de 
vaillance et de piété. Il fut inhumé à l'Eglise-Saint-Gu^', 
à Prague. 

XVn. Feèee Cheistophe ('Baeon) de Waetexbeeg 
(1578— 1590j 

avait bien mérité de l'Ordre, comme commandeur de Lem- 
berg, de Hirschfelde et de Zittau, et comme négociateur 



LE GRAND-PKIEURE DE BOHEME. 273 

avec le conseil municipal de Zittau f 1570); il fut cependant 
nommé en deliors du Couvent prieur-général (1578), puis 
confirmé, la même année, par le Magistère de Malte. Il ne 
fut accepté par l'empereur Rodolphe II qu'en 1579, par 
l'intermédiaire du grand-bailli d'Allemagne, Fr. Jean de 
Schonborn, ambassadeur de l'Ordre souverain à la Cour 
impériale. 

La cômmanderie de Kosel (Silésie prussienne; disparut, 
en 1578, mais la paroisse de Kosel resta sous le patrona,ge 
de l'Ordre, jusqu'à la sécularisation complète dans la Silésie 
prussienne. Le prieur-général visita, en 1588, sur Tordre du 
grand-maître, Fr. Hugues de Loubenx-Verdala, toutes les 
commanderies de son ressort en Bohême, et aplanit les 
difficultés qui avaient surgi, surtout à Striegau. Il fit un 
rapport favorable sur les commanderies et le Magistère 
approuva les résultats de cette visite. On loue beaucoup 
sa bonté naturelle et son esprit de charité. Il mourut, le 
6 mai 1590, à sa résidence de Strakonitz, et y fut inhumé 
à l'église du château-fort. 

XYin. Frère Mathieu-Léopold (Baron) de Lobkowitz 

(1591—1619) 

fut nommé sur le désir formel de l'empereur Rodolphe II, 
en 1591, et confirmé en la même année dans sa dignité 
par le Magistère de Malte. C'est sous son priorat qu'eut lieu 
la Défenestration de Prague à laquelle il n'échappa que pom- 
avoir quitté à temps la salle du Haradchin, où ce fait 
historique s'accomplit (28 mai 1618), car il était un des 
lieutenants du royaume chargés du gouvernement par le 
roi Mathias qui résidait à Vienne, et devenus l'objet des 
haines des Etats protestants de Bohême. En 1618, Mamis- 
feld, partisan de l'Electeur palatin, s'empara du château de 
Strakonitz et le mit à sac; on raconte des actes inouïs de 
vandalisme de la part de ces luthériens, là aussi bien que 
dans le reste de la Bohême, pendant la Guerre de Trente 

SALLKS : U'ORDIIK DE MAI>TK. 10 



274 L'ORDEE DE MALTE. 

Ans. Il mourut, le 11 octobre 1619, en son palais de Prague, 
et fut inhumé à l'Eglise-du-Dôme. 

Depuis sa mort, le droit d'approbation de l'élection au 
proiit du souverain fut abrogé. 

XIX. Feèee Henri (Baron) de Logau, 
(1620—1625) 

en même temps prieur titulaire de Hongrie, fut élu, au 
Couvent de Prague, en 1620, et confirmé en la même année 
dans sa dignité par le grand-maître, Fr. Alofe de Wigna- 
court. Il reçut en même temps le titre de grand-prieur de 
Hongrie, afin de consacrer ainsi des droits acquis à l'Ordre. 
La comté de Glatz résistait encore à Ferdinand II, après la 
bataille de la Montagne-Blanche, près de Prague (1620), et 
les troupes impériales occupèrent la comté (1621) et prirent 
Grlatz (1622). Si d'un côté toutes les églises furent rendues 
au culte catholique (1623), d'un autre côté, la guerre laissa 
des traces douloureuses dans la commanderie. Vers la fin 
de sa vie, Fr. Henri se rendit à Prague, où il mourut 
en son palais prieural, le 11 octobre 1625. Il fut inhumé 
dans le Dôme ^). 

eRANDS-PRIEURS. 

I. Frère Rodolphe (Baron) de Paar 
(1626) 

était entré dans l'Ordre, en 1594; il était très-habile à tous 
les exercices de la chevalerie, aussi fut-il appelé à la Cour 
de l'archiduc Ferdinand, plus tard empereur ^). Il était 
commandeur de Furstenfeld et de Melling (Styrie), lorsqu'il 
fut élu (1626). Il fut immédiatement confirmé dans sa dignité 
par le Magistère de Malte; mais il mourut à Karlstadt, 



^) Il était chambellan du Roi et capitaine du cercle de Glatz. 
-) Il fut grand-écuyer, colonel-général à Karlstadt, cliambellan. 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHEME. 275 

• avant d'avoir pris possession de sa charge. C'est depuis 
Fr. Eodolphe que le titre de grand-prieur fut adopté, au 
lieu de celui de prieur-général. 

II. Frère Guillaume (Comte) de Wratislaw-Mitrowitz ^) 

(1626—1637) 

était de lignée royale. Les Wratislaws descendent en effet 
du duc de Boliême de même nom, premier roi de Bohême, par 
son fils Vladislav, et sont ainsi de la famille de Wenceslas-le- 
Saint. Fr. Guillaume entra dans l'Ordre, à l'âge de 24 ans; 
ayant donné des preuves de sa valeur, à la prise des for- 
teresses hongroises de Gran et de Hattwan, il fut nommé 
commandeur de Tinz, près Nimptsch (Silésie prussienne). 
Il fut élu, en 1626, au grand-priorat, et confirmé dans sa 
dignité par Bulle du grand-maître de Malte, Fr. Antoine 
de Paula, en date du 17 juin 1627. Il acheta, en 1628, au 
conseil municipal d'Eger, la commanderie qui avait appar- 
tenu à l'Ordre Teutonique et avait été cédée par cet ordre, 
en 1608. Le premier commandeur de l'Ordre de Malte fut 
le Comte Simon de Thun. Mais, en la même année la 
commanderie de Glatz fut vendue aux Jésuites, après avoir 
appartenu aux Chevaliers de Saint-Jean, durant 445 ans 
(1183 — 1628). Cette vente eut lieu sur le désir de l'empereur 
Ferdinand II. L'Ordre acquit, en échange de la comman- 
derie de Glatz, la commanderie de Maidelberg (château et 
village, enclave de Moravie) qui subsiste encore. Il reçut, 
en 1629, en vertu de VEdit de restitution rendu par Ferdi- 
nand II, l'Eglise-Saint-Pierre-et-Saint-Paul, à Striegau, que 
les protestants avaient possédée pendant 111 ans et qui 
est aujourd'hui encore église paroissiale. 

Il mourut, le 19 janvier 1637, à l'âge de 61 ans, après 
avoir appartenu 37 années à l'Ordre, en son palais grand- 



^) Il fut capitaine de trabans, grand-chambellan de l'empereur 
Rodolphe II, conseiller intime du roi Mathias et lieutenant du roi en 
Bohême, assesseur du Tiàbunal supérieur de la province. 

18* 



276 L'ORDRE DE MALTE. 

cirieural de Prague, et 3^ fut inhumé dans le Dôme. Une 
épitaplie rappelle ses grands mérites et ses vertus: nous la 
relevons sur son tombeau: D. D. Guilhehnus S. JR. J. cornes 
Wratislaiv de Mitroivitz, Ord. S. Joan. Hierosol. Priorafus 
Boem., supremus magister, et Dom. in Strakonitz, generalis 
vigiliarum praefedus, et aulae marescJiaUus, nec non Rom. 
Boem. et Hung. Begis consiliarius, camer. et in regno Boem. 
Locumtenens, qui persoïuto vitae cursu Anno aetatis suae LXIy 
suscepti Ordinis XXXVII. et réparât. Salut. Jmmanae, 
MDCXXXVII. XIX Januarii pie in Domino ohiit, hoc in 
Sarcopli. reconditur, cuius anima coeïesti potiatur gaudio. 

Il avait légué à son Ordre sa seigneurie d'Ober-Liebicli: 
l'Ordre en fut mis en possession, en 1653. 

III. Feèee Rodolphe (Comte du Sain^t-Empiue) 
DE Colloeedo-Wallsee ^), 

(1637—1657) 

fut un homme d'état et un homme de guerre ; avant d'être 
élu au grand-priorat, il avait rempli les fonctions d'am- 



1) Le comte Rodolphe est uue des grandes figures des Annales de 
la Bohême. Ké, le 2 novembre 1585, à Budweis. il était depuis sa jeunesse 
ChevaHer de Malte, et commandeur de Tynz et de Grôbnig. Il s'était 
bientôt signalé dans l'armée impériale contre les Turcs, contre 
Béthlem Gabor, contre les Uscoques, contre les Vénitiens dans le 
Prioul et devant Mantoue. Après la bataille de la Montagne-Blanche 
(1620), il fut fait maréchal de camp (Genercd-Feld-WachtmeisterJ, en 
1624, par l'empereur Ferdinand II. Il servit sous TlUy contre Manns- 
feld et le roi de Danemarc; puis, en 1631, il prit part à la tête d'un 
régiment à la bataille de Breitenfeld, contre Gustave Adolphe et 
abandonna un des derniers le champ de bataille. Lorsque le duc de 
Friedland reforma son armée, à Znaïm, il équipa à ses frais un 
régiment de cuirassiers, de 5 escadrons et 150 hommes chacun, et 
marcha sur Prague avec le duc de Friedland, puis sur Nuremberg, où 
Gustave-Adolphe fut battu pour la première fois (1632). Lors de 
l'entrée en Saxe, CoUoredo eut la garde de Weissenfels avec son 
régiment, afin d'observer l'ennemi. Lorsqu'il eut signalé l'approche 
de Gustave- Adolphe, l'armée impériale se concentra à Lutzen, où se 



LE GBAND-PRIEURE DE BOHEME. 277 

bassadenr du Magistère de Malte a la Cour impériale, et avait, 
en cette qualité, rendu d'importants services. Il fut élu, le 
19 janvier 1637; nous donnons à l'Appendice l'état terri- 
torial du grand-prieuré, qu'il est curieux de comparer avec 
l'état territorial actuel. En sa qualité de grand-prieur et de 
seigneur de Strakonitz, il avait les revenus d'Eger, de 
Grôbing, de Brunn, de Furstenfeld. Il déploya une grande 
activité dans l'intérêt de son prieuré. Quand Strakonitz 
fut dévastée par les Suédois (Gruerre de Trente Ans), ainsi 
que toute la contrée, les bourgeois donnèrent une grande 
preuve de fidélité, en payant une forte somme pour sauver 
de la destruction le château grand-prieural. Fr. Rodolphe 
sut réparer les ruines faites dans les commanderies et régla 
la situation des colons amenés par l'immigration. Il donna 
à Strakonitz et au bomg de Rodomysl de nouveaux droits 
et privilèges. En sa qualité de prélat provincial, il exerça 
en même temps un contrôle sévère sur l'observation de la 
Règle de l'Ordre. Il mourut, le 27 janvier 1657, en son 
palais de Prague, à l'âge de 72 ans, après 20 années de 
grand-priorat, et fut inhumé devant le maître-autel de 
V'Ëglise-li^otYe-Da.m.e-sub-catenâ de la Kleinseite. 



livra une sanglante bataille. Colloredo eut plusieurs clievaux tués 
sous lui et il avait reçu 7 blessures, lorsque Waldstein fit sonner la 
retraite. Quand celui-ci perdit son commandement et fat banni, 
Colloredo tint pour l'Empereur; plus tard il reçut en récompense la 
seigneurie d'Opocno (Bohême), en 1636^ domaine que la. maison prin- 
cière possède encore, puis il lut nommé conseiller intime actuel et 
feldmaréclial. Il servit sous Gallas, dont il partagea la bonne et la 
mauvaise fortune, et, en 1647, il reçut le commandement de Prague, 
que les Suédois attaquèrent (1648) et qu'il défendit si habilement et 
si valeuresement (26 juillet — 1" octobre 1648), qu'on le nomme le 
Sauveur de Prague. La paix de Westphalie (6 août — 8 septembre 
1648) préserva cette ville des dernières misères: elle avait jusqu'à 
ce moment-là résisté au plus violent feu d'artillerie et aux plus 
terribles assauts. Colloredo avait été l'âme de cette admirable 
résistance contre les Gotlis et les Vandales, ainsi que le rappelle 
l'inscription de la Tour-du-pont, de l'Altstadt. Sa statue s'élève à 
Prague, comme un témoin de ce haut-fait. Il commanda la ville 
jusqu'en 1657. 



278 L'OKDRE DE MALTE. 

IV. Frère Guillaume-Léopold (Comte) de Rheinstein- 
Tattenbach 

(1653—1661) 

était né à Gratz et avait reçu une éducation conforme à 
son rang. 11 entra jeune encore dans l'Ordre et mérita 
la collation des commanderies de Sanct-Peter (Carniole), 
de Heillenstein et de Melling (Styrie), de Breslau (Silésie 
prussienne), du JoJiannes-Hof (Vienne). Il fut élu, en 1658, 
au Couvent de Prague, et, en la même année, confirmé 
dans sa dignité par le Magistère de Malte. Il vécut dès 
lors sur les domaines du grand-prieuré, s'occupant de les 
administrer et faisant beaucoup de bien aux pauvres. Il sut 
régler pacifiquement les affaires de l'Ordre. Ses services 
envers l'Etat furent récompensés par l'empereur Ferdinand 
qui le nomma chambellan, par l'empereur Léopold I®^ qui 
le fit conseiller intime et par l'arcbiduc Léo]3old-Guillaume, 
dont il fut grand-cbambellan et dont il reçut à titre de 
fief, la Seigneurie de Rheinstein qui avait fait retour à la 
Couronne (1599). Il fut aussi Président-de-guerre. Il mourut 
à Gratz, le 25 novembre 1661, et il y fut inhumé. 

V. Frère Ad am-Guillaume(Oomte)de'Wiiatislaw-Miteowitz ^) 

(1661—1666) 

entra de bonne heure dans l'Ordre et se distingua, à l'île 
de Malte, dans différentes entreprises militaires. Aussi fut 
il nommé par le Grand-Maître général-des-galères, et com- 
manda-t-il souvent les forces navales de l'Ordre contre les 
Infidèles. Lors de la mort de Fr. Guillaume de Rhein- 
stein, il était commandeur de Tynz et fut élu à l'unani- 
mité au grand-priorat de Bohême-Autriche. Son élection 
fut accueillie avec joie et confirmée par le grand-maître, 
Fr. Raphaël Cotoner, qui l'avait vu à l'oeuvre. On dit 
qu'en 1665, il faillit même être élu au magistère. Il 
s'appliqua au bien-être de grand-prieuré : il régla sur de 



') Il fut conseiller mtime de Léopold I"'' et Lieutenant de Bohême. 



LE GRAND-PBIEURE DE BOHEME. 279 

nouvelles bases les rapports de l'Ordre avec les bourgeois 
de Strakonitz, par une Transaction^ afin de mettre fin aux 
différends. C'est sous son gouvernement que le chapelain 
et receveur de Vienne fut nommé par l'empereur Léopold I®^' 
à l'évêché de Laibach (1664). Fr. Adam -Guillaume réunit 
un Chapitre, à Prague, le 19 mai 1665, pour réglementer 
la compétence judiciaire et d'autres questions intérieures. 
Les résolutions de ce chapitre furent approuvées par 
l'empereur Joseph P^', le 25 avril 1710. Il mourut en son 
palais de Prague, le 11 octobre 1666 et y fut inhumé à 
l'Eglise-Notre-Dame. 

VI. Frèee Franz (Comte) de Wratislaw-Mitrowitz ^) 
(1667—1675) 

était jle frère du grand-prieur précédent. Il était né à 
Prague et avait suivi l'exemple de son frère, après avoir 
été aussi reçu très-jeune dans l'Ordre. Il eut, en récom- 
pense de ses services, les commanderies de Reichenbach 
(Silésie prussienne) et de Meidelberg (Silésie autrichienne) ; 
il fut nommé grand=bailli d'Allemagne, et, en 1667, élu 
grand-prieur, au Couvent de Prague. 

La commanderie d'Ober-Karlowitz (Bohême) fat réunie 
en cette même année à celle d'Alt-Brlinn (Moravie). La 
commanderie de Maidelberg fut confirmée (1667) ^). C'est 
sous son gouvernement que s'affirma la souveraineté de 
l'Ordre, qui refusa à l'évêque-coadjuteur de Breslau le 
droit de visite canonique, excepté in spirituaïihus^ par 
l'organe du commandeur, Fr. Ferdinand -Louis (Comte) de 
Kolowrat-Liebsteinsky. Cette exemption avait été reconnue 
à plusieurs reprises par le Saint-Siège, et, en particulier, 
en 1523, par le pape Clément VII qui avait déclaré les 
Chevaliers de Malte d'obédience directe et immédiate a 



1) Il fut nommé par Léopold I"' conseiller intime, Lieutenant de 
Bohême et assesseur du Tribunal supérieur du royaume de Bohême. 

2) V. Arch., Acte original. 



280 L'ORDRE DE MALTE. 

sede axjostolorimi. C'est ce qui fait dire à un chroniqueur: 
»Les chevaliers de Saint-Jean ont sur tous les ordres 
religieux la primauté, non seulement à cause de leurs 
nombreux ressortissants, mais encore par suite de leurs 
privilèges et immunités. « Le visiteur ecclésiastique ne 
pouvait exécuter sa visite, d'après les Bulles pontificales, 
confirmées encore en 1528 par l'empereur Cliarles-Quint, 
que s'il justifiait d'une délégation du Souverain-Pontife. 
Les temps s'amélioraient pour l'Ordre, et l'on remarquait 
déjà que le bien-être renaissait. Le grand-prieur fit réparer 
l'Eglise-Saint-Procope, à la Kleinseite de Prague. L'acte 
sur parchemin que l'on plaça à la pointe du clocher in- 
dique comme date de l'achèvement le 23 novembre 1669. 
Il consacra les revenus de Strakonitz et de Warwazau à 
des oeuvres humanitaires: il vivait lui-même très-modeste- 
ment. Le magistère de Malte l'envoya, en 1675, en am- 
bassade auprès du pape Clément X. Après avoir accompli 
sa mission, il se rendit auprès du grand-maître, Fr. Nicolas 
Cotoner, à Malte, où il se démit de sa dignité, le 13 janvier 
1675, afin d'y vivre dans la retraite et la prière jusqu'à 
sa mort, qui survint en 1684. Il donna de son vivant à la 
collégiale de la Cité-Valette, une lampe d'argent du poids 
de 14. kg. et, après sa mort, une somme de cinquante mille 
ducats à l'Ordre, par son désappropriement. Il fut inhumé 
dans la Chapelle-des-Rois-Mages, propriété de la Langue 
d'Allemagne, et l'Ordre lui éleva un mausolée dont l'épi- 
taphe célèbre les vertus des deux nobles frères : Fr. Adam- 
Guillaume et Fr, François, Comtes de Wratislaw-Mitrowitz. 
Cette épitaphe est ainsi conçue : Deo UniTrino, Fratri Francisco 
Sebastiano Coniiti Wratislaw, Germaniae magno baiulivo, max. 
Soeniiae priori, qui pro sacra hierosolymiiana Beligione ad 
obedientiam Glementi X. praestandam orator suo munere magni- 
fice perfunctus Adami fratris dignitaUim et virtidum pariter 
Jiaeres. Sta, ut nobïle per Fratrum huic aequaïe vix alibi in- 
veneris. Frioratu sponte demisso omnique fastu abliorrens pie 
semper vivens, fraternae generositatis invidus, publico aerario 
quinqaginta aureorimi millia legavit. Fiusdevi aerarii praesides, 



LE GRAND-PRIEUrvE DE BOHÊME. 281 

uiuiquam vderlturac gratitudods mommientuDi F. (J. Aniio 
reparatae salutis 3ÏDCLXXXIV. 

VII. Frèee Ferdinand -Louis (Comte du Saint-Empire; 

DE KoLOWRAT-LlEBSTEINSKY ') 

(1676—1701) 

se rendit à Malte auprès du grand-maître, Fr. Nicolas 
Cotoner, qui l'emploj'a dans toutes les branches de l'admi- 
nistration et le nomma général-des-galères. Il fut aussi 
commandeur de Striegau, de Reichenbacîi et de Maidelberg. 
Il fut nommé dès le 14 janvier 1675, par Bulle du Magistère, 
successeur de Fr. François, mais il ne prit possession du 
grand-priorat qu'en 1676 ^). Il sut résister à la visite de 
l'Ordinaire de l'évêclié de Breslau, à Striegau, et donna 
Tordre, par décret du 15 juin 1687, au commandeur, Fr. 
Jean (Comte) de Portia, de prendre les clefs de l'égKse et 
d'en refuser l'entrée au Visiteur, à moins qu'il ne fît la 
preuve d'une délégation spéciale du Saint-Siège. Le visiteur 
jDrotesta, mais la protestation resta sans réponse. Il en agit 
de même pour l'Eglise du Très-Saint-Corps-du-Christ, de 
Breslau, et fit respecter les privilèges de l'Ordre. En 1689, 
le prieur-titulaire de Hongrie, Fr. Joseph (Comte du Saint- 
Empire) de Herberstein, érigea un bailliage dans la ville de 
frontières de Karlstadt (Croatie); mais il , fallut l'aliéner 
pendant l'invasion turque. Lorsqu'on démolit, en 1689,1'Egiise- 
Saint-Procope de la Kleinseite, et qu'on enleva un clocher 
et la voûte qui menaçaient ruine, on trouva à 1^ pointe 
du clocher un parchemin portant ces mots: Aedes Jiaec Divo 
Procopio sacra eo loco, tdn olim oraculo Lihussae a fahricato 
limine (Prah) Fraya suiim nomen accepit, coUocata et exprima 
urhis aede in saceïlum consecrata, tandem vetustate collapsa jam 
pio voto et propriis sumtihus, etc. Le 23 avril 1689, fut posée 



^j Cette famille fut élevée au rang comtal, par diplôme impérial, 
eu date du 28 février 1600. 

-) 11 fut chambellan, assesseur, Lieutenant de Bohême. 



282 L'ORDRE DE MALTE. 

la première pierre de Tégiise nouvelle qui fut achevée, le 
11 mai 1690, comme le constate un parchemin placé de 
m.ênie à la pointe de la tour, sous le règne du pape 
Alexandre VIII, de l'empereur Léopold I"^^ et du grand- 
maître, Fr, Grégoire Caraffa. Le grand-prieur Fr. Ferdinand 
vendit, en 1691, la commanderie de Mokau. Lorsque Fr. 
Frédéric, landgrave de Hesse-Darmstadt, grand- prieur 
d'Allemagne, devint évêque de Breslau (1671), il s'occupa 
de la commanderie et de l'Eglise du Très-Saint-Corps-du- 
Christ, à Breslau, surnommée Wratislavia^ et s'efforça de 
les récupérer. Il en référa, en 1678, au pape Innocent XI, 
qui approuva le projet du cardinal grand-prieur, et, par 
Bref du 23 juillet 1678, lui donna pouvoir de faire le 
nécessaire. Mais la mort du cardinal grand-prieur interrompit 
les négociations, le 18 février 1682; le grand-prieur de 
Bohême reprit alors ces négociations (1692) et, par l'inter- 
médiaire de l'empereur Léopold I®^, ainsi que du nouvel 
évêque de Breslau, François-Louis, comte palatin du Rhin 
et grand-maître de l'Ordre Teutonique, la commanderie fut 
rachetée au conseil municipal et sa magnifique église fut 
rebâtie. Fr. Ferdinand en fut le premier commandeur, et, 
comme sa haute dignité ne lui permettait pas la résidence 
à Breslau, il nomma un administrateur pour le substituer. 
La commanderie fut constituée en fidéicommis sub titulo 
recuperationis de la maison Kolowrat-Liebsteinsky, jusqu'en 
ces derniers temps (le rachat avait eu lieu des deniers 
personnels du grand-prieur Kolowrat), et fut ainsi sauvée 
lors de la sécularisation des cloîtres et congrégations par 
la Prusse (1810). Fr. Ferdinand acheta, pour la somme que 
le conseil municipal d'Eger avait payée pour l'acquisition de la 
commanderie d'Eger, le domaine de Mëcholup, et y érigea 
la commanderie du même nom. Son administration fut, on 
le voit, sage et habile: il consacra toutes ses forces au 
bien-être de ses frères et au maintien des privilèges de 
l'Ordre souverain. Il mourut, le 30 septembre 1701, et fut 
inhumé à Prague, dans la Chapelle-Saint-Procope de l'église 
métr opolitaine. 



LE GE,AXD-PB,rEUKE DE BOHEME. 283 

VIII. Feère François-Sigismond (Comte du Saixt-Empiee i 

DE Thun-Hohenstein ^). 

(1702) 

Entré jeune dans l'Ordre, il fut, après avoir donné 
des preuves de son mérite, nommé commandeur de Klein- 
01s, de Grôbnig et de Vienne. Il était fils du grand- maréchal 
de la Cour de l'Empereur et rendit de tels services à 
Léopold 1^^\ qu'il devint chambellan et conseiller-aulique- 
de-guerre (Hof-Kriegsrath), et qu'il fut envoyé en mission 
auprès du pape Innocent XI (1686), pour lui annoncer la 
reprise de la ville de Pesth sur les Ottomans. Il se rendit 
à Malte, auprès du grand-maître, Fr. Orégoire Caraffa, qui 
l'accueillit avec une bienveillance marquée. Il y donna des 
preuves de ses capacités militaires et fut nommé général- 
des-galères par le grand-maître suivant, Fr. Adrien de 
Wignacourt; il fit, en cette qualité, plusieurs expéditions 
heureuses contre les corsaires (1694) et prit, après 8 jours 
de siège, la ville de Chios ou Scio ^). Il fut nommé, en 
1702, grand-prieur, en récompense de ses services; mais il 
mourut en Italie, en revenant de Malte pour prendre pos- 
session de sa charge. 

IX. Frère Wolfg-ang-- Sébastien (Comte du Saint-Empire) 

DE PÔTTING, 

(1702-1709) 

fut nommé par Bulle du magistère, en date du 2 juin 1702; 
son entrée en fonctions fut signalée par un véritable don 
de joyeux avènement; car l'archevêque de Salzbourg, Comte- 
du-Saint-Empire Jean-Emest Thun fonda (1703), au prix de 
30,000 fi. une commanderie de famille. L'église magnifique 
de Striegau fut reconstruite (1704), comme l'historien 
Henelius le raconte: Quae sut exceïlentissimo JDD. commen- 



^) Le diplôme relatif à radjouction du titre de Hohensteiu est 
du 28 février 1628. 

-) V. Annales, I- partie, à cette date. 



284 L'OEDEE DE ]\IALTE. 

(lafore Comité de Herherstein ex ruinis lu qiias tôt tantisque 
tempormn injuriis conciderat, in novum veterique longe magni- 
ficentius atque commodius aedificium Jiodie resurgit. Ce grand- 
prieur fut cliambellaii de Léopold I^^\ conseiller intime de 
Joseph I^^. Lieutenant et assesseur^ du Tribunal supérieur 
de Bohême. E. mourut, le 17 juillet 1709, en son palais de 
Prague et fat inhumé dans l'église conventuelle de Notre- 
'Daine-suh-cateua. 

X. FeÈEE JeAX-WeXCESLAS de WEATISLAW-]^IITEOVi^TZ \). 

(1711—1712) 

La dignité de grand-prieur lui fut conférée par Bref 
sjDécial du pape Clément XI, en récompense des services 



^) Il fut un grand homme d'état et le ministre de trois emperenrs 
rLéopold I", Joseph I" et Charles VI). Nomm.é, en 1695, chambellan, 
puis assesseur à la ChanceUerie aulique de Vienne, il eut bientôt 
l'occasion de montrer sa science des affaires. Léopold I" l'envoya 
(1700) en mission spéciale en Angleterre, pour négocier l'alhance avec 
le roi Guillaume III. Il alla ensuite avec Charles HI, roi d'Espagne, 
en Hollande (1703). Au retour de la campagne de 1704, il fat nommé 
conseiller intime et grand-juge de Bohême. Joseph I" le confirma 
dans sa charge de conseiller intime et le chargea, le 6 juin 1705, de 
l'organisation de la chancellerie auhque de Prague, en qualité de vice- 
chanceher, sous les ordres du comte Kinsky, grand-chancelier. Puis il 
dirigea cette chancellerie, en l'absence du comte Kinsky. Il fat chargé 
de nouvelles missions diplomatiques, en Hongrie (1706) pour négocier 
avec les mécontents, en Saxe (1707), auprès du Roi de Suède, 
Charles XII, et conclut les Préliminaires du 22 août et le Traité de 
paix du 1" septembre. IL fut appelé au ConseU-de-Conférence (Con- 
ferenz-Math) que Joseph I" avait créé. Il y travailla au maintien des 
droits de l'Autriche à la succession d'Espagne. Il était l'ami intime 
du prince Eugène de Savoie, et dut à cette amitié d'être chargé des 
affaires les plus délicates, au lieu et place d'un premier-ministre. 
Lorsqu'il fut nommé grand-prieur, Joseph 1" lui attacha lui-même 
(1" mars 1711) la grand' croix, à laquelle sa dignité prieurale lui 
donnait di'oit. A la mort de Joseph I", il fit partie du Conseil de 
Régence, avec les princes Mannsfeld et Trautsohn, et le comte de 
Seilern. Sous Charles VI, il fut nommé, le 17 décembre 1711, grand- 
chancelier de Bohême, après être allé jusqu'à Milan au-devant de 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHEME. 285 

qu'il avait rendus au Saint-Siège, clans la conclusion de 
l'arrangement avec l'empereur Joseph I®^', à la date du 

20 janvier 1711. Nous donnons en note le résumé de sa 
vie politique. Son priorat fut très-court, car il mourut le 

21 décembre 1712, à Vienne; ses restes mortels furent 
transportés à Prague, dans l'Eglise-des-Frères-Mineurs de 
l'Altstadt, où on lui éleva un magnifique mausolée. L'épitaphe 
est ainsi conçue: Beverendiss. lUusfrissimo et Excell. viro 
Joanni Wencesïao S. R. J. Comiti Wratislaw de Mitroivits, 
tertio suae gentis in Boemia Ord. Equit. S. Joan. Hier os. 
Magno Priori., S. C. et B. Majestatis a secretioribus consiliis, 
atqiie Ber/ni Boem. siipremo Cancellario. 3fDCCXIII. XXV. Jan. 

XI. Frère Ferdinand -Léopold (Baron) de Dursky- 
Trzebomislitz ^) 

(1714-1721) 

se fit recevoir, à Malte, chevalier de l'Ordre. Il prit part 
aux expéditions contre les Infidèles et se distingua telle- 
ment sous les grands-maîtres, Fr. Grrégoire CaraÉfa, Fr. 
Adrien de Wignacourt et Fr. Raymond Perellos, que 
celui-ci le nomma général-des-galères, et le pape Clément XI, 
nonce-général (Nuntius generalisj. Après sa nomination 
au grand-prieui'é de Bohême-Autriche (1714) et sa con- 
firmation dans sa dignité par le magistère, il revint de 
Malte et prit possession de son siège. Il fit construire à 
Strakonitz un nouveau château (1715); il fit réparer l'égHse 
de la commanderie de Striegau, dévastée par un incendie 



cet empereur, à son retour d'Espagne. Il exerça ces liantes fonctions 
jusqu'à sa mort. Joseph I"'' lui avait donné de grands domaines en 
Hongi-ie. Le chef de la famille Wratislaw est, par droit liéréditaii-e 
et par ordre de primogéniture, grand-maître-des-cuisines du Royaume 
de Bohême. C'est la sixième des dix grandes charges de la Cour de 
Bohème. Le Décret impérial est du 17 décembre 1711. 

^) L'empereur Charles VI le nomma assesseur du Tribunal 
supérieur et Lieutenant de Bohême, puis vice-amiral. Il était prieur- 
titulaire de Hongrie. 



286 L'ORDRE DE MALTE. 

(13 mars 1718) et y consacra une importante somme 
d'argent. Il était seigneur de Strakonitz, Ober-Liebich, 
Warwazan et Brezinoves. Il mourut en son palais de Prague, 
le 27 février 1721, dans sa 74^ année et fut inhumé à 
l'église conventuelle de Notre-Dame, 

XII. Frère Charles-Léopold (Comte du Saint-Empire) 

DE HeRBERSTEEST ^), 

(1721—1726) 

en même temps prieur titulaire de Hongrie, était né en 
1660 et avait reçu une éducation conforme à son rang. Il 
entra jeune encore dans l'Ordre et obtint pour ses services 
les commanderies de Lossen, Striegau, Mailberg, Troppau. 
Partout il fit élever des constructions nouvelles, et, en 
particulier le palais de la commanderie et l'Eglise-Saint- 
Jean-Baptiste de Troppau, ainsi que la belle Eglise-Saint- 
Pierre-et-Saint-Paul de Striegau qu'il fit acliever. Il se rendit 
à Malte auprès du grand-maître, Fr. Raymond Perellos, 
et ses connaissances y furent appréciés, car il y fut élevé 
à la dignité de grand-bailli. Lorsqu'il fut nommé par Bulle 
de collation, du 23 avril 1721, au grand-prieuré de Bohême- 
Autriche et confirmé dans sa charge par le Magistère, il 
revint en Bohême s'y consacrer entièrement à l'administration 
de sa charge. Il commença la réparation du couvent de 
Prague, qu'il fut réservé à son successeur de finir. Nommé 
Lieutenant de Bohême par Charles VI, puis conseiller 
intime et conseiller aulique de guerre, il rendit des services 
à l'Etat, et reçut en récompense la charge héréditaire de 
chambellan et écuyer-tranchant du duché de Carinthie. Il 
mourut à Vienne, le 5 mars 1726, à l'âge de 66 ans; sa 
dépouille mortelle fut transportée à Prague, où il fut inhumé 
à l'église conventuelle. 



^) Charles VI le nomma Lieutenant de Bohême, conseiller intime 
et aulique de guerre, écuyer - tranchant héréditaire du dviché de 
Carinthie. 



LE GRAND-PKIEURE DE BOHEME. 287 

XIII. Feèee Gundaker-Poppo (Comte du Saint-Empiee) 

DE DiETRICHSTEIN ^) 

(1726—1737) 

était né, le 10 janvier 1672, il entra de bonne heure dans 
l'Ordre et fut bientôt pourvu des commanderies de Klein- 
Ôls, de Brunn, d'Ober-Karlowitz, puis nommé par Bulle de 
collation du 16 avril 1726, grand-prieur et confirmé par 
le magistère. Il se préoccupa tout d'abord de remettre en 
un état convenable les bâtiments conventuels. Il fit entre- 
prendre dès l'année de son entrée en fonctions, à la Klein- 
seite de Prague, la construction du nouveau palais grand- 
prieural, et la mena à bien en une année, comme le prouve 
l'inscription encore visible au-dessus de la grande porte 
d'entrée. Il le fit orner de cariatides de pierre, dues au 
ciseau de Braun. C'est dans ce palais que résident les 
grands-prieurs. Là se trouvent aussi les Archives, où l'on 
conserve les actes et écrits officiels, ainsi que les arbres 
généalogiques et les preuves de noblesse des chevaliers du 
grand-prieuré. Il fit continuer la réparation du couvent 
(1731). Il fit bâtir une belle église de Saint- Jean-Baptiste 
sur la colline près de Radomysl (1733) et l'église paroissiale 
de Saint- Jacques-le-Majeur, à Ober-Liebich. IL fut à la 
fois un sage administrateur et un ferme gardien de la 
discipline. Ses oeuvres témoignent des services qu'il a 
rendus à son Ordre. Il mourut, le 9 octobre 1737, en 
son palais grand-prieural et fut inhumé à l'église conven- 
tuelle, aux côtés de ses prédécesseurs. 

XIV. Feèee Feançois-Antoine (Comte du Saint-Empire) 

DE Kônigsegg-Rothexeels, 
(1737—1744) 

en même temps prieur titulaire de Hongrie, était né, le 
16 mai 1672, et entra jeune dans l'Ordre. Il fut commandeur 

') Il fut chambellan, assesseur du Tribunal supérieur et Lieute- 
nant de Bohême, conseiller intime, capitaine de la garde, envoyé 
extraordinaire et ministre plénipotentiaire de l'Ordre, à Vienne, grand- 
veneur héréditaire de Styrie. grand-échanson héréditaire de Carinthie. 



288 L'ORDRE DE MALTE. 

de Lossen et de Striegau, puis j)ïieur titulaire de Hongrie 
et Envoj^é extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de 
l'Ordre à la Cour de Vienne, enfin, à la mort de Fr. Charles 
Léopold, il fut nommé par Bulle du grand-maître, Fr. 
Raymond Despuig, en date du 3 décembre 1737, grand- 
prieur de Bohême et confirmé dans sa charge. Il ne prit 
possession du grand-prieuré qu'en 1738. Dès la seconde 
année de son entrée en fonctions, une Ordonnance très- 
importante, du 14 novembre 1739, conféra au prieur con- 
ventuel le privilège de poser lui-même la mître sur sa 
tête, lors de son intronisation. Les chapelains du grand- 
prieuré élisent le prieur conventuel, le grand-prieur le con- 
firme dans sa dignité. Le Couvent de Prague est sous la 
juridiction du grand-prieur. Fr. François-Antoine lui donna 
des règlements plus précis, auxquels le couvent eut à se con- 
former strictement (5 juillet 1744i. Il fut aussi opéré une 
modification dans les commanderies de Silésie. Jusqu'en 
1740, celles-ci ne relevaient que du grand-prieuré, et celle 
du T.-S.-Corps-du-Christ (la "Wradislavia) était de chambre 
magistrale (1450-1540): elle ne relevait que du Magistère de 
Rhodes ou de Malte. Lorsque cette commanderie fut 
engagée par l'empereur Ferdinand I*^^, ce privilège cessa 
d'exister: elle fut incorporée au grand-prieuré de Bohême 
et lui paya une responsion de 471 fl. 1 kr. Les comman- 
deurs de la Wratisîavia furent en outre tenus d'assister 
aux Chapitres convoqués par le grand-prieur. Puis la paix 
de Breslau (1742) et celle de Dresde ('1745) laissèrent la 
Silésie entre les mains de la Prusse, et nous verrons bien- 
tôt ce qui en résulta. La situation de Fr. François -Antoine 
fut d'ailleurs bien difficile, lors de l'invasion prusso-bava- 
roise en Bohême, d'autant plus qu'il était Lieutenant de 
l'Empereur. G-râce à son tact, il sut cependant protéger 
ses commanderies et son pays dans les limites du possible. 
L'empereur Charles VI l'avait nommé chambellan et con- 
seiller intime actuel. Marie-Thérèse le confirma dans toutes 
ses dignités. Il mourut à Prague, en son palais, le 31 mai 
1744, et y fut inhumé dans l'église conventuelle. 



LE GEAND-PRIEUKE DE BOHÊME. 289 

XV. Peèee Wenceslas-Joachim (Comte du Saint-Empire) 
Czejka-Olbramowitz, 

(1744—1754) 

en même temps prieur titulaire de Hongrie, fut reçu très- 
jeune dans l'Ordre et y devint Chevalier de Justice, puis 
commandeur de Mëcholup. Il fut nommé par Bulle du 
Magistère, en date du 9 juillet 1744, mais il n'entra en 
fonctions qu'en 1745. Un des premiers actes de son priorat 
fut l'acliat du domaine de Dozic (Bohême), pour la somme 
provenant du bailliage institué à Karlstadt (Croatie), par 
Jean-Joseph de Herberstein, comte du Saint-Empire. La 
victoire de Frédéric II, roi de Prusse, entre Striegau et 
Hohenfriedeberg, décida du sort des commanderies de l'Ordre 
en Silésie (4 juin 1745). Tandis que Fr. Wenceslas Joaclum 
tâchait de propager l'industrie à Strakonitz, vendait (1748) 
la commanderie d'Ebenfurt-sûr-la-Leitha, qui ne rapportait 
à peu près rien, et en faisait une commanderie pécuniaire 
dont la jouissance fut attribuée au prieur crosse et mitre; 
il faisait élever au pied du mont Srp, près de Strakonitz, 
(1748) une église à la Mère-des-sept-douleurs; il achetait 
pour les 30.000 il. donnés par l'archevêque de Salzbourg, 
la domaine d'Obitz (Bohême) qui forma, selon le testament 
du donateur, la commanderie de famille Thun. Et, pendant 
ce temps-là, Frédéric II se faisait remettre un état des revenus 
annuels des commanderies de Silésie ^). Il accaparait les 
droits du Magistère de Malte ; il s'attribuait la surveillance 
des rapports extérieurs et intérieurs de ces commanderies, 
et en frappait les revenus d'impôts prussiens. Le grand- 
prieur Fr. Wenceslas-Joachim fut un officier éminent: Marie- 
Thérèse le nomma Maréchal-de-camp. Il fut aussi son 
Lieutenant de Bohême et assesseur du Tribunal supérieur, 
ainsi que conseiller intime. Il mourut, le 5 juillet 1754, 



^) D'après cet état: 1" Breslau, 4200 11. — 2'' Reichenbach, 
600 fl. — 3° Striegau, 4000 fl. — 4" efc 5" Lôwenberg et Goldberg, 
1.300 fl. — 6' Lessen, 5000 fl. — 7" Gross-Tinz, 6800 fl. — 8" Klein- 
01s, 18.000 fl. — 9' Grôbnig, 9000 fl. 

SALLKS : L'ORDRE DE MALTK. jg 



290 L'ORDRE DE MALTE. 

en son palais, à Prague, et y fut inhumé à l'église con- 
ventuelle. 

XVI. Frère Emmanltel (Comte-du-Saint-Emplre) Kolowrat- 

Krakowsky, 

(1754-1769) 
en même temps prieur titulaire de Hongrie, prononça ses 
voeux solennels dès 1731; il fut commandeur de Breslau 
(Wratislavia) et de Lossen, et alla à Malte, auprès du 
grand-maître, Fr. Emmanuel Pinto, qui l'éleva à la dignité 
de grand-bailli. Il fut nommé grand-prieur, par Bulle du 
3 octobre 1754, et vint immédiatement prendre possession 
de sa cbarge. Il s'appliqua à développer le bien-être de 
ses frères et de ses ressortissants. En 1763, Fr. Michel- 
Ferdinand d'Althan (Comte-du-Saint-Empire) bailli de Saint- 
Joseph, à Dozic, fonda une commanderie pécuniaire, appelée 
de son nom de baptême compianderie de Saint-Michel et 
consistant en une somme de 50.000 florins versés par lui. 
En 1769, le commandeur, Fr. Octavien de Sinzendorf, créa 
de même une commanderie de famille, appelée de son 
prénom: commanderie de Saint-Octavien, qui est main- 
tenant à la libre disposition de l'Ordre. Fr. Emmanuel fut 
chambellan, conseiller intime de Marie Thérèse, assesseur, etc. 
Il prit part à la guerre de sept ans (1756 — 1763) et avança 
jusqu'au grade de général-de-la-cavalerie. Il mourut à 
Strakonitz, le 12 juin 1769, et y fut inhumé à l'Eglise-du- 
château. 

XVII. Frère Michel-Ferdinand (Comte-du-Saint-Empire) 

Althann 
(1769-1789) 
était né à Vienne, le 25 juin 1708, et entra tout jeune 
dans l'Ordre, où il se signala par sa piété, sa douceur, sa 
modestie, sa vie exemplaire. Aussi fut-il bientôt pourvu 
de la commanderie de Dozic. Il fut nommé grand-prieur, 
par Bulle du 17 septembre 1769, mais il ne prit possession 
du priorat qu'en 1771. La Prusse procédait en Silésie, selon 
la méthode connue: Frédéric II signifia donc (1771) aux 



LE GRAND-PBIEURE DE BOHEME, 291 

commandeurs silésiens la (U'fense la plus formelle eVassistcr 
aux Chapitres de l'Ordre, à Prague] il alla pins loin, au 
mépris de tous les droits acquis, dans ses actes de bon 
plaisir. Mais les commandeurs n'en continuèrent pas moins 
à remplir leur mission traditionelle.^) Le grand-prieur fit 



^) On lira ici à leur date quelques actes inédits qui se réfèrent 
plus spécialement au grand-prieuré de Bohême- Autriche: 

Il y eut des difficultés entre le grand-magistère et le grand- 
prieuré de Bohême, au sujet des responsions que celui-ci ne 
payait pas, et d'après la correspondance entre Marie -Thérèse 
et Rohan, Fr. Hompesch, accrédité auprès du G-M. en qualité 
de ministre du S'-Euipire. aurait même prétendu que son caractère 
diplomatique n'avait pas été respecté, ce qui aurait provoqué des 
observations de la part de Marie-Thérèse, en 1777 et 1778, et une 
justification de Rohan (L. à Kaunitz du 3 décembre 1777). Il y avait 
eu séquestre impérial (L. du Chancelier de Cour et d'Etat Kaunitz, 
du 29 juin 1780) ; il fut levé, et une nouvelle répartition des respon- 
sions eut lieu, les droits de passage des Clievaliers furent diminués 
et cette clause fut insérée dans les nouveaux Statuts. Une lettre de 
Joseph II du 30 décembre 1780 prouve que la bonne harmonie sub- 
sista, malgré Hompesch, disons-le sans détours, en nous appuyant 
sur la dépêche de Hompesch à Kaunitz, du 24 avril 1779, où Hom- 
pesch suscite la méfiance contre son grand-maître, dont il critique 
»les irrésolutions et la faiblesse», où il parle "des replis tortueux du 
dédale où Rohan cherche à se retrancher*, »des sophismes et du peu 
de sincérité du grand-maître«. Ces faits ont un caractère bien propre 
à révéler l'homme qui plus tard fut le héros de la reddition de Malte 
(Arch. I'"" de Vienne, Malta, 9, 7). 

Ibidem (1776 — 1780). — Rohan à V Ivipératrice Marie- Thérèse: 
» Sacra Regio Caesarea Apostolica Maj estas. 
Ex litteris credentialibus a Fr. Ferdinando Josepho Libero 
Barone ab Hompesch ordinis Hierosolymitani Commendatario ea 
Germaniae Locumtenante mihi exhibitis probe perspexi, M. V. Regt 
Caesaream et Apostolicam eidem demandasse, ut in posterum Régi, 
vestra negotia curet, vestrique Ministri officio apud me fungatur. 
Vestris itaque mandatis obtemperando, meum erit, praefatum virum 
jam noihi ob eximias eius animi qualitatis peracceptum, libentius. . . 

Melitae, die VIH Jannuarij 1776. 
signé 

Magnus Magister HôspUs et 
S"-Sepulchri Hierlem. 
Frâ Emanuel de rohan. « 
19* 



292 L'ORDRE DE MALTE. 

agrandir et décorer l'église de Srp (Podsrp), aujonrd'lim 
encore très-fréqiientée . par les pieux pèlerins. Il vendit 
(1779) la commanderie de Haillenstein (Styrie, cercle de 
Cilli) et fonda avec le prix de vente une commanderie 
pécuniaire, qui appartient de droit au chapelain conventuel 
crosse et mitre, vicaire-général in Spirit. Une pieuse femme 
fit (1780) réparer et embellir l'église paroissiale de Saint- 
Pierre-et-Saint-Paul, de Striegau. Mais, en 1784, Joseph II 
fit fermer la petite Eglise-Saint-Procope, qui fut vendue 
à' Dame Marie A. de Kolowrat-Krakowsky, comtesse du 
Saint-Empire (1789), et elle est aujourd'hui une maison 
particulière. Lors de la suppression des Carmélites, les 
Chevaliers continuèrent à être chargés par Décret aulique 
de 1787, du service du culte de l'Eglise-Maria-de-Victoria, 
déclarée église paroissiale. Fr. Michel Ferdinand fit plusieurs 
fondations pour les' pauvres, à la Kleinseite de Prague et 



— Bohan à VImp. Marie Thérèse: 

»Nullus dubito, quin Sacra E,. Ap. M. Vestra jam intellexerit, 
quanta felicitate, et vero etiam universi lerosolimitani Ordinis emo- 
lumento fuerint res Poloniae ad illum spectantes a Bajulivo de 
Sagramoso tractatae atque absolutae . . . ^ 

Datum Metitae 17. Martij 1777. 

signé Fr. E. de R, — .« 

En 1780 il signe: G'^-M. des Ordres de S'-Jean-de- Jérusalem, du 
S'-Sepulcre et de S'-Antoine de. Viennois. 

— BoJian à VImp. M. -T.: 

»Madame. 
Mon Ordre doit trop à l'auguste Maison, dont Votre Majesté 
impériale et Royale, réunit la Puissance et les vertus, pour ne pas 
devoir attendre de sa protection les effets les plus salutaires: Les 
bontés particulières qu'EUe a daigné me témoigner lorsque j'ai eu 
le bonheur de lui faire ma Cour, ajoutant à la confiance que 
m'inspire la qualité de chef de cet ordre, et je m'en presse à la 
première apparence de troubles et de mécontement qui, s'élevant 
parmi m.es religieux allemans paroît exciter l'attention de V. M. I. 
et de ses Conseils, de venir la suppUer d'entendre l'exposé sincère 
des principes de l'Ordre, des maximes de ses tribunaux et de ma 
conduite, par les détails qui seront mis sous les yeux de Votre 
Majesté Impériale, et d'être bien persuadée que le respect, la 
reconnaissance et la soumission de mon ordre aux volontés de V. 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHEME. 293 

sur les domaines prioraux. Il était très bien en cour; 
il était accrédité du reste en qualité d'Envoyé extraordi- 
naire et ministre plénipotentiaire de l'Ordre. Il fut cham- 
bellan et conseiller-intime de Marie-Thérèse et de Joseph U; 
il pratiqua toutes les vertus et surtout la charité chrétienne. 
Il mourut à l'âge de 81 ans, le 18 mai 1789, et fut inhumé 
au cimetière de la Kleinseite de Prague. 

XVIÏÏ. Frère Joseph Marie (Comte-du- Saint-Empire) 

COLLOREDO -WaLLSEE 

(1789—1818) 

était né à Ratisbonne, le 11 septembre 1735, et entré jeune 
dans l'Ordre. Sa piété et ses talents militaires le mirent 
bientôt en vue : il fut nommé grand-prieur par Bulle de 
coUation du 3 juillet 1789, et prit possession de sa charge 
en 1791. Le gérant du grand-prieuré vendit (1790) la riche 
commanderie de Stroheim (Haute-Autriche), qui datait de 1269 



M., notre désir de concourrir à ses viies, et nos égards pour la 
natioia Germanique, n'ont jamais varié, comme il lui sera aisé de 
s'en convaincre par le compte qui lui en sera rendu, et snr lequel 
je ne veux pas anticiper, de peur d'abuser des instans précieux 
de V. M. I. 

Je suis avec un très-profond respect, 
Madame, 

De V. M. r^ et E,'^ 
à Malte Le très-humble et très-obéissant 

le 3 décembre 1777. serviteur. 

Le Grand-Maître des Ordres de 
S' Jean de Jérusalem, du S'-Sepulchre 
et de S' Antoine Viennois 
signé: F" E, de r.« 

— Dépêche de HompescJi, tninistre cV Allemagne, à Kaunitz: 

»(1" janvier 1779). G. Le sort du nouveau prieuré de Pologne 
n'étant pas encore fixé d'une manière légale et immuable; j'ai fait 
part à M^' le V-Chancelier de l'empire de l'inquiétude qui reste sur 
ce sujet à Messieurs les chevaliers alemans, et des précautions que 
je crois nécessaires pour mettre fin à leurs justes alarmes. « 



294 L'ORDRE DE MALTE. 

et était devenue partie intégrante de celle de Mailberg 
(Basse-Autriclie). Le commeuidenr de Pulst (Carintliie), Fr. 
Jean de Ricci, fut nommé (1791) coadjuteur et prieur du 
Chax^itre de Klagenfurt. Ce fut le dernier commandeur de 
Pulst. Ce poste est occupé par un administrateur, qui est 
toujom's le chapelain de l'Ordre, curé de la paroisse. Le 
grand-prieur vendit (1803) la commanderie de Kralowitz, 
réunie depuis 1667 à celle de Brunn, et fonda avec le 
prix de vente une commanderie pécuniaire dont le com- 
luandeur de Brunn a la jouissance. Le château a gardé 
dans la langue populaire le nom de Commenda. La Prusse 
n'avait plus qu'un pas à faire, pour consommer son oeuvre 
en Silésie. Elle fit ce pas, le 30 octobre 1810. A cette date, 
toutes les commanderies de Silésie relevant du grand-prieuré de 
Bohême furent déclarées supprimées et annexées.^ par Ordre-de- 
Cabinet. L'Ordre souffrit aussi beaucoup des guerres de 
ces temps, et de la Patente impériale de 1806, décrétant 
la remise par les Eglises, comme par les particuliers, de 
la liste de toutes les valeurs d'or et d'argent, et l'abandon 
à l'Etat contre leur prix en obligations du Trésor de celles 
de ces valeurs qui n'étaient pas indispensables. L'année 
1813 faillit du reste être très mauvaise pour le grand- 
prieuré ; car, si l'on avait exécuté les deux Décrets im- 
périaux du 20 mars et de septembre 1813, c'en était 
fait de l'Ordre dans les Etats de Sa Majesté P^ et Ri^ 
apostolique ^). Le lieutenant du magistère, Fr. André de 



1) Arcli. du ministère I' R' de l'Intérieur, Vienne. — A. Fasc. 25, 
Johanniter Orden, n° 19 (Ad A. 188 ex Majo 1813). — Procèsverbal 
de la séance du Conseil aulique du 26 mars 1813. Notification de la 
Présidence (Original). »Le Décret imp' en date du 20 mars de cette 
année porte que: 1" Il y a lieu de suspendre toute réception de 
nouveaux membres de l'Ordre de Malte; 2° A l'avenir, au cas de 
vacance d'une prébende de l'Ordre, il n'y sera point pourvu sans 
autorisation impériale préalable; 8° Les vacances des deux prébendes 
de famille (Sinzendorf et Thun) seront portées à la connaissance de 
S. M., au cas d'extinction des droits de ces deux familles; 4° Les 
pensions accordées jusqu'à présent par l'Ordre continueront à être 
servies pendant la vie des bénéficiaires, mais il ne sera plus accordé 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHÊME. 295 

Giovanni, uomma Fr. Colloreclo Envoyé extraordinaire et 
Ministre plénipotentiaire de l'Ordre à la Cour impériale, 
afin de renouer les relations de l'Ordre souverain, en cette 
qualité. Il y eut à Vienne, en 1815, sous le priorat de 
Fr. Josepli-Marie, un congrès de l'Ordre. Un doit enfin à ce 
dignitaire l'aclièvement du palais prieural de Prague, qu'il fit 
décorer et meubler avec luxe. On peut juger d'après ses titres 
quels furent ses mérites militaires. Il fut chambellan, conseiller 
intime, Feldmarécbal, titulaire d'un régiment d'infanterie, 
directeur général de l'artillerie. Il mourut, le 26 novembre 
1818, à Vienne, où il fut inhumé avec tous les honneurs 
dus à son rang. 

XIX. Frère Vincent (Comte-du-Saint-Empirb) Kolowrat- 

LlEBSTEINSKY 

(1819—1824) 

né à Czernikowitz, le 11 mai 1750, se voua à la carrière 
des armes; il fut chevalier de l'Ordre, commandeur de la 
"Wratislavia, grand-prieur, élu au Couvent de Prague (1819) 
et confirmé dans sa dignité par le lieutenant du magistère, 
Fr. André de Giovanni. Il négocia avec la Prusse, rela- 
tivement à l'abandon de la commanderie en question, et 
la Prusse acheta la Wratislavia (Comm. du T.-S.-Corps-du- 
Christ, à Breslau) pour la somme de 24.000 fi. qui formèrent 
une commanderie pécuniaire. Il fut général-d'infanterie 

de pensions sans autorisation impériale ; 5° Il sera donné communica- 
tion à S. M., après avoir entendu le préposé du Couvent de l'Ordre 
à Prague, du but d'utilité pour la religion et le soin des âmes auquel 
on pourrait consacrer cette communauté ecclésiastique de l'Ordre et 
sa fortune; 6° Les biens devenant vacants par suite de cette Ordon- 
nance recevront une autre destination. La Présidence de la Chan- 
cellerie aulique se réserve. . . « (Le rapporteur était le conseiller aulique 
de Geisslern, et cette notification est signée: Heunbracbt. Un autre 
acte relatif au même objet est signé: Ugarte, Chancelier aulique). — 
B. (188 ex 7''" 1813) Par Décret impérial, les biens de V Ordre de St-Jean- 
de-Jérusaleni sont attribués à TOrdre de Marie-Thérèse, au fur et à mesure 
des décès des titulaires^ et la dissolution du fjrand-prieuré est prononcée. — 
Adelsarchiv, Vienne, IV, D. 8, poste 10. 



296 L'OKDEE DE liiALTE. 

(Feldzengmeister) et commandant militaire de Bohême. 
Il mom^it à Vienne, le 7 décembre 1824. 

XX. Feèee Ghaeles (Comte-du-Saixt-Eiipire) IsTeipperg ^), 

(1826—1835) 

né le 30 septembre 1757, entra jeune dans l'Ordre et fut 
nommé grand-priem- par Bulle de collation, du 17 novembre 
1826, puis confirmé dans sa dignité. Sous son priorat. la 

commanderie de famille Tliun. fut remise à l'Ordre. Il fut 
très-aimé pour sa bienfaisance. Il mourut à Vienne, le 
24 juin 1835. 

XXI. Feère CHABi,ES-BoEEOirÉE (Co]u:te-du-Saixt-Empire) 

MOEZEST 

(1836—1846) 

était né le 30 août 1756, et adopta la carrière militaire. 
Il devint dans l'Ordre commandeur de Brann, bailli de 
Saint-Josepli à Dozic, receveur du grand-prieuré de Bohême, 
Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de l'Ordre 
à la Cour impériale: puis il fut nommé par Bulle de 
collation, du 12 décembre 1836. grand-prieur. Il était très- 
bien vu à la Cour de l'empereur François P^, pour ses 
vertus sociales, et il fut chambellan et major-général 
(General-Major). La commanderie de Saint-Ferdinand fut 
aliénée sous son gouvernement: elle faisait partie de 
l'ancienne commanderie de Francfort-sur-le-Mein et était 
un débris de l'ancien grand-priem^é d'Allemagne, incorporé 
par disposition impériale au grand-prieuré de Bohême. 
Elle fut cédée, en 1842, à la ville de Francfort et la com- 
mande pécuniaire qui fut fondée avec le prix de vente fut 
nommée, en l'honneur du fondateiu' Ferdinand P', com- 
manderie de Saint -Ferdinand. Frère Charles-Borromée était 
un érudit et un protecteur des arts et des sciences. Il 



1) Le diplôme comtal est de 1734 (Cliarles VI). 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHÊME. 297 

mourut à Prague, à Tâge de 91 ans, le 27 octobre 1846, 
et fut inliimié à Holienelbe, dans la caveau de ses aïeux. 

XXII. Frère François (Comte-du-Saint-Empirej Khevex- 
hullee-Metsch 

(1847—1867) 

était né à Vienne, le 3 octobre 1783, et entré très-jeune 
dans l'Ordre : il fut élu au grand-priorat par le Chapitre 
formé de tous les commandeurs, puis confirmé par la 
Lieutenance du Magistère, à Rome, le 15 janvier 1847. En 
qualité de grand-prieur, il eut la jouissance des revenus de 
Strakonitz, d'Ober-Liebich et du capital produit par la 
vente de la seigneurie de Warwazau. qu'il aliéna en 1847. 
Ce fut un bomme pieux, charitable, abordable pour tous, 
aidant et secourant partout où il le pouvait. Il aimait les 
arbres et les fleurs : ses domaines avaient de magnifiques 
parcs et parterres. Il s'occupait des écoles et il en fit bâtir 
une à Neu-Strakonitz. Quand fut commis sur la personne 
sacrée de l'empereur François- Joseph P^ l'attentat que rappelle 
l'Eglise-Votive de Vienne, il fit une fondation, dont les 
revenus sont encore distribués aux pauvres de ses anciennes 
possessions, au jour anniversaire de ce crime si heureuse- 
ment déjoué par la Providence. Il laissa de même à ses 
serviteurs des legs à payer intégralement avant tous les 
autres ^), lorsqu'il mourut après 67 années de service effectif 
comme officier de l'armée et plusieurs campagnes. 



^)LesKheTenhuUer sont cV origine francoiinienne;,mais, depuis 1030, 
ils appartiennent à la haute noblesse autrichienne. Le comte François- 
Joseph fut conseiller intime actuel, général de l'infanterie, général- 
commandant de Bohême, propriétaire du 35° régiment d'infanterie, 
chevalier de la Couronne de Fer de 1^'" classe, maître-héréditaire de 
la cour en Autriche, écuyer-héréditaire en Cai-inthie . . . Il fut sous- 
lieutenant à 17 ans (1800), fit 8 campagnes et arriva au grade le plus 
élevé de la hiérarchie après celui de feldmaréchal. Il ménagea la ville 
de Prague révoltée (1848', en autorisant le tir de bombes à mèches 
raccourcies qui, en éclatant avant de tomber, n'endommagèrent pas 



298 L'ORDRE DE MALTE. 

En 1866, lorsqu'il n'y eut plus de cloute sur les desseins 
de la Prusse et que la guerre fut imminente, Klieven- 
liuUer eut une noble pensée, celle de consacrer les forces 
vives des chevaliers de son grand-prieuré au service de 
santé et au soulagement des victimes du champ de bataille. 
Il convoqua au commencement de mai, conformément aux 
Statuts un Chapitre général, à Vienne, dans lequel il pro- 
posa d'ériger immédiatement un hôpital de l'Ordre pour 
les soldats blessés. La proposition fut adoptée à l'unani- 
mité, et un comité exécutif fut nommé sans désemparer. 
On prit les mesures nécessaires et 20.000 fl. furent votés 
sur l'ancienne caisse du réceptorat. On invita les chevaliers 
d'honneur, dames de dévotion et donats, à contribuer à 
l'oeuvre, et tous répondirent à cet appel. Le grand-prieur 
s'engagea à y consacrer lui-même une rente annuelle de 
3000 fl. Les membres du Chapitre imitèrent cet exemple. 
Lorsque tout fut organisé, le grand-prieur se rendit avec 
l'envoyé de l'Ordre, Fr. François, comte Kolowrat- 
Krakowsky, le bailli, Fr. Frédéric, comte Schonborn, le 
commandeur, Fr. d'Obitz et le lieutenant-feldmaréchal, 
baron de Reischach, auprès de Sa Majesté, l'empereur 
François-Joseph L^, pour soumettre à son auguste appro- 
bation la résolution de l'Ordre. — • »Faible et peu nombreuse 
est en ce moment notre phalange, dit le grand-prieur, 
mais elle est courageuse et résolue à tenir bon dans sa 
fidélité éprouvée envers la personne sacrée de Votre 
Majesté, pour la cause du droit et pour l'honneur et la 
grandeur de l'Autriche. Que Votre Majesté daigne donc, 
en nous accordant l'objet de notre requête, nous fournir 
l'occasion de prouver par des actes nos sentiments patrio- 
tiques». L'empereur s'exprima avec bienveillance sur les in- 



les maisons. Cet acte d'humanité, révélé pai' le D'' Feyfar. demeura 
secret pendant Si années. Il est cependant digne d'être mis en paral- 
lèle avec les plus belles actions, et, ce qui est curieux aussi à con- 
stater, le bombardement eut un effet terrible sur les insurgés et amena 
après le quatrième projectile la reddition, comme ne l'aurait peut- 
être pas fait un bombardement régulier. 



LE GRAND-PEIEUEE DE BOHÈME. 299 

tcrttioiis de l'Ordre qui, se souvenant de ses pieuses traditions, 
songeait, aussitôt que possible, à adoucir les souffrances de la 
guerre. Il fut d'abord question d'établir l'hôpital à proxi- 
mité du théâtre de la guerre; puis, dans la pensée qu'on 
pourrait mieux, à distance, se consacrer au soin des blessés, 
on choisit un lieu proche de Vienne. On se prononça pour 
l' Emilienliof (cour au métaierie d'Emilie), entre Kloster- 
neubourg et Kierling, pour y installer cet hôpital. L'Emilien- 
hof est un grand bâtiment entouré d'un grand parc. Sur 
l'appel du grand-prieur et du comité, l'argent, la charpie, 
le linge, les bandes affluèrent de tous côtés. L'ameuble- 
ment fut des meilleurs; les lits, le linge de corps, les 
provisions, tout fut bientôt prêt. Le bailli, Fr. Frédéric 
Schônborn, réunit même une bibliothèque choisie pour les 
malades. Il y avait de la place pour 14 officiers avec leurs 
ordonnances, ainsi que pour 30 è 40 soldats. L'hôpital 
était prêt et le fusil Dreyse allait bientôt y envoyer des 
hôtes. Fr. François mourut plein de jours, d'honneurs et 
de vertus, le 14 novembre 1867. Il avait 84 ans: il eut 
la douleur de voir son pays écrasé et occupé par l'ennemi. 
Cette douleur déchira son coeur de chef d'Ordre, d'officier 
et de patriote; mais, par une providentielle compensation, 
les malheurs de l'Autriche fournirent aux Chevaliers Hospi- 
taliers de Saint- Jean- de -Jérusalem l'occasion de bien 
mériter du Prince et de la nation, 

XXIII. Frère François-Xaviee-Hercule (Comte-du- Saint- 
Empire) Koloweat-Krakowsky 

(1867—1874) 

est le quatrième de cette noble lignée, qui ait occupé 
le grand-priorat. Il était né, le 5 juin 1803, au château 
de Teinitzel, près de Klattau (Bohême). Il servit dans 
l'armée, de 1819 à 1845, et démissionna alois avec le rang 
et le titre de lieutenant-colonel. Il faisait partie de l'Ordre 
depuis sa jeunesse, et s'y était toujours montré le promo- 
teur des idées et des intérêts humanitaires. Il avait été 



300 L'ORDRE DE MALTE. 

pourvu de la commauderie de Troppau. L'Empereur 
l'avait chargé de missions diplomatiques: il avait été, en 
1840, un des témoins du mariage de la reine Victoria avec 
le prince Albert de Saxe-Cobourg, dont il avait été le 
gouverneur. Il vécut pendant plusieurs années à la Cour 
de la reine de Portugal, Donna Maria, et accompagna le 
prince Don Fernando (Ferdinand de Saxe) dans ses voyages. 
A partir de 1845, il s'adonna à l'économie rurale et se 
consacra aux affaires de l'Ordre. Il fut décoré (1860) de 
la croix de l'Ordre impérial de Léopold et nommé (1861) 
conseiller intime. En 1861, il fut chargé de représenter 
l'Ordre à la Cour de l'empereur François- Joseph, en qualité 
d'Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire. Nous 
avons vu qu'en 1866 il prit une part active à la création 
du Service de santé volontaire^ et qu'il fut président du 
comité exécutif. Sa qualité d'Envoyé de l'Ordre donnait 
plus de poids à la résolution prise, puisque son concours 
indiquait clairement l'appui du Magistère, à Rome. A la 
mort du grand-prieur KhevenhuUer, il fut élu grand-prieur, 
dès le 2 décembre 1867. Il visita les possessions de l'Ordre, 
dès son entrée en fonctions. C'est sous son gouvernement 
que les domaines de Dëtenic (cercle de Liban, anc. cercle 
de Jung-Bunzlau) et de Kurima (Hongrie) furent remis 
effectivement au grand-prieuré. Il s'occupa de l'améHo- 
ration des voies de communication. 

En l'année 1869, de même qu'en 1866, l'Ordre rendit 
de grands services pendant l'insurrection des Bouches-de- 
Cattaro. Le grand-prieur délégua le commandeur, Fr. 
Othénio Lichnowsky-Werdenberg, le chevalier comte 
Rodolphe Khevenhuller-Metsch et le Dr. en médecine, 
Baron Jaromir Mundy, en Dalmatie, pour y remplir la 
mission hospitalière de l'Ordre. Ils méritèrent des éloges 
unanimes dans l'accomplissement de cette mission. 

C'est sous le priorat de Fr. François-Xavier, et. grâce 
au concours le plus généreux du grand-prieuré, que la 
maison de Tantur a pu être bâtie et instituée, comme nous 
l'avons dit dans la première partie de ces Annales. L'ini- 



JjE GRAND-PRTEUBE de BOHÊME. 301 

tiative de cette fondation revient d'ailleurs avant tout à 
l'Empereur. Fr. François reçut en récompense, de Sa 
Majesté P® et R^® apostolique, la Couronne de Fer de 
1^^^ classe. Ce grand-prieur était doué de tous les dons de 
l'esprit et du coeur, qui charment et captivent. Aussi était- 
il aimé de tous. Il mourut, à son château de Strakonitz, 
le 15 juin 1874, et fut inhumé dans le caveau des chape- 
lains de cette ville. Après sa mort, la Wratislavia passa 
entre les mains de l'Ordre, 



PRINCES-GIRANDS-PRIEURS. 

(I) XXIV. Feère Othénio-Bernard-Marie (Comte-pu-Saint- 
Empire) Lichnowsky-Werdenberg, 

(1874—1887) 

premier Prince- Grand-Prieur de Bohême-Autriche, premier- 
prélat-provincial de Bohême ^), est né, le 7 mai 1826, au 
château de Grâtz, près de Troppau (Silésie autrichienne); 
il est le quatrième fils de S. A. S., le prince Edouard 
Lichnowsky, comte de Werdenberg (1749 — 1845) et de la 
princesse Eléonore, née comtesse Zichy. Il a servi dans 
l'armée et y est parvenu au grade de major de hussards. 
Reçu dans l'Ordre, à titre de novice, le 20 mai 1853, sous 
le priorat de Fr. François, comte Khevenhuller-Metsch, il 
se préoccupa dès ce moment-là des intérêts et de l'avenir 
de sa communauté. Les services qu'il rendit lui firent con- 
férer, en 1872, la grand'croix et le titre de BaiUi-honoraire, 
par le Magistère, à Rome, sous le gouvernement grand- 
prioral de Fr. François-Xavier, Comte Kolowrat-Krakowsky, 
et élire pour successeur de ce dernier, dans le Chapitre 
des commandeurs et chevaliers-prof es, tenu en son hôtel, à 



^) n est aussi grand'croix de la Couronne de Fer, chambellan 
et conseiller intime actuel, membre à vie de la Chambre des Seigneurs, 
à laquelle appartient aussi le cardinal grand-maître de l'Ordre, en sa 
qualité de prince autrichien. 



302 L'ORDRE DE MALTE. 

Vienne, le 2 juillet 1874. Son élection fut confirmée par 
le Magistère. Ce fut un des premiers actes de son gouverne- 
ment d'ordonner que les Chapitres provinciaux seraient 
désormais réunis, non plus à Vienne, comme c'était la 
coutume depuis le siècle précédent, mais à Prague, c'est à 
dire dans le pays et au lieu même que la munificence des 
rois de Bohême a assignés à l'Ordre souverain. Dàs le 
24 juin 1875, il convoqua, en exécution de cette Ordonnance, 
les commandeurs et chevaliers-profès au palais grand- 
prieural, à Prague, pour délibérer sur les voies et moyens 
de rendre à l'Ordre sa mission originaire. D'après la déci- 
sion unanime de ce Chapitre, il conclut en 1876, avec le 
Ministère de la guerre de l'ensemble de la monarchie, une 
convention relative à la remise à l'Ordre du Service de santé 
volontaire sur les chemins de fer, en temps de guerre, et cette 
convention fut ratifiée par l'Empereur "). Il fit alors construire, 
avec le concours des commandeurs de l'Ordre (grand-prieuré 
de Bohême) un premier train-école, comprenant 15 wagons, 
destiné au transport des blessés en cas de guerre, et con- 
tenant tous les accessoires voulus: lits pour les malades, 
cabines pour les médecins, pharmaciens et cuisiniers, com- 
partiments pour les approvisionnements, etc. Les cinq wagons- 
ambulances renferment 50 lits, avec des bancs pour les 
soldats moins grièvement blessés, de sorte que chaque train 
peut transporter plus de 100 blessés ordinaires et quatre 
officiers dans les hôpitaux les plus éloignés, en pourvoyant 
jusque dans les plus petits détails à tous leurs besoins. Le 
11 novembre 1877, le train fut bénit, puis mis en gare, 
dans une halle construite à cette fin à proximité de la 
station Strakonitz; tandis que les appareils de chirurgie, 
vêtements, etc., étaient mis en réserve dans la résidence du 
grand-prieur, à Strakonitz. La remise du train à l'Ordre 
eut lieu, en présence de Fr. Othénio et des commandeurs, 
Fr. Guy, comte Thun-Hohenstein, et Fr. François, comte 
Meraviglia-Crivelli. Il fut ensuite chanté par le chapelain 



1) Y. Appendice, XXX. 



LE GRAND-PRIEURE DE BOHÊME. 303 

conventuel un Te Dcum d'actions de grâces, pour la réussite 
de l'entreprise. 

Ce service de santé fut inauguré par 2 trains sanitaires 
(l'Oi'dre les porterait à douze, au cas de besoin) pendant 
l'occupation de la Bosnie -Herzégovine (août, septembre, 
octobre 1878), et cette institution humanitaire a fait alors 
ses preuves de vitalité. L'occupation de la Bosnie-Herzégo- 
vine n'était pas le fait de guerre prévu; mais il y eut 
cependant mobilisation (en temps de paix) et lutte armée. 
Aussi le grand-prieur s'empressa-t-il de mettre en activité 
ces deux trains sanitaires, et tout d'abord le train-école (A), 
emmagasiné à Strakonitz, sous le commandement du com- 
mandeur, Fr. Meraviglia, puis, au bout de quinze jours, le 
deuxième train (B), sous les ordres du commandeur, Fr. 
Charles Thun-Hohenstein. Le train A fut dirigé sur Sissek, 
le train B, sur Trieste. Le médecin-en-chef accompagna 
alternativement l'un ou l'autre train. Le train A eut pour 
médecins les D'^^ B,edtenbacher et Tinus; le train B, les 
D^^ Grlinner et Steer. Durant trois mois, les deux trains 
firent environ cent voyages et franchirent des milliers de 
Kilomètres ; des milliers de soldats grièvement ou légèrement 
atteints furent évacués sur les hôpitaux militaires de Croatie, 
d'Istrie. du Littoral, en Carinthie, en Carniole, en Styrie, 
en Hongrie, principalement sur Buda-Pesth et souvent aussi 
sur Vienne. Il n'y eut pas un cas de mort sur les deux 
trains, ni une difficulté avec le personnel qui fit toujours 
son devoir. Les commandeurs Fr. Meraviglia et Fr. Thun 
ne quittèrent presque pas un instant l'uniforme^). L'Empereur 
adressa, le 3 décembre 1878, au grand-prieur, Fr. Othénio, 
cette lettre autographe: 

»Cher Comte Lichnowsky-Werdenberg, 

Les trains sanitaires mis à la disposition par l'Ordre 
de Malte ont déployé une activité vraiment pleine de 
dévouement et très-efficace, que Je reconnais entièrement. 

*) Nous avons suivi pour ces détails le rapport officiel du 
médecin en chef de ce service, D'' B"" Mundy. 



304 L'ORDRE DE MALTE. 

Ce résultat dû surtout à votre influence personnelle 
éqrouvée me fait ressentir une haute satisfaction, et 
m'offre de nouveau une occasion favorable pour vous 
exprimer mes remerciements et ma reconnaissance pour 
vos efforts. 

Buda-Pest, le 3 décembre 1878. 

Signé: François Josep]i.« 
Cette lettre impériale fut portée à la connaissance des 
chevaliers par le grand-prieur, en décembre 1878, par un 
Ordre du jour, où nous lisons que les frais de ce service 
ont été supportés exclusivement par les commandeurs du 
grand-prieuré, qui ont refusé tout concours pécuniaire de la 
part des chevaliers et des personnes étrangères à l'Ordre. 
De même que les Chevaliers Teutoniques et les Chevaliers 
affiliés de Sainte-Marie (Marianer), les Hospitaliers de 
Saint-Jean ont pris, en 1878 comme en 1866 et en 1869, 
une place d'honneur auprès du trône et dans le coeur des 
soldats qui les ont vus à l'oeuvre, et la lettre impériale 
nous prouve que l'Ordre de Malte doit à cette institution 
d'avoir reconquis en Autriche, en 1878, son antique 
renommée ^). 

Nous avons dit dans la première partie de ces Annales, 
la restauration du Magistère, les hautes dignités conférées 
et la reconnaissance nouvelle par le chef de la catholicité, 
et par le Monarque d'Autriche, de Bohême, de Hongrie 
etc., du caractère souverain de l'Ordre des Chevaliers 



1) Les deux Ordres religieux de Chevalerie d'Autriche: les Teu- 
toniques et les Hospitaliers ont, sur le désir exprimé par l'Empereur, 
envoyé dès la fin de novembre 1885, sur le théâtre de la guerre 
serbo-bulgare, le premier, à Belgrade et à Sophia, des colonnes de 
santé pour assister et soigner les blessés, et le second, à Belgrade, 
son train-école de transport, avec le personnel et le matérial néces- 
saires. S. A. r° Mgr. l'Archiduc Guillaume, Grand-Maître et Maître- 
d'Allemagne de l'Ordre Teutonique, et M. le Comte Lichnowsky- 
Werdenberg, Prince-Grand-Prieur de l'Ordre de Malte, se sont 
empressés de répondre aux intentions hautement humanitaires de 
Sa Majesté I"' et E"= Apostolique (V. Salles, Annales de l' Ordre 
Teutonique, Paris et Vienne, 1887). 



LE GKAND-PKIEURE DE BOHEME. 305 

Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jériisalem et du Saint-Sépulcre, 
de Rhodes et de Malte. Le vénéraJ3le bailli, Frère Othénio, 
prince-graiid-prieur de Boliême-x'^.utriche, était d'ailleurs un 
de ces hommes d'énergique initiative, qui semblent créés 
pour donner une vive impulsion aux oeuvres auxquelles 
ils se vouent. Il est mort à Méran, le 13 février 1887, et 
a été inhumé à Detenic, commanderie grand-prieurale, dans 
le cimetière du lieu, le 20 février 1887. 

(II) XXV. Fr. Guy (Comte-du-Saint-Empiee) Thun- 

HoHENSTEITSr, 

(1887) 

né le 19 septembre 1823, reçu le 19 septembre 1859, pro- 
fès du 18 mai 1874, bailli, ministre-receveur et Envoyé 
extraordinaire et ministre plénipotentiaire du Grand-Maître 
auprès de S. M. P® et R^® ap., du 16 mai 1878, grand- 
prieur élu le 26 février 1887, confirmé par bulle du grand- 
magistère, en date de Rome, le 8 mars 1887. 



^) Fr. Thun-Hohenstein a apparteim à la carrière diplomatique: 
il a été Ministre de S. M. 1'' et E,''' ap. auprès de Maximilien, empe- 
reur du Mexique. 



SALLES: LORDRK DE MAJ/IE. 



APPENDICE. 



LivEE d'Oe des Grands-Maîtres del'Ordre avec leurs armes, 

ET DES Grands-Prieurs de Bohême-Autriche. Archives, 

Documents, Notes, Eclaircissements. Service de 

Santé volontaire. Etat personnel et listes 

complètes des chevaliers. 



20* 



I. 
LIVRE D'OR 

DES 

MAÎTRES ET GRAND S- MAÎTRES i). 



PEOCUEATEURS. 

Jérusalem. 

I. Fr. Géeard (1099 — 1118). D'azur au lion rampant 
d'or, avec la devise: Pour la foy, ou encore: D'azur au lion 
lampassé et armé d'argent. 

II. Fr. Roger (1118). D'azur à trois roses d'or, deux 
et une. 

MAÎTRES. 

Jérusalem. 

I. Fr. Raymond du Puy (1118 — 1160). D'or au lion 
(rampant) de gueules, avec la devise: Bogate leges auspice 
Religion e. 

II. Fr. Auger de Balbin (1860—1863). De sable à la 
bande d'argent, entre deux cottices ondulées d'argent; la 
bande à trois merlettes de sable, avec la devise : Ecdesiae 
concordia teda servat. 

III. Fr. Arnaud de Comps (1163 — 1167). De gueules 
à l'aigle échiquetée de sable et argent, avec la devise : 
Regni tranquillitas , parta consilio. 

IV. Fr. Gilbert d'Assalit (1167 — 1169). D'azur semé 
d'étoiles d'argent au lion rampant, avec la devise : Prima 
navdli praelio victrix. 



^) Les additions ou variantes sont empruntées à V Ordre de Malte 
par de Saint-AUais, Paris, 1839. 



310 L'ORDRE DE MALTE. 

V. Fr. Castus ou Gastus (1169). De gueules à la croix 
vairée de sable et argent. 

VI. Fr. JouBERT (1169 — 1179). D'or à la croix de sable 
chargée de cinq coquilles d'argent. 

VU. Fr. Eo&ER DES Moulins (1179 — 1187). D'argent 
à la croix de sable moUinée et piercée (chargée en coeur 
d'une coquille d'or). 

VIIT. Fr. Gar,nier de Syrie (1187). De sable à la croix 
pattée (ancrée) d'argent. 

Marg-at et Acre. 

IX. Fr. ErmenCtArd D'Aps (1187 — 1192). D'argent à la 
tour renversée de gueules, ou à la tour crénelée d'azur, 
maçonnée de sable. 

Acre. 

X. Fr. GoDEFROY DE DuissoN (1192 — 1194). D'azur (de 
gueules) à la bande d'argent. 

Acre et Margat. 

XI. Fr. Alphonse de Portugal (1194 — 1195). De 
gueules à l'écusson d'argent en abîme, portant cinq autres 
petits écus d'azur en croix (posés 2. 2. 1.), ceux-ci portant 
chacun cinq écus d'argent en croix. L'écusson entouré de 
sept tours (maçonnées de sable). 

(Ou bien: De gueules aux huit tours d'argent, sur le 
tout un écu d'argent semé de cinq coeurs d'azur). 

Acre. 

XII. Fr. Geofroy Le Eat (1195 — 1206). D'azur à 
l'unicorne (la licorne) rampante d'argent. 

(Ou bien: D'or au bocage de sinople, où paît un cerf 
d'argent ou d'azur, à la licorne d'argent, debout). 

XIII. Fr. GuÉRiN DE MoNTAiGU (1206 — 1230). i)e gueules 
à deux tours d'argent, à deux créneaux (à la tour crénelée 
d'or et maçonnée de sable). 

XIV. Fr. Bertrand de Texis (1230— 1240). De gueules 
à la bande d'or. (D'or à la fasce de gueules). 

XV. Fr. GuÉRiN ou Guarin (1240—1244). D'argent à 
l'aigle d'azur à deux têtes (à l'aigle éployée de sable). 

Jérusalem. 

XVI. Fr. Bertrand de Comps (1244—1248). De gueules 
à l'aigle d'argent et de sable en échiquier (à l'aigle échi- 
quetée d'argent et de sable). 



APPENDICE. 311 

XVII. Fr. PiEREE DE ViLLABEiDE (1248 — 1251). A l'échi- 
quier de gueules et d'argent et surmonté d'un clief d'her- 
mine. (Echiqueté d'argent et de gueules). 

ACEE. 

XVIII. Fr. Guillaume de Châteauneue (1251 — 1260). 
De gueules aux trois tours d'argent, deux et une. 

(Ou bien . . . aux trois tours crénelées d'or, maçonnées 
de sable, posées de même). 

GRAND -MAITEES. 

Acre. 

I. Fr. HuGiTES DE Revel (1260—1278). D'or à l'aile 
d'azur. (D'or à un demi-vol d'azur). 

M AEG AT ET AcRE. 

IL Fr. Nicolas de Loegue (1278 — 1288). D'argent à la 
bande de gueules (à la fasce de gueules). 

AcEE ET LiMISSO. 

III. Fr. Jean de Villiees (1288 — 1294). D'argent aux 
trois chevrons d'azur. 

(Ou bien : D'or ) 

LiMISSO. 

IV. Fr. Odon de Pins (1294—1296). De gueules aux 
trois pins renversés, deux et un (à trois pommes de pin d'or.) 

V. Fr. Guillaume de Villaeet (1296 — 1308). D'or aux 
trois éminences de gueules surmontées de trois corbeaux 
de sable. 

(Ou bien: Bandé d'or et de gueules de six pièces). 

Rhodes. 

VI. Fr. Foulques de Villaeet (1308—1319). D'or aux 
trois éminences de gueules surmontées de trois corbeaux 
de sable. 

VII. Fr. Hélion de Villeneuve (1319 — 1346). De 
gueules fretté de six lances d'or, aux interstices semés de 
basants d'or (à un écusson de même, dans chaque intervalle; 
à l'écu d'azur, chargé d'une fleur de lis d'or, posé en coeur. 

VIII. Fr. DiEUDONNÉ DE GozoN (1346—1353). De 
gueules à la bande d'azur bordée d'argent, le tout bordé 



312 L'OEDEE DE MALTE. 

d'argent et de gueules (à la bande d'argent bordée d'azur, 
à la bordure crénelée d'argent). 

IX. Fr. PiEEEE DE CoEXiLLAN (1353 — 1355). De gueules 
à la bande d'argent chargée de trois merlettes de sable. 

X. Fr. EoGEE DE Pixs (1355 — 1365). De gueules à trois 
pommes de pin d'or, la pointe en liant, avec la de\n.se : 
Dieu et de Fins! 

XI. Fr. Eaymoxd de Béeexgee (1365 — 1374). De 
gueules au sautoir alaise d'or. 

(Ou bien: D'or à quatre pointes de gueules). 

XII. Fr. Eobeet de Juilliac (1374—1376). D'argent à 
la croix ileuronnée de gueules, au lambel de cincj (quatre) 
pendants d'azur trochant en clief. 

XIII. Fr. Jeax FeediX-\xd de Heeedia (1376 — 1396). 
De gueules à sept tours d'or (d'argent) trois, trois et une. 

(Ou bien: .... à sept tours d'argent, de même). 

XIV. Fr. Philippe de Naillac (1396 — 1421). D'azur à 
deux léopards passants (lions léopardés) d'or, l'un sur l'autre. 

XV. AxTOiXE FLrvL\x (1421—1437). D"or à la fasce 
ondée de gueules. 

XVI. Fr. Jeax de Lastic (1437 — 1454). De sable à 
la fasce d'argent bordée de gueules. (De gueules à la fasce 
d'argent). 

XVII. Fr. Jacques de Millt (1454 — 1461). De gueules, 
au cbef dencbé d'argent. 

XVIII. Fr. PiEEEE Raymond Zagosta (1461 — 1467). 
D'or à deux (trois) fasces ondées de gueules, à la bordure 
de sable chargée de huit besants d'or (3. 2. 3). 

XIX. Fr. Jeax Uesixo (1467 — 1476). Bandé d"argent 
et de gueules de six pièces, au chef d'argent à la rose de 
gueules, soutenue d'or (boutonnée d'or, et soutenue du 
même, à l'anguille d'azur, posée en fasce). 

XX. Fr. Pleeee d'Al-pussox (1476 — 1503). D'or, à la 
croix ancrée de gueules. 

XXI. Fr. Emeey d'Amboise (1503-1512). Paie d'or et 
de gueules de six pièces. 

XXII. Fr. Guy de Blaxchefoet (1512—1513). D'or à 
deux léopards passants (lions léopardés) de gueules, l'un 
sur l'autre. 

XXin. Fr. F.^eice del Caeeetto (1511 — 1521). D*or 
aux cinq barres diagonales de gueules. 

(Ou bien: De gueules à cinq cottices d'or). 

(Ou bien: Bandé d'or et de gueules de douze pièces). 



appendice. 313 

Rhodes et Malte. 
XXIY. Fr. Philippe de Villeees de l'Isle Adam 
(1521—1522 à Ehodes, 1530—1534 à Malte). D'or au chef 
d'azur, chargé d'un dextrochère d'argent mouvant du flanc 
senestre, revêtu d'un manipule d'hermine, (supportant un 
fanon du même, frangé du 3^^ émailj, pendant sur l'or. 

Malte. 

XXV. Fr. PiEBiiE DEL PoxTE (1534 — 1535). D'argent à 
la Croix-de-Saint-André, de gueules. (D'argent au sautoir 
de gueules). 

XXVI. Fr. Didier le Saixt-Jaille (1535 — 1536;. D'azur 
au cygne d'argent. (De sinople, au cygne d'argent, becqué 
et membre d'or). 

XXVII. Fr. Jean d'Homèdes (1536 — 1553). Mi-parti: 
d'un côté, de gueules à trois tours d'argent, une et deux; 
de l'autre, d'or au pin de sinople. 

XXVIII. Fr. Claude de la Sengle (1553 — 1557). D'or 
à la Croix-de-Saint-André (au sautoir) de sable, chargée 
de cinq coquilles d'argent. 

XXIX. Fr. Jean de la Valette-Parisot (1557 — 1568). 
Mi parti: de gueules au gerfaut d'argent et de gueules au 
lion d'or. 

XXX. Fr. Pierre del Monte (1568—1572). D'azur à 
deux couronnes d'olivier d'or et à la bande d'or aux trois 
éminences de gueules. (D'azur, à la bande d'or, chargée de 
trois monts (ou rochers) de gueules, et accostée de deux 
branches d'olivier d'or). 

XXXI. Fr. Jean de la Cassière (1572 — 1581). D'argent, 
au lion de gueules. 

XXXII. Fr. H. Loubenx-Verdala (1581 — 1595). De 
gueules, au loup rampant (ravissant) d'or. 

XXXIII. Fr. Martin G-arzes (1596—1601). D'azur, 
au cj'-gne d'argent, surmonté de trois étoiles d'or. 

XXXIV. Fr. ' Alofe de Wignacourt (1601 — 1622). 
D'argent aux trois fleurs de lys surmontées d'un lambel de 
sable. (Aux trois fleurs de lis, au pied coupé de gueules, 
au lambel de trois pendants de sable). 

XXXV. Fr. Ludovic-Mendez de Vasconcellos (1622 — 
1623;. D'argent à trois bandes ondées de gueules. (A trois 
fasces vi\T.'ées de gueules). 

XXXVI. Fr. Antoine de Paula (1623 — 1636). D'azur 
à la gerbe d'épis portant un paon rouant d'or, au chef de 
gueules chargé de trois étoiles d'argent (d'or). 



314 L'ORDRE DE MALTE. 

XXXVII. Fr. Jean Paul Lascaeis-Castellar (1636 — 
1657). De gueules à l'aigle à deux têtes couronnées d'or. 

(Ou bien: D'or à l'aigle (éployée) à deux têtes de sable, 
armée et becquée de gueules). 

XXXVIII. Fr. Martin de Eedin (1657—1660). D'azur 
à la croix mi-partie d'or et de gueules. (A la croix d'argent 
remplie d'or). 

XXXIX. Fr. Annet de Clermont-Gessan (1660). De 
gueules à deux clefs d'argent en sautoir; sur le clief un 
croissant d'argent. 

XL. Fr. Raphaël Cotoner (1660 — 1665). D'or aux 
fleurs (à la fleur) de cotonier de sinople. 

XLI. Fr. Nicolas Cotoner (1665 — 1680). (Comme le 
précédent). 

XLII. Fr. Grégoire Carafpa (1680 — 1690). De gueules 
à trois fasces horizontées et traversées par un tronc de 
sinople. 

(Ou bien: Fascé d'argent et de gueules, à la bande 
ondée de sinople). 

XLIII. Fr. Adrien de Wignacourt (1690—1697). D'argent 
à trois fleurs de lys au pied nourri de gueules, deux et 
une, au lambel de sable. 

XLIV. Fr. Raymond Perellos y Rocoapulli. (1697 — 
1720). D'or aux trois poires de sable, deux et une. 

XLV. Fr. Marc-Antoine Zondadari (1720—1722). D'azur 
aux trois roses d'argent entre deux fasces diagonales bordées 
d'or. (D'azur, à la bande d'or chargée de trois roses de 
gueules). 

XL VI. Fr. Antoine Manoël de Vilhena (1722—1736). 
Au premier et au troisième, d'argent au lion d'or rampant, 
mi-parti de gueules (Manoël) et au deuxième et au quatrième, 
de gueules au bras (dextro chère) ailé d'or armé d'une épée 
d'argent (Vilhena). 

XL VIL Fr. Raymond Despuig (1736—1741). Des gueules 
à recueil d'or surmonté d'une fleur de lys d'or, ayant une 
étoile de gueules au milieu. (Au rocher d'or chargé d'une 
étoile d'azur, et sommé d'une fleur de lis du second émail). 

XLVIIL Fr. Emmanuel Pinto (1741—1773). D'argent 
aux cinq croissants de gueules, deux, un et deux. 

XLIX. Fr. François-Ximénès de Texada (1773 — 1775). 
Mi parti: au premier, de vair (sinople) à la tour de sinople 
(d'or pavillonnée d'argent); au second, de gueules au lion 
rampant d'or couronné. 



APPENDICE. 21b 

L. Fr. Emmanuel de Eohan (1775 — 1797). De gueules 
à neuf mâches (macles) d'or, trois, trois et trois. 

LI. Fr. Ferdinand de Hompesch (1797 — 1799). De 
gueules à la Croix-de-Saint-André d'argent dentelée en sau- 
toir (Au sautoir dentelé d'argent). 

Saint-Péteesboueg. 

LU. Fr. Paul Péteowitch (1799—1802). (Armes de 
l'empire de Russie). D'or, à l'aigle éployée de sable, becquée, 
lampassée, membrée et diadémée de gueules (qui est de 
l'empire d'Orient); chargée en coeur d'un éousson de gueules 
au cavalier d'argent, armé d'une lance du même, dont il 
tue un dragon au naturel (qui est de Russie) ; l'aile droite 
de l'aigle chargée de trois écussons, dont le premier est 
d'azur, à la couronne fermée d'or, posée sur deux sabres 
croisés d'argent (qui est du roj^aume d'Astracan) ; le deuxième, 
d'or, à deux ours affrontés de sable, tenant de leurs pattes 
supérieures nn siège de gueules, et de leurs pattes inférieures 
deux sceptres d'or (qui est du grand-duché de Nowogorod); 
le troisième, d'azur, à un ange d'argent, armé d'or (qui est 
de la principauté de Kiewie); l'aile gauche de l'aigle, 
chargée également de trois écussons: le premier, de gueules, 
à deux loups affrontés d'argent, tenant chacun deux flèches 
croisées et renversées du même (qui est du royaume de 
Sibérie); le deuxième, d'argent, au dragon couronné de 
sable (qui est du royaume de Casan); le troisième, de 
gueules, au lion couronné d'or, soutenant une croix d'argent 
(qui est de la principauté de Wilsdimérie); l'écu timbré de 
la couronne impériale, et entouré du collier de l'ordre de 
Saint-André. 

Catane. 

LUI. Fr. Jean de Tommasi (1803 — 1805). De gueules à 
trois fasces d'or. 



LIEUTENANTS DU MAGISTERE. 
Catane. 

I. Fr. Innico Maeia Guevaea Suaedo (1805 — 1814). 
Ecartelé, aux 1 et 4, d'argent au palmier de sinople, aux 
2 et 3, d'or au sauvage de carnation, ceint et couronné 
de lierre, donnant dans un cor au naturel. Au chef de l'écu. 



316 li' ORDRE DE MALTE. 

d'or br. sur l'écartelé et ch. d'une aigle de sable cour, d'or 
Sur le tout, de gu. au lion fascé d'or et d'argent. 

II. Fr. André de Gtiovanni et Centelles (1814 — 1821). 
D'azur au chêne de sinople, aux deux lions aifrontés. 

Catane et Ferrare, 

III. Fr. Antoine Busca (1821—1834). Parti d'argent 
à la givre de sinople, au chef échiqueté d'or et d'azur: 
écartelé d'argent au pin de sinople, au chef d'or à l'aigle 
éploj^ée de sable. 

Rome. 

IV. Fr. Charles Candida (1834—1845). D'arg. à la 
sirène (de carnation) à deux queues de carnation, cour, 
d'or nageante sur une mer de sinople, tenant de chaque 
main une de ses queues (l'écu couvert du manteau ducal 
et sommé d'une couronne ducale). 

V. Fr. Philippe Colloredo (1845 — 1864). De sa. à la 
fasce d'arg. Trois casques couronnés en cimier. 

VI. Fr. Alexandre Ponsian Borgo (ou Borgia) (1865 — 
1872). D'or ou boeuf de gu., pass. sur une terrasse 
de sinople, à la bordure du secteur chargé de huit 
flammes d'or. 

VII. Fr. Jean-Baptiste Ceschi de Santa-Croce (1872 
jusque 1879). Parti de gu. et d'or, à la croix pattée de 
l'un à l'autre. 

GRAND-MAITRE. 

Rome. 

LIV. Fr. J.-B. Ceschi, cardinal-prince (1872 — 1879). 
Ecartelé, au 1'^'' et 4®, à la croix de Malte en champ de 
gueules, au 2^, au dragon ailé d'or sur sable, et, au 3®, 
mi-parti, à 3 tours d'or 1 et 2 et au dragon de même 
issant de trois faces d'argent en champ de sable. 



APPENDICE. 



817 



n. 



LIVRE D'OR 

DU 

GRAND -PRIEURÉ DE BOHÊME-AUTRICHE. 



(LISTES COMPAREES'). 



1'' Liste. 

I. Fr. Bernard 
(1183-1186),Prague. 

II. Fr. Martin 
(1186-1 19 4), Prague. 

III. Fr. Meinhard 
(1194 — 1232). 

IV. Fr. Hugues 
(1234—1238). 

V. Fr. Mladota 
(1238 — 1245). 



PRECEPTEURS. 

2" Liste. 

(Avant la fondation du 
Couvent à Strakonitz). 

Il" prieur de Bohême 
(1189—1218). 

1°'' prieur de Bohême 
(1186—1189), avant la 
fondation formelle du 
Couvent de Strakonitz, 
précepteur en Hongrie, 
Bohême, Pologne, Po- 
méranie et pays limi- 
trophes, à l'E., au S. 
et à l'O., suivant acte 
du duc Frédéric (1186). 

III. Fr. Hugo, maître 
de l'Hôpital de Saint- 
Jean en Bohême (1218- 
1245). 

(Après la fondation du 
Couvent à Strakonitz. 

1245j. 

IV. Fr. Bavor de Stra- 
konitz, prieur-général 
(1245—1257). 



3" Liste. 



1. Fr. Bavor, fils du 
fondateur du Grand- 
Prieuré de Bohême, 
avec résidence à Stra- 
konitz, en 1243, s'était 
distingué contre les 
Turcs. 



PRECEPTEURS GENERAUX. 



1* Liste. 

I. Fr. Pierre de 
Straznitz (1245 — 
1252). 

II. Fr. Clément 
(1252 — 1255). 



2" Liste. 



3" Liste. 

2. Un vaillant Sei- 
gneur, inconnu de nom, 
de la maison deSchwan- 
berg, mort à Strakonitz, 
à un âge avancé. 



1) Nou.s mettons en regard les listes divergentes : 

1'' La liste adoptée dans les Annales; 

2" La Hste donnée par Schaller dans sa ^Toporiraphie des Kônig- 
reiches Bôhmen« (1786); 

3" La liste Chr. Beckmann, dans sa »Beschreil>ung des ritt. 
Joh. Ordens,« etc. (1726). Ces deux auteurs placent à Strakonitz le 
siège du prieuré de Bohême, dès sa fondation. 



318 



L'ORDRE DE MALTE. 



1" Liste. 

III. Fr. Henri de 

FURSTENBERG ( 1 2 5 5 - 

1273). 

IV. Fr. Henri de 
BOCKSBERG (1273 — 
1278). 

V. Fr.HERMANN de 
Brunshorn (1278 — 
1284). 

VI.Fi'.HeRM ANN DE 
HOHENLOHE (1284 — 

1287). 

VII. Fr.BÉRENGER 

deLouf(1287-1290). 

VIII. Fr. Gode- 

FROY DE KlINGEN- 

EELS (1290—1293). 

IX.Fr.HERMANN DE 
HoHENLOHE (1293 — 

1298j. 

X. Fr. Henri de 
KiNDHUZE (1298 — 
1301). 

XI. Fr. Henri de 
E.udigkheim( 1301 — 
1313). 



2" Liste. 

V. Fr. Bohuss de 
Schivanherg (1257-1278). 



VI.Fr ZaïviscleBosen- 
berg (1278—1306). 



VII. Fr. Bavor de 
Stralionitz (1306-1308). 

Vin. Fr. Jean de 
Ztmrzetiez, de Warten- 
berg (1308—1313). 



8" Liste. 

3. Un inconnu de la 
maison de Rosenberg. 

4. Fr. Zawissus, de la 
même maison, dont 
Jean Dubravius parle 
en ces termes dans son 
Hist. Boem: »Zavissus 
ei Religioni dedicatus 
fuit, quae pro insigni 
crucem gestabat, ei- 
demque in Boemia tan- 
quam magister Strako- 
nicensis praefuit, fait 
fiKus Rosenbergici*. 

5. Fr. Bavor, de la 
descendance du fonda- 
teur du grand-prieuré, 
lequel, après l'assassi- 
nat du jeune roi de 
Bohême Wenceslas lll, 
opposa une grande ré- 
sistance à Rodolphe, 
fils de l'empereur 
Albert 1^'' et défendit 
contre lui la ville de 
Horatzdovitz, lequel 
acquit aussi, après la 
suppression de l'Ordre 
des Templiers, pour 
le grand - prieui'é de 
l'Ordre de Saint-Jean, 
leurs biens en Bohême, 
aA'ec l'assentiment du 
pape. 



PRIEURS-GENERAUX. 



1"^ Liste. 

I. Fr. Berthold de 
Henneberg (1313 — 
1325). 

II. Fr. Michel de 
Tynz (1325—1338). 



2° Liste. 

IX. Fr. Berthold de 
Henneberg (Praeceptor 
Dom. Hosp. S. Joan. 
Hier. perBoemian, Po- 
loniam, Moraviam et 
Austriam)(1313— 1330). 

X. Fr. Michael de 
Tincia (prior per Boem. 
Pol.Austr.et Moraviam) 
(1330—1336). 

XL Fr. Jean de Klin- 
genberg ou Zioilcoio (alla 
en France avec le roi 
Jean, pour combattre 
les Anglais et resta sur 



3^ Liste. 
6. Fr. Jean de Falken- 
stein, favori de Jean, 
roi de Bohême, avec 
qui il alla au secours 
de Philippe de Valois, 
en France, et perdit la 
vie à la bataille de 
Crécy. 



APPENDICE. 



319 



1° Liste. 

III. Fr. Gallus de 

Lemberg (1 ass- 
ise?). 

IV. Fr. Jean de 

ZWIEKZETITZ (1367- 
1372). 

V. Fr. Simon de 
Teschen (1373— 
1391). 

VI. Fr. Marcold 
de "Wrutiïz (1391 — 
1398). 

VII. Fr. Her- 
M ann deZwieezetitz 
(1398—1401). 

VIII. Fr. Henri 
DE Neuhaus-Rosen- 
BERCx (1401 — 1422). 

IX. Fr. RUPRECHT 
DE SiLÉSIE (1423 — 

1434). 

X. Fr. Wences- 

LAS de MiCHELSBERG 

(1434-1451). 

XI. Fr. JODOK DE 

ROSENBERG (1451 — 

1467). 

XII. Fr. Jean de 

SCHWANBERG (14(37- 

1510). 

XIII. Fr. Jean de 

ROSENBERG (1511 — 

1532). 

XIV. Fr. Jean de 
Wartenbeeg (1534- 
1542). 

XV. Fr. Zbinko 
Berka de Duba et 
LiPA (1543- 1555). 

XVI.Fr.WENCES- 

LAS DE HaSENBOURG 

(1555—1578) 



2° Liste. 
le champ de bataille, 
avec le Roi et beaucoup 
de Chevaliers de Bo- 
hême, le 26 août 1346 
(1336—1346). 

XII. Fr. Pierre de 
Rosenberg^ (1346— 1361> 
Prieur-général (?\ 

Xni. Fr. Gallus de 
Z'wirzetiezlcy, de "VVar- 
tenb erg (Baron de Lem- 
berg [?J), (1361—1379). 
1346). 

XIV. Semovitus (des 
ducs de Tessin) (1379— 
1392). 

XV. Fr. 3'Iarquardus 
de Wartenber-fj, aussi 
nomm éWrutits (1392 — 
1399). 

XV I. Fr. Hirsso de 
Zivirzeties, de Warten- 
berq (1399— 1400\ 

XVn. Fr. Henri de 
Neuhaus ou Straz (1410- 
1416). 

XVIII. Fr. Pierre de 
Sterjiberg {noTa.\-)ié coad- 
juteurdeHenri dcNeu- 
haus) (1416-1425). 

XIX. Fr. Bitpertus de 
Lignits, duc de Sile'sie, 
(1425-1435). 

XX. Fr. Wensel de 
Miclialo'witz (1435-1451). 

XXI. Fr. Jodok de 
Bosenbcrg (1451—1467). 

XXII. Fr. Henri de 
Straz, coadjuteur, de 
Fr.Jodok (1460—1468). 

XXIII. Fr. Zdenko de 
Waldsteiu (14:68—1472). 

XXIV. Fr. Jean de 
Sclmanberg (1472-1516). 

XXV. Yr.Jean de Ro- 
senberg (1517—1532). 

XXVI. Fr. Jean de 
Wartenberg (1534-1542). 

XXVII. (comme XV) 
1542-1554). 

XXVIII. (comme 
XVI) (1555-1578). 

XXIX.(commeXVII) 
(1555—1578). 



3" Liste. 



7. Fr. Petrus a Rosis 
ou de Rosenberg. 

8. Fr. Gallus de Lem- 
berg, de l'illustre maison 
des Wartenberg, qui 
vivait encore, en 1371 
(Paprocius). 

9. Fr. Jean de Zivir- 
zetiez, de Wartenberg. 

10. Fr. Semovitus, duc 
de Tessin, qui est mort 
vers 1390. 

11. Fr. Marquardus, 
de la maison Warten- 
berg. 

12. Fr. Marckivart, de 
la maison de ce nom, 
doit avoir été Luvité en 
1396, à la Pentecôte, 
à un banquet au châ- 
teau de Carlstein, sur 
l'ordre du roi Wences- 
las et y avoir été mis 
à mort avec d'autres 
gentilshommes. 

13. Fr. Hirso de 
Zwirz étiez, de la maison 
de Wartenberg, qui vi- 
vait encore vers 1400 
(Paprocius). 

14. Fr. Henri de Nova- 
1)0)110, ou de Stratz. 
15.(comme 2^L.XIX) 

16. » » » XX 

17. » ■ » » XXI 



18. » » »XXIV 

19. » » » XXV 

20. » » »XXVI 

21. » » » XXVII 

22. Fr. Wenceslas 
Zagiciiis et Hazemhurg- 
aens. 

23. c. 2° L, XXIX 



320 



L'ORDRE DE MALTE. 



l'' Liste. 

XVII. Fr. Chri- 
stophe DE WaETEN- 
BERG (1578 — 1590). 

XVIII. Fr. Ma- 
thieu DE LoBKOWITZ 
(1591 — 1619) 

XIX. Fr. Henri 
LoGAU (1620-1625). 



2" Liste. 



XXX. (c. XVIII 

; 1591 -1621). 



XXXI. (comme XIX) 
(1621—1626). 



3° Liste. 



24. c. 2" L. XXX 



25. .V .V >. XXXI 



1° Liste. 

I. Fr. Rodolphe 
DE Paar (1626). 

II. Fr. Guillaume 
DE Weatislaw-Mi- 
teowitz (1626 — 
1637). 

III. Rodolphe de 
CoLLOEEDO -Wall - 
SEE (1637 — 1657). 

IV. Fr. Guillaume 
Léopold de Rhein- 
stein - Tattenbach 
(1658 — 1661). 

V. Fr, Guillaume 
DE Wratislaw - Mi- 
teowitz (1661 — 
1666). 

VI. Fr. Fe^lNçois 
DE Wratislaw- Mi- 
TROWITZ (1667 — 
1675). 

VII. Fr. Ferdi- 
nand Louis DE KoLO- 

WRAT - LlEBSTEINSK"!^ 

(1676 — 1701). 
VIII.Fr.FRANçois- 

SlGISMOND DE ThUN- 
HOHENSTEIN (1702). 
IX. Fr.WoLFGANG 
SÉBASTIEN DE PÔT- 
TING (1703—1709). 



GRANDS-PRIEURS. 

2" Liste. 
L (1626—1627). 

IL (1627—1637). 



m. (1637—1657). 

IV. (1657—1661). 

V. (1662—1666). 

VI. (1666—1670). 

Vn. (1670-1700). 

Vm. (1700). 
IX. (1701-1709). 



3° Liste. 

26. :» » » (XXXII) I. 

27. » V » IL 



28. (comme III.) 
Colioredo comte de 
Waltlis 

29. >' >. >. IV. 



30. >^ > V V. 



31.» » » VL 



32. >- » » VIL 



33. » > ■' vm. 



31.» » » IX. 



APPENDICE. 



321 



1" Liste. 

X. Fr. Jean-Wen- 

OESLAS DE "WrATIS- 
LAW - MlTEOWITZ 
(1711 — 1712). 

XI. Fr. Feedi- 

NAND - LÉOPOLD de 
DUBSKY - TEZEBOan- 

STiTZ (1714—1721). 

XII. Fr. Ghaeles- 
Léopold deHeebee- 
stein (1721 — 1726). 

XIII. Fr. GuND- 

AKEE-POPPO DeDiET- 
EICHSTEIN (1726 — 

1737). 

XIV.Fr.FEANçois- 
Antoine deKoenigs- 
EGG (1738—1744). 

XV. Fr. Wen- 

CESLAS - JOACHIM 
CZE.JKA d'OlBEAMO- 

wiTZ (1745—1754). 

XVI. Fr. Em- 
manuel DE KOLO- 
WEAT - KeAKOWSKY 

(1754 — 1769). 

XVII.Fr.MiCHEL- 
Feedinand d'Alt- 
HANN (1769 — 1789). 

XVIII. Fr. Jo- 
seph-Maeie de Col- 

LOEEDO - WaLLSEE 

(1789 — 1818). 

XIX. Vincent de 

KOLOWAET - LiEB - 

STEINSKY (1819 

1824). 

XX. Fr. Charles 
DE Neippeeg (1826- 
1835). 

XXI.Fr.CHARLES- 
BOEEOMÉE DE MoE- 

ziN (183G — 1846). 

SALLES : L'OUDRE DE MALTE. 



X. 



2° Liste. 
;i711— 1712). 



35 



3'' Liste, 
c. 2'"ListeXLI,X. 



XI. (1714—1721), 



XII. 1721—1727). 



XIII. (1727—1737). 



XIV. (1737-1744). 



XV. (1744-1754). 



XVI. (1754-1769). 



XVII. (1769....) 



322 



L'ORDRE DE MALTE. 



1^ Liste. 

XXII. Fr. Fran- 
çois KhE VENHULLER- 
Metsch(1847-1867). 

XXIII. Fr. Fran- 
çois-Xavier H. DE 

KOLOWRAT - KrA - 

KOWSKY-(1867l874). 

XXIV. Fr. Othé- 
nio-Bernard-Marie 

DE LiCHNOWSKY - 

Werdekberg (1874- 
1887)1). 

XXV. Fr. Guy 

ThUN - HOHENSTEIN 

(1887). 



2° Liste. 



3" Liste. 



ni. 
LES ARCHIVES DE L'ORDRE, 

(MALTE, ROME, PRAGUE.) 

Les archives proprement dites de l'Ordre se trouvent 
à Malte, à Rome (grand-magistère), à Prague (grand -prieuré). 

La publication de J. Delaville le Roux (Paris, Ernest 
Thorin. éditeur, 1883) sur les Archives, la hihUoflièque et le 
trésor de Malte nous a été très-utile. Quant à d'autres archives 
et quant à celles surtout du grand - prieuré à Prague, 
elles sont à peu près inabordables, par suite du désordre 
qui y règne, et, disons-le, du parti-pris de dignitaii'es 
provinciaux qui jouent au mystère maçonnique, sans que 
rien puisse justifier leur opinion que le silence est la 
meilleure sauvegarde de l'Ordre. Il est heureux qu'il ne 
dépende pas de ces hauts personnages, dont l'un fit répondre 
un jour à l'auteur de ces Annales, propriis verhis^ »qu'il ne 



^) Cette liste a été adoptée par l'Ordre de Malte dans la Hangs- 
Liste et Personalstatus de 188(3, postérieiirenient à notre travail; mais 
nous avons conservé les listes divergentes auxquelles l'Ordre se 
ralliait plus ou moins auparavant, d'après l'opinion de Fr. Warter, 
son archiviste, qui contestait l'exactitude de notre liste. 



APPENDICE. 323 

voulait pas qu'on écrivît sur son Ordre « '), que le passé 
de l'Ordre de Malte ne soit encore et toujours un glorieux 
champ d'exploration pour l'histoire, et que l'Ordre ne s'in- 
carne pas assez en leurs personnes pour qu'il soit con- 
damné à l'obscurité dans le présent. Ils sont les serviteurs 
de l'Ordre, mais l'historien qui en étudie le présent, le 
passé et l'avenir, à la lumière de la foi et de la vérité, 
n'est pas astreint à subir leur loi, et les leçons de l'histoire 
ne peuvent qu'être utiles à l'Ordre. Ces façons mystérieuses 
n'ont pas prolité aux Templiers. Nous avons donc passé 
outre, en nous entourant de tous les renseignements et 
documents que nous avons pu nous procurer par une 
autre voie. 

Avant de nous occuper des Archives de Malte, nous 
devons mentionner que les archives de la langue de France 
ont été conservées et se trouvent, pour le grand - prieuré 
de France, à Paris, aux Archives nationales ; pour le grand- 
prieuré d'Aquitaine, à Poitiers ; pour le grand-prieuré de 
Saint-Grilles, à Marseille; pour le grand-prieuré de Toulouse, 
à Toulouse ^) ; nous devons indiquer aussi que les Archives 
de l'Ordre à Saint-Pétersbourg, aujourd'hui conservées au 
ministère de l'intérieur, renferment des pièces très-curieuses 
relatives aux prieurés de Pologne et de Russie et des docu- 
ments généraux (1798 — 1810). C'est en Russie d'ailleurs 
que se trouvent aussi la main de S*- Jean-Baptiste et la madone 
de Philerme. 

Le dépôt des archives de l'Ordre à Malte est encore 
à peu près intact. On y trouve la série presque complète 
des donations faites aux chevaliers (1107 — 1290); les pertes 
qu'on y signale sont comblées pour la plupart par les 
transcriptions du P. Pauli, dans son Codice diplomatico del 
sacro militare ordine GerosoUmitano (1733 — 1737) ^). 

Nous avons la série assez complète des bulles ponti- 
ficales données en faveur de l'Ordre, et disposées par ordre 
alphabétique de papes. Il n'y a que quelques lacunes que 
comblent pour la plupart des buUaires manuscrits du sei- 
zième siècle, exécutés dans la chancellerie, au moment 
où la série des bulles pontificales originales était encore 
intacte. 



1) Il est mort en 1887. 

-) Strasbourg et Madrid possèdent anssi des mannscrits et des 
chartes d'un grand prix. 

2) V. Bibliothèque Impériale de Vienne, Collection du Pi-ince 
Eugène . 

21* 



324 L'ORDRE DE MALTE. 

La collection des bullaires des grauds-maîtres, depuis 
le milieu du quatorzième siècle (1346), est également presque 
entière. Les numéros d'ordre mis sur les volumes à la iin 
du quinzième siècle, lorsque les clievaliers étaient encore à 
Eliodes, nous indiquent que quelques volumes à peine se sont 
perdus ou ont été détériorés dans le transport de Rhodes 
à Malte. La série des chapitres généraux et aussi à peu 
près intégralement conservée. 

Si nous nous plaçons au point de vue auquel s'était 
placée la chancellerie de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, 
nous remarquerons qu'en quittant Rhodes pour aller à Malte, 
elle avait emporté les pièces qtii seules peuvent l'intéresser. 
Elle avait la série des donations faites en Terre-Sainte à 
l'Ordre, c'est-à-dire ses titres de propriété, et les conservait 
depuis 1290 dans l'espoir, de jour en jour plus chimérique, 
d'un retour des chrétiens en Sj'rie et d'une revendication 
des anciens biens de l'Hôpital. Cette partie des archives 
était ce que nous pouvons appeler le fonds de Terre-Sainte, 
du prieuré de Jérusalem, archives particulières au même 
titre que celles des diverses langues de l'Ordre, dont les 
dépôts d'archives des différents pays nous ont conservé 
les fonds. 

A côté de ces archives particulières, la chancellerie 
avait réservé ce qu'elle avait de plus précieux, c'est-à-dire : 

1° Les privilèges accordés par les papes, conservés en 
originaux: 

2° La série des chapitres-généraux, dont la connais- 
sance était indispensable pour le gouvernement intérieur 
et religieux de l'Ordre; 

3° La collection des actes des grands-maîtres (bullaires 
magistraux), dans lesquels la trace de toute l'administration 
séculière de l'Ordre (nominations aux prieurés, ordres aux 
chevaliers, réceptions, missions, emprunts, etc . . .) était 
perpétuée. 

Les archives postérieures à l'arrivée de l'Ordre à Malte 
nous sont parvenues en entier, et la masse des documents 
du seizième au dix-huitième siècle est considérable à La 
Valette. Qu'il nous suffise de remarquer que si, dans ces 
archives, certaines séries (les rapports, par exemple, des 
rois et souverains du continent et de Chj-pre avec l'Ordre, 
les ambassades envoyées par les Hospitaliers, les pièces 
de comptabiKté du trésor de l'Ordre) sont complètement 
absentes avant 1522, la faute doit en être attribuée à la 
chancellerie de cette époque qui, ne pouvant emporter de 



APPENDICE. 325 

Rhodes tous les documents d'archives, a fait un choix e 
abandonné le reste. Nous ne croyons pas qu'on doive 
imputer à des événements postérieurs, à la venue, par 
exemple, des Français en 1798, les lacunes que nous venons 
de signaler. Malgré l'affirmation que nous avons rencontrée 
plusieurs fois, que les archives de Malte, embarquées avec 
tous les trésors de l'Ordre sur le vaisseau V Orient, avaient 
sauté avec lui à Aboukir (1®'^ août 1798), il nous paraît 
difficile d'admettre qu'aucun document ou plutôt qu'aucun 
ensemble de documents d'archives ait été enlevé de La 
Valette et embarqué à bord du vaisseau français. Il faudrait 
que le choix des documents eût été fait d'une façon bien 
méthodique, ne portant que sur l'époque antérieure à 1522, 
et ne s'adressant qu'à certaines séries, les moins intéressantes, 
à coup sûr, parmi celles que renfermait la chancellerie 
magistrale. Cela nous paraît inadmissible. 

Le grand-maître Hompesch, passant sur le continent, 
n'a pas non plus détourné de documents d'archives. Il s'est 
contenté de demander » d'emporter trois principaux objets 
de la dévotion de l'Ordre, conservés dans l'église de Saint- 
Jean: la main du saint Précurseur, l'image miraculeuse de 
N.-D. de Philerme, et un morceau de la vraie croix. Ils 
furent remis par le général français, mais dépouillés de 
leurs riches ornements. C'est sous la sauvegarde de ces 
saintes reliques que S. A. E. s'embarqua pour Trieste le 
18 juin, à deux heures après minuit* (Relation du grand- 
maître envoyée aux souverains). 

Ces archives renferment aujourd'hui 17 séries, et la 
série 8 de l'ancien classement (Università), c'est-à-dire les 
documents concernant la municipalité de La Valette et l'île 
de Malte, forme un fonds spécial sous ce même titre. Nous 
donnons plus bas l'ensemble des grandes divisions des séries 
de ce dépôt, dont nous avons relevé l'inventaire complet et 
détaillé. 

I. 

Aechives de l'Ordre (17 séries). 

IL 

Università. 

Université de la Cité. Université de La Valette (12 séries). 

Miscellanea (35 volumes). 

Dans cette masse considérable de documents (plus de 
4000 vol.), notre attention s'est particulièrement fixée sur 



326 L'ORDRE DE MALTE. 

plusieurs séries: celles des pièces originales, des bulles 
magistrales et des bulles pontificales. 

Les séries 3, 6, 8, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, sont rela- 
tivement modernes: les séries 2 et 4 concernent plus 
spécialement l'organisation spirituelle de l'Ordre et son 
fonctionnement intérieur. Nous nous sommes donc arrêté 
moins longtemps sur ces diverses catégories de documents. 

Série I. Documents originaux. 

1° Bixilômes. Cinq volumes, dans ' cette série, com- 
prennent des di]3lômes des rois de Jérusalem, des princes 
chrétiens de Terre-Sainte et d'Europe en faveur de l'Ordre. 
Leur importance a été signalée par M. de Mas-Latrie. Le 
P. Pauli y avait puisé à pleines mains, mais sans publier 
tous les documents qu'ils contiennent. Ceux qu'il a laissés 
de côté ne sont pas les moins intéressants; ceux qu'il a 
édités n'ont pas toujours été transcrits avec tout le soin 
désirable. C'est ainsi qu'une charte à souscriptions grecques 
a été reproduite par lui sans aucune mention de ces signa- 
tures très-curieuses. Le lecteur remarquera, dès 1235, l'emploi 
de la langue française par les chancelleries de l'Ordre de 
l'Hôpital, des Teutoniques et des princes d'Antioche. A partir 
de 1250, la langue vulgaire devient d'un usage presque général, 
excepté dans les chancelleries ecclésiastiques, restées fidèles 
au latin. 

2° Bnïles pontificales. La collection des bulles ponti- 
ficales originales est classée dans cette série ; elle comprend 
huit volumes; un autre volume est consacré à des copies. 
La classification des bulles elles-mêmes repose sur un 
principe assez bizarre: elles sont rangées selon le nom des 
papes qui les ont promulguées, les pontifes de même nom 
et ceux de même lettre alphabétique étant réunis ensemble. 

3° Bulles magistrales. Avant de quitter la série I, il 
nous reste à dire quelques mots des volumes de bulles des 
grands-maîtres réunies sous les N°^ XVI à XXXV, et com- 
posés d'actes émanés de la chancellerie de l'Ordre, Cette 
collection, relativement peu nombreuse, si l'on y réfléchit, 
est presque inexplicable. Les archives de l'Ordre de Malte 
ne devaient pas posséder d'actes originaux, scellés, émanés 
de l'autorité du grand -maître ou du chapitre général; 
destinés par la chancellerie a être en-\'oyés aux destina- 
taires, ces documents ne sont restés dans les archives de 
l'Ordre que parce que, au moment de l'exécution de la 



APPENDICE. 327 

volonté exprimée clans l'acte, une cause quelconque y a 
fait surseoir et a fait garder l'acte dans les arcliives, ou 
parce que des nombreuses expéditions d'un acte d'un 
caractère général, préparées par la chancellerie, un exem- 
plaire s'est trouvé par hasard sans emploi, et a été con- 
servé. Ce fait nous a paru curieux à signaler; il est, en 
outre, fort heureux, puisqu'il permet de suppléer aux bul- 
laires magistraux pour la période antérieure à 1346. 

Série V. Bidlaire des grands-maîtres. 

La série des registres des bulles des grands-maîtres 
commence en 1346; depuis 1527, elle n'a subi aucune perte; 
les lacunes sont donc antérieures à cette époque et ne sont 
pas considérables; un registre, quelquefois deux, manquent, 
sui'tout au commencement de la série, au quatorzième 
siècle; plus tard, elles deviennent de plus en plus rares. 

Les registres sont divisés par prieurés, et le volume 
commence toujours par le prieuré dont le grand-maître était 
originaire; les pièces sont transcrites au fur et à mesure 
dans la partie du registre consacrée au prieuré auquel 
elles se rapportent; quand la place manque au prieuré où 
elles devraient être inscrites, un renvoi indique l'endroit 
ou elles ont été copiées, et, en marge, une mention fait 
connaître qu'elles ne sont pas au rang qu'elles devraient 
occuper. La fin du registre comprend toujours des cha^ntres 
appelés Fartes cisniarinae^ Fartes transniar'mae^ Assignation es 
pecimiarimi^ et quelquefois Lihcrtates. Sous ces rubriques 
se placent des documents concernant Ehodes et son ad- 
ministration, les négociations avec le continent et les 
commerçants les emprunts faits par l'Hôpital aux marchands 
et aux banquiers, les traités d'alliance, les lettres écrites aux 
princes et souverains d'Europe, en un mot tout ce qui ne 
concerne pas absolument l'administration des différentes 
langues de l'Ordre et le fonctionnement des préceptoreries 
et prieurés. C'est là la source la plus considérable pour 
l'histoire générale de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. 
Chaque registre est folioté, et contient une table indiquant les 
folios auxquels se trouvent les différents chapitres dont nous 
venons de parler. Il résulte du mode de confection de 
ces registres, dans lesquels les documents étaient classés 
au fur et à mesure et d'après le prieuré auquel ils appar- 
tenaient, que beaucoup de folios sont restés blancs. Les 
registres sont tous en papier; les pièces sont transcrites 



328 L'OEDEE DE MALTE. 

différents scribes, sans luxe, rapidement et en abrégeant les 
formules initiales et finales. Ils contiennent encore quelques 
renseignements qui ne sont pas donnés sous forme de lettres, 
comme par exemple: »Frater N . . . receptus est in frater- 
nitatem die tali • . .«, ou: »frater N . . . habuit licentiam 
recedendi a conventu Eliodi ad negotium taie . . .« 

Série VII. BuTlaires pontificaux. 

Il nous reste à parler, dans cette série, de la collection 
des buUaires qui nous ont été d'un grand secours pour 
suppléer aux lacunes trop nombreuses de la collection des 
bulles originales des souverains pontifes. 

A.U siècle dernier, les bullaires conservés dans la clian- 
cellerie de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem étaient au 
nombre de onze ^). 

1° Buïlarium signatnm XP, formé par l'ordre de Bosio ^) ; 
2° Buïlarium Ruheum] 3° Buïlarium Germanum; 4° Buïla- 
rium A; 5° Buïlarium B; 6° Buïlarium C; 7° Buïlarium D; 
8° Buïlarium E; 9° Buïlarium F; 10° Buïlarium G; 
11° Bépertoire par Imbroll •^) du bullaire D. 

De ces onze bullaires, trois sont perdus; ce sont 
les bullaires A, E, F; les huit autres nous sont parvenus, 
malheureusement mutilés et incomplets quelquefois. 

Sceaux. La série de sceaux des grands-maîtres et du 
couvent est presque complète. On a déjà cherché à 
faire sur ce point un travail d'ensemble et à combler les 
lacunes des archives de Malte à l'aide des sceaux des 
divers dépôts dans lequels sont conservées aujourd'hui 
les archives des langues de l'Ordre. Quant aux sceaux 
de Terre-Sainte, c'est sans contredit la partie la plus im- 



^) Inventaire de la chancellerie de l'Ordre de Saint-Jean-de- 
Jérusalem, conservé au palais de Malte à Rome, et communiqué obli- 
geamment sur l'ordre de S. E. le grand-maître par M. le marquis 
Ciccolini, bibliothécaire delaville. 

^) Il ne s'agit ni de Jacques Bosio, duquel nous avons une 
histoire étendue de l'Ordre de Saint-Jean (3 volumes in 1°, 1591, et 
années suivantes, Rome (ouvrage plusieurs fois réimi^rimé ), ni d'Antoine 
Bosio, son neveu, auteur de travaux d'archéologie chrétienne, mais 
de Giannotto Bosio, commandeur et vice-chancelier de l'Ordre au 
XVI" siècle. On a de lui quelques poésies, imprimées à la suite des 
lettres de Marc Philippe, dans: Il furioso deW Ariosto, Venise, 1581, in 8". 

'*) S. ImbroU, docteur en théologie, prieur conventuel et comman- 
deur d'Aldona Relca, au prieuré de Portugal, occupa de hautes situa- 
tions dans l'Ordre; il fut ambassadeur, historiographe, auditeur du 
grand-maître A. de Paula; il mourut le 26 janvier 1650 à l'âge de 
soixante ans. - 



APPENDICE. 329 

portante et la plus précieuse de la collection; quelques 
spécimens sont dans un état de conservation parfaite; ce 
sont pour la plupart des bulles de plomb, comme celles 
des Templiers, des Hospitaliers ou des papes, et cette 
circonstance augmente l'intérêt qu'elles présentent. 

Bibliothèque de Malte. Manuscrits. Ils sont au nombre 
de 345 et intéressent, pour la plupart, l'histoire de l'Ordre. 

Aujourd'hui cette bibliothèque compte un grand nombre 
de volumes (50.000 environ); le catalogue en est imprimé par 
ordre de matières et d'après la langue dans laquelle chacun 
des ouvrages est écrit (8 vol. in 8°, sans compter les 
suppléments que nécessitent les acquisitions nouvelles). La 
collection des livres relatifs à l'histoire de l'Ordre j est 
assez complète, surtout celle des ouvrages imprimés en 
français et en italien. 

Miscellanées. Elles forment une collection spéciale, 
ayant un catalogue particulier qui, comme son titre l'indique, 
ne signale que cinq ou six pièces dans un volume qui 
en comprend quelquefois cinquante ou soixante. On ne 
saurait trop attirer l'attention sur cette collection unique. 
Des 378 volumes qui la composent, cent au moins sont 
exclusivement consacrés à des pièces sur l'Ordre de Malte, 
dont Delaville a relevé avec soin la fiche bibliographique. 

C'est ainsi qu'il a recueilli de 2000 à 2500 indications 
de mémoires, factums, brochures, arrêts, dissertations, 
preuves nobiliaires, récits d'ambassades, relations de voyage 
par les agents de l'Ordre, réflexions sur l'état de la religion, 
bilans, défense des privilèges, bulles ou brefs en faveur 
de l'Ordre, cantates et compositions poétiques en l'honneur 
des grands - maîtres et des chevaliers, ouvrages et écrits 
composés par les membres de l'Ordre, récits de funérailles, 
livres dédiés aux grands-maîtres, etc. 

L'étude de cette série, jointe à celle des documents 
d'archives conservés à Malte (Série XIII, appendice, im- 
primerie, 1756 — 94), fournirait les matériaux d'une dissertation 
fort intéressante sur l'imprimerie établie dans le palais du 
grand-maître et dirigée par la chancellerie de l'Ordre. 

Quiconque voudra, sur un point quelconque de l'histoire 
des chevaliers de Malte, entreprendre un travail, de quelque 
nature qu'il soit, devra recourir à cette collection, et nous 
croyons que, dans presque tous les cas, il n'aura pas à se 
re])entir d'avoir cherché dans cette série, dont la richesse 
n'apparaît que, quand le dépouillement minutieux et com- 



330 L'ORDRE DE MALTE. 

plet en a été fait, des clocumeuts dont il reconnaîtra l'im- 
portance et la variété. 

SouvENLRS DE l'Ordre. I. Tfésor de r Ordre. II. Trésor 
de la cathédrcde de La Notable. III. Inventaire du trésor 
de l'ordre^). 



IV. 

BREF DE RESTAURATION. 

A Notre fils BiEX-AmÉ Jean-Baptiste Ceschi de 
Saxta-Cruce 

Léon XIII. pape. 

Cher fils, salut et bénédiction apostolique. Les papes 
romains, nos prédécesseurs, ont toujours considéré comme 
bon et honorable d'entretenir et de favoriser ces institutions 
qu'ils savaient utiles à la gloire de Dieu et au bien de la 
société chrétienne. C'est ainsi qu'ils j)i'ii'eii-t sous leur pro- 
tection et pourvurent de nombreux pri^dléges les Orches 
de Chevalerie créés pour le culte de la rehgion et la 
défense de l'Eglise. Lorsqu'ils y constatèrent un écart de 
la Règle et des moeurs primitives, ils n'omirent jamais dans 
leur ^dgilance pastorale et selon l'opportunité de rétablir 
les rapports légitimes et traditionnels. Personne ne peut 
ignorer que, parmi ces Ordres illustres, celui qui prit le 
nom de VHospital de Saint- Jean-Ba.ptiste-dc- Jérusalem demeura 
et prospéra au premier rang, soit au point de vue de 
l'ancienneté de son origine, soit au point de vue de la 
noblesse de ses membres, soit au point de vue des services 
distingués rendus à l'Eglise, soit au point de vue de la 
gloire des actes accomplis, soit au point de vue de la 
victoire remportée sur l'ennemi commun. Cet Ordre a, il est 
vrai, comme toutes les choses humaines, subi les change- 
ments des temps et les causes de modification de son sort. 
Mais jamais il n'a été assez dominé par les flots de l'adver- 
sité, ou privé du secours du Dieu souverain et de son Saint- 
Siège, pour périr et ne pas se relever armé de forces nou- 
velles. Ceci se manifeste surtout à la fin du siècle dernier 
et au commencement du nôtre, lorsqu'on le vit, après la 

^) Nous renvoyons pour les inventaires relatifs aux Soucenirs 
de l'Ordre et poui- les dociiments et chartes existant aux archives 
de Malte, à l'ouvrage que nous avons cité plus haut. 



APPENDICE. 331 

prise de Malte et la dispersion de ses membres désagrégé 
et presque anéanti. Alors il trouva, par un bienfait admi- 
rable de la Providence, deux protecteurs très-puissants et 
ines^îérés, dans les Empereurs des Russies. Paul I'^*', Ale- 
xandre pi", et eut en notre prédécesseur bieuheureux Pie Vil, 
un promotem- si zélé, qu'il put dans le lieu nouveau où il 
s'était retiré, se réunir de nouveau, s'adonner sous le com- 
mandement de chefs légitimes à la pratique de sa mission 
traditioinielle et recouvi'er de sa dignité première autant 
que les circonstances le permettaient. Quoique la situation 
semblât s'améliorer avec le temps, notre prédécesseur ci- 
dessus nommé, en égard à la situation intérieure de l'Ordre 
et à d'autres circonstances de ces temps, ne crut ni utile, 
ni op23ortun, après la mort du grand-maître Jean-Baptiste 
Tommasi, de mettre immédiatement à la tête de l'Ordre un 
homme revêtu des mêmes titres et dignités; il pensa dans 
sa prudence devoir différer l'élection du Grand-Maître et 
conférer à Innico Marie Guevara Suardo qui, sous le titre 
de Lieutenant, gouvernait les affaires de cet Ordre, des 
pouvoirs plus étendus qui paraissaient nécessaires pour la 
direction et l'administration de la communauté, ainsi qu'il 
appert des Lettres Apostoliques, adressées sous forme de 
Bref au susdit Lmico Marie Guevara Suardo, en date du 
XXI octobre MDCCCV. Il n'était pas dans la pensée du 
Pontife très-pruclent que. ce qu'il avait décrété pom- un 
temps, dût perpétuellement durer, car il déclara à plusieurs 
re^îrises qu'il lui était très- désirable de replacer, aussitôt 
que les circonstances le permettraient, un grand-maître à la 
tête de l'Ordre, conformément aux Statuts. Comme il mourut 
avant que ce désir fût accompli et qu'ensuite il ne s'offrit 
pas non plus d'occasion propice de restituer le chef de 
l'Ordre dans son ancienne dignité, tous ceux qui furent 
ensuite appelés à l'administrer, tout en étant par la faveur 
de ce Siège apostolique munis des pouvoirs et tenus des 
charges et obligations du chef suprême, n'eurent que le 
titre et la dignité de Lieutenants. Mais cejDendant les papes 
romains ne manquèrent point, pendant ce temps-là, de faire 
ce qu'ils crurent nécessaire au bien de l'Ordre. C'est ainsi 
que Grégoire XVI, de bienheureuse mémoire, ordonna par 
deux lettres apostoliques du XIII décembre MDCCCXLIV 
et du XXX septembre de l'année suivante, certaines me- 
sures qu'il jugea utiles à l'administration régulière des 
affaires de l'Ordre, et que, par lettre du cardinal secrétaire- 
d'Etat, du XI juillet MDCCCXLV, il détermina le mode 



332 L'ORDRE DE MALTE. 

cVélection du chef de l'Ordre. Plus récemment enfin, notre 
prédécesseur de glorieuse mémoire Pie IX, rendit encore, 
par Lettres' apostoliques du XVII mars MDCCCLXV, 
plusieurs ordonnances relatives aux droits et obligations du 
Lieutenant et du Conseil de l'Ordre qui lui était adjoint, 
par lesquelles il pensa favoriser dans les circonstances 
données le soin des affaires de l'Ordre. Cependant, avec 
l'aide de Dieu et grâce au zèle des chevaliers et avant tout 
de ceux qui avaient la direction suprême, grâce aussi à la 
faveur de Princes puissants d'Europe, l'Ordre s'est tellement 
raffermi et si heureusement accru, que son extension actuelle 
et son intelligente direction ne contribuent pas seulement 
à la gloire de l'Eglise et au bien public, mais permettent 
aussi d'en attendre dans l'avenir de plus grands et de plus 
utiles résultats. Lorsque notre vénérable frère Antoine de 
Luca, cardinal de la Sainte Eglise romaine, évêque de Pa- 
lestrina et Protecteur dudit Ordre, nous eut expliqué l'état 
de développement et de prospérité, dans lequel cet Ordre 
se trouve à présent, il nous pria instamment de rendre à 
son chef, conformément aux Règles et institutions de l'Ordre, 
le nom et la dignité de Grand-Maître, pour favoriser son 
accroissement. Il nous exposa en même temps que nous 
pouvions le faire, sans nouvelle élection de la part des 
membres de l'Ordre et sans léser personne, attendu que 
ceux qui ont le droit de suffrage avaient toujours élu depuis 
l'an MDCCCV, époque où la nomination du grand-maître 
fut retardée pour un temps indéfini, les Lieutenants, comme 
s'ils voulaient leur conférer leur vie durant le pouvoir 
suprême et permanent sur l'Ordre tout entier, sous l'appel- 
lation que les circonstances de temps et autres permettaient. 
Le même vénérable frère nous exposa que, toi, cher fils, 
ainsi que quatre de tes prédécesseurs à la Lieutenance, tu 
as été élu régulièrement par le conseil complet, il nous fit 
ensuite, l'éloge mérité de ta sollicitude et de ton activité 
prouvées pour lui et pour les chevaliers de l'Ordre de 
diverses manières. Aussi, après un examen attentif et une 
étude réfléchie de toutes choses, considérant que les motifs 
pour lesquels notre prédécesseur Pie VII a voulu que 
l'élection du grand-maître fut retardée, sont déjà éloignés 
et disparus; animé du désir de restituer, autant qu'il est en 
notre pouvoir, dans son ancienne splendeur et magnificence, 
cet Ordre très-noble qui a tant mérité de la chrétienté et 
de la société civile, dans la personne de son chef; voulant 
enfin t' accorder une faveur spéciale, à toi, que nous jugeons 



APPENDICE. 333 

digne des plus grands honneurs, nous avons trouvé bon d'ac- 
cueillir la requête qui nous a été présentée, et nous aimons 
à y faire droit. En conséquence de quoi, nous révoquons et 
abrogeons ce qui avait été prudemment ordonné, relative- 
ment à la remise de l'élection du grand-maître par les 
Lettres apostoliques de Pie VII, en date du XXI octobre 
MDCCCV, et restituons à l'Ordre susdit' de Saint-Jean-de- 
Jérusalem, ch-aque fois que le siège du magistère sera 
vacant, le droit d'élire le successeur (sous réserve de la con- 
firmation pontificale) en conservant le titre et le rang de 
grand-maître que les anciens Statuts de l'Ordre ont adopté. 
Quant au mode même d'élection, nous ordonnons que l'on 
observe celui qui a été observé jusqu'ici pour l'élection du 
Lieutenant, d'a|)rès les termes de la Lettre mentionnée du 
Cardinal secrétaire-d'Etat, en date du XI Juillet MDCCCXLV, 
que nous maintenons dans toute sa teneur. Nous ordonnons 
de plus que, relativement à l'exercice des droits et pouvoirs 
du grand-maître, ces dispositions aient provisoirement plein 
et entier effet, que notre prédécesseur Pie IX a prudemment 
arrêtées par Lettres apostoliques en date du XVII mars, 
MDCCCLXV, relativement aux droits et attributions du 
Lieutenant et du Conseil à lui adjoint et nous voulons que 
rien n'y soit changé, tant qu'il n'aura pas été disposé 
autrement à ce sujet, par nous ou nos successeurs. Attendu 
enfin que tu as reçu, cher Fils, depuis l'année MDCCCLXXII, 
(comme il est dit plus haut) le pouvoir suprême et per- 
manent sur l'Ordre tout entier, sous le titre de Lieutenant, 
que notre prédécesseur Pie IX t'avait confirmé par Bref du 
XXIII février de la même année, que tu as toujours usé 
de ce pouvoir, de manière à accroître puissamment par un 
soin consciencieux de toutes les affaires ressortissant à ces 
vastes fonctions, la dignité et l'utilité de l'Ordre, et que tu 
as donné des preuves d'une parfaite sagesse, d'un zèle actif 
et des autres vertus qui doivent orner le chef de cette 
association glorieuse, nous te choisissons et te nommons, 
dans la prévision certaine qu'il est très-désirable pour l'Ordre, 
que non seulement nous confirmions ce qu'il a fait lui-même 
en t'élisant, mais qu'en outre nous t'entourions d'an éclat 
plus brillant d'honneur: nous te relevons, conformément à 
l'usage, de toute Excommunication et Interdit, ainsi que de 
toutes sentences, censures et peines ecclésiastiques, quelle 
qu'en soit la cause, s'il en avait été prononcé, et t'en absol- 
vons et déclarons absous; à ces causes nous t'élisons et te 
nommons Grand-Maître de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jéru- 



334 L'ORDRE DE MALTE. 

salem, avec les cliarges et devoirs imposés par les Statuts 
de l'Ordre et les Constitutions apostoliques, ainsi qu'avec 
tous les honneurs, attributions et privilèges, dont ont joui 
tes prédécesseurs et nous ordonnons en conséquence à 
chacun des chevaliers de l'Ordre entier, des Chapelains et 
des autres fonctionnaires et servants, de te prêter l'obéissance 
due, et de t'honorer et respecter comme leur grand-maître 
et leur prince. C'est pourquoi nous statuons et ordonnons 
ces choses, voulant que ces Lettres soient fermes, valides 
et efficaces et qu'elles sortent et obtiennent leur plein et 
entier effet, nonobstant les Constitutions et Ordonnances 
apostoliques, les dispositions dudit Hospital, les coutumes 
et règlements capitulaires, même les Statuts et usages con- 
firmés par Serment, Sanction apostolique ou autrement, ou 
encore les privilèges, concessions et Brefs apostoliques en 
contradiction avec le présent, donnés, confirmés et renou- 
velés, que nous considérons comme insérés au présent acte 
en totalité et en détail et transcrits de verho ad verhum^ et 
que du reste nous abrogeons spécialement et formellement 
pour cette fois, tout en voulant que pour le reste ils gardent 
leur effet, de même que toutes les Ordonnances en contra- 
diction avec le présent acte. Convaincu que ce que nous 
venons de statuer et d'ordonner tom^nera avec l'aide de la 
divine Providence, grâce à ta sage gestion et au concours 
de l'Ordre tout entier confié à tes soins, à la gloire de 
Dieu, au bien et à l'honneur de la chrétienté, nous te 
souhaitons, cher Fils, tout succès dans ton Magistère et te 
donnons avec amour la bénédiction apostolique. 

Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, sous le sceau 
de l'anneau du pêcheur, le XXVIII mars MDGCCLXXIX, 
l'an deuxième de notre pontificat. 

L ^ S. 

signé: Pr. Cardinal Car.apa de Traetto. 

D. Jacobini, substituant. 



APPENDICE. 335 

V. 

DISSERTATION 

SUR IjK 

GOUVERNEMENT DE L'ORDRE DE MALTE PAR L'ABBÉ DE 

VERTOT, 1726. 

(ANALYSE). 



Des classes. 

1" Chevaliers de justice. 
2° Chapelains. 
3° Fr. servants d'armes. 
La pureté du lignage s'établit par le preuve testi- 
moniale, par la preuve littérale, par la preuve locale. 

Réception de ma.jorité, 

à 16 ans, avec obligation de se rendre à Malte, à 20 ans 
(Droit de passage 260 écus d'or). 

Réception 
comme page du grand-maître, (même droit de ^^assage). 

Réception de minorité 

(même au berceau) (Droit de passage, 333 pistoles). 

Il y a à Malte sept palais appelés Auberges où peu- 
vent manger tous les religieux et novices. Le chef de 
chacune se nomme pillier; il est choisi à l'ancienneté. 

Les dépenses sont couvertes par les prises, les droits 
de passage, le mortuaire (etFets d'un chevalier ou revenus 
de sa commanderie, du jour de son décès au P^' mai 
suivant), le vacant, les responsions dues par les prieurés, 
bailliages et commanderies. 

Des dig-nités. 

Langue de Provence: G-rand- Commandeur, 
» à^ Auvergne: Maréchal, 
» de France: Grand-Hospitalier, 
» à'' Italie: Grand- Amiral, 

à'' Angleterre : Turcopolier ou Général-de-la-cavalerie 
(Appartient maintenant au Sénéchal du Grand- 
Maître), 



33G L'ORDRE DE MALTE. 

Langue d^ Allemagne : Grrand-Bailli. (Appartient maintenant 
au grand-prieuré de Bohême-Autriche), 
» de Castille: G-rand-Chancelier, 



REPARTITION TERRITORIALE. 

Langue de Provence: 2 grands-prieurés: 
St. Gilles 54 commanderies, 
Toulouse 35 » 

» à^ Auvergne: 1 grand-prieuré d'Auvergne: 
Lj^on 44 commanderies de chevaliers, 

8 >^ de frères servants; 

>■' de France: 3 grands-prieurés: 

France 45 commanderies, 

Aquitaine 65 

Champagne 24 » 

1 bailliage de la Morée (St-Jean-de-Latran, Paris), 

1 charge de Grand - Trésorier (Commanderie de 
St.-Jean de Gorbei]) ; 

» ai' Italie: 6 grands-prieurés: 

Rome 19 commanderies, 

Lombardie 45 » 

Venise 27 » 

Barlette ou Capoue 25 » 

Messine 12 » 

Pise 26 

4 Bailliages: 

S*®-Euphémie, 

S*-Etienne de Monopoli, 

La Trinité de Venouse, 

St-Jean de Naples, 
» à^ Aragon: (Aragon, Catalogne, Navarre), 3 grands- 
prieurés : 

Aragon (Castellenie d'Emposte) 29 commanderies, 

Catalogne 28 » 

Navarre 27 » 

2 Bailliages: 
Maj orque. 

Caps (Afrique), jusqu'à la perte de Tripoli; 
» à^ Angleterre et d^ Ecosse: 2 Grands-prieurés: 

Angleterre (S*-Jean de Londres) \ 32 com- 
Irlande / manderies, 

1 Bailliage de l'Aigle, 



APPENDICE. 337 

Langue d^ Allemagne: 3 grands-prieiu'és: 
Allemagne (Heitersheini)] 
Bohême > 67 commanderies 

Hongrie j 

1 Bailliage de Sonnenberg, 
» de Castiïle: 3 grands-prieurés: 

-r , ! 27 commanderies 

Léon J 

Portugal (Cratoena) 31 » 

1 Bailliage de la Bouëde, 

1 Bailliage in partibus de Négrepont. 

La collation provisoire des commanderies a lieu pour 

5 ans, et après la preuve des améliorissements, pour un temps 

plus long ou avec permutation avantageuse (émeutissement). 

Les Baillis conventuels (avec Résidence à Malte), sont les 

chefs ou pilliers; les Baillis capitulaires (avec résidence sur 

leurs bailliages), les Baillis de grâce ou ad honores n'ont 

pas droit aux dignités communes; mais, par exception, 

révêq[ue de Malte et le prieur de l'église primatiale de 

Saint-Jean, sans égard au défaut de naissance, sont rangés 

au nombre des grands dignitaires, ou baillis conventuels. 

Celui-ci est l'Ordinaire de tous les religieux. Depuis 

l'évangélisation du bailliage de Brandebourg, celui-ci est 

émeuti dans la Langue d'Allemagne ; l'Ordre a refusé aux 

chevaliers devenus protestants de les laisser faire leurs 

caravanes (stage) à Malte et sur les galères de la religion; 

il ne peut admettre dans son sein des hérétiques. 

Du CHAPITRE GÉNÉRAL. 

Il devait se tenir tous les cinq ans : il avait le pouvoir 
législatif, n siégeait en principe dans la Maison-Ohef-d'Ordre. 
Le nombre des Capitulants était de 54, outre le Grand-Maître 
(9 grands- officiers , 45 grands-prieurs et baillis). Avant 
l'ouverture du chapitre les hauts officiers déposent les in- 
signes de leurs charges, qu'ils ne reprennent que par une 
nouvelle concession. Le chapitre ne doit pas durer plus de 
15 jours; les affaires non terminées sont laisséss aux soins 
d'un Conseil des rétentions nommé à titre temporaire pour 
les expédier. 

Des CONSEILS, 

Le Conseil ordinaire permanent est formé du grand-maître, 
des baillis conventuels, des grand'croix présents, des pro- 

SAI.I.ES : I/OKDRK I>E MAI-TE. .>0 



388 L'OEDEE DE MALTE. 

cureurs des Langues et du plus ancien chevalier pour celle 
d'Angleterre. 

Le Conseil complet^ auquel on peut appeler du premier, 
est renforcé par 2 anciens chevaliers pour chaque langue, 
qui ont au moins 5 ans de résidence à la Maison-Ghef- 
d'Ordre. Le Conseil secret délibère sur les affaires délicates 
ou urgentes. Le grand-maître a seul le droit d'initiative 
dans ces assemblées. Il y a en outre la Chambre du Trésor^ 
présidée par le chef de la Langue de Provence. 

Des ambassadeues. 

Il y a un ambassadeur à Rome, à Vienne, à Paris, à 
Madrid; ils sont nommés pour trois ans. Ceux de Paris et 
de Madrid sont toujours grand' croix. 

De l'élection au magistèee. 

Elle appartient aux chevaliers de justice, ayant 13 ans 
et trois ans de résidence dans le Couvent, ayant fait trois 
caravanes, et ne devant pas au Trésor plus de dix écus; 
aux chapelains-prêtres, aux frères servants, chacun dans sa 
Langue. Les Maltais n'ont jamais droit de vote. L'élection 
est à trois degrés: 24 électeurs sont nommés par les Langues, 
puis 3 électeurs sont élus par le Conclave (1 chevalier, 
1 chapelain-prêtre, 1 frère servant). Ce triumvirat choisit un 
4® électeur; les quatre en élisent un 5® et ainsi de suite 
jusqu'au nombre de 16 en tout, qui procèdent à l'élection 
du grand-maître. Au cas de partage, la voix du Chevalier 
du triumvirat est prépondérante. 

Des deoits de la peincipauté et de ceux du magistèee. 

Les premiers consistent dans les droits de V Amirauté^ 
soit dix pour cent sur tous les prises, les revenus des 
douanes, assises, gabelles, les terres du Domaine, les amendes 
et confiscations; les seconds résultent d'une liste civile de 
6200 écus, de Vannate sur les commanderies de grâce magistrale 
qu'il confère tous les cinq ans; de la Chambre magistrale 
(1 commanderie par prieuré). La course est permise aux 
grands-maîtres à leur profit et à leurs frais. Mais tout 
négoce leur est interdit, comme incompatible avec les tra- 
ditions de la noblesse. 



APPENDICE. 339 

VI. 

CÉRÉMONIAL ENCORE USITÉ 

POUR LES 

VOEUX SOLENNELS ET L'ACCOLADE. 

Le novice est revêtu d'un long vêtement noir (Manto 
di Punta), il tient l'épée nue dans la main droite et un 
cierge allumé dans la gauche; il se place devant le cha- 
pelain et s'agenouille. Le chapelain, en surplis et étole, 
bénit l'épée et le novice. Celui-ci remet le cierge et l'épée 
aux chevaliers jureurs (parrains), s'avance devant le Grand- 
Prieur, lui tend la bulle de profession, reçoit de l'un des 
assistants le cierge seul et s'agenouille devant l'autel. Le 
chancelier de l'Ordre s'approche du prieur, se place sur la 
deuxième marche de l'autel et lit à haute voix la bulle que 
le prieur lui a remise. On célèbre la Sainte-Messe jusqu'à 
VÉpître; après l'épître le chapelain va au prieur, et attend 
qu'il lui fasse signe de continuer. — Le novice a remis de 
nouveau le cierge à l'assistant, il se tient devant le prie- 
Dieu du prieur, s'agenouille et demande à être admis dans 
l'Ordre. Alors celui-ci lui donne l'épée nue. Le novice remet 
l'épée au fourreau et le tend au prieur qui lui présente le 
baudrier dont le novice se ceint sous le manteau. Le prieur 
lui donne alors l'épée dans le fourreau qu'un chevalier passe 
dans le baudrier. Le novice se lève, tire l'épée du fourreau 
et la remet au prieur. Celui-ci le frappe doucement du plat 
de l'épée trois fois sur l'épaule droite et la rend au nouveau 
chevalier qui s'avance vers l'autel et frappe trois coups 
dans l'air de trois côtés différents. Ensuite il essuie l'épée 
sur son bras gauche et la remet au fourreau. Le prieur 
saisit le chevalier par l'épaule gauche et le secoue en lui 
ordonnant la vigilance; il lui montre les éperons d'or et 
les donne à deux chevaliers pour qu'ils les lui attachent. 
Le nouveau chevalier reçoit de nouveau le cierge allumé. 
Armé de l'épée et chaussé des éperons, il vient s'agenouiller 
à l'autel et l'officiant achève la Sainte-Messe, puis donne la 
communion au chevaher post smntionem. Après la messe le 
chapelain place le calice du côté de l'Evangile et se tourne 
ad cornu épistolae. Le novice s'agenouille devant le prieur, 
le cierge allumé à la main, l'épée au flanc sous le manteau 
fermé. Il prête le serment et prononce les voeux. Le prieur 
l'embrasse et le déclare reçu dans l'Ordre, Le chevaher 
baise le Missel, le porte sur l'autel, baise l'autel, rapporte le 



340 L'ORDRE DE MALTE. 

missel, s'agenouille devant le prieur et promet de prier 
pieusement chaque jour. Le prieur lui ôte le manteau, le 
lui montre, lui en fait voir les manches en lui rappelant 
le devoir de l'obéissance, lui en montre la croix en lui 
ordonnant de la porter sur son coeur, la corde, en lui rappelant 
les mystères de la Passion. Il le ceint de la corde et tous 
les chevaliers présents lui donnent le baiser de paix. Le 
nouveau chevalier reprend alors le cierge allumé et va 
s'agenouiller à l'autel du côté du Gradualis. Le chapelain 
s'agenouille devant l'autel et prie: Deus, qui justificas 
inipium . . . Après cette prière, le chevalier donne au 
chapelain le cierge avec une pièce d'or enfoncée dedans. 
Le chevalier se rend tête découverte à la sacristie, où on 
lui sert du pain, du sel et un verre d'eau, dont il prend 
un peu. La cérémonie est finie et le nouveau chevalier 
reçoit les félicitations des assistants. 



VII. 

LISTE DES CROISADES. 

On compte généralement 8 croisades. La première eut 
lieu de 1096 à 1099, sous le pontificat d'Urbain II: prêchée 
par Pierre l'Ermite, puis par Urbain lui-même, elle eut pour 
chefs Godefroy, de Bouillon, Eustache et Baudoin, ses frères, 
Hugues de Vermandois, Robert II, duc de Normandie, 
Boëmond, prince de Tarente, Tancrède, son neveu, et Ray- 
mond de Toulouse. Les faits les plus importants de l'expé- 
dition sont la bataille de Dorylée (1097), où les Musulmans 
furent entièrement défaits; la prise de Nicée, d'Edesse (1097) 
d'Antioche (1098) et celle de Jérusalem (1099). Les croisés 
formèrent à Jérusalem un royaume chrétien, dont ils défé- 
rèrent la couronne à Godefroy de BouiUon; et dans les 
villes voisines plusieurs principautés, où régnèrent les autres 
chefs des croisés. — ■ La 2® croisade, de 1147 à 1149, 
entreprise sous le pontificat d'Eugène III et prêchée par 
Saint Bernard, eut pour chefs Louis VII, roi de France, et 
Conrad, empereur d'Allemagne (1147). Ces deux princes 
n'éprouvèrent que des revers. Ils étaient cependant sur le 
point de prendre Damas (1148), lorsque la discorde se mit 
entre les seigneurs de leurs armées, et les contraignit à 
revenir en Europe. — La 3® croisade, de 1189 à 1192, 



APP£XDICE. 34.J[ 

fut entreprise sous le pontificat de Clément III, et prêciiée 
par Gruillaume, archevêque de Tyr. Il s'agissait de recon- 
quérir Jérusalem, retombée au pouvoir des infidèles en 1187. 
Trois souverains partirent avec de nombreuses armées pour 
la Ten'e-Sainte: Philippe-Auguste, roi de France, Richard- 
Coeur-de-Lion. roi d'Angleterre, et Frédéric-Barberousse, 
empereur- d'Allemagne. Mais le succès ne répondit point à 
l'attente générale: l'armée de Frédéric fut presque entière- 
ment détruite en Asie, et lui-même périt en Cilicie (1190); 
les deux autres princes partis par la voie de mer s'empa-. 
rèrent de St-Jean-d'Acre, mais une fâcheuse rivalité s'étant 
établie entre eux, Philippe revint bientôt en France (1191) 
et tout le courage de Richard n'aboutit qu'à obtenir de 
Saladin une trêve de 3 ans. — La 4^ croisade, de 1200 
à 1204, prêchée par Foulques de Neuilly sous le pontificat 
d'Innocent III. fut dirigée par Baudoin IX, comte de Flandre, 
Villehardouin, sénéchal de Champagne, Boniface II, marquis 
de Montferrat, et Henri Dandolo, doge de Venise. L'armée 
des chrétiens n'alla pas plus loin que Constantinople. Elle 
chassa d'abord l'usurpateur Alexis-l'Ange (1203) et plaça 
sur le trône Alexis-le- Jeune ; l'année suivante, elle reprit 
Constantinople sur un nouvel usurpateur, Lucas Murtzuphle, 
mais cette fois ses chefs se partagèrent l'empire grec : 
Baudoin eut le titre d'empereur; les Vénitiens s'emparèrent 
des plus belles stations maritimes. — La 5® croisade, 
entreprise sous le pontificat d'Honorius m (1217 à 1221), 
eut pour chefs Jean de Brienne, roi titulaire de Jérusalem, 
et André II, roi de Hongrie. André fut rappelé dans ses 
Etats par la révolte de ses magnats; Jean de Brienne prit 
Damiette, qu'il fut bientôt forcé de rendre. — La 6® croi- 
sade, de 1228 à 1229, fut accomplie sous le pontificat de 
Grégoire IX, par l'empereiu- Frédéric II. Le sultan Mélédin 
lui céda Jérusalem sans combat. — Les deux dernières 
croisades furent entreprises par Saint Louis, roi de France : 
l'une de 1248 à 1254, sous le pontificat d'Innocent IV; 
l'autre en 1270, sous le pontificat de Clément IV. La 1® 
(1^) fut dirigée contre l'Egypte: le roi de France prit 
Damiette, et remporta même un avantage à la Massoure 
(1250); mais la peste s'étant mise dans son armée, il fut 
contraint de reculer devant l'ennemi, et fut lui-même fait 
prisonnier. Il racheta chèrement sa liberté et passa quatre 
ans en Palestine, occupé à fortifier quelques places, puis revint 
en France en 1254, après la mort de la reine Blanche, sa 
mère, qu'il avait instituée régente. — Dans la 8° croisade 



342 L'ORDRE DE MALTE. 

(1270), Saint Louis était accompagné de ses trois frères et 
du prince Edouard d'Angleterre: il se dirigea sur Tunis, 
espérant, disent quelques historiens, convertir le maître de 
cette ville, Mohammed Mostanser. mais à peine arrivé sous 
les murs de Tunis, il fut enlevé par une maladie contagieuse. 
Charles d'Anjou, son frère, qui était venu le rejoindre, se 
mit à la tête des troupes, remporta quelques avantages et 
revint en France après avoir forcé Mohammed à payer les 
frais de la guerre. — Après cette dernière expédition, les 
colonies chrétiennes qui avaient été établies en Orient par 
les Croisés, ne tardèrent pas à être détruites et la Palestine 
retomba tout entière sous le joug musulman. 



Vin. 
ORDEES DE CHEVALERIE. 

Plusieurs autres ordres religieux de chevalerie ont été 
créés en ces temps de lutte contre les Infidèles. 

l*' L'Ordre des ChevaUers du Temple, fondé en 1118, con- 
firmé par le pape Honorius III en 1128. S* Bernard rédigea 
ses statuts. Les chevaliers portaient le manteau blanc et la 
croix rouge du côté du coem-. Hugues de Payens fut leur 
premier chef ou grand-maître. Le siège de l'Ordre fut suc- 
cessivement à Jérusalem, S* Jean d'Acre, Limisso. L'Ordre 
fut aboli en 1312. Les premiers éléments étaient sortis de 
l'Ordre des Hospitaliers de S*- Jean-de- Jérusalem; c'est à 
celui-ci aussi que ses immenses richesses furent attribuées. 

2° L'Ordre des chanoines du S^-Sépulcre, détachés en 1099 
de l'Hôpital- S*- Jean, prêtres-soldats, supprimés en 1484 et 
remplacés par V Ordre militaire des chevaliers du S^-Sépidcre. 
réuni par Paul V à l'Ordre des Chevaliers de Malte. 

3° Les Frères de S*^ Marie fondés en 1128, à Jérusalem, 
pour soigner les Croisés malades ou blessés dans un hôpital 
établi par des gentilshommes allemands: ils furent approuvés 
par le pape Célestin III, le 6 février 1191, comme Ordre 
hospitalier et militaire, sous la règle de S* Augustin, puis 
pom- le service des pauvres et des malades, sous celle des 
Hospitaliers, et pour la disciphne militaire, sous celle des 
TempKers. Ils se nommèrent: L'Ordre des chevaliers teutoniques 



APPENDICE. 343 

de la Maison de S^^-Marie-de-Jérusalem. Ils furent réorganisés, 
eu 1190, à S*-Jean-d'Acre, par Frédéric de Souabe. L'Ordre 
fut supprimé en 1809, excepté en Autriche où il est encore 
propriétaire de grands biens. Les chevaliers teutoniques 
portent un manteau blanc chargé d'une croix noire. 

4° V Ordre des Forte- Glaive, ou des Frères de la Milice 
du Christ, ou encore des Chevaliers de Livonie, fondé 
en 1201 par Albert d'Apeldern ou de Buxhofî, évêque de 
Livonie, pour conquérir les pays encore occupés par les 
païens, était modelé sur celui du Temple. Ils portaient un 
manteau blanc, avec deux glaives rouges brodés sur la 
poitrine. Us fusionnèrent avec les Chevaliers teutoniques 
(1237), puis furent réorganisés (1525); le luthérianisme mit 
fin à leur existence. 

5° L'Ordre religieux et militaire de Calatrava (Espagne) 
doit son origine à des chevaliers de l'Ordre de Cîteaux, à 
qui fut confiée en 1158, par Sanche m, roi de Castille, la 
défense de la ville de Calatrava, récemment enlevée aux 
Maures. Ils eurent des grands-maîtres jusqu'en 1489. 

6° L'Ordre militaire de S*- Jacques -de- l'Epée fut fondé 
vers 1170, sous Ferdinand II, roi de Léon et de Castille 
pour protéger contre les Maures les pèlerins qui se ren- 
daient à S*-Jacques-de-Compostelle. H avait son siège à 
Uclès (Castille). Il eut ses grands-maîtres propres jusqu'en 
1493. L'habit consiste en un manteau blanc, avec une croix 
rouge faite en forme d'épée, fleurdelisée par le pommeau 
et les croisons. 

7° L'Ordre religieux et militaire d'Alcantara fut institué 
en 1214 par Alphonse IX, roi de Castille, pour combattre 
les Maures. Les chevahers de cet ordre étaient soumis à la 
règle de S* Benoît et portaient une croix d'or verte fleur- 
delisée. Le siège de l'Ordre était à Alcantara. Il eut ses 
grands-maîtres propres jusqu'en 1509. 

8° V Ordre religieux et militaire du Christ (Portugal), 
fut institué, en 1318 par Denis I®^, roi de Portugal, pour 
défendre les frontières des Algarves contre les Maures; le 
Roi lui attribua les biens des Templiers en Portugal. Le 
pape Jean XXII confirma cette institution. Ses possessions 
furent plus tard annexées par la Couronne, et le Saint Siège 
releva les chevaliers du voeu de célibat et autorisa le port 
d'un insigne à la place de l'habit régulier. 

9° L'Ordre maritime des Chevaliers de S^-Etienne^ fut 
institué vers 1560 par Cosmes I de Médicis, duc de Florence, 
contre les corsaires. Ces chevaliers furent les élèves des 



344 



L'OEDRE DE MALTE. 



chevaliers de Malte; ils furent placés sons l'invocation de 
S* Etienne. La Maison-Chef-d'Ordre en fut établie à Pise et 
pourvue de grands revenus. Cosme de Médicis en dressa 
les règles et statuts, et s'en fit le chef et grand-maître. 
Les princes ses enfants en furent les premiers membres. 
Afin d'attacher par les liens de cet Ordre les familles patri- 
ciennes de Florence, il sut rendre ces liens plus légers,^ en 
dispensant avec l'approbation du pape Pie IV les chevaliers 
de S* Etienne de l'obligation du célibat et en y admettant 
même ceux qui avaient été mariés deux fois. Les galères 
de cet Ordre se rallièrent à celles de la Religion et 
aidèrent l'escadre maltaise dans la course contre les Infi- 
dèles, délivrant des vaisseaux chrétiens et faisant des prises. 



ST-JEAN-D'ACRE. 

»Ptolémaïs,Ptolemaïde, autrefois appelée xA-Con (Strabon 
l'appelle Ace, les Hébreux Haco, les Turcs Acca), Acre, 
ensuite Saint-Jean-d'Acre, était, dit Naberat, une ville très- 
célèbre de la province de Phénicie, dans la tribu d'Azer, 
sur les confins de la Palestine. Elle est bâtie à l'Occident 
d'une vaste plaine, à quatre milles du Mont-Carmel et du 
château Lambert, et à trente-six milles de Jérusalem*. 
»La ville, dit de son côté Moreri, était édifiée en forme 
triangulaire, s'avançant dans la rive de la mer qui baignait 
ses murailles'; de l'autre côté, était la terre ferme vers 
l'Orient, fortifiée de deux très-fortes murailles éloignées 
l'une de l'autre d'environ cinquante pas. A la première, 
vers le levant, était une tour très-grosse et très-forte, appelée 
la Tour-du-Boy, et à la pointe du milieu de cette muraille 
était une autre tour connue de tout temps sous le nom de 
Maudite; le long des murs il y avait plus de trente autres 
tours. Elle avait un port assez étroit, formé en partie du 
fleuve qui sort du pied du Mont-Carmel. Les palais des 
chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, des Templiers, etc, 
y étaient, dit-on, très-remarquables. On y trouve partout 
un mélange de ruines gothiques et de constructions modernes : 
ici une église entièrement détruite, là des cloîtres, un palais, 
un hôpital abandonnés. Le Turc j a passé, et c'est tout dire. 



APPENDICE. 345 

Elle fut donnée par Philippe-Auguste etRicliard-Coeur- 
de-Lion aux Hospitaliers, lorsqu'ils s'embarquèrent pour re- 
tourner en Europe, 1191, en reconnaissance de leur valeureux 
concours. Ils devinrent donc les maîtres et seigneurs d'une 
place qui avait été et devait être encore le point central de la 
lutte entre l'Occident chrétien et l'Orient musulman. L'Acre 
de nos jours, toute charmante qu'elle est, ne saurait être 
comparée avec l'Acre d'il y a sept siècles, qui était la cité 
principale de l'Orient. Ses palais d'une blancheur de neige 
brillaient au milieu des bosquets de cèdre du Mont-Carmel 
au sud, comme des pierres étincelantes enchâssées dans le 
vert foncé. A l'est s'étendait la plaine magnifique par dessus 
laquelle le regard pouvait aller jusqu'à ces collines lointaines 
que pas un oeil chrétien ne peut contempler sans émotion, 
car elles cachent dans leurs replis Nazareth et le lac de 
Tibériade, et il les avait foulées de ses pieds Celui dont 
l'attouchement sanctifiait. Cette plaine riche et fertile, à 
présent marécageuse et nue, entourait alors Acre d'une 
ceintm^e de champs et de vignes, au nord aussi, où 
les cimes neigeuses d'une haute chaîne de montagnes 
entourées de forêts de cèdres fermaient l'horizon, tandis qu'à 
l'ouest les flots bleus de cette vaste mer, dont les côtes 
forment les limites des royaumes de ce monde venaient se 
briser sur ses rives. Acre même était couverte de jardins. 
Les toits plats, couverts d'orangers odorants et de fleurs 
aux mille couleurs, de ses longues lignes de maisons de 
marbre, formaient des terrasses où l'on s'abritait sous des 
vélums de soie contre l'ardeur du soleil. On pouvait aller 
par ces terrasses d'une partie à l'autre de la ville, sans 
descendre dans les rues larges et animées, où se pressait 
la plus noble chevalerie d'Europe autour des bazars en- 
combrés des marchandises les plus recherchées du Levant. 
C'était alors la ville la plus gaie et la plus élégante du 
monde. Ses tours dorées se détachaient vivement sur les 
montagnes, ou se dressaient au dessus de la ligne des eaux 
étincelantes, bercées par la brise et étincelant dans le 
rayonnement du soleil. Chaque maison était ornée de vitraux 
peints: car quoique cet art ne fût pas encore répandu en 
Europe, il était très-pratiqué à Acre. Ce sont même peut- 
être les croisés qui l'ont rapporté parmi nous. Chaque 
nation avait choisi sa rue, pour ses négociants et son com- 
merce; plus de vingt têtes couronnées y ^possédaient des 
palais et y avaient leurs cours. L'empereur d'Allemagne, 
les rois d'Angleterre, de France, de Sicile, d'Espagne,, de 



346 L'ORDRE DE MALTE. 

Portugal, de Danemarc, de Jérusalem y avaient une rési- 
dence: les Templiers, lesjTeutoniques, les Hospitaliers y avaient 
des établissements non moins magnifiques que les souverains. 

La grande Xenodochie des Hospitaliers, qui pouvait le 
disputer en étendue et en magnificence au premier Hospital 
de Jérusalem, et qui recevait chrétiens, musulmans et sarra- 
sins dans ses murs, était l'orgueil de cette ville. Elle avait 
sa renommée poétique et ses légendes, toutes à la gloire 
des Hospitaliers». 

Nous faissons dans la 1® partie des Annales le récit 
rapide de la défense d'Acre (1291), comme nous faisons 
plus tard celui de la défense de Smyrne, de Rhodes et de 
Malte. Ce sont des épopées et les héros en sont les 
chevaliers de Saint-Jean, les Templiers et les Teutoniques^). 



X. 

MARGAT. 



Margat ou Margath (en latin Maratus) est à 50 Kil. N. 
de Tripoli de Syrie, sur un roc escarpé. »Son château et 
forteresse, en la province de Valinie, dit Nabarat dans son 
Histoire de l'Ordre de S aint-Je an- de- Jérusalem, jouxte le 
fleuve de Valinie, et est situé sur une haute montagne, 
distant de la ville et de la mer d'un mille, à huit journées 
de Ptolemaïde et quatorze d'Antioche«. C'est aujourd'hui 
un misérable village. 



XT. 

LIMISSO. 



»Limisso était située, dit Moreri, sur la côte de l'île de 
Chypre, à environ seize lieues de Baffo, du côté du Levant 
méridional. Cette ville, qui avait un évéché suffragant de 
Nicosie, est presque ruinée. Plusieurs géographes la désignent 
comme l'ancienne Amathonte (Amathus), où Vénus avait un 
temple célèbre*. 



-) V. aussi nos Annales de V Ordre Tcutonique. 



APPENDICE. 347 

XII. 

RHODES AU TEMPS DES CHEVALIERS. 

La Description des monuments de BJiodes par A. Rottiers, 
remet assez vivement sous les yeux la Rhodes des Cheva- 
liers. On trouve d'ailleurs dans cet ouvrage curieux la grande 
mosquée, autrefois l'église conventuelle de Saint-Jean, le 
couvent de l'Ordre, la châtellenie ou fut jugé d'Amaral, 
l'église de Sainte- Catherine, celle de Notre-Dame de Phi- 
lerme, les fresques du caveau des chevaliers, la fresque de 
Dieudonné de Gozon, les vitraux peints de Saint-Jean et 
de Sainte-Catherine, puis quelques monnaies de l'ancienne 
Rhodes et celles des Chevaliers depuis Hélion de Villeneuve 
jusqu'à l'époque où ils ont abandonné l'île. 

». . . . Nous aperçûmes, dit-il, les villages de Cremasto 
et de Villanova. Un château dont les ruines s'élèvent encore 
près de Cremasto défendait les approches du rivage. Il fut 
construit par le grand-maître Hélion de Villeneuve. Il y 
eut aussi à l'abri de ce fort une maison de plaisance éga- 
lement tombée en ruines. On y voit sur quelques corniches 
les armoiries d'Emery d'Amboise, ce qui prouve que l'édifice 
aurait été restauré par ce grand-maître«. Nous renvoyons 
le lecteur à l'oeuvre originale, préférant citer des descriptions 
moins connues. 

Pour les notes qui suivent, nous avons analysé un 
journal de voyage reproduit par Villeneuve, dans ses 
Monuments des grands-maîtres etc., ». . .Le petit port de 
Rhodes se ferme tous les jours; là se dresse la belle et 
massive tour de Saint-Nicolas; partout des murs, des quais, 
des édifices solidement construits avec une gothique élégance. 
Partout des tours portant des croix et couvertes d'armoiries 
sculptées. J'ai donc sous les yeux les fortifications de cette 
héroïque ville de Rhodes, si vaillamment défendue par ses 
chevaliers! Mais à côté de ces souvenirs qui font battre 
le coeur, l'âme s'attriste à la vue des ravages du temps et 
de l'apathie musulmane. Tout s'écroule près du port. Les 
Turcs ont su conquérir, mais n'ont rien su conserver. 
Quelques minarets de mosquées, des têtes de palmiers 
élancés dans les airs, des cyprès d'un vert noirâtre, ofîrent 
leurs grêles pyramides, au milieu des masses énormes de 
maçonnerie du XV® siècle. Parcourant la ville et les forts. 



348 L'ORDRE DE MALTE. 

OÙ tout atteste encore le séjour des Hospitaliers-de- Jéru- 
salem, nous entrons dans la rue de Chevaliers. Elle est 
montueuse, assez large et excite le plus haut intérêt. Les 
maisons, fort belles pour la plupart, qui la bordent des 
deux côtés, étaient les habitations des preux, dont les écus- 
sons, armoriés sur de grandes plaques de marbre blanc, 
sont si merveilleusement empreints qu'on les dirait placés 
là de la veille. Les auberges de ces moines-guerriers, leur 
hôpital, existent encore avec des inscriptions latines et 
d'autres en caractères gothiques. Sur l'hôpital est la date 
de 1484. Sur des maisons, je lus successivement celles de 
1492, 1498, 1518. Un vaste bâtiment offrait ces mots: Four 
V Oratoire^ 1511. Les fleurs de lis dominent clans les blasons. 
On en remarque presque à tous. A l'extrémité de cette 
longue rue, se trouve un grand bâtiment en ruines . . . Des 
pans de murs, des arceaux sont cependant encore debout. 
C'est la loge de Saint- Jean, où s'assemblait le chapitre; un 
peu plus loin, sur la gauche, on arrive à l'église de Saint- 
Jean, aujourd'hui changée en mosquée. J'en vis l'intérieur 
par une fenêtre. Le clocher, maintenant terminé en forme 
de minaret, porte le millésime de 1509; plus loin encore 
on rencontre les remparts qui sont d'une parfaite conser- 
vation et d'un travail prodigieux. Que de pierres, que de 
fossés creusés dans le roc, d'ouvrages extérieurs, de forts 
avancés! Rhodes, à l'époque où elle fut ainsi fortifiée, dut 
paraître imprenable. Mais elle est dominée. Nous passons 
devant le palais encore debout des grands-maîtres. Il était 
tellement solide et fort, qu'il soutint un siège après que la 
ville fut rendue. Le long des remparts on continue d'aperce- 
voir des croix sans nombre et des figures de saints, entre 
autres à la tour de Saint-Paul, au fort Saint-Nicolas, etc. 
J'ai remarqué des portes d'église, ainsi que, des portes de 
maisons dont le bois n'a pas subi d'altération. Elles sont 
ciselées avec une délicatesse infinie. Auprès des bastions 
l'on m'a montré plusieurs de ces anciens hasilics des cheva- 
liers, espèce de canons d'une longueur démesurée, portant 
des boulets de marbre d'une grosseur énorme. Il y a encore 
à côté des pièces des piles de ces boulets. Je remarquai 
encore au dessus d'une porte des armoiries intactes et 
l'inscription: cT Anihoise, 1512 . . . Nous allâmes voir l'église 
du couvent des capucins où existe un tableau peint sur 
marbre, représentant une Yierge à l'enfant Jésus. Pierre 
d'Aubusson la fit placer, en 1480, dans la chapelle de Notre- 
Dame-de-la-Victoire, en mémoire de la délivrance. Beaucoup 



APPENDICE, 349 

d'ex-voto, de colliers d'or, de bagues, de couronnes d'argent 
sont appliqués sur ce tableau. Puis nous nous rendîmes à 
la Petite-E,ue-des-Chevaliers. Ses maisons sont également 
symétriques, rangées comme des tentes; elles portent des 
armes à leurs frontons. Nous arrivâmes ainsi à la Châtellenie, 
grand bâtiment en très-bon état, où se rendait la justice. 
Nous passâmes près d'une fontaine, dont le réservoir en 
marbre blanc fut le sarcophage d'un grand-maître. On y 
lit: Robert de Juïliac^ mort le 20 juillet 187 7. Nous nous 
dirigeâmes ensuite vers une rangée de beaux édifices voûtés 
et symétriques: c'étaient les casernes. Tout à côté se trouve 
le Couvent, dans l'intérieur duquel nous pûmes pénétrer. 
C'est un vaste cloître, renfermant des terrasses et un jardin 
au milieu. Tout y est si parfaitement intact que les bois 
de la charpente et les planches semblent neufs. L'hôpital, 
que nous revîmes en repassant, est de 1484. Sortant par 
la Porte-d'Amboise, nous fîmes, hors de la troisième et 
dernière enceinte, le tour complet des remparts. Une des 
églises des Hospitaliers a été transformée en synagogue; 
plus loin et en entrant par une maison particulière, nous 
aperçûmes les ruines d'une autre église assez vaste, où les 
murs offrent encore des armoiries peintes à fresques. »0n 
voyait encore sur pied, en 1737, dit le père Sébastian© 
Paoli dans sa chronique, la maison du Grand-Commandeur, 
où les armes de Pierre d'Aubusson étaient bien conservées. 
La Langue d'Angleterre était placée auprès d'une église 
d'architecture gothique. On voyait ensuite celle de Pro- 
vence, avec le blason de France incrusté sur la porte; 
puis celle de France, dont le fronton était semé de fleurs 
de lis. On reconnaissait moins les autres «. Il y a plusieurs 
portes remarquables. L'une est gardée par le bastion de 
Saint-Jean; "une autre, appelée Saint - Michel, répondait 
directement au palais des grands-maîtres; celle de Saint- 
Georges, du côté de la mer, était flanquée d'une tour offrant 
cette inscription: » Révérend. Dominus frater petrus de Aubusson, 
Pihodiensiuin equitum magister, lias turres aedificavit ami. 
MCCCCLXXXriII«. Pierre d'Aubusson ayant, à l'époque 
du siège, fait raser toutes les maisons de plaisance des 
environs de Rhodes, fit porter dans la ville l'image mira- 
culeuse de Notre-Dame, qui avait rendu célèbre l'église de 
Philerme. Cette image fut ensuite transportée à Malte. Le 
fort de Saint- Arcangelo, bourg voisin de Rhodes, fut élevé 
par Jacques de Milli. Orsini fit restaurer les fortifications 
du château de Catavia. SousHeredia. on l'éléguait au château 



350 L'ORDRE DE MALTE. 

de Ferraclo on Fando, les chevaliers privés de l'habit. On 
les transférait aussi à Lango on au château Roux. Le châ- 
teau de Villeneuve fut trouvé si fort, en 1470, lorsque le 
vénérable conseil le fit visiter, qu'il parut n'avoir rien à 
redouter des Turcs. Lango est une île voisine de Rhodes, 
les chevaliers l'acquirent en 1314, et elle fut d'abord admi- 
nistrée par la Langue de Provence. Les habitants se révol- 
tèrent sous Hélion de Villeneuve; on la soumit alors de 
nouveau par les armes et on lui donna le titre de bailHage. 
Elle suivit le sort de Rhodes. Le château de Saint-Pierre 
fut construit en 1399 par Philibert de Naillac. On lisait 
sur une porte: »Nisi Dommus custodierit, frustra vigilat qui 
custodit<s.. Parmi les autres îles dépendant de Rhodes, il 
faut citer Calamo, Castello-Rosso fcédé à la Religion en 
1450), Calchi, Scimmie, Mxaria, Limonia (Talos), etc. 

Ces notes sont antérieures au tremblement de terre du 
12 octobre 1856, qui détruisit bien des monuments respectés 
par les Turcs et par le temps. Alors étaient encore debout 
le château des grands-maîtres, et, en face l'ancienne église 
conventuelle; les anciennes portes de bois avaient résisté 
à la morsure des siècles; la loggia, les auberges étaient 
presque intactes, sous les mutilations des architectes turcs: 
on pouvait suivre encore sur place la ligne des fortifica- 
tions des chevaliers et leur gigantesque lutte. La tour de 
Naillac et les travaux du port restent aujourd'hui les seuls 
témoins du passé; le Castel de Rhodes est écroulé, l'église 
de Saint-Jean est un monceau de décombres. Un vo^^ageur 
de 1852, dont l'oeuvre magnifique n'a été publiée qu'en 
1862, termine le récit de ce tremblement de terre de 1856 
par ces mots: Fuit Fihodus ! Nous voulons parler de Die 
Insel Bhodus, etc.^ von Albert Berg. Recueillons dans son 
livre ce qu'il y a consigné de plus particulier à l'Ordre qui 
nous occupe, pour compléter ce que nous avons déjà dit 
dans le corps des Annales. La chaîne qui servait à fermer 
le grand port a été transportée à Constantinople depuis 
1843, elle avait 750 pieds de longueur, chacun de ses 
anneaux étaient ovales et avaient un pied de long. La 
distance entre la Tour-de-Naillac et le Castel-des-Moulins, 
c'est-à dire l'entrée du port mesure 700 pieds environ. Ce 
nom a été donné au dernier (Château-Saint-Jean) par trois 
moulins à vent qui existent encore sur le môle. Le castel 
a la forme arrondie. Le Môle-de-Saint-Nicolas, posé sur 
des rochers, avance de près de cent pieds dans la mer et 



APPENDICE. 351 

forme à l'est le Port-des-galères. C'est à sa pointe que 
s'élève le Châteaii-du-Salnt (Saiiit-Elme) bâti par Zacosta 
avec l'aide du duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, que 
d'Aubusson défendit si glorieusement, en 1480, Au dessus 
sont des casemates, des magasins, une citerne, une chapelle 
ruinée. On trouve encore sur la plateforme beaucoup de 
canons du temps des chevaliers. Quelques uns portent le 
millésime de 1482; d'autres celui de 1507, avec les armes 
de France et celles d'Angleterre; à côté gisent des boulets 
de métal et de pierre du même temps. Cette partie du 
château est bien conservée (1852). La tour du milieu, sou- 
vent ébranlée par les tremblements de terre, a été réparée 
plusieurs fois par les Turcs. On y voit les armes de l'Ordre, 
de Philippe-le-Bon et de Zacosta. Le Castel-Saint-Nicolas, 
qui commande l'entrée du port des galères a 950 pieds de 
long sur 300 pieds de large. L'entrée du port est au nord 
et avait alors cinquante pieds de largeur, elle n'a pas plus 
de dix pieds de profondeur, elle était formée par deux 
jetées, dont seule celle de l'Ouest subsiste, celle de l'est 
forme des écueils au fond de la mer. L'enceinte est très- 
forte; on y trouve encore beaucoup de ces beaux canons 
de bronze dont se servirent les chevaliers. Ils sont décorés 
d'emblèmes parmi lesquels on remarque surtout les lis de 
France, et en particulier sur le fameux basilic de Fran- 
çois I®^. D'énormes boulets de pierre sont entassés auprès 
de ces pièces; le terre-plain des murs a 40 pieds de large. 
La plus belle des portes est celle de Sainte-Catherine, Deux 
fortes tours avec une couronne de créneaux saillants la 
défendent du côté de la mer; la porte même est surmontée 
d'un bas-relief représentant S*® Catherine, S* Pierre et 
S* Paul, sous un baldaquin, et, au dessous, les armes de 
l'Ordre, d'Aubusson et l'inscription: -^Bev. JDom. F. Petrus 
d' Auhussonius Rhodi magnus magister hanc turrem et portas 
erexit. La Porte-d'Amboise est construite sur le même modèle. 
Au-dessus du ceintre de la porte, il y a un bas-relief: c'est 
un ange tenant l'écU d'Amboise qui l'a achevée, avec l'in- 
scription: yyAmboyse MDXII«. La voûte en est fraîche et 
spacieuse. Les grandes lignes de la Porte-Saint-Jean sont 
les mêmes; on y voit un bas-relief en pierre calcaire de 
très-ancien travail, c'est Jean-Baptiste entre des rameaux, 
et, au-dessus, sur une plaque de marbre bleuâtre, les armes 
de l'Ordre et celles d'Aubusson, sans doute ajoutées ulté- 
rieurement. On voit encore assez près de cet ouvrage, le 
moulin à vent dont les canons firent tant de mal aux Turcs 



352 L'OEDRE DE MALTE. 

lors de l'attaque de la section de la Langue d'Espagne. On 
ne peut plus distinguer la place des brèches, au milieu des 
éboulements. L'enceinte a environ trois quarts de lieue. 

Il y avait deux villes séparées par une muraille, celle 
des chevaliers ou Castel, et celle des sujets. Quand on 
entre par la Porte-Sainte-Catherine, on arrive à une place. 
A gauche était Tliospital des chevaliers, et l'on avait devant 
soi l'Eglise-de-Sainte-Catherine. La façade de l'hôpital est 
très-simple: au centre est un pignon avancé, au-dessous duquel 
se trouve l'entrée: on a, au rez-de-chaussée, trois grandes 
salles à droite et quatre à gauche. La porte en bois de 
cyprès est sculptée et ornée. On voit au frontispice les 
armes de d'Amboise, comme grand-maître et celles de 
Villiers de l'Isle-Adam comme grand-prieur. Une autre 
porte montre celles de d'Aubusson. L'intérieur forme une 
cour carrée, entourée d'un cloître, aux arcades romanes, 
supportées par de lourds piliers. Les poutres des plafonds 
sont en saillie et l'on y trouve une masse d'armoiries. Il y 
avait aussi à côté des salles d'infirmerie, des galeries aérées, 
pour les convalescents. Le bâtiment est assez étendu ; les 
galeries intérieures ont bien une longueur circulaire de 350 
pieds. C'est en 1335, sous Villeneuve, que cet hôpital fut 
construit; il fut achevé avec les deniers de la succession, 
de Fulvian, puis agrandi par d'autres grands-maîtres comme 
les écussons l'indiquent. Il est à l'angle de la Rue-des- 
Chevaliers qui coupe en deux la Cité-des-Chevaliers (Castello 
di Rodi). On trouve dans cette même rue les Auberges de 
chacune des Langues, que l'on reconnaît aux armes qui y 
sont appliquées. L'auberge de France est la plus richement 
ornée à l'extérieur. Elle porte au-dessus de l'entrée les 
armes de l'Ordre et d'Emeri d'Amboise avec cette inscrip- 
tion: y> Ob. France. le' gue.prior.Etnery, de.Amboi)s.l492«. Il 
y a d'autres armoiries au-dessus et à côté de l'entrée: 
celles de Villiers de l'Isle-Adam, comme gTand - prieur 
(pillier) avec ces mots: y>Pour Philerme, t511«^ la même sans 
la croix priem-ale, avec ces mots: »Pour la Mason, 1511«^ 
une tablette avec ces mots: » Four l'Oratoire, 1511«j les écus- 
sons du même avec le chapeau de cardinal et de la France 
sur une plaque de marbre, dans un encadrement gothique 
de feuillage; on lit au-dessus des armes de France: y>Mont- 
joie, Saint-Denys, 1495, Voluntas Dei est«, au-dessus d'une 
entrée latérale, les écussons de l'Ordre, d'Emeri d'Amboise 
et de Villiers de l'Isle-Adam entre des oriflammes. La façade 
est couronnée de bastions et de crênaux. A côté est l'auberge 



APPENDICE. 353 

de la Langue d'Italie: son portail gothique montre les armes 
de Carretto avec le millésime 1519 et les initiales F. F. 
(Frater Fabricius). Plus loin est l'auberge de la Langue 
d'Angleterre. On y voit les armoiries de cette nation. 
L'ornementation architecturale est, en général, simple et 
élégante, les portails sont en ogive, les fenêtres carrées, les 
colonnes bien dessinées et bien proportionnées. Les armoi- 
ries sont appuyées sur deux bâtons croisés ou sur des 
feuillages gothiques; au dessus des reliefs la plupart des 
ceintres sont romans. On sent partout le cachet de la 
chevalerie, bien plus que l'empreinte monacale. Il est difficile 
de reconnaître l'usage ancien de beaucoup de bâtiments 
et du reste l'explosion de x^oi-i-dre de la tour de l'Eglise- 
Saint-Jean a détruit en grande partie ces édifices. Voici 
entre bien d'autres armoiries, un écusson curieux d'argent 
au croissant d'or surmonté d'un soleil, avec cette inscrip- 
tion: »V.D.F. JOANES OHERINOPVS EREXIT ATQVE COMPLEVIT 1519«. 

La E,ue-des-chevaliers aboutit, à son extrémité supérieure, 
par une haute et large arcade, à une place nue où s'élevait 
une belle Loge; là se réunissaient les chevaliers pour aller 
à l'église ou à des cérémonies solennelles. Il Yij a plus 
que les socles des piliers. Au delà est le grand-portail 
d'entrée du Château-des-grands-maîtres. A gauche était 
l'église conventuelle bâtie par Foulques de Villaret, aussitôt 
après la conquête de Rhodes, restaurée et agrandie par 
ses successeurs. C'est ainsi qu'on voit au pied du campanile 
le millésime de 1509, avec les armes de d'Amboise et de 
Villiers. Ce clocher dominait la ville et les environs, il fut bom- 
bardé en 1522. La partie qui subsiste servait de poudrière aux 
Turcs; la foudre et les tremblements de terre l'avaient déjà 
ruiné, et, le 6 novembre 1 856, la foudre y mit le feu aux 1500 K. 
de poudre qui y étaient renfermés: l'église et le clocher 
s'écroulèrent. L'intérieur de l'église avait la forme des basi- 
liques, sans abside; il y avait trois vaisseaux de 150 pieds 
de long sur 52 de large. Quatre colonnes séparaient de 
chaque côté le vaisseau principal des latéraux; ces pilastres 
et leurs chapiteaux étaient tous d'un style différent, doriques, 
corinthiens ou décorés d'écussons. Les poutres des voûtes 
étaient saillantes; le tout peint en bleu avec des étoiles 
d'or. Au milieu du parvis principal se trouvait la pierre 
tumulaire de F. del Caretto, et, au dessus, sa figure en 
bas-relief, les mains jointes sur la poitrine, ses armes et 
l'inscription que nous avons consignée aux Annales. Le 
parvis est couvert de pierres tumulaires dont les iuscriptions 

SALLKS : L'OKl>l£K 1>E MAI>TF.. oq 



354 L'OEDEE DE MALTE. 

sont maintenant indécliiiïrables. Il y avait des vitraux peints 
avec personnages et armoiries. Le choeur même était flanqué 
de trois cliapelles voûtées et était partagé aussi en trois par- 
ties. Les chapelles étaient d'un style différent du reste de l'édi- 
fice. L'extérieur était sans ornements, les tours finissaient en 
clochers, les fenêtres latérales étaient petites et sans sculptures. 
Le choeur recevait la lumière d'une grande fenêtre gothique. 

On entrait au Château- des-grands-maitres par la cour 
d'honneur où se trouvent des citernes; à gauche, la porte 
était flanquée de deux tourelles rondes. A gauche, il y 
avait d'énormes tours carrées, défendant le château vers 
l'ouest. En face de l'entrée s'élevait un ensemble de voûtes 
irrégulières. Sur une colonne, on lit les armes d'Aubusson. 
A droite, on monte par un escalier à ciel ouvert à une 
galerie de même, sur laquelle aboutissaient les appartements. 
Puis, au nord, se dressait une tour, dominant une large 
terrasse, dont les murs extérieurs descendent jusqu'au fond 
des fossés. Ici se voient encore les canons qui, en 1480, 
écrasèrent les Turcs à l'attaque du Fort-Saint-Nicolas et 
coulèrent leur pont de bateaux. En descendant l'escalier à 
demi ruiné de la tour, on arrive à des salles voûtées: c'est 
là, selon Caoursin, qu'on abrita les femmes et les enfants. 
Sur le front nord les bâtiments sont en partie détruits; 
on a du mur d'enceinte une vue admirable. Il va de soi 
qu'on retrouve au château le même luxe d'armoiries qu'ailleurs. 

La partie sud de la ville forme un labyrinthe inextri- 
cable de rues étroites et fétides: les maisons datent presque 
toutes de temps des chevaliers. C'est là que se trouve la 
Châtellenie (palais de justice); les fenêtres en sont bien 
dessinées et ornées. On y voit partout les lis; le plus bel 
ornement est un écusson en relief d'Aubusson, de la seconde 
période de l'Art gothique. Les deux soutiens mutilés devaient 
être des anges; un oiseau qui somme l'écu entre des feuil- 
lages représentait le Saint-Esprit. Ce bâtiment est appuyé 
au mur d'enceinte du port. Tout près se trouve l'Amirauté, 
dant le portail est en ogive. On y voit un boucher en 
forme de galère avec trois pavillons, 2 et 1, et audessus 
la colombe de l'Arche, les ailes éployés, puis les armes de 
Pierre de Cardillan. Plus à l'est, on distingue encore quelques 
arceaux de Notre-Dame-de-la- Victoire, c'est là qu'a du être 
la grande brèche du Mur-des-Juifs, où d'Aubusson com- 
battit avec tant d'héroïsme. L'Eglise-des-Apôtres, au sud 
de la ville, est devenue la mosquée de Soliman: on y 
remarque le portique supporté par huit colonnes de marbre. 



APPENDICE. 355 

puis, cle chaque côté de l'entrée, deux petites colonnes très- 
omées de trophées composés de casques, de cuirasses, de 
têtes d'anges entre des feuillages. Un puits à proximité de 
la mosquée est de même entouré de colonnes du XV® siècle, 
La mosquée Moustapha fut aussi une église, c'est près de 
là qu'est le sarcophage de Robert de Julliac servant de 
réservoir à une fontaine. Les boulets de marbre et de pierre 
que l'on trouve encore aujourd'hui dans toutes les rues sont 
les témoins irrécusables de la véracité des anciennes chroniques. 
Dans l'île, on remarque encore, près de Demilia, un 
château-fort de chevalier; à la tour carrée qui subsiste, 
sont les armes de d'Amboise en relief. Trois autres tours 
dont on reconnaît l'emplacement sont démolies. Il existe 
une localité nommée Villanova, avec château-fort sur un 
plateau, où l'on voit des restes de salles voûtées et d'une chapelle 
gothique; puis à Kremastô, au bord d'un rocher, une petite 
chapelle de l'époque des chevaliers. On rencontre enfin Philer- 
mos (Philerme), dont beaucoup de maisons datent encore de ce 
temps-là. Elles sont à terrasses et à pignons. Près du cap de 
Miliano est Lindos, il s'y voit encore un sémaphore de l'Ordre; 
s'est à Lindos que Villaret brava ses frères révoltés : on y monte 
au château- fort bien conservé,bâti sur leplateau,par un escalier 
qui mène à une poterne, puis 50 pas plus loin, à une seconde ou- 
vrant sur une plate-forme de 120 pas de long sur 30 de large, 
avec 2 citernes voûtées, creusées dans le roc, et enfin l'on 
arrive par un circuit de l'escalier à la porte même du manoir, 
où on lit les armes d'Aubusson. La cheminée de la salle au 
dessus de la grand'porte est intacte: on y voit les lis de 
France. Les appartements sont voûtés, mais délabrés et 
encombrés de débris. Près de Mallona était le château de 
Ferracla dont parle Bosio: c'était la plus importante forte- 
resse détachée de l'île, destinée à la surveillance des cor- 
saires : on reconnaît encore la ligne d'enceinte, et les traces 
d'une chapelle et d'un grand bâtiment. Koskino garde les 
débris d'un couvent de l'Ordre, au centre d'un système de 
remparts et de tours ruinés. Là était la chapelle de Notre- 
Dame-de-Philerme, dont la statue miraculeuse suivit les 
chevaliers à Malte. On y voyait peints à fresque le Combat 
contre le dragon^ et d'autres sujets pieux, tels que la Passion 
de Notre-Sauveur en sept tableaux, puis les armes d'Aubusson, 
de Villeneuve, de Cornillon, de du Pin, de Lastic, et celles 
de l'Ordre. Voilà en quelques lignes ce que nous avons trouvé 
dans les ouvrages cités sur la Rhodes des chevaliers. 



23* 



356 L'ORDKE DE MALTE. 

XIII. 

SYSTÈME MONÉTAIRE À RHODES 

sous LA DOMINATION DE l'oEDRE. 

Le Ducat ou seqiiin frappé pour la première fois en 
1284 et ayant en pendant longtemps une très-grande circu- 
lation en Orient. Poids légal 3 gr. 557 m. g. 

Le Gigliatj monnaie courante d'argent depuis Hélion 
de Villeneuve. Poids légal, 3 gr, 9 decig. 

UAspre (ou demi-gigliat) depuis Hélion de Villeneuve. 
Poids légal, 1 gr. 961 m. g. 

Le Denier^ monnaie de billon (32 au gigliat). Quelques 
uns sont de cuivre pur. 

Le Tiers de gigliat, d'argent, sous Heredia et Naillac. 

De Pierre d'Aubusson à la prise de Rhodes, système 
tout différent de monnaies d'argent. Belles et grandes pièces, 
ressemblant à des écus. 



SYSTÈME MONETAIRE A MALTE 

sous LA DOMINATION DE l'oRDRE. 

Monnaie d'or 1 sequin, valant 4 écus et 3 taris d'argent 
5 écus = 60 taris 
10 » =120 » 
20 » = 240 » 
Monnaie d'argent. Cinquin d'argent. 
2 cinquins = 1 carlin 
2 carlins = 1 tari 
12 taris = 1 écu 

15 » = y 2 pièce 

24 » =2 écus 

30 » =1 pièce. 

Monnaie de cuivre. 1 petit cuivre ou piccioïo 
G piccioli = 1 grain (fr. 0.083 m) 
5 grains = 1 cinquin 
2 cinquins = 1 carlin 
2 carlins = 1 tari (fr. O.I6V2) 
Ces mêmes données peuvent servir à l'appréciation 
des monnaies nouvelles, après la réforme de Manoël de 
Villiena. 



APPENDICE. 357 

XIV. 

MÉDAILLES 

EN RAPPORT AVEC l'oRDEE DE SAINT- JEAN-DE- JÉRUSALEM. 

1° Médaille de métal blanc, 38 m. m. 
Avers: eo aloisivs de fontis dei gr 

Ecusson mi-parti, pour l'Ordre à droite, la Croix, 
et à gauclie Fontis, fontaine surmontée de trois 
étoiles, le tout sommé d'une couronne. 
Revers: )^ castellar.s.r.hierosol.rodi.iiio. 

2° Médaille de bronze, 56 m. m. 
Avers : 10. kendal o rhodi o tvrcvpellerivs . 

Buste de Jean Kendal, à gauche, portant la croix 
de l'Ordre. 
Revers : ^ tempore o obsidionis o tvrohorvm o mccoolxxx. 

Armoiries de Kendal, à savoir trois coquillages 
de sable sur champ d'argent au premier, et, au des- 
sous, de gueules à trois barres d'or se croisant en 
losanges, et le chef de l'écu formé par la croix de 
l'Ordre allongée sur champ de gueules. 
3° Médaille de bronze, 38 m. m. 
Avers : garriel . taddin . berg . eq . hier.o^s.tormen.pr^p.gen. 

Buste à droite. 
Revers: vbi ratio . ibi . eortvna . pfvga. 

Quatre canons sur affûts; en exergue : m.c.c.cc.c.xxxviii. 
4° Médaille d'argent, 39 m. m. 
Avers: candore et amore. 

Buste du grand-prieur, à gauche et au dessous: 

NAT.1701 IN die DECOL . S . 10 . BAPT. 

Revers : ioan : bapt . d . g : ord : s : io . hier : svp . mag : per : allem. 

S.R.I.PRI.1755 H.L. 

Ecusson écartelé avec pavillon d'hermine, cou- 
ronne fermée, faisceaux de drapeaux et d'armes, et 
grand' croix de l'Ordre. 

5° Médaille ou jeton du Trésorier d' Outre-Mer. 
Avers : )J( getovers -^ dv . treser. 

Le trésorier, un bourdon à la main, est à genoux 
devant la croix. 
Revers: )^ dov ltr eme ir. 

Croix ornée avec fleurs de lys aux extrémités, 
et quatre entre les branches. 



358 L'ORDEE DE MALTE. 

6° Pièce de bronze, 28 m. m. 
Avers : tveca . fvg-atoe. 

Un chevalier sur son clieval bardé de fer, armé 
et levant le glaive. An dessous, à l'exergue 1565. 
Revers: melita libeeata. 

Galère avec une Victoire en poupe. 



XV. 

PIERRE D'AUBUSSON 

a l'empeeeur, poue lui fatre connaîtee les détails du 
siège et de la dépense de eh0des ^). 

An 1480. 
Grand et séeénissime peince, 

Aujourd'hui que le nom chrétien est sorti victorieux 
de la lutte qu'il a eu à soutenir contre les Infidèles, Votre 
Majesté lira, sans doute, avec intérêt les détails de tout 
ce que les Turcs ont entrepris durant le siège de la ville 
de Rhodes, et de ce que nous avons fait nous-mêmes pour 
la défendre. Ainsi je m'empresse de vous informer des 
différentes victoires que nous avons remportées, convaincu 
que Votre Majesté en éprouvera une grande et véritable joie. 

A peine arrivé sous les murs de notre antique cité, 
les Turcs en examinent avec soin les divers côtés, et bien= 
tôt ils se proposent de la détruire par un bombardement 
général. Déjà la ville est entourée de boulets et de mortiers; 
déjà l'airain a frappé de toutes parts; neuf tours ou bastions 
sont détruits, le palais des Grand-Maîtres est ébranlé et 
s'écroule avec fracas. Cependant l'ennemi a cru s'aperce- 
voir que la forteresse offre quelques parties faibles, et 
aussitôt il décide d'assiéger la tour du môle Saint-Mcolas, 
d'oîi il pense se rendre facilement maître de tout le reste. 

En effet, cette tour, située à l'extrémité septentrionale 
du môle, domine le port dont il garde l'entrée; à l'ouest 



1) Cette lettre a été francisée dans le Recneil auquel nous rem- 
pruntons, cela ne lui ôte rien de sa valeur- intrinsèque. Malgré quelques 
expressions différentes des nôtres, relativement aux ouvrages de 
Rhodes, il sera facile de reconnaître les points cités dans notre récit. 



APPENDICE. 359 

se trouve l'oratoire Saint- Antoine qui en est séparé par un 
détroit d'environ deux cents pas de largueur. Connaissant 
toute l'importance de ce poste, les Infidèles n'oublient rien 
pour s'en emparer. D'abord ils établissent sur la chapelle 
Saint-Antoine trois bombardes d'airain d'une grandeur et 
d'une force extraordinaires, et de là lancent contre la tour 
Saint-Nicolas des masses de pierre de neuf palmes de cir- 
conférence. Hélas! cet ouvrage admirable qui paraissait 
devoir résister à mille attaques, commence à chanceler; 
des pans de murs se détachent successivement, et, après 
quelques jours d'efforts continuels, la majeure partie tombe 
sous trois cent coups de balistes. A la vue de ces ruines, 
l'ennemi, transporté d'une joie féroce, pousse des cris 
d'allégresse; mais ces démonstrations sont pour lui un pré- 
lude de deuil. 

Quant à nous, occupés de la défense de ce poste, nous 
cherchons à réparer autant que possible le dommage qu'il 
a éprouvé. Bientôt, consternés de son état déplorable, nous 
l'abandonnons pour soutenir le môle Saint-Nicolas. Mille 
ouvriers sont employés nuit et jour avec un zèle et une 
ardeur incroyables à tailler des fossés dans le roc, à élever 
des parapets aux deux extrémités, au milieu, autour des 
ruines mêmes, et, par ce moyen, nous parvenons à renfermer, 
à très-grands frais, le môle et la tour dans une ligne in- 
expugnable. Une garde, composée de nos plus braves 
guerriers, est placée par mes ordres au centre, ainsi qu'aux 
deux pointes de l'orient et de l'occident, qui n'étant fermées 
que par de simples murailles, dans un endroit où la mer 
étant guéable, pouvaient permettre aux Turcs de passer, et 
de nous surprendre par derrière. En même temps, je fis 
disposer sur les remparts de la ville des bombardes qui 
devaient agir pendant le combat, ainsi que de légers esquifs 
destinés à lancer du feu sur la flotte ennemie. Cependant 
les Turcs enhardis par un premier succès, recommencent 
leur attaque contre la tour en ruines; toutefois, s'imaginant 
pouvoir l'occuper sans difficulté, ils n'y envoient d'abord 
que peu de monde. Les vaisseaux qu'ils avaient détachés 
à cet effet arrivent avant l'aurore et engagent le combat. 
Les nôtres soutiennent le choc avec valeur, et forcent 
l'ennemi vaincu à se retirer. Au rapport des transfuges, 
sept cents Infidèles périrent dans cette affaire. Quelques 
jours après, ils reparaissent en plus grand nombre, et cette 
fois, ils emploient tout ce que l'art ou le génie leur inspi- 
rent pour parvenir à leur fin. Les bombes qu'ils lancent 



360 L'ORDRE DE MALTE. 

contre nos ouvrages en ébranlent plusieurs, et en renversent 
quelques autres; mais nous réparons avec une extrême 
célérité le mal qu'ils causent. 

Pour mieux réussir, ils font avancer des trirèmes très- 
bien équipées, ainsi que différents bateaux de transport, 
dont une partie était chargée de bombardes et de pierres 
destinées à armer la tour et le môle qu'ils regardaient 
comme étant déjà en leur pouvoir et de là battre la ville 
et la détruire. 

Dans le même temps, les plus courageux d'entre eux, 
montés sur des barques, reçoivent l'ordre d'opérer une 
descente, tandis que d'autres construisent avec un art ad- 
mirable, un pont qui offre un passage du haut de l'église 
Saint-Antoine sur le môle. Pour nous, plus convaincus que 
jamais de l'importance de ce poste, d'où dépend le salut 
de la cité, nous n'avions cessé, nuit et jour, depuis la pre- 
mière tentative, de travailler à en augmenter la force, soit 
en faisant de nouveaux retranchements, soit en y envoyant 
de nouveaux défenseurs; enfin, nous n'avions épargné ni 
soins, ni dépenses pour en assurer la conservation. 

Cependant le 13 des calendes de juillet, les Turcs, 
enflammés d'une ardeur toujours croissante, s'avancent au 
milieu de la nuit dans le plus profond silence, s'approchent 
de la citadelle, et l'attaquent vigoureusement de tous les 
côtés à la fois. Nous étions sur le qui-vive et personne ne 
s'était livré au sommeil. A peine l'ennemi s'est-il présenté, 
que nos machines lancent sur eux une grêle de pierres; 
nos balistes et nos frondes les balayent, et nos guerriers, 
l'épée nue à la main, les repoussent victorieusement. Le 
combat dure avec un acharnement incroyable jusqu'à dix 
heures du matin; la plupart des barbares, descendus des 
trirèmes et des bateaux sur le môle, y sont massacrés; le 
pont-volant, chargé de Turcs, est abattu, et ceux que le 
fer a épargnés sont engloutis dans les ondes. Quatre tri- 
rèmes et les bâtiments qui portaient les projectiles sont 
également coulés à fond. Enfin le feu est mis à la flotte 
ottomane qui se voit forcée de s'éloigner. Ainsi les Infidèles, 
vaincus de toutes parts, commencent la retraite, regrettant 
la perte de leurs meilleurs officiers, perte qui fut vivement 
sentie dans leur armée. Des transfuges, amenés après l'affaire, 
assurèrent que le carnage avait été si terrible parmi les Turcs 
qu'ils avaient perdu plus de deux mille cinq cents honnnes. 

L'ennemi n'espérant plus se rendre maître de la tour 
Saint-Nicolas, tourne tout son génie et ses forces contre la 



APPEA'JJICE 361 

ville, dont les remparts, ayant beaucoup souffert des différents 
assauts, se trouvaient dans un état méconnaissable. Cepen- 
dant, il choisit pour point d'attaque la partie appelée le 
quartier des Juifs vers l'orient, et celle qui conduit à la 
tour d'Italie. Les huit énormes machines sont disposées, et 
nuit et jour vomissent contre les murs une nuée de masses 
destructives. Dans le même temps, une foule de bombardes 
et de mortiers, placés tout autour de la cité, ne cessent 
d'y répandre la terreur et la mort. Pour diminuer le nombre 
des victimes de ce désastre, je fais renfermer les enfants, 
les vieillards et les femmes dans des lieux souterrains et 
autres endroits à l'abri des machines. Mais les Turcs ont 
inventé un autre genre de destruction. Des torches enflam- 
mées et des flèches de feu, lancées par leurs canons et 
leurs balistes, portent l'incendie dans nos édifices. De notre 
côté, des hommes aussi braves qu'habiles se chargent 
d'éteindre ces projectiles au moment même de leur chute 
et par ce moyen nous épargnons à Rhodes un dommage 
considérable. Bientôt les barbares tentent de s'en approcher 
par des chemins cachés et creusent à cet effet des fossés 
tortueux qu'ils recouvrent en partie de bois et de terre, 
d'où ils peuvent parvenir secrètement aux pieds de nos 
murailles. Ils élèvent aussi un grand nombre de redoutes, 
d'oii leurs flèches, leurs couleuvrines et leurs serpentins 
portent la mort dans nos rangs. Enfin, imaginant qu'il leur 
serait avantageux de combler une partie de nos fossés et 
par là s'introduire dans la ville, ils réunissent quantité de 
pierres qu'ils entassent sous nos remparts. Déjà ils pensent 
atteindre la hauteur; déjà ils croient pouvoir entrer sans 
obstacle et achever notre ruine. Témoins de leurs efforts, 
nous redoublons de vigilance, et, après avoir tout disposé 
autour de la cité et dans le château, nous volons au secours 
du quartier menacé. L'ennemi, nous voyant, feint de se 
retirer, et aussitôt nous travaillons à réparer le mal qui a 
été fait. Des pieux solides, entrelacés de fascines et soutenus 
de terre sont enfoncés pour empêcher l'effet des machines 
et prévenir notre perte, si le mur venait à s'écrouler; nous 
suppléons aux parapets en construisant des terrasses qui 
puissent à la fois protéger nos combattants et arrêter les 
Turcs dans leurs assauts. Enfin, nous préparons des torches 
artificielles et d'autres moyens que nous croyons propres 
à repousser les tentatives de l'ennemi. Il restait à enlever 
les pierres entassées dans les fossés ; mais, comme nous ne 
pouvions le faire sans être remarqués et harcelés, la mine 



362 L'ORDKE DE MALTE. 

nous ouvre un passage sous les remparts, et nous permet 
de rentrer les pierres dans la ville sans être inquiétés. Ce- 
pendant les Turcs préposés à la garde de leurs ouvrages 
ne tardent pas à s'apercevoir que le tas diminue, et qu'ils 
sont sur le point de perdre toute possibilité d'exécuter un 
assaut de ce côté, s'ils ne le tentent promptement. 

Nous avions employé trente-trois jours aux divers pré- 
paratifs dont je viens de parler, et durant ce temps, envi- 
ron trois mille cinq cents masses de pierres avaient été 
lancées contre la ville. Déjà les Infidèles se préparent à 
une nouvelle attaque qu'ils ne peuvent plus différer, et 
pendant deux jours, liuit bombardes ne cessent de battre 
en brêclie cette partie de nos remparts. Bientôt terrasses 
et retrancliements sont renversés ; nos sentinelles et la 
plupart de nos guerriers tombent morts ; et il ne reste sur 
les murs que ceux qui, se cacliant avec précaution, mon- 
tent ou descendent les échelles au signal que leur donne 
une clocbe. Ce fut en vain que nous essayâmes d'élever 
de nouvelles redoutes: les bombardes de l'ennemi ne dis- 
continuèrent pas un instant de jouer, et elles vomirent plus 
de trois cents pierres durant ce court intervalle. Les cru- 
elles machines s'arrêtent enfin, et les Turcs se précipitent 
à l'assaut le 7 des calendes d'août. L'étendard de Mahomet 
flotte sur le haut de nos murailles, avant que nos guerriers 
aient pu monter les échelles. Les Lifidèles occupent égale- 
ment la tour d'Italie, dont ils poursuivent les défenseurs. 
Des cris nombreux s'élèvent alors, on se confond, on se 
bat avec un courage mêlé de désespoir. Tout à coup, nous 
précipitant à droite et à gauche sur les Ottomans, nous 
les repoussons valeureusement, et les empêchons de 
s'étendre davantage. Par mes ordres, les quatre échelles 
qui offraient une issue dans le quartier des Juifs sont 
retirées, et tous, nous n'avons plus d'autre désir que de 
vaincre ou de mourir glorieusement. 

Le nombre des Turcs qui occupaient nos remparts 
était d'abord d'environ deux mille, tous très-bien armés et 
montrant un courage digne d'un meilleur sort. Bientôt une 
foule d'antres Infidèles qui couvraient tout le camp, les 
ruines et les fossés voisins, se joignent aux premiers, et 
leur nombre, au rapport des transfuges, s'élève à quatre 
mille. Nos guerriers n'en sont point effrayés ; leur bravoure 
s'accroît encore, et déjà ils ont précipité dans le quartier 
des Juifs plus de trois mille barbares, qui sont massacrés 
à l'instant même. Au même moment, nous plantons devant 



APPENDICE. 363 

l'ennemi l'étendard de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de 
notre sainte Religion, et c'est autonr de ce signe sacré 
que nous combattons pendant deux heures. Enfin les Turcs, 
vivement pressés, et abattus autant par de nombreuses 
blessures que par la fatigue et la frayeur, cherchent à se 
sauver; leur fuite est si précipitée, qu'ils augmentent eux- 
mêmes leur confusion et leurs pertes. Les nôtres les pour- 
suivent jusque dans leur camp, et reviennent ensuite sains 
et saufs. Il périt dans cette attaque environ trois mille cinq 
cents Iniidèles, dont les cadavres furent trouvés soit dans 
l'intérieur de la cité, soit sur les remparts ou au bord de 
la mer. Tous furent brûlés, crainte de la peste, et les dé- 
pouilles partagées entre nos soldats. 

De notre côté, nous perdîmes plusieurs guerriers et 
baillis que leur ardeur avait poussés plus avant dans la 
mêlée. Quant à moi, après avoir placé une forte garde sur 
les murs, je retourne au palais avec mes frères d'armes 
dont la plupart étaient blessés, et tous, nous nous empres- 
sons de rendre grâces à Dieu qui, par son puissant secours, 
avait seul pu nous préserver d'une perte certaine, en ne 
permettant pas qu'un peuple chrétien tombât sous la domi- 
nation des sectaires de Mahomet. 

Nous avons appris depuis, que les Turcs, persuadés 
que bientôt la ville serait en leur pouvoir, avaient déjà 
préparé des cordes pour lier les captifs, et un grand nom- 
bre de poteaux pour les y attacher vifs. En effet, ils 
avaient décidé de faire périr par ce genre de supplice 
tous les habitants, hommes et femmes, de l'âge au-dessus 
de dix ans, de conduire les enfants en esclavage et de les 
forcer à renoncer à la foi ; enfin, de ne plus laisser aucune 
trace de notre sainte religion dans une ville qui désormais 
devait leur appartenu-. Mais, trompés dans leur horrible 
calcul, eux-mêmes ont été égorgés comme de vils trou- 
peaux. On porte à neuf mille le nombre de ceux qui péri- 
rent, soit par l'effet de nos machines, soit dans les diffé- 
rents combats qui furent livrés, ainsi que dans les sorties 
que nous fîmes, tant j^our les empêcher d'approcher, que 
pour les forcer à évacuer les fossés, on à nous procurer 
les choses qui étaient nécessaires à la cité. Il 3^ eut aussi 
une foule considérable de blessés, parmi lesquels on cite 
plusieurs capitaines : l'Allemand Balfe et un gendre du 
Sultan sont morts depuis. 

Après ce combat meurtrier, les Turcs, ayant détruit 
leurs retranchements , allèrent camper au delà de la 



364 L'ORDEE DE MALTE. 

première pierre, et là ils employèrent quelques jours à 
embarquer leurs équipements, leurs machines et leurs muni- 
tions; enfin, après qu'une partie d'entre eux eut mis à la 
voile pour la Lycie, le reste quitta le rivage de Rhodes 
pour cingler vers leur capitale antique. C'est ainsi qu'ils 
se retirèrent, chargés de honte et d'ignominie. 

Que le Dieu tout-puissant ait Votre Majesté Impériale 
dans sa sainte et digne garde. 

Donné à Ehodes. le 13^ jour de septembre, l'an de 
Notre Seigneur 1480. 

De Votre Majesté les humbles serviteurs, 

PrEEEE d'Aubussox 

Maître des Hospitaliers, et son Conseil. 



XVI. 

PHILIPPE DE VILLIERS DE LISLE-ADAM 

AU EOI EEAXÇOIS l" . 

»Sire, despuys la partence du navire qu'a pourté voz 
saireSj le Turcq a mandé ici ung sien poste avec ses lectres 
escriptes à Belgrade le X® du passé, par lesquelles soubz 
coulleur d'amj'tié nous advise qu'il a prins par force le dit 
Belgrade, Lambas et Xemini, et tous ceulx qui se sont 
trouvez dedans faict passer par l'espée. Dit aussi qu aultres 
cinq places se sont rendues à luy, le peuple desquelles a 
envoyé esclave à Constantinoble, et ic elles places bruslées 
et ruynées. Encores dit qu'il a esté trois mois en Ongrie, 
en une province nommée Servein, en laquelle n'a trouvé 
aucune résistance, pour combattre contre le roy d'Ongrie, 
comme estoit son désir, et pour ce que l'yver s'aprouchoit, 
dit retoumoit à son siège. 

»Sire, despuys qu'il est Grand Turcq, ceste-cy est la 
première lectre, qu'il a envoyé à Rhodes, laquelle n'accep- 
tons pour signiffiance d'amytié, mais plustôt pour une 
menasse couverte; et nous donne pensement qu'aj^ons à 
demeurer tousjours mieulx pourveuz, ce que ferons tant 
que nous sera possible, aifiu que s'il a malvaise volunté 



APPENDICE. 365 

contre nous, nous treuve en ordre pour nous bien deffendre, 
moyennent, Sire, vostre bonne aide. De ce que surviendra 
tousjours vous en advertira}'' comme cellu^^ en qui est toute 
nostre espérance. 

»Sire, je prie le Créateur vous donner très-bonne vie 
longue et le comble de vos aulz et excellens désirs. De 
nostre ville de Ehodes, le XXVIIP jour d'octobre (MDXXIi. 
Vostre très-humble et obéissant subject et serviteur, le 
maistre de Rhodes. 

Philipp de Villiees de l'Yle-Adam«. 



XVII. 

PHILIPPE DE VILLIEES DE L'ISLE-ADAM 

A SON NEVEU ANNE DE MONTMORENCY ^). 

»Mon nepveu ^j, par deux brigantins nostres et gens 
exprez ay donné notice an roy de l'armée du l'urcq, qui 
dès le XXVI® de juing dernier nous tient assiégez, en- 
semble de la manière dont il nous a tractez et de la dis- 
posicion en quoy nous trouvions fins alors, et à vous par- 
ticuUierement, vous priant eussiez cette religion pour bien 
recommandée envers ledit seigneur, son plaisir fust nous 
aider et secourir. Despuys fins à présent avons soultenu 
neuf assaultz et tousjours avec l'ayde N. S. repoulsé noz 
ennemiz avec grosse perte de leurs gens. Les plus gros 
efforts qu'ils aient faicts contre nous, outre les grosses 
batteries d'artillerie et mortiers, ont esté mynes ; en façon 
que fins à présent en ont faict jusques au pied de noz 
murailhes plus de cinquante desquelles en y a eu dix à 
qui ilz ont donné feu, non obstant noz contremines, qui 
grâces à Dieu, n'ont pab faict grande ruyne de noz mu- 
railhes. Les aultres ont es  descouvertes, rompues et brus- 
lées avec beaucoup de leurs gens, desquelz la fleure est 



') Anne de Montmorency ('1492—1567), maréchal de France (1522), 
connétable (1538), duc (1551). 

2) Nous avons reproduit le style, en conservant la vieille ortho- 
graphe. 



366 L'ORDRE DE MALTE. 

icy demeurée, tant aux assaultz que tuez de nostre artil- 
herie et mortz de malladies qui ont régné en leur camp, 
et sommes advertiz par genz fouiz de l'armée qu'ils ont 
perdu icy plus de cinquante mille hommes des meilleurs 
qu'ils eussent. A présent n'y vo^^'ons pas grans gens de 
sorte, et, peu de secours qui vint nous donner sur eulx, 
seroient tantost tous desconfiz, car leur camp et armée 
sont desbarates et mal conditionez. Ils continuent tousjours 
leur entreprinse, et comme ils monstrent, ont délibéré de- 
meurer icy cest yver. Et à ceste cause, nous trouvant à 
présent en grosse destresse, privez d'une partie de nos 
deffences, ne voyant aulcune apparence de nostre secours, 
sommes contraintz envoyer derechef devers le roy principal 
protecteur de la foy et nostre fundateur et bienfacteur, luy 
suppliant très humblement, si jusques ici ne nous a mandé 
secourir, son plaisir soit le vouloir ; car s'il n'y mect la 
main, je ne voy moyen pouvoir résister à si grande puis- 
sance. Toute nostre espérance est audit Seigneur et sans 
son ayde sommes en évident péril. 

»Mon nepveu, ces jours passez par vie de Candie, ay 
receu une vostre lectre escripte à Venise le XXYP de 
juing passé, et par icelle veu le bon vouloir pourtez à ceste 
nostre religion et le désir avez nous secourir. Je vous prie 
mon nepveu veulhez persévérer et avoir tousjours ceste 
religion pour recommandée envers le roy, speciallement 
en ceste affaire tant important, ainsi qu'en vous ai ferme 
confiance. An demourant mon nepveu je vous advise que 
je n'ay pas eu la guerre seullemeut avec les Turcqs, mais 
avec l'ung des plus grants de nostre conseil, lequel par 
envie et ambicion de dominer, dès longtemps avait conspire 
faire venir le Turcq et promis lui rendre cette cité. Le 
cas a esté divinement manifesté et avéré, et il a esté exe- 
quté comme plus à plain serez informé par nostre chevalier 
frère Méry de Ruyaulx, porteur de la présente, à qui vous 
plaira donner créance, qui sera fin de lettre, après m'estre 
recommandé à vostre bonne grâce. Priant le créateur vous 
donner entièrement ce que desirez. 

De Ehodes, le XIIP novembre MDXXII. Vostre bon 
oncle et amy, le maistre de Rhodes. 
* 

Philipp Villiers de l'Yle-Adam«. 



APPENDICE. 367 

xvin. 
SOLIMAN AU SÉNAT DE VENISE. 

»Sultaii Soliman Sacli per la Iddio gratia imperatore 
grandissimo di Coustautinopoli et imperatore délie due 
Asia et Europa, e di Persia, e d'Arabia, e di Soria, e délia 
Mecha, e di Gierusalem, e di tutta la terra di Egitto. e di 

tutta la terra maritima signore e imperatore, etc Allô 

illnsf^^ e honor^'' doge délia ill^^ signoria di Veiietia, a 
M. Antonio Grimani, con la degna e conveniente saluta- 
tione e col conveniente amore, mandiamo alla V. illustra. 

»Sappiate corne alli gioni passati é mosso il mio im- 
perio in viaggio, civé contra Eodi, per dominarla, e la 
causa è per li malfattori e corsari e tristi liuomini clie 
liaveva e salvava e habitava proprio là; e ogni giorno 
operavano molti latrocinii e tristitiè aile navilii e musulmani. 
E per questo il nostro imperio and 6 et assediô quelloi, e le 
bavenna date battaglie terribilissime, e voltassimo li suoi 
fundamenti solto sopra ; e havemo ruinati e amazzati molti 
di essi; e vedendo clie gli tottevano per forza di sjjada, 
ne banno fato deditione essi, e ne banno consegnato la 
terra con tutto la isola, e similmente tutte le isole clie 
havevano, con conditione cbe 1 gran maestro e tutti li 
suoi frieri possino andar dove lor place con la lor familia 
e facultà. 

»Per tanto per baver buona amicitia con la V. illustrità, 
mandiamo il présente nostro scbiavo Cbassembei credenzier, 
per notificarvi délia salute mia e del nostro valere. — 
Scritta in corte délia nostra impériale autorità. nella terra 
di Rodi alli XXIX di dicembre MDXXII«. 



XIX. 

PHILIPPE VILLIEPvS DE L*ISLE-ADAM 

A SOX NE^TEU ANNE DE MONTMORENCY. 

»Mon nepveu, plusieurs foys vous a}^ escript du grand 
Turcq qui nous tenoit assiégez en personne dès le XXVP 



368 L'OEDRE DE MALTE. 

de juing dernier passé. Lequel voyant ne nous pouvoit 
prendre par bateries d'artillierie, mynes ne ausaulx, à la 
pariin, levé qu'il nous a eu les deffences d'ung grand 
Cartier de la ville, est venu picquer et abattre la murailhe 
en laquelle a faict une grande bresclie, par laquelle trente 
ou quarante hommes à cheval pouvoient entrer de front, 
et par icelle avec trenchées couvertes est entré plus de 
cent cinquante par dedans la ville, non obstant deux con- 
tremurailhes et repaires avons faict à l'encontre, où a de- 
meuré main à main avecques nous l'espace de trente six 
jours ou environ. Et voyant consommer ses gens, desquelz 
desja avoit perdu plus de quatre vingtz mille, que tuez 
que mortz de malladie, craignant venir aux mains avecques 
nous, qui moyennant l'aide de Dieu en tous ces assaulx 
avons repoulsé, considérant les victoires consister en la 
volunté divine et non en la puyssance et multitude des 
hommes, nous a faict dire, si luy voulions rendre la ville, 
nous lairoit aller bagues sauves, et à ceux qui vouldroient 
demeurer, feroit bonne companie, francz de tous tributz 
l'espace de cinq ans, sans jamais prendre de leurs enfants 
pour faire génissaires, comme faict es autres parties de la 
Grèce à luy subjectes. Ce que plusieurs jours avons différé ; 
à la parfin voyons qu'il nous estoit impossible pouvoir 
plus résister, veu que n'avions plus de pouldres, muni- 
tions et gens de faict, desmiz d'espérance de secours, le- 
quel tant de foys avons demandé, ayans compassion de 
tant de menu peuple estant en nostre jurisdicion que avoit 
de passer par l'espée ou regnier la foi par contrainte, avons 
accepté le dit party lequel est procédé de grâce divine, 
veu l'avantage que nostre ennemy avoit sur nous, et les 
dommages et despences avoit souffert au siège, durant lequel 
n'avons eu ayde ne secours d'autre que de Dieu seulement. 
»Mon nepveu, cejour de Nohel ledit grand Turcq entra 
dans la ville, et le premier jour de l'an avons faict voyle 
noz navires désarmez, et après avoir passé en mer plusieurs 
fortunes, sommes arrivez tous esparz en ceste isle de Candie. 
Miz qu'ayons en ordre noz navires, irons devers nostre 
sainct père et le roy pour accomplir ce qu'il leur plaira 
disposer de nostre religion pour service de la foy chrestienne. 
J'en escriptz au roy; je vous prie, mon nepveu, avoir tous- 
jours nostre religion pour recommandée envers le dict 
seigneur, qui sera fin de la présente, après m'estre recom- 
mandé à vostre bonne grâce, priant le Créateur vous donner 
le comble de vos désirs. 



APPENDICE. 369 

»Escript à Castel de Candie, le VII de février, Vostre 
bon oncle et anw, le maistre de l'Ospital Sainct- Jehan de 
Hiernsalem. 

P. DE VlLLIEES L'YlE-AdAM.« 



XX. 

DONATION DE L'ILE DE MALTE 

PAE l'empeeeue chaeles-quint ^). 

Nous, Charles V, par la clémence divine, empereur des 
Romains, toujours auguste, Jeanne sa mère, et le même 
Charles, par la grâce de Dieu roi de Castille, d'Aragon, de 
l'une et de l'autre Sicile, de Jérusalem, de Léon, de Navarre, 
de Grenade, de Tolède, de Valence, d.e Galice, de Majorque, 
de Séville, de Sardaigne, de Cordoue, de Corse, de Minorque, 
de Géen, des Algarbes, d'Alger, de Gibraltar, des îles Ca- 
naries et des îles des Indes, de la terre ferme et de l'Océan; 
archiduc d'Autriche; duc de Bourgogne, deBrabant, etc., etc., 
duc d'Athènes et de Neopatria; comte de Eoussillon et de 
Ceritania; marquis d'Oripono et de Gocciano; salut et amitié 
aux nobles chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. 

Pour réparer et rétablir le couvent, l'Ordre et la reli- 
gion de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, et afin que 
le très-vénérable grand-maître de l'Ordre, et nos bien-aimés 
fils les prieurs, baillis, commandeurs et chevaliers dudit 
Ordre, lesquels, depuis la perte de Rhodes, d'où ils ont été 
chassés par la violence des Turcs, après un terrible siège, 
puissent trouver une demeure fixe, après avoir été errants 
pendant plusieurs années, et qu'ils puissent faire en repos 
les fonctions de leur religion pour l'avantage général de la 
république chrétienne, et employer leurs forces et leurs 
armes contre les perfides ennemis de la sainte foi; par 
l'affection particulière que nous avons pour le dit Ordre, 
nous avons volontairement résolu de leur donner un lieu 
où ils puissent trouver une demeure fixe, et ne soient plus 
obligés d'errer d'un côté ou d'autre. 

Ainsi par la teneur et en vertu des présentes lettres, de 
notre certaine science, autorité royale, après de mûres 

') Vertot, oj). cit. — L'acte original en latin est exposé dans la galerie 
des armures du Palais-des-Grands-Maîtres à La Valette, à côté de la 
trompette qui sonna leur départ de Rhodes. 

SALLES : L'ORDRE DE MALTE. OA 



370 ' L'OEDEE DE MAiTE. 

réflexions et de notre propre mouvement, tant pour nous 
que pour nos successeurs et héritiers dans nos royaumes, 
à perpétuité, nous avons cédé, et volontairement donné 
audit très-révérend grand-maître dudit Ordre, et à ladite 
religion de Saint-Jean de Jérusalem, comme fief noble, 
libre et franc, les châteaux, places et îles de Tripoli, Malte, 
Goze, avec tous leurs territoires et juridictions, haute et 
moyenne justice, et tous droits de propriété, seigneurie, et 
pouvoir de faire exercer la souveraine justice, et droit de 
vie ou de mort, tant sur les hommes que sur les femmes 
qui y habitent ou qui y habiteront ci-après, à perpétuité, 
de quelque ordre, quelque qualité et condition qu'ils puissent 
être, avec toutes autres raisons, appartenances, exemptions, 
privilèges, rentes et autres droits et immunités. 

A la charge, pourtant, qu'à l'avenir ils les tiendront 
comme fiefs de nous, en qualité de roi des Deux-Siciles, 
et de nos successeurs dans ledit royaume, tant qu'il y en 
aura, sans être obligés à autre chose qu'à donner tous les 
ans, au jour de la Toussaint, un faucon, qu'ils seront 
obligés de mettre entre les mains du vice- roi ou président 
qui gouvernera alors ledit royaume, par des personnes qu'ils 
enverront avec de bonnes procurations de leur part, en 
signe qu'ils reconnaissent tenir de nous en fief lesdites îles. 
Moyennant quoi, ils demeureront exempts de tout autre ser- 
vice de guerre, ou autres choses que les vassaux doivent 
à leurs seigneurs. A la charge aussi qu'à chaque change- 
ment de règne, ils seront obligés d'envoyer des ambassa- 
deurs à celui qui aura succédé, pour lui demander et rece- 
voir de lui l'investiture desdites îles, selon que l'on a accou- 
tumé d'en user en tels cas. 

Celui qui sera alors grand-maître s'obligera aussi, tant 
pour lui qu'au nom de tout l'Ordre, lors de l'investiture, 
de promettre par serment qu'ils ne souffriront pas que dans 
lesdites villes, châteaux, places et îles, il soit jamais fait 
tort, ni préjudice, ni injure à nous, à nos états, royaumes 
et seigneuries, ni à nos sujets, ni à nos successeurs après 
nous, par mer ni par terre; qu'au contraire, ils seront obligés 
de leur donner secours contre ceux qui leur feraient ou leur 
voudraient faire du tort. Que s'il arrivait qu'aucuns de nos sujets 
de nos royaumes de Sicile allassent se réfugier dans quel- 
qu'une desdits îles inféodées, ils seront obligés, à la pre- 
mière réquisition qui leur en sera faite par le vice-roi, 
président ou premier officier de justice dudit royaume, de 
chasser lesdits fugitifs, à l'exception pourtant de ceux qui 



APPENDICE. 371 

seront coupables de crime de lèse-majesté ou d'hérésie, 
voulant, quant à ceux-là, qu'ils soient pris à la réquisition 
du vice-roi, et remis entre ses mains. 

De plus nous voulons que le droit de patronage de 
l'évéché de Malte demeure, au même état qu'il estaujourd'liui, 
à perpétuité, à nos successeurs dans ledit royaume de 
Sicile. De sorte qu'après la mort de notre révérend con- 
seiller Baltassar Walktirk, chancelier de l'Empire, qui a 
été dernièrement nommé par nous audit évéché, ou en 
autre cas de vacance à l'avenir, le grand-maître et le 
couvent dudit Ordre sera obligé de nommer au vice-roi 
alors de Sicile, trois hommes capables et dignes d'un tel 
caractère, desquels, un pour le moins sera pris de nos sujets 
ou de nos successeurs, et desquels trois, nous, et nos succes- 
seurs après nous, serons obligés d'en choisir un, lequel, 
après avoir été choisi, nommé et mis en possession dudit 
évéché, le grand-maître d'alors sera obligé de le faire grand- 
croix et de l'admettre dans tous les conseils, comme les 
prieurs et les baillis. 

Que l'amiral de la religion sera de la langue et nation 
italienne, et qu'en son absence, celui qui commandera eu sa 
place sera de la même langue et nation, ou pour le moins 
capable de cet emploi, sans être suspect à personne. Que 
tous les articles précédents seront convertis en lois et statuts 
perpétuels dans ledit Ordre, en la manière accoutumée, avec 
l'approbation et confirmation du pape et du Saint-Siège; 
que le grand-maître de l'Ordre, aujourd'hui vivant, et ses 
successeurs à l'avenir, seront obligés à jurer solennellement 
l'observation exacte des susdits articles, qui seront gardés 
à perj^étuité dans ledit Ordre. 

Que s'il arrivait (ce que Dieu veuille!) que ladite reli- 
gion vînt à recouvrer l'île de Rhodes, et que, pour cette 
raison ou autre, elle fut obligée de quitter ces îles et places 
pour s'établir ailleurs, ils ne pourront transférer ou aliéner 
lesdites îles et places en faveur de qui que ce soit, sans le 
consentement exprès et la permission du seigneur de qui 
ils les tiennent en fief; et au cas qu'ils le fissent sans son 
consentement, lesdites îles et places retomberont en notre 
puissance ou en celle de nos successeurs. Que ladite reli- 
gion pourra se servir pendant trois ans de l'artillerie et 
munitions qui sont présentement dans le château de Tripoli, 
à la charge qu'elle en fera un inventaire, et déclarera ne 
les tenir que pour la défense de cette place et par prêt, et 
s'obligera de les rendre après lesdits trois ans, à moins que 

24* 



372 L'ORDRE DE MALTE. 

par notre bon plaisir et grâce spéciale, nous ne trouvions 
à propos de leur en prolonger la jouissance. 

Finalement, que les dons et grâces que nous pouvons 
avoir accordés à quelques personnes particulières des dits 
lieux, à temps ou à perpétuité en fief, comme une récom- 
pense de quelque service rendu, ou pour quelqu'autre con- 
sidération, demeureront fermes et inviolables jusqu'à ce 
que le grand-maître et l'Ordre en jugeront autrement, et 
alors ils seront obligés de donner l'équivalent en autres, 
choses aux légitimes possesseurs. Et afin d'éviter toutes 
contestations en des cas semblables, nous voulons qu'il soit 
choisi deux arbitres, l'un par notre vice-roi de Sicile et 
l'autre par le grand-maître, lesquels auront plein pouvoir 
de juger les différends après avoir ouï les parties; et en 
cas que lësdits arbitres ne puissent convenir entre eux, que 
les parties conviendront d'un tiers pour l'entière décision 
du différend, et que, jusqu'à la décision finale, les posses- 
seurs desdits dons, rentes, dignités et honneurs en jouiront 
paisiblement. 

Sous les conditions ci-dessus expliquées et spécifiées, 
et non autrement, chacune en particulier et toutes en 
général, nous cédons et donnons en fief lesdites îles et 
places auxdits grand-maître et Ordre, en la manière la plus 
utile et la plus entière que l'on pourrait imaginer, et vou- 
lons qu'elles demeurent en leur pouvoir, pour en jouir, les 
posséder, tenir, y exercer tous droits seigneuriaux, sans y 
être troublés, à perpétuité. Et ainsi, nous donnons, cédons 
et remettons auxdits grand-maître. Ordre et religion, sous 
lesdites conditions, toutes les raisons, noms, actions réelles 
et personnelles, en la manière que nous les avons possédés 
jusqu'à présent, sans aucune opposition; voulons enfin qu'ils 
puissent faire valoir les raisons et droits que nous leur 
cédons, en toutes causes, tant en demandant dedans et 
dehors jugement en la même manière que nous l'avons fait, 
les mettant entièrement en notre lieu et place, sans aucune 
autre réservation, pour nous ni nos successeurs, que le seul 
droit de fief. 

Pour cet effet nous ordonnons par ces présentes, et 
commandons, en vertu de notre autorité, à toute sorte de 
personnes de l'un et l'autre sexe, de quelque qualité et 
condition qu'elles soient, qui sont habitants desdites villes, 
îles, châteaux, ou qui y habiteront ci-après, de reconnaître 
ledit grand-maître, religion ou Ordre de Saint-Jean de 
Jérusalem, pour leur seigneur utile et feudataire, légitime 



APPENDICE. 373 

possessenr desdites îles, villes et châteaux, et qu'en cette 
qualité ils lui rendent l'obéissance que de fidèles vassaux 
sont obligés de rendre à leurs seigneurs, comme aussi 
l'hommage et le serment de fidélité pratiqué en semblables 
occasions. Ainsi, dès le moment qu'ils leur auront prêté le 
serment de fidélité, nous les tenons quittes de tout autre 
serment qu'ils nous peuvent avoir fait, et par lequels ils 
demeureraient obligés envers nous, ou nos successem-s au 
royaume de Sicile ajjrès nous, hors le serment de fidélité 
qui nous est dû par les feudataires. 

A ces causes, nous déclarons au très-illustre prince 
d'Autriche, notre très-cher fils aine, qui doit, si Dieu le 
permet, être notre successeur et héritier de tous nos royaumes 
après notre mort, que Dieu veuille renvoyer bien loin, nous 
lui déclarons, en lui donnant notre bénédiction paternelle, 
que telle est notre véritable intention. Nous ordonnons de 
plus et commandons, en vertu de notre puissance et autorité, 
à tous nos illustres, magnifiques, fidèles et aimés conseillers, 
le vice-roi et capitaine-général de la Sicile Ultérieure, au 
grand-justicier et à son lieutenant, à tous juges de notre 
cour royale, maîtres de comptes, intendants de nos bâtiments, 
trésorier-conservateur de notre patrimoine royal, procureur 
fiscal, à tous gouverneurs de places, commis aux ports, 
secrétaires, et généralement à tous nos autres officiers et 
sujets dans notre dit royaume, et particulièrement des îles 
susdites, et de la ville et château de Tripoli, présents et 
à venir, qu'ils aient à obéir à notre présente libre donation 
et concession, en tous ses chefs, à peine d'encourir notre 
disgrâce, et d'être condamnés à l'amende de 10.000 onces 
d'argent applicables à notre trésor. 

De plus, nous donnons pouvoir à notre vice-roi d'aller 
lui-même en personne sur les lieux, ou d'y envoyer un ou 
plusieurs commissaires, qu'il trouvera bon de nommer en 
notre autorité, en vertLl des présentes, pour l'exécution de 
tout le contenu en elles, et faire tout ce qui sera nécessaire 
en faveur desdits grand-maître et Ordre, pour les mettre 
en possession réelle de tout ce que dessus, lui donnant, 
pour cet effet, tout pouvoir nécessaire en telles occasions, 
de laisser la place vide, et de la céder incontinent et sans 
délai auxdits grand-maître et Ordre, ou à leurs procureurs, 
et après les en avoir mis en possession, de les y maintenir et 
protéger, et leur faire rendre compte de tous fruits, revenus, 
rentes, gabelles, et de tous autres droits que nous lem^ avons 
cédés et donnés en la manière susdite en fief perpétuel. 



374 L'ORDRE DE MALTE. 

Et pour mieux faciliter l'exécution de toutes ces choses, 
nous déclarons que nous dérogeons, en tant que de besoin, 
à tous défauts de formalités, nullités, omissions qui se pour- 
raient trouver dans les présentes, et voulons qu'elles soient 
exécutées nonobstant toutes oppositions que l'on y pourrait 
faire, auxquelles nous dérogeons en vertu de notre pleine 
puissance et autorité royale. En foi et témoignage de quoi 
nous avons fait expédier les présentes, scellées du sceau 
ordinaire de notre royaume de la Basse-Sicile. 

Donné à Castel-France, le 24 mars, indication III, l'an 
de notre Seigneur 1530; l'an 10 de notre empire; le 27® de 
nos royaumes de Castille, de Léon et de Grenade; de 
Navarre, le 16® et de tous nos autres royaumes le 15®. 

signé: Charles. 



XXI. 

L'ILE DE MALTE 

AU TEMPS DES CHEVALIERS ^). 

Cette île, qui a au levant la Méditerranée, au nord la 
Sicile, au midi le royaume de Tunis, et au couchant les 
îles de Dantalerci, Linose et Lampanose, a à peu près 
soixante milles de circuit, vingt de long et treize dans la 
plus grande largeur; elle est située sous le 33® degré de 
longitude, et le 35® 54 minutes 26 secondes de latitude. 
Le thermomètre de Réaumur y est ordinairement au dessous 
de 25 degrés pendant l'été, et rarement au dessus de 28. On 
a prétendu que Malte fut jadis l'Oggie d'Homère, habitée 
par la nymphe Calypso, mais l'autorité de Newton donne 
à penser que c'était plutôt Cadiz. Son, nom vient de Malath ou 
Melath (asile ou refuge). Les Grecs l'appelèrent Mélite à cause 
de son excellent miel, dénomination que les Romains lui 
conservèrent en l'honneur de la déesse Mélite; les Arabes 
corrompirent ce nom en celui de Malte. Située dans un golfe 
du côté de la Sicile, la ville de Malte, capitale de l'île, est 
composée de trois parties: la ville, le bourg et l'île de 
Saint-Michel. Le lieu principal était autrefois la cité vieille 
ou notable, bâtie, dit-on, par les Phéniciens ou les Car- 
thaginois, et où les Grands-Maîtres avaient aussi un palais. 

^) Miége, etc., o}). cit. 



APPENDICE. 375 

Le grand port, appelé la Mur sa (mouillage en arabe) est 
à peu près au sud de la ville capitale, et défendu par 
différents forts d'une vaste étendue; il est divisé en deux 
parties par une presqu'île, sur laquelle se trouve le fort 
Saint- Ange; son entrée est terminée à l'ouest par une langue 
de terre montueuse appelée Sceb ou Sceb-elas, Gebel-el- 
Ras, ou la Guardia (en arabe, lieu élevé au dessus des 
autres). Sur cette colline est assise la ville de La Valette; 
l'intérieure du port offre une espèce d'amphithéâtre, com- 
posé du faubourg La Valette, de trois forteresses, de bastions 
et de cinq baies propres à contenir en toute sûreté un 
grand nombre de vaisseaux. 

Au nord de la ville est le fort Saint-Elme, qui s'élève 
au dessus des remparts, et la protège doublement du côté 
de la mer; c'est dans ce fort qu'est placé le phare ou fanal 
destiné à éclairer et à guider les vaisseaux pendant la nuit. 
Au sud et au sud-est sont deux cavaliers qui dominent la 
campagne, et qui sont, aussi bien que les bastions qui 
entourent la ville, garnis de la plus belle et de la plus 
nombreuse artillerie. Vers l'ouest est le fort Manoël, dont 
Tartillerie plonge dans la direction précise du fort; ce fort 
est précisément placé sur la pointe où le fameux corsaire 
Dragut fut tué lors du siège de Malte. A la pointe orien- 
tale du grand port est le fort Ricazoli, qu'un Bailli de ce 
nom avait faite construire; cet ouvrage d'une grande étendue, 
présente de ce côté la même défense que le fort Saint-Elme, 
sur la pointe opposée. Au delà du port qui baigne La 
Valette au sud-est et au sud, sont les châteaux de Saint- 
Michel, Sainte-Marguerite ^t Saint- Ange; ces trois forts 
sont couverts, dans la partie opposée à La Valette, par une 
fortification immense qui les enveloppe, et qui porte le nom 
de J. M. Nicolas Cotoner, qui l'a fait construire, en 1675. 
Outre ces forteresses, les ouvrages extérieurs de La Valette, 
taillés dans le roc vif, aussi bien que ses fossés de vingt 
et trente pieds de profondeui-, sont innombrables et passent 
pour des chefs-d'oeuvre; ils attestent le talent des ingénieurs 
La Fontaine et Laparelli qui, sur les dessins et sous la 
direction du chevalier de Folard, dirigèrent les travaux par 
lesquels La Valette est devenue une des meilleures places 
fortes du monde, et le boulevard le plus sûr de la Médi- 
terranée. En suivant la côte à l'ouest de la ville, on arrive 
au port Saint-Julien, qui ne peut recevoir que de petits 
bâtiments. Après ce port vient celui de Saint-Georges, de 
la même grandeur: tous ces points, où une descente peut 



376 L'ORDRE DE MALTE. 

s'effectuer, sont défendus par des tours. En suivant la côte 
de l'ouest, on arrive au port Saint-Paul, où la tradition 
assigne le naufrage de l'apôtre. Ce port est assez profond, 
et peut offrir un asile à des bâtiments de guerre; mais il 
est battu par les vents du nord-est, ce qui le rend très- 
dangereux. Au sud-est ou trouve le port de Marsa-Scirocco, 
capable de recevoir des vaisseaux de guerre, et défendu par 
le beau cliâteau de Saint-Lucien et par différentes redoutes. 

En revenant de ce port à celui de La Valette, on ren- . 
contre le port de Marsa Scàla^ couvert par le fort Saint- 
Thomas. Outre ces différents forts, la côte de Malte est, 
dans la totalité de son enceinte, garnie de tours qui, n'ayant 
qu'une pièce d'artillerie, ne pourraient guère agir que contre 
de très-petits bâtiments, mais elles servent de corps-de- 
garde aux vétérans qui y veillent, et peuvent, par des 
signaux télégrapliiques qu'elles répètent, donner dans dix 
minutes l'avis d'un bâtiment suspect, ou d'une tentative 
quelconque. 

L'aspect de La Valette est en général riant et agréable, 
et sa position, sur une montagne qui la sépare de deux 
principaux ports de l'île, en rend la perspective majestueuse 
et imposante; on y compte trois portes principales, la Royale, 
la Marine et la Marsa-Muscet; vingt rues la traversent, 
huit en long et douze dans sa largeur; elles sont toutes 
alignées, spacieuses, garnies de trottoirs, et parées d'une 
pierre très-dure appelée zoncol] mais les maisons sont bâties 
en pierre de Malte, dont l'extrême blancheur augmente 
l'effet des rayons de soleil: aussi la réverbération de la 
lumière, la chaleur et la poussière déliée affectent- elles 
souvent la vue. Vers le levant sont les boulevards Saint- 
Pierre et Saint-Paul, la courtine de Sainte-Barbe, le bastion 
de Saint- Christophe et de Saint-Lazare. Du côté opposé 
étaient les boulevards de Saint-Michel, de Saint- Sauveur, 
de Saint- André et de Saint-Sébastien; au front de la ville 
ceux de Saint- Jean et de Saint- Jacques; à côté de la porte 
Saint-Georges (ou Royale), du côté de la mer, se trouvaient 
les chevaliers de Provence et d'Auvergne. En assignant 
un longement à chaque langue ou auberge, on lui réserva 
aussi un poste dont la défense lui était particulièrement 
confiée, ainsi, la langue de Provence était chargée du boule- 
vard de Saint- Jean et de son oavalier; celle d'AuA^ergne, 
du boulevard Saint-Michel; de France, du boulevard Saint- 
Jacques et de son cavalier; d'Italie, du boulevard Saint- 
Pierre et Saint-Paul; d'Aragon, du boulevard Saint- André; 



APPENDICE. 377 

fVAugleterre, de la plate-forme Saiiit-Lazare: d'Allemague, 
du boulevard Saint-Sébastien: de Castille, du boulevard 
Sainte-Barbe. 

» Jean de La Valette fit tailler ces fortitications creuses 
en mortier et garnir d'une artillerie redoutable le rocher 
sur lequel il fonda sa ville; 5000 canons hérissent ce roc 
imprenable; GOOO hommes sont prêts à le défendre au pre- 
mier signal, et l'île peut fournir d'ailleurs dans l'instant 
30.000 hommes en état de porter les armes. Avec des 
munitions pour deux ans d'un siège possible, avec un port 
inabordable et l'élite de la plus brave noblesse de l'Europe, 
on sent que Malte fécrivait en 1784, le vo^^ageur plein de 
sagacité dont nous empruntons les pa<roles) ne peut guère 
changer de maître, à moins d'un bouleversement intérieur 
dont on ne peut imaginer la cause. La sédition de 1776, 
ajoutait-il, a éclairé les chevaliers sur le danger d'une sur- 
prise, et redoublé leur vigilance.» 

La population de La Valette renferme vingt-quatre 
mille habitants; la cité Victorieuse ou le bourg, quatre 
mille; Burmola, neuf mille, et La Sengie, six mille; total 
quarante-trois mille, enclavés pour ainsi dire dans les mêmes 
fortifications. En face de la cité La Valette est le faubourg 
connu sous le nom de cité La Sengie, parce que le grand 
maître Claude de La Sengie l'augmenta et le fortifia: le 
foubourg bâti sous le magistère de don Manoël de Vilhena 
s'appelle bourg Vilhena. Ce prince y fit construh'e deux 
maisons de retraite ou hôpitaux pour les vieillards et les 
incurables des deux sexes. On remarque dans les fortifications 
un arceau jeté par l'architecte Barbara, pour passer l'ar- 
tillerie, d'un ouvrage à l'autre. Il est d'une grande hardiesse 
et s'élève au dessus d'un précipice où l'on montre une 
grotte anciennement habitée par un ermite. 

Aux environs de l'île de Malte, il y a plusieurs petites 
îles dont les principales sont le Goze, Cumino (Cumin ou 
Kumini, adjacente) et Farfara. Le Groze, a deux milles 
environ à l'ouest de Malte, a trente-six milles de circuit, 
six de large, douze de long et dix mille habitants; il a un 
petit bourg et un bon château avec une garnison considé- 
rable. Cumin qui n'a qu'un mille, est défendu par une for- 
teresse que le grand-maître de Wignacourt fit bâtir pour 
y loger des troupes. L'île de Farfara n'est c|u'un rocher au 
sud de Malte, célèbre seulement par le commun proverbe 
des chevaliers qui, voulant railler un jeune confrère, le sur- 
nommèrent: Commandeur de Farfara. En 1779, le comman- 



378 L'ORDRE DE MALTE. 

deui' de Chambray fit construire, sur la porte de l'île de 
Goze qui regarde Malte, une forteresse et une petite ville 
qui s'appela cité Chambray. 

A trois quarts de lieue de Médina (la Ville) est un 
vaste cliâteau garni de tourelles, entouré de fossés, et ren- 
fermant de vastes et beaux appartements: c'était la maison 
de campagne des G-rands-Maîtres. bâtie parles soins d'Hugues 
Loubenx de Yerdala, et elle porte le nom de mont Yerdala; 
elle est cependant plus connue sous celtii de la Bosquetta, 
cHâteau Bosquetta, Boscbetto ou Bosquet. De très-belles 
et abondantes eaux y vivifient les jardins, et derrière le 
cliâteau est le bosquet proprement dit, tout planté de gre- 
nadiers, de citronniers, surtout d'orangers, dont la fleur 
produisait la célèbre eau de fleur d'orange de Malte. Le 
château domine un vallon cbarniant dont les eaux vivifient 
et embellissent ce paysage; les rochers cpii le couronnent 
forment un contraste pittoresque. Dans une grande salle 
du rez de chaussée et dans celle du trône, au premier 
étage, les plafonds et les corniches, peints à fresque, repré- 
sentent l'histoire du grand-maître de Verdala. 

Un des édifices qui attire plus particulièrement l'atten- 
tion des voj^ageurs est l'église des chevaliers ou de Saint- 
Jean. Bâtie par le grand-maître La Cassière, sous l'invocation 
de Saint Jean-Baptiste, patron de l'Ordre, sa perspective 
extérieure est simple, sans dôme, et avec des clochers d'une 
forme pyramidale: elle ne prépare point l'étranger à la 
magnificence de l'intéiieur. où les yeux sont éblouis de la 
quantité de doriu'e. de marbres, de statues, de mausolées. 
de peintures, cpie les arts y ont rassemblés à l'envi et à 
grands frais. La chapelle de la Vierge, qui renferme un 
tableau attribué à saint Luc. et où était suspendue par une 
chaîne d'or massif une superbe lampe de quinze à seize 
jDOuces de diamètre, de même métal et du plus beau travail, 
attire les regards. Le pavé en entier de l'église, le plus beau 
sans doute de la chrétienté, est composé sans interruption 
de pierres sépulcrales des G-rand'Croix. Baillis et Comman- 
deurs. Ces tombes sont en marbre de diverses couleurs, 
chargées sur toute la surface des armes blasonnées des défunts, 
figtirées par des jaspes, des agates et d'autres pierres pré- 
cieuses : c'est une vaste mosaïque régulière et variée, unique 
en son genre, et dont l'intérêt redouble en lisant les nom- 
breuses épitaphes et inscriptions dont l'élégante simplicité 
et la correction, quant au style lapidaire, feraient honneur 
aux plus beaux temps de l'antiquité. 



APPENDICE. 379 

On admire dans l'église de Saint-Jean (la Chiesa niag- 
giore), les mausolées des grand s -m aï très Cotoner, Pinto, 
Perellos, Zondadari et Vilhena. 

»Ils sont effectivement très-beaux, dit M, d'Avalos, et 
si, pour la richesse du marbre, ils le cèdent à ceux des 
grands-ducs de Médicis, à Florence, du moins les égalent- 
ils par l'exactitude du dessin et la perfection de la main 
d'oeuvre; les autres mausolées des grands-maîtres La Cas- 
sière, Lascaris, Caraffa et Rolian, n'ont pas le mérite des 
premiers*. Ils sont en ■ partie dans les nefs de l'église 
(cliacun dans la chapelle particulière de sa langue), et en 
partie dans un caveau souterrain placé au dessous du choeur: 
ceux-ci sont les plus anciens, et l'on y voit les monuments 
des G-rands Maîtres dont on apporta les restes de Rhodes. 
Celui de la Valette est surmonté, comme plusieurs autres, 
de la statue couchée en marbre, avec les mains jointes en 
bronze. Le trésor de Saint-Jean était renommé dans toute 
l'Europe par la diversité des riches objets qui le formaient. 
On y montrait entre autres: la main droite de Saint- Jean, 
renfermée dans un magnifique reliquaire ou coffre d'or, sur 
quatre pieds de même, enrichi de diamants, de rubis, de 
perles, etc. (C'était un présent de Bajazet qui, l'ayant refusé 
à plusieurs princes, le donna à P. d'Aubusson; elle avait 
été apportée d'Antioche à Constantinople), les douze apôtres 
en argent; des devants d'autel du plus grand prix, dont un 
en argent ciselé; plusieurs grandes croix en or et enrichies 
de pierres précieuses de Rhodes, en vermeil et en argent, 
avec leurs bâtons de même; des encensoirs magnifiques, 
des ciboires en or garnis d'émeraudes et de rubis ; plusieurs 
tablettes d'autel en argent, sur lesquelles étaient incrustées 
les prières du lavabo^ de la consécration et du dernier 
évangile; plusieurs ostensoirs en or, dont deux, remarquables 
par leur ciselure et la richesse des pierres précieuses, 
avaient été rapportés de Rhodes; la coupe d'or enrichie de 
pierreries, donnée par Henri VIII à l'Ile-Adam; l'épée et 
le poignard que La Valette avait reçus de Philippe II, 
trophées glorieux, étaient aussi déposées dans ce trésor ^). 
On trouvait également réunis dans le même lieu une infinité 
d'autres dons en or, en argent et en diamants, que les 
Grands-Maîtres et Grands-Prieurs étaient obligés de pré- 
senter à cette église tous les cinq ans; aussi était-elle 
remplie de lampes et des chandeliers d'argent, si hauts et 



M V. plus loin les dons faits à Paul I". 



380 L'ORDRE DE MALTE. 

massifs, que deux hommes avaient peine à les porter. On 
admirait encore dans l'église de Saint-Jean de belles pein- 
tures de Mathias Preti, dit le Calabrois. Le 9 décembre de 
chaque année, on célébrait dans cette vénérable basilique, 
l'anniversaire de la levée du siège de Malte par les Turcs. 
Cette cérémonie se faisait avec une grande pompe et un 
sentiment profond de respect et de reconnaissance. L'on 
apportait au pied de l'autel l'étendard victorieux: il était 
salué par l'artillerie de toutes les fortifications et de tous 
les bâtiments du port. Un chevalier, armé comme les anciens 
croisés, le portait, ayant à sa gauche un page du Grand- 
Maître, tenant en ses mains l'épée et le riche poignard 
envoyés par Philippe II; à sa droite était le Maréchal de 
l'Ordre; on faisait ensuite une procession qui, de l'église 
Saint-Jean, se rendait à No tre-Dame-de-la- Victoire, où 
reposaient les cendres du héros La Valette. On exposait aussi 
ce jour-là un très-beau portrait du défenseur de Malte, peint 
par le commandeur Favray, et qui appartenait à la langue 
de Provence. 

Les autres églises principales de Malte sont la collé- 
giale de Saint-Paul, Notre-Dame-de-la-Valette. etc. C'est 
dans celle des Dominicains, démolie depuis quelques années, 
qu'on trouva le tombeau du prince Osman, fils de l'empereur 
Ibrahim. Au premier rang des édifices publics qui décorent 
La Valette, il faut compter le palais magistral et ceux des 
langues de France, d'Italie, de Castille, d'Auvergne, de 
Provence, d'Aragon, d'Allemagne et d' Anglo-Bavière. Le 
palais magistral, construit au centre de la cité, par Hya- 
cinthe del Monte, sous le magistère de La Cassière (1572), 
forme une masse séparée des autres édifices, sur la place 
Saint- George s; ce bâtiment carré impose par sa grandeur; 
mais l'architecture, dont le style n'est ni pur ni régulier, 
ne répond point, comme celle de l'église de Saint-Jean, à 
la magnificence des appartements, qui sont peints par Joseph 
d'Arpino et Mathieu de Lecce. Le grand escalier, en forme 
de colimaçon, est très-remarquable; avant l'occupation de 
Malte par les Français, on voyait dans les appartements, 
beaucoup de chefs-d'oeuvre du Guide et des Carrache, une 
collection précieuse de médailles antiques, des bas-reliefs, etc. 

Quatre portes donnent Tentrée au palais: on voj^ait en 
face de la principale, un jardin planté d'orangers; sur la 
droite, en entrant, était l'escalier en cul-de-lampe ayant des 
reposoirs qui conduisent à l'appartement du Grand-Maître. 
Sur la gauche est un autre escalier qui conduit à l'apparte- 



APPENDICE. 381 

ment d'été. Toutes ces salles et cliambres sont tendues de 
brocard rouge, et dans plusieurs sont peints divers traits 
tirés des annales de l'Ordre, L'appartement du Grand-Maître 
est orné de crépines de damas et de galons d'or; dans la 
chambre à droite d'hiver, on remarque une frise représen- 
tant toutes les prises faites par les galères, peinte par 
Joseph d'Arpino; elle est tendue de haute lice; de grandes 
galeries couvertes font communiquer d'un appartement à 
l'autre, et dans celui d'été on en trouve une qui aboutit à 
une volière; on se rend de là à la salle d'armes. C'est 
dans une grande salle du palais que se voient les précieuses 
peintures à fresque que le temps et le peu de soin des 
possessem-s actuels de Malte font dépérir de jour en jom-; 
elles représentent les principales actions de l'Ordre, depuis 
sa fondation jusqu'à Villiers de l'Ile-Adam. Ces fresques, 
qui ornent diverses salles, sont encadrées et séparées par 
des statues des rois de Judée, des prophètes, ou par des 
figures allégoriques. On lit au dessous, des sentences tirées 
de l'Ecriture ou des Psaumes. Les sujets de ces tableaux 
ne sont point disposés dans l'ordre chronologique, mais on 
a dû l'observer davantage dans cette relation. La légende 
qu'on lit au-dessous est en italien; les armes qu'on y voit 
sont celle de Wignacourt. 

Ces tableaux représentent: 

1° Raymond Dupuy s'ofirant avec ses religieux à Bau- 
doin II, roi de Jérusalem, 

2° Chapitre général tenu en 1120, par le même Grand- 
Maître, fondateur de la règle des Hospitaliers. 

3° Siège et prise de Damiette par l'armée de Jean de 
Brienne et les Hospitaliers, 1120. 

4° André, roi de Hongrie, reçoit par dévotion l'habit 
de chevalier des mains de Guérin de Montaigu, 1228. 

5° Foulques, roi de Jérusalem, fortifie la ville de Bert- 
sabée, et la confie à Raymond Dupuy, 1131. 

6° Déroute glorieuse des Hospitaliers sous les murs 
d'Ascalon. 1131. 

7° Pierre l'Ermite part de l'hôpital de Jérusalem pour 
aUer en France et auprès du pape Urbain II, afin de ré- 
clamer des secom-s pour le recouvrement de la Terre-Sainte. 

8° Départ des chrétiens et des religieux hospitaliers de 
Jérusalem; ils en emportent les reliques. 

9° Ptolémaïs tombe au pouvoir des chrétiens, après 
trois mois de siège, par le courage du grand-maître Ermau- 
gard d'Aps et de ses chevaliers, 1191. 



382 L'ORDRE UE MALTE. 

10*' Le grand-maître Bertrand de Comps, à la tête des 
siens et de c[iielques Templiers, remjDorte une victoire sur 
les Turcs, auprès d'Antioche. 

11° Frédéric II, empereur, réclame les secours des 
Hospitaliers, 1234. 

12° Les frères Hospitaliers de Saint- Jean reconstruisent 
les remparts de Jérusalem, 1238. 

13° Richard, comte de Cornouailles, frère du roi d'Angle- 
terre, reçoit en don du frère Guérin, Grand-Maître, une 
parcelle du vrai sang de Notre-Seigneur, 1240. 

14° Saint-Louis est délivré des mains du soudan d'Egj^pte 
par les secours du Grand-Maître, 1250. 

15° Ptolémaïs est assiégée par les Tm^cs, et les Hospi- 
taliers forcés de s'embarquer. 

16° Le grand-maître Jean de Villiers et ses chevaliers, 
partis de Ptolémaïs, quittent le château de Margat et arrivent 
à Limisso, en Chypre, 1291. 

17° Le grand-maître Foulques de Villaret et ses cheva- 
liers, partis de Macri, arrivent à Rhodes, 1309. 

18° Amédée IV, comte de Savoie, vient secourir Rhodes 
et le grand -maître Foulques de Villaret. menacés par 
l'armée ottomane. 

19° Siège de Rhodes, soutenu par le grand -maître 
Pierre d'Aubusson. 

20° Zizim, frère de Bajazet, est reçu à Rhodes par 
Pierre d'Aubusson. 

21° Le grand -maître Villiers de l'Ile-Adam, quitte 
Rhodes, 1522. 

22° n va habiter Viterbe, 1524. 

Dans la salle d'armes on montrait, outre plusieurs armures 
rares et curieuses, une très belle cuirasse damasquinée en or, qui 
avait appartenu au grand-maître Alofe de Wignacourt, et son 
portrait en pied, peint par Michel- Ange de Caravage; on y 
remarquait aussi la statue du grand- maître Manoël de 
Vilhena, en bronze. Le cabinetparticulier des Grands-Maîtres 
renfermait une lettre originale de la main d'Henri IV, 
enchâssée dans un cadre. 

Outre le palais magistral, il j a encore à Malte d'autres 
édifices publics, tels que celui de la municipahté (Banca 
dei Jurati), le Palais de Justice (où se tient maintenant la 
cour de la vice-amirauté), celui du Trésor et délia Con- 
servatoria, etc. Le grand hôpital, situé auprès du château 
de Saint-Elme, sur les bastions qui environnent La Valette, 
est remarquable par son étendue. Sous le gouvernement de 



APPENDICE. 383 

l'Ordre de Saint- Jean, cet hôpital était peut-être le mieux 
entretenu de tonte l'Europe, quoique inférieur à plusieurs 
par sa magnificence extérieure; les malades y étaient par- 
faitement bien servis avec de la vaisselle d'argent. Les 
maisons des particuliers qui méritent le nom de palais sont 
celles de l'archevêque, de la famille Spinola, où, en 1808, 
logèrent les princes de la famille d'Orléans; celle de la 
famille Cotoner, et enfin de la famille Parisio Moscato, où 
le général- en- chef Bonaparte établit son quartier-général, 
en 1798. 

SYSTÈME ACTUEL DE DÉFENSE DE MALTE, DE 
GOZZO ET DE COMINO '). 

Les fortifications que les grands-maîtres de l'Ordre de 
Saint-Jean de Jérusalem ont successivement élevées dans les 
trois îles, et notamment danc celle de Malte, sont si con- 
sidérables qu'il ne faudrait pas moins de trente mille hommes 
pour les garder. Or, en cas d'attaque, où auraient-ils pris 
une quantité de troupes suffisante pour les défendre? Peut- 
être trouvera-t-on la solution de cette question dans le 
système de défense que l'Ordre avait adopté, système qui 
consistait à réclamer les secours des princes d'Europe, 
intéressés, pour la sûreté de leurs Etats, à la conservation 
de Malte entre les mains des chevaliers. Peut-être encore, 
imbus de cette maxime que la force d'une place dépend 
bien moins du nombre que de la bravoure et de la haute 
contenance de ses défenseurs, les grands-maîtres ne son- 
geaient-ils qu'à fermer les ports, à assurer les côtes, au 
moyen d'ouvrages avancés, pour empêcher les descentes; 
puis, à la milice de dix à douze mille hommes, dont ils 
pouvaient disposer, en réunissant les habitants en état de 
porter les armes aux troupes entretenues par l'Ordre, ils 
comptaient bien tenir tête à un ennemi quel qu'il fût. Ce 
système, suivant lequel on ne devait abandonner la cam- 
pagne qu'à la dernière extrémité, et après s'être défendu 
de retranchements en retranchements, laissait aux secours 
étrangers et aux chevaliers eux-mêmes, disséminés dans 
les états de la chrétienté, le temps d'arriver à l'aide de 
Malte menacée. Cet appel était, du reste, toujours entendu 
((piaut à ce qui concerne les chevaliers)^ tant était puissant 
l'aiguillon d'héroïsme qui avait soutenu, immortalisé les 



^) Miége, op. cit. 



384 -L'OKDEE DE MALTE. 

défenseurs de Rhodes et de Malte, en 1480, en 1522. en 
1565. Anssi, dans les fortifications, de Malte on ne sait ce 
qu'il faut le plus admirer, du génie qui les a conçues on de 
l'art qui les a exécutées. La maçonnerie n'est venue là que 
pour remplir les sinuosités du rocher, dans lequel elles sont 
taillées. Cette position militaire ne le cède en rien à Gibraltar. 

Fortifications. 

La cité Valette doit être considérée comme le point 
central de la défense de l'île: tous les plans de résistance 
lui sont subordonnés. Assise sur une péninsule qui sépare 
le grand port du port de Marsa-Muscet, élevée sur un rocher 
à pic dans plusieurs endroits et hérissée de fortifications 
dans les autres; tout se réunit, et l'art et la nature, pour 
la rendre inattaquable du côté de la mer (Avec l'artillerie 
moderne et les vaisseaux à tour??). Du côté où elle tient à 
la terre, cette place présente deux fronts fortifiés formant 
entre eux un angle très-ouvert, et protégés par deux cava- 
liers, entourés de très-larges fossés. En avant se détache 
un chemin couvert qui conduit à la Floriane, dont les 
ouvrages complètent les défenses de terre dans cette direction. 
Indépendamment des deux cavaliers dont on vient de parler, 
le corps de la place est flanqué de huit bastions, dont la 
garde était confiée aux diverses Langues de l'Ordre: Saint- 
Jean et son cavalier, Provence; Saint-Michel. Auvergne: 
Saint- Jacques et son cavalier, France: Saint-Pierre et Saint- 
Paul, Italie; Saint- André, Aragon; Saint-Lazare, Angle- 
terre; Saint-Sébastien, Allemagne; Saint-Barbe, Castille. 
Le côté peut-être invulnérable de la Valette est la partie 
comprise entre la pointe Saint-Elme et la porte de Marsa 
Muscet: mais pour s'attaquer ainsi au corps de la place. 
il faudrait d'abord s'être emparé du fort Tigné ainsi que 
du fort Manoël, et encore, fut-on maître de la ville, on 
n'aurait rien fait jusque là, si Ton n'avait éteint le feu des 
deux cavaliers Liés entre eux par une communication 
souterraine, et qui, comme deux citadelles, battent à toute 
volée la ville et la campagne à une grande distance. Un 
autre point où l'attaque aurait quelque chance de succès, 
est CoradinOj dominé cependant encore par les fortifications 
supérieures de Burmola. 

F OET- Saint-Elme. 

Il est construit sur le terrain autrefois occupé par une 
chapelle dédiée à Saint-Elme, et à la pointe de la presqu'île 



APPENDICE. 385 

sur laquelle est élevée la cité Valette, Projeté dès 1488, il 
ne fut élevé qu'en 1552, sous le magistère du grand-maître 
de La Sengle. Lors du siège de Malte, en 1565, sa défense 
fut confiée aux chevaliers de la Langue d'Espagne, qui 
firent des prodiges de valeur; néanmoins les Turcs s'en 
rendirent maîtres et la ruinèrent; mais les vaillants Espagnols 
avaient cessé de vivre ... Il fut rebâti et environné de 
bastions par les grands-maîtres Caraffa et Perellos. Ses 
feux, en se croisant avec les feux des forts Ricasoli et 
Tigné, dont il sera parlé ci-après, défendent l'entrée du 
grand port et du port de Marsa-Muscet. 

Floeiane. 

Si le fort Saint-Elme défend l'entrée des ports, la cité 
Valette est couverte du côté de terre, par une ligne d'ou- 
vrages d'une grande force, dont le développement est de 
3800 yards (3511m.). Ils furent construits, en 1635, sous 
le magistère du grand-maître de Paula, par un ingénieur 
italien dont ils ont pris le nom, le colonel P. Floriani, qui 
avait été envoyé de Rome par le Pape. La Floriane se 
compose d'un système de batteries à fleur de terre, entourées 
de fossés larges et profonds, et dominées par les remparts 
de La Valette, sur laquelle elles se replient par leurs deux 
extrémités. Dans l'enceinte est une fausse braie, ainsi 
appelée à cause d'un fossé formant séparation. Le front 
de la ligne est, en outre, protégé par un ouvrage à corne, 
avec un chemin couvert. On remarque aussi un arceau, 
hardiment jeté par l'architecte Barbara sur un précipice, au 
fond duquel on voit une grotte autrefois habitée par un 
ermite. Cet arceau était destiné à faciliter le transport de 
l'artillerie d'un ouvrage à un autre. Voici ensuite les appuis 
qui protègent les flancs de la Valette. 

Côté du grand-port. 

Le fort Ricasoli, situé à la pointe oriental du grand 
port, en défend l'entrée en croisant ses feux avec le fort 
Saint-Elme. Il fut élevé aux frais du commandeur Ricasoli, 
sur l'emplacement qu'occupait la tour de Saint Petrosino, 
dite de l'Orso. Cette tour datait de 1629; le grand-maître 
de Paula l'avait fait construire par le commandeur Orsi 
de Bologne, pour arrêter la fuite des esclaves turcs. Ce 
fort est de forme irrégulière et commandé sur plusieurs 
points. Le périmètre de ses fortifications est de 2000 yards 
(1849 m.). 



SAI^LF.S : L'ORDRE DE MALTE. 



386 l'ordre de malte. 

Le château Saint-Ange 

est sur la même ligne que le fort E-icasoli. Il est placé à 
l'extrémité d'une langue de terre qui s'avance dans l'inté- 
rieur du grand port, et au sommet de laquelle s'élève le 
BorgOj ou cité victorieuse^ dont il est séparé par un fossé 
toujours rempli d'eau. Ce château, bâti en 828 par les 
Sarrasins, lorsqu'ils occupaient Malte, était le seul qui 
existât dans l'île quand l'Ordre en prit possession. Le grand- 
maître Villiers de l'Isle Adam y ajouta de nouveaux rem- 
parts, des bastions, des citernes, des fossés et un arsenal 
avec ses magasins. C'est là que La Valette se renferma 
lors du siège dont nous avons parlé, et qu'il soutint victo- 
rieusement les terribles assauts des troupes de Soliman IL 
Vu du côté de la mer, le château Saint-Ange offre l'aspect 
le plus imposant. Quatre batteries, dont une à fleur d'eau, 
placées en amphithéâtre et armées de cinquante bouches 
à feu, semblent prêtes à foudroyer toute flotte ennemie qui 
tenterait de forcer l'entrée du grand port. Quoique d'une 
médiocre étendue, il ne peut guère succomber qu'avec la 
cité Valette, par laquelle il est soutenu. Ses fortifications, 
en j comprenant celles qui entourent la cité Victorieuse, 
du côté de la Calcara, se développent sur luiè étendue de 
2100 yards (1940 m.). 

Le fort Saint-Michel 

est à l'extrémité d'un petit promontoire sur lequel est bâtie 
la cité La Sengle, promontoire qui s'avance dans le grand 
port parallèlement à la cité Victorieuse et au château Saint- 
Ange. Le fort Saint-Michel fut construit en 1552, sous le 
magistère du grand-maître de La Sengle: le tour des mu- 
railles, en y ajoutant celles qui entourent la cité de La 
Sengle, à partir de la jDointe jusqu'au fond du port de 
l'Isola, présente une étendue de 1400 yards (1293 m.). 

Le fort Sainte-Mauguerite. 

La colline de ce nom, sur le revers de laquelle est 
couchée la cité de Burmola ou cité Capiscua, est couronnée 
par une ligne de fortifications qui descendent vers le fond 
de l'anse formée par les deux presqu'îles de la Victorieuse 
et de La Sengle, et viennent se lier aux défenses de ces 
deux cités. Ces fortifications furent construites, en 1638, 
par un dominicain, ingénieur du Pape, le P. Firenzuola, 



APPENDICE. 387 

dont elles portent aussi le nom, et auquel elles valurent 
le chapeau de cardinal; elles embrassent une étendue de 
2400 yards (2238 mètres). 

COTONERA. 

Les grands ouvrages qui entourent ces trois cités de 
Borgo, de Burmola et de La Sengle, sont renfermés dans 
un immense demi-cercle fortifié, dont le plan fut exécuté 
presque en entier par le grand-maître Nicolas Cotoner, qui 
leur a donné son nom. Cette vaste enceinte retranchée, à 
l'abri de laquelle les habitants de la campagne peuvent se 
retirer en cas d'invasion, se compose d'une suite de bastions 
sans ouvrages avancés ni chemin couvert, et se rattache 
par ses deux extrémités à la cité de La Sengle d'une part 
et à la cité Victorieuse de l'autre. Cette ligne de 4400 yards 
(4065 m.) est, au dire du chevalier Folard, capable de faire 
une très-longue résistance. Telles sont les fortifications qui 
entourent le grand port et qui, de ce côté, rendent la cité 
Valette à peu près inexpugnable. Celles qui la protègent 
du côté du port de Marsa-Muscet lui assurent -elles le 
même avantage? On ne saurait répondre ici d'une manière 
précisément affirmative, car les deux forts de ce côté sont 
dominés par les collines environnantes. 

Côté du port de Marsa-Muscet. 

Le fort Tigné situé à la pointe de Dragut, à l'entrée 
du port de Marsa-Muscet, qu'il défend en croisant ses feux 
avec le fort Saint-Elme, n'a que 500 yards (462 m.) de 
tour. Il n'était pas complètement achevé lors de l'arrivée 
des Français en 1798; il est soutenu par la ville et le 
fort Manoël. 

Le fort Manoël 

porte le nom du grand-maître Don Manoël de Vilhena, qui 
le fit construire sur un îlot placé au centre du port de 
Marsa-Muscet. Là se trouve aussi le lazaret, séparé du fort 
par des fossés qui empêchent toute communication. Le fort 
Manoël a 1100 yards (1016 m.) de périmètre; il croise ses 
feux avec le fort Tigné et les remparts de La Valette, et 
bat toute la côte opposée à la cité, depuis la pointe de 
Dragut jusqu'à la pointe de Misida. Il est revêtu de cinq 
bastions et d'une demi-lune; il a un chemin couvert et il 
est miné. 

25* 



388 l'ordre de malte. 

Intékieub, de l'lle. 

On trouve an centre de l'île, la cité vieille, bâtie sur 
une colline d'où la vne s'étend jusqn' à la cité Valette. Ses 
fortifications ont 1 mille (1.850 m) de contonr. Elle est 
protégée par deux ouvrages avancés : sur sa gauche le 
retranchement de Falca, à la distance de 1 mille ayant V2 mille 
(925 m.) d'étendue; à droite et à 2 milles de distance, le 
retranchement de Nasciar dont le front a Vs de mille (1.156 m.) 
d'étendue. Ces retranchements furent élevés par les Français 
en 1798. 

Le littoral de l'île 

est en outre défendu par une ceinture de redoutes, de 
batteries, de retranchements et de tours qui se soutiennent 
mutuellement, qui suivent le anses, les saillies, les sinuosités 
des côtes, et décrivent une sorte de croissant dont les 
extrémités s'ouvrent au sud et à l'ouest et au sommet du- 
quel est La Valette ... Il y a 16 tours protégées par le 
fort Sainte-Agathe outre le fort Tigné et le fort Ricasoli. 
le fort Figueras. le fort Saint-Lucien, le fort Saint-Thomas, 
puis 42 ouvrages: lignes, redoutes, batteries, retranchements, 
maison retranchée, bastion, armés au temps des chevaliers 
de 2000 pièces en bronze de différents calibres. 

Le Goze (Gozzo) 

n'a qu'un ou^a-age fortifié dans l'intérieur, c'est le Château, 
situé sur un lieu élevé, à peu près au centre de l'île, et qui 
occupe avec ses dépendances un étendue d'un quart de 
mille carré (462 m, can'és). Le littoral est protégé par le 
fort Chambray, élevé en 1749, le fort Saint-Martin, construit 
par le grand-maître Garzes, en 1605. par 4 tours et par 10 
autres ouvrages. 

CuMEsr (CoMixo) 

est gardée par un fort à la pointe sud de l'île: il fut con- 
struit en 1618, par le grand-maître Wignacourt. L'Ordre 
avait en outre fait établir des fougasses sur tous les points 
du littoral des trois îles, reconnus les plus favorables pour 
opérer un débarquement, 

La cité Valette 

avec la cité Vilhena, la cité Victorieuse (le Bourg), la cité 
La Sengle, la cité Cospicua (Burmola) qui s'y rattachent; la 
cité Vieille, ou cité notable, ou encore La Xotcthle. à 7 milles V2 



APPEXDICE. 339 

de La Valette, avec son faubourg de Rahatto] puis 22 
casaux ou villages, H Boscketto, à 8 milles de la Valette ; 
Sanfo- Antonio, maison de plaisance créée par le grand-maître 
de Rohan : I. Leoni (Les Lions) à Saint-Joseph, habitation 
créée par le grand-maître D. Manoël de Vilhena; la cité 
Chamhniy. au Goze (1749), qui compte en outre 6 casaux; 
1 casai à Cumin (Comino), à la cale de Sainte-Marie, telles 
sont les villes, villages et habitations des trois îles. 

On admet généralement qu'en 1530, il y avait à peine 
15.000 habitants ; qu'après le siège de 1565, il n'y en avait 
plus que 10.000; qu'en 1632. il y en avait 51.750; qu'après 
les ravages de la contagion de 1676, il y en avait, en 1798, 
114.000; qu'en 1829, après la peste de 1813 et l'émigration, 
en 1814 et 1829, des Maltais catholiques devrant l'angli- 
canisme, elle serait restée stationnaire (114.236). Ajoutons 
encore un renseignement à ceux-ci: sur ces 114.236 habi- 
tants, il y avait 113.804 catholiques romains, 360 juifs, 



2 musulmans. 



XXII. 

LOUIS XIII ET ANNE D'AUTRICHE 

A l'ordre. 
PauU. C. d. cli M., n, n° 317, p. .33, Année 1639. 

»A Nos TRES CHERS ET BONS AMIS, LES PrIELTRS, BaTLLYS, ET 

Commandeurs du Conseil de Malte. 

Très chers et bons amis. Comme il ne se peut pré- 
senter d'occasion qui nous soit plus chère, que la naissance 
du fils qu'il a plu a Dieu de nous donner; aussy avonts 
nous receu avec grande satisfaction les tesmoignages de 
joj^e, et les bons offices, que le Sieur Bailly de Fourbin, 
Ambassadeur de vostre Ordre, Nous a faictes de vostre 
part sur un si bon sujet, Nous en conserverons soigneuse- 
ment le souvenir, et vous ferons cognoistre dans les occa- 
sions le surcroit, que cet office employé de si bonne sorte, 
aura adjouté à l'affection, que nous avons toujours eiie pom' 
tout ce qui regarde une si généreuse Compagnie; ainsi que 
nous avons chargé ledict Sieur Bailly de Fourbin de vous 
faire entendre plus expressément. Cependant nous ne pou- 
vons obmettre, que le choix de la personne nous a esté 



390 L'ORDRE DE MALTE. 

extrêmement agréable; les longs, fidèles et importans ser- 
vices, qu'il nous a rendus, nous le faisant considérer avec 
estime. Sur ce nous prions Dieu, qu'il vous aye, Très chers 
et bons amis, en sa saincte garde. Escrit à Saint Germain 
en layie, ce XII jour d'Avril, 1639. 

Lovis.« 

Ibidem, n° 318, p. 333, Année 1639. 

»MoN Cousin 

Le tesmoignage, que vous m'avés donné de vostre 
bienveuillance par la lettre, que le Sieur Bailly de Fourbin 
vostre Ambassadeur m'a rendu de Vostre part, m'a esté 
d'autant plus agréable, que je n'en pouvois recevoir meil- 
leure preuve, que par le présent, que vous m'aves faict de 
la relicque de Saincte Anne, du nom de laquelle me tenant 
très honoré, je dois aussi révérer tout ce qui faict part d'une 
Saincte, qui a mérité la grâce et l'honneur d'estre Mère 
de la tressacrée Vierge; vous priant de croire, que la bonne 
volonté, avec laquelle je recognois, que vous m'avés offert 
cette précieuse devocion, me sera toujours si considérable, 
que je m'employerai pour ce qui regardera voste contente- 
ment, et le bien de vostre Ordre, avec toute l'affection, que 
vous pouvés promettre de moy, qui suis de bon coeur 

A Sainct Germain, ce XVII Avril, 1639, 

Votre bonne Cousine Anne.« 

Ibidem, n" 339, p. 350. Année 1644. 

»MoN Cousin 

Le Sieur Bailly de Villeneufve m' ayant tesmoigné sur 
l'occasion de la grande perte, que j'ay faite, en la mort du 
feu Roy Monseigneur et Père, les sentiments de Vostre 
douleur procédant d'une recognaissance de ses bien faits, 
dont il avait continuellement favorisé la Religion; ces tes- 
moignages d'affection, que vous faites encore passer en ma 
personne, servent beaucoup à ma consolation, et les prières, 
les voeux, et les autres debvoirs de piété, que vous lui 
avez rendus soigneusement, avec les souhaits de prospérité 
et de bénédiction que vous faites pour Mon Reigne, m'engagent 
particulièrement a continuer le dessein, que j'ay pris, de 
donner ma protection à l'Ordre, le quel depuis qu'il est 
soubs votre conduite semble avoir renovellé la vigueur. 



APPENDICE. 391 

et mérité par tant d'illustres actions, qui se sont faictes 
pour la défense de la foy de Jésus Christ, toutes sortes de 
grâces et de faveurs. Aussi devez vous croire, que je leur 
feray sentir les effects de ma bonne volonté en toutes les 
occasions, qui se persenteront, soit pour le gênerai, soit 
pour le particulier, ainsy que j'ay chargé ledict Sieur de 
Villeneufve de vous en asseurer; auquel me remettant, je 
prieray Dieu, qu'il vous ait, Mon Cousin, en sa saincte et 
digne garde. 

Escrit à Paris, le 22 jour de Mars, 1644. 

Louis. « 

Ibidem, n» 340, p. 351, Année 1644. 

»MoN Cousin. 

Entre tous tesmoignages, que les Princes Amis et Alliez 
de cette Couronne m'ont rendu de l'affliction, qu'ils ont 
ressenty de l'inestimable perte, que ce Royaume a souffert 
de la personne du feu Roy Monseigneur, de très auguste 
et éternelle mémoire, Je tiens celuy, que vous m'en avez 
encor novellement donné, par ce que le Sieur Bailly de 
Villeneuve vostre Ambassadeur extraordinaire m'a dit de 
vostre part, ensuite de la lettre, que vous m'avez escrit sur 
ce subject, d'autant plus véritable, que les continuelles 
marques de vostre sincérité, ainsy que d'asseurance, que 
vous la conserverez semblable pour le Roy Monsieur Mon 
fils; des bonnes inclinations duquel ayant tout subject 
d'espérer, qu'il egallera les grandes et royalles vertus de 
son Père, j'estime vous pouvoir asseurer, qu'il n'aura moindre 
bienveuillance pour vous et pour le bien et accroissement de 
vostre Ordre, qui m'est en si forte considération, que les 
occasions que j'auray de le vous faire aussy effectivement 
cognoistre, que je le désire, m'apporteront beaucoup de 
consolation. Ce qu'ayant prié ledit Sieur Bailly vostre Am- 
bassadeur de vous expliquer encor plus particulièrement, 
je me contenteray de vous dire, qu'il s'est si prudemment 
acquité de la charge, que vous luy avez commis, qu'il 
mérite bien la continuation de vostre confiance ; de la quelle 
estant très digne, je vous prie de la luy vouloir conserver, 
avec parfaite croyance, que je suis, 

A Paris, le 19 Mais, 1644. 

Vostre bonne Cousine 

Anne.« 



392 L'ORDRE DE MALTE. 

XXIII. 

LE GRAND-PRIEURÉ DE RUSSIE. 

Archives I'" et W^ (Vienne). — Acta ntssica (A. 1797). 

Dépêche du Comte de Cobenzl (S* Pétersbourg, le 
29 janvier 1798) au Baron Thugut, accompagnant la copie 
(Nr. 7) du traité passé à S* Pétersbourg, le 4/15 janvier 1797, 
entre la Russie et l'Ordre de Malte, auquel ont signé 
pour l'Empereur, le Comte de Besborodko et le prince 
Alexandre Kouraldn, et, pour le grand-maître, Fr. Jules 
René Bailli Comte de Litta, ministre plénipotentiaire de 
l'Ordre à S* Pétersbourg. 

Traité. — Art. 1^^'. L'Empereur approuve, confirme et 
ratine pour lui et ses successeurs à perpétuité de la manière la 
plus ample et solennelle T établissement de V Ordre de MaltJie 
dans ses Etats. — Art. 2. L'Empereur accorde à l'Ordre 
comme indemnité de ses pertes en Pologne la somme an- 
nuelle de SOO.OOO fl. de Poïofjne, laquelle sera perçue et 
distribuée par l'Ordre suivant le mode établi dans les articles 
suivants. — Art. 3. La trésorerie d'état payera les 300.000 il. 
en deux termes, le 30 juin/11 juillet, et le 31 décem- 
bre/11 janvier de chaque année. — Art. 4. Cette somme, exempte 
à perpétuité de toute retenue quelconque et impôt ordinaire 
et extraordinaire, formera la fondation et les revenus de 
l'établissement de l'Ordre dans les Etats de l'Empereur, le- 
quel portera la dénomination de grand prieuré de Ilussie. — 
Art. 5. Ce grand prieuré sera composé de la dignité de grand 
prieuré et de dix commanderies : les revenus respectifs seront 
distribués chaque année de la manière suivante: le grand 
prieuré aura soixante mille iiorins de Pologne. La première 
et la seconde commanderie trente mille chacune; la troit^ième 
et la quatrième commanderie vingt mille chacune; la cin- 
quième et les suivantes quinze mille chacune. — Art. 6. 
Le grand prieur payera annuellement au Trésor de l'Ordre, 
à titre de respensions douze mille florins de Pologne; toutes 
les commanderies paieront annuellement leurs responsions 
respectives: la 1^^^ ^t la 2% 6000 ch.; la 3^ et 4% 4000 ch; 
les autres, 1500 fl. ch. Ces sommes seront prélevées sur 
les 300.000 fl. par le Ministre - receveur résidant dans 
l'empire de Russie. — Art. 7. Pour la légation permanente 
de l'Ordre, il est assigné une somme annuelle de 20.000 fl., 
comme traitement du ministre et receveur de l'Ordre de 
Malthe en résidence, et en outre la somme annuelle de 



APPENDICE. 393 

douze mille il. pour l'entretien de la chapelle et des archi- 
ves, et pour les honoraires des officiers du grand prieuré 
et du ministre. — Art. 8. Les dix-huit mille florins restants 
pour compléter les 300.000 il. sont destinés à subvenir an- 
nuellement aux autres frais qui auront lieu à Malthe rela- 
tivement au grand prieuré de Russie. — Art. 9. L'Ordre 
sera mis en jouissance de ses revenus à compter du 
1^^ janvier 1797, et la totalité de la somme de 300.000 il. 
de cette première année et la somme des 4 premiers mois 
de l'année 1798 seront versés en entier dans le trésor 
commun de l'Ordre, à titre de dédommagement des frais 
de sa mission extraordinaire à S* Pétersbourg, et des pre- 
mières dépenses nécessaires pour. l'établissement de l'Ordre 
dans l'empire de Russie, et par conséquent le grand prieur 
et les commandeurs qui seront nommés commenceront à 
jouir de leurs revenus respectifs depuis le 1®^' mai 1798. — 
Art. 10. La dignité du grand prieuré de Russie, de même 
que les commanderies qui en dépendent ne pourront jamais 
sous aucun titre être conférées qu'aux sujets de son empire 
susceptibles d'être admis dans l'Ordre. — Art. 11. L'Em- 
pereur accorde à l'Ordre une pleine liberté d'établir et 
suivre dans ses nouvelles institutions dans l'empire de R. le 
régime qui lui est propre, admet et prend sous sa protection 
spéciale l'exécution des statuts et règlements adoptés pour 
son administration intérieure. 

Art. 12. L'Empereur, désirant en outre que l'illustre Ordre 
de Malthe ainsi établi en Ptussie, ait dans les Mats de V Empire 
la même considération et splendeur dont il jouit dans les autres 
Etats de V Europe, et sachant que rien ne saurait plus contribuer 
à cet important objet que la stricte observance des lois et statuts 
de l'Ordre, ordonne que tous les individus qui composent et 
composeront à l'avenir ledit grand-prieuré de Russie s'y con- 
forment exactement et remplissent les devoirs prescrits par 
les constitutions et règlements de l'Ordre de Malthe^ soit pour 
lenr réception respective^ soit pour tous les autres objets relatifs 
à leur état. — Art. 13. L'Empereur portera d'autant plus 
d'intérêt et d'attention à l'exécution du précédent article, 
qu'il sait que les devoirs des chevaliers de Malthe 
prescrits par les sages constitutions de l'Ordre 
sont toujours inséparables de ceux que tout fidèle 
sujet a contractés envers sa patrie et son souve- 
rain. — Art. 14. La réception et les preuves de noblesse 
se feront selon l'usage établi et pratiqué dans le ci-devant 
grand prieuré de Pologne, de même que les droits de 



394 L'OEDEE DE MALTE. 

passage seront payés suivant la taxe fixée dans ledit grand 
prieuré. — Art. 15. Les Chevaliers accompliront exactement 
les devoirs de caravanes ordinaires et la résidence éventuelle à 
Malthe. — Art. 16. A la mort de chaque commandeur ou 
chevalier profès dans l'Ordre, sa dépouille, aux termes des 
statuts, appartiendra au commun trésor de Malthe, et le 
procureur général ou l'agent de l'Ordre nommé à cet effet 
sera chargé de la recueillir. — Art. 17. Le droit d'ancienneté 
et la capacité statutaire régleront la collation des comman- 
deries. — Art. 18. Le grand-maître aura, comme dans tous 
les autres prieurés, le droit de conférer une commanderie 
de grâce tous les cinq ans, lorsque dans cet intervalle il 
y en aura une de vacante. Cette commanderie paiera 
l'annate et autres droits fixés dans les collations magistrales. 
La collation ne pourra être faite qu'à un individu du grand 
prieuré de Russie. — Art. 19. Tout chevalier ne pourra 
avoir qu'une seule commanderie. — Art. 20. Il est fait 
exception pour les commanderies de grâce aux règles 
d'ancienneté et de commanderie unique. — Art. 21. Les 
commanderies seront assujetties aux droits de mortuaire et 
du vacant. — Art, 22. Les rentes de commanderies vacantes 
seront versées au commun trésor de l'Ordre. — Art. 23. 
L'Empereur approuve, confirme et ratifie toutes les com- 
manderies dites de famille ou de jus patronatus déjà insti- 
tuées en Pologne, avec toutes les conditions et clauses s'y 
référant. — Art. 24. L'Empereur accorde dès à présent une 
fois pour toujours la permission et sanction impériales pour 
toutes les fondations à venir de commanderies de famille 
ou de jus patronatus, qui seront intitulées d'après le nom 
des familles fondatrices. — Art. 25. Le G. P. de E,. tiendra 
au chef-lieu de sa résidence les assemblées capitulaires et 
particulièrement celle fixée au 23 juin veille de la fête de 
S* Jean Baptiste patron de l'Ordre. Le vénérable chapitre 
reconnaîtra et dirigera toutes les affaires du G. P. qui sont 
de son ressort, tiendra registre de ses délibérations, et fera 
à Malthe la communication requise. — Art. 26. Le Ch. 
sera présidé par le Grand Prieur et en son absence par le 
plus ancien commandeur. — Art. 27. Les délibérations 
auront lieu conformément aux Statuts. — Art. 28. Le 
ministre-plénipotentiaire de Malthe dans l'emp. de Russie 
y sera, en qualité de procureur général du g-m., du sacré 
conseil et du commun trésor, rapporteur né de toutes les 
affaires qui y seront décidées à la pluralité des voix en 
observant qu'en cas de parité le Gr. P. en aura deux pour 



APPENDICE. 395 

la décision. Tontes les affaires disentées et décidées selon 
les termes des statnts, contnmes et privilèges de l'Ordre, 
anront lenr eiïet sans délai, et lorsqn'elles sortiront de 
l'ordre ordinaire, les résolntions devront être envoyées à 
Malthe avant d'être exécutées. — Art. 29. Tous les Cheva- 
liers de l'Ordre qui seront à portée seront tenus d'assister 
aux chapitres où ils auront voix déliberative et prendront 
séance selon leur rang et ancienneté, et suivant les règle- 
ments capitulaires de l'Ordre; les chevaliers novices assisteront 
aux chapitres sans voix déliberative. — Art. 30. Les com- 
mandeurs de famille auront voix consultative en général 
et voix déliberative sur des objets relatifs aux Comm. 
patronales. — Art. 31. Il sera donné aux chevaliers qui 
seront en même temps dans le service militaire ou civil de 
l'empereur, des permissions de s'absenter afin de remplir 
les devoirs de leur ordre. — Ai't. 32. L'empereur et le 
grand-maître fixeront d'un commun accord l'uniforme des 
Chev. du G. P. — Art. 38. Le G. P. et les Commandeurs 
porteront la croix en sautoir; tous les autres chev. la jjetite 
croix à la boutonnière. — Art. 34. Les Chevaliers hono- 
raires (croix de dévotion ou de grâce) porteront la petite 
croix à la boutonnière et ne pourront porter l'uniforme 
qu'avec la permission de l'Empereur et du grand-maître. — 
Art. 35. Les Chevaliers honoraires en Russie feront en- 
registrer leurs titres de nomination à la chancellerie du 
grand-prieuré de Russie. — Art. 36. L'Empereur reconnaît 
à V Ordre tous les privilèges^ prérogatives et honneurs dont cet 
Ordre illustre jouit ailleurs et qu'il tient de la considération 
et affection des autres souverains. — Art. 37. Les ratifications 
et échange de ratifications auront lieu dans les quatre mois. 
Fait à S* Petersbourg le 4/15 janvier 1797. 

signé Alexandre C*^ de Fr. Jules René 

BeSBORODKO Bailli Comte de Litta. 

Le Prince Alexandre Kourakin 

L'Art l'"^ séparé est relatif aux arrérages dus à l'Ordre 
de-imis 1788 (aux termes du traité de 1785) jusqu'à 1793. 
L'Art. 2 séparé est relatif au même objet. L'Art. 3 séparé 
incorpore le g. p. de Russie comme l'ancien prieuré de 
Pologne à l'ancienne langue d'Angleterre remise en activité. 
L'Art. 4 séparé fixe la valeur du florin dans le traité à 
25 copecks de Russie. 



396 L'ORDRE DE MALTE. 

XXIV. 

REDDITION DE MALTE AUX FRANÇAIS. 

L'acte de capitulation reçut le nom de Convention^ sur la 
dictée de Bonaparte qui ajouta en s'adressant aux négocia- 
teurs : »P«r respect pour l'iionneur chevaler€sque« . Il fut rédigé 
sous la médiation de S. M. le roi d'Espagne. En voici la teneur. 

Convention arrêtée entre la République française, re- 
présentée par le général en chef Bonaparte d'une part, et 
l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, représenté 
par M. M. le bailli de Torio Frisari, le commandeur de 
Bosredon-Ransijat, le baron Mario Testaf errata, le directeur 
Nicolas Muscat, l'avocat Benedetto Schembri et le conseiller 
Bonanno, de l'autre part; et sous la médiation de Sa Majesté 
catholique, le roi d'Espagne, représentée par le chevalier 
Filipe Amati, son chargé d'affaires à Malte. 

Article 1®^'. Les chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de 
Jérusalem remettront à l'armée française la ville et les forts 
de Malte : ils renoncent, en faveur de la République Fran- 
çaise, aux droits de souveraineté et propriété qui'ils ont, 
tant sur cette île que sur les îles de Malte, du Gozzo et 
du Comino. 

Article 2. La République emploiera son influence au 
congrès de Radstadt pour faire avoir au grand maître, sa 
vie durant, une principauté équivalant à celle qu'il perd, et, 
en attendant, elle s'engage à lui faire une pension annuelle 
de trois cent mille francs; il lui sera donné, en outre, la 
valeur de deux années de ladite pension, à titre d'indemnité 
pour son mobilier. Il conservera pendant le temps qu'il 
restera à Malte les honneurs militaires dont il jouissait. 

Article 3. Les chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de 
Jérusalem qui sont français, actuellement à Malte, et dont 
l'état sera arrêté par le général en chef, pourront rentrer 
dans leur patrie, et leur résidence à Malte leur sera comptée 
comme une résidence en France. 

Article 4. La République Française fera une pension 
de sept cents francs aux chevaliers français actuellement 
à Malte, leur vie durant. Cette pension sera de mille francs 
pour les chevaliers sexagénaires et au-dessus. 

La République Française emploiera ses bons offices 
auprès des Républiques Cisalpine, Ligurienne, Romaine et 
Helvétique, pour qu'elles accordent la même pension aux 
chevaliers de ces différentes nations. 



APPENDICE. 397 

Article 5. La République Française emploiei"a ses bons 
offices auprès des autres puissances de l'Europe, pour qu'elles 
conservent aux chevaliers de leur nation l'exercice de 
leurs droits sur les biens de l'Ordre de Malte situés dans 
leurs états. 

Article 6. Les chevaliers conserveront les propriétés 
qu'ils possèdent dans les îles de Malte et du Goze, à titre 
de propriété particulière. 

Article 7. Les habitants des îles de Malte et du Goze 
continueront à jouir, comme par le passé, du libre exercice 
de la religion catholique, apostolique et romaine. Ils con- 
serveront les propriétés et privilèges qu'ils possèdent. Il ne 
sera mis aucune contribution extraordinaire. 

Article 8. Tous les actes civils passés sous le gouver- 
nement de l'Ordre seront valables et auront leur exécution. 

Fait double, à bord du vaisseau rOne^?i, devant Malte, 
le 24 prairial au VI de la République Française (12 juin 1798). 

Signé: Bonaparte; le commandeur Bosredon-Ransljat; 
le baron Mario Testaeerrata; le docteur G. Nicolas Muscat; 
le docteur Benedetto Schembri; le conseiller V. F. Bonanno; 
le bailli de Torio Frisari; sauf le droit de suzeraineté qui 
appartient à mon souverain comme roi des Deux-Siciles, le 
chevalier Amati. 



XXV. 

LE CAS HOMPESCH. 

D'après les documents qui suivent, empruntés aux 
recueils officiels ou aux copies faites aux Archives P®^ et R^^^ 
(Vienne), on sera en situation de prononcer sur les fautes 
de l'Ordre et de ses derniers grands-maîtres, et sur le fait 
même de la prise de Malte par les Français en 1798, au 
point de vue politique. 

Nous reproduisons d'abord nos emprunts à Vivenot et 
à Hûffer. 

Vivenot, Zur GescMchte des Bastadter Congresses (1797 — 1799). 

P. 186. no 50. Thugut à Dietrichstein. Vienne, 7 juillet 1798. 
. . .Nous ne parlerons pas ici des vastes projets d'ini- 
quité et d'horreur qu'annonce l'expédition gigantesque de 



398 L'ORDRE DE MALTE. 

Bonaparte, et dont déjà le premier résultat, selon diffé- 
rentes lettres d'Italie, aurait été l'envahissement de l'île 
de Malte ... 

P. 193. n° 52. Cobenzl à Dietrichstein, Vienne, 
17 juillet 1798. 

... Ce fut dans cet intervalle que le télégraphe établi 
entre Paris et Strasbourg nous donna la douloureuse et 
étonnante nouvelle de la prise de Malte . . . 

P. 198. n*^ 54. Cobenzl à Dietrichstein. Vienne, 
17 juillet 1798. 

. . .Non content de la perfidie, avec laquelle ils ont 
conçu et exécuté leur entreprise sur Malte, les Français . . . 

P. 198. 11° 55. Cobenzl à Dietrichstein. Vienne, 
17 juillet 1798. 

. . .La nouvelle de la prise de Malte ne s'est mal- 
heureusement que trop confirmée. Vous en aurez vu des 
détails dans les feuilles publiques: elles portent que Bona- 
parte a assuré au grand-maître une principauté en Alle- 
magne; c'est ainsi que les Français disposent du bien d'autrui 
et s'attachent surtout à anéantir l'Empire germanique. . . . 

P. 199. n" 56. Cobenzl à Besborodko. Vienne, 
17 juillet 1798. 

. . .Faut-il sanctionner ... la prise de Malte?. . . 

P. 203. 11° 58. Instruction pour Cobenzl.. Vienne, 
24 juillet 1798. 

... Ce que les Français ont exécuté contre . . . , contre 
Malte..., attaque directement ce à quoi il (l'empereur 
Paul L^^) a marqué le plus grand intérêt. 

P. 223. n° 62. François II à Paul P^. Vienne, 
23 juillet 1798. 

. . . Faut-il que les Français restent maîtres de Malte . . . 
outre ce que la flotte de Bonaparte va peut-être encore 
leur asservir? 

P. 244. 11° 72. Thugut à Cobenzl. Vienne, 11 novembre 1798. 

... Ce qui ne nous a pas causé moins d'étonnement, 
c'est la découverte que nous avons faite par des voies non 
suspectes, que le marquis de Circello (Amb. de Naples) 
avait été muni d'instructions secrètes, pour chercher à faire 
garantir par l'Angleterre au roi de Naples la possession de 
Corfou et des autres îles ex-vénitiennes, étant autorisé 
d'offrir en tout cas l'île de Malte à la cour de Londres. 
Certes la cour de Naples ne pouvant méconnaître l'intérêt 



APPENDICE. 399 

que S. M. doit prendre nécessairement an sort fntnr des 
îles ex-vénitiennes, ni ignorer non plus la protection liaute- 
ment déclarée de S. M. P® de toutes les Russies en faveur 
du rétablissement de l'ordre de Malte, l'on n'aurait guère 
dû prévoir qu'elle s'imaginerait autorisée à disposer de ces 
possessions secrètement et sans en avoir prévenu même les 
deux cours Impériales. Heureusement l'Angleterre . . . non 
seulement a évité d'entrer en discussion sur le sort futur 
de Malte. . . 

P. 336. n° 91. Etats de l'empire c[ui perdent leur pos- 
sessions territoriales par la cession de la rive gauche du Rliin. 

Etats ecclésiastiques. C. Du Cercle du E-liin. L'Ordre 
de Malte, ses possessions de la rive gauche. 

P. 340. no 92. Projet de la chancellerie d'état 
Tous les ecclésiastiques qui perdent leurs possessions 
sur la rive gauche du Rhin, sans que la France se soit 
chargée de leur entretien, sont qualifiés à recevoir des 
pensions. 

Hermann Hliffer, Der rastaUer Congress^ II. p. 109. 

Le 30 août 1798 fut conclu à Constantinople un traité 
d'alliance provisoire entre la Turquie et la Russie, suivi du 
manifeste de guerre ottoman du 1^'' septembre . . .Le S septembre 
une flotte russe passa de la mer noire dans le Bosp)liore; elle 
se réunit à une flotte turcjue et commença le 1^'' octobre sa cam- 
pagne contre les îles de l'Archipel et du Levant occupées un an 
auparavant par l^onaparte. Cerigo fut prise le 11 octobre. Zante 
le <24, puis, le 4 novembre commença le siège de l'île importante 
et bien fortifiée de Corfou (Miliutin, L, 74 f, 878 f.) 

Ibidem. I, p. 380—392. 

Historien imjDartial, nous analysons ici quelques aperçus 
de cet écrivain prussien très-hostile à la France, sur la 
prise de Malte ^). 

»Le plan de Bonaparte était de conserver à la France 
la domination de la Méditerranée. Le possession de l'Egypte 
comme colonie était un moyen d'action contre l'Angleterre 
aux Indes. On espérait s'entendre avec la Turquie. La 
possession de Malte était nécessaire, afin de tenir en respect 
les Russes et les Anglais «. 



') C. Correspondance de Napoléon, IV, 475, 222, 117, 177, 254, 
m, 435. — Correspondance de Joseph, I, 189. — Lehrbach à Thugut, 
17 avril, 18 juin, 3 et 7 juillet (Arch. J'" de Vienne). 



400 L'ORDRE DE MALTE. 

L'auteur ajoute: 

»Une direction forte et habile aurait seule pu sauver 
l'Ordre au milieu de tous les dangers qui menaçaient son 
existence. Par malheur ce fut ce qui manqua le plus. Une 
ancienne prophétie avait annoncé la perte de Malte sous 
un grand-maître allemand: ce qui est certain, c'est que 
jamais jusqu'alors il n'y avait eu d'Allemand à la tête de 
l'Ordre. Les Chevaliers de Langue allemande ne recher- 
chaient même pas cet honneur; ils n'étaient pas nombreux 
proportionnellement aux autres Langues, parce que l'Ordre 
Teutonique attirait de préférence la noblesse germanique; 
ils résidaient rarement dans l'île. Ce qu'ils ambitionnaient, 
c'étaient les bailliages d'Allemagne et de Bohême, et sur- 
tout le prieuré de Heitersheim qui donnait la dignité de 
prince du Saint-Empire, Et maintenant, dans ces temps de 
troubles, trois jours après la mort de Rohan, un gentil- 
homme rhénan, Ferdinand de Hompesch fut élu grand- 
maître. Il semble avoir sollicité cette charge, moins par 
ambition personnelle que sur le conseil d'autres qui vou- 
laient régner sous son nom. Les Langues d'Allemagne et 
de Bavière se laissèrent gagner par sa nationalité, celle de 
France en partie par ses promesses, en partie aussi par 
l'espoir que sous . sa direction la ruine de l'Ordre ne serait 
que plus certaine (Ceci est une belle et bonne infamie, 
dénuée de preuves!). Bientôt son incapacité, sa faiblesse se 
révélèrent si visiblement, que ce choix sembla devoir justi- 
fier après coup l'exclusion constante des Allemands de la 
dignité suprême. Et non seulement la misère, mais aussi 
le péril croissait de jour en jour, depuis que la flotte fran- 
çaise commandait la Méditerranée. Les énormes armements 
de Toulon et des ports italiens auraient dû éveiller l'atten- 
tion des plus myopes. Les avertissements les plus pressants 
ne manquèrent pas, en particulier de Rastatt (?). Tout fut 
inutile. Le grand-maître n'osait même pas communiquer 
ces nouvelles, de peur qu'elles ne rendissent plus grands la 
désunion et l'esprit de désobéissance, et même ce qui se 
passait sous ses yeux ne put le tirer de son inaction. (Ici 
le récit de la reconnaissance de l'amiral Brueys, le 3 mars, 
et du départ de Brueys pour Toulon). Le 10 mars, Hom- 
pesch triompha dans une lettre à son Envoyé à Rastatt. 
(Le 9 juin, Bonaparte arrive devant Malte et l'auteur refait 
le récit d'après les sources connues; il dit que Hompesch 
perdit la tête et ne nous apprend rien en dehors du rabâ- 
chage qui est de mode sur cette question, de même que 



APPENDICE. 401 

les accusations de trahison contre tous ou presque tous les 
Chevaliers de Langue française, pour expliquer un fait 
historique voulu, après les fautes de l'Ordre livré par Rohan 
et Hompesch à la coalition anglo -russo -germano -turque 
contre la France, ainsi que l'établissent les documents ori- 
ginaux que nous publions, et devenu infidèle à la mission 
de sa fondation en prenant parti dans les luttes de la 
chrétienté, sans avoir même pour excuse qu'il se serait fait 
le champion de la Foi catholique contre les protestants, 
les schismatiques grecs ou les musulmans. Le fait historique 
est cependant bien simple. Si Malte n'avait pas été occupée 
par les Français, elle l'aurait été par la flotte russe con- 
voyée par les vaisseaux turcs dans la Méditerranée, dès le 
1®^ septembre 1798, comme elle le fut en 1800, à la suite 
de la journée d'Aboukir (l'^^ août 1798) et l'est encore par 
l'Angleterre. La neutralité invoquée contre Bonaparte n'était 
plus qu'une fixion, puisque l'Ordre s'était mis sous le pro- 
tectorat de la Russie, depuis 1785, et que la Russie était 
en guerre avec la France. Hompesch aurait pu traiter rela- 
tivement à l'occupation française et sauver ainsi l'Ordre 
et son indépendance, mais il n'était plus temps d'empêcher 
Bonaparte de prendre position à Malte, où il arrivait avant 
la flotte de Nelson lancée à sa poursuite, et avant la flotte 
russo -turque. Tout simulacre d'une résistance impuissante 
était une faute qui devait coûter dès lors à l'Ordre la 
possession de Malte, dont l'Angleterre ne se dessaisira plus, 
mais dont la France avait alors besoin comme base d'opé- 
rations contre les Anglais, les Russes et les Turcs coalisés. 
Ce même Hermann HûfPer, II, p. 121 et s., nous confirme 
encore dans cette manière de voir, quand il nous apprend 
que le port de Naples était resté fermé en avril 1798 à la 
flotte de Nelson, mais qu'un traité d'assistance et de garantie 
entre l'Autriche et Naples avait été définitivement signé 
et ratifié le 31 juillet; que la Reine de Naples poussait à 
la coalition contre les Français, contre lesquels sa haine allait 
jusqu'-â la frénésie, selon un rapport de Daunou à La Réveillière 
Lépeaux, en date de Rome, le 15 juin, tandis que le Roi 
n'était pas beaucoup moins malveillant ; que, le 1^^ août, 
aussitôt après le départ de Malte de Bonaparte, Nelson 
avait vu s'ouvrir devant ses vaisseaux les ports napolitains 
et siciliens, car, avant même qu'il; eût gagné la bataille 
d'Aboukir, on lui en adressait la nouvelle officielle, et 
c'est ensuite de Naples que Nelson fit voiles pour com- 
mencer le long blocus de Malte, le 15 octobre 1798; 



SALLES : L'ORURK DE MALTE. 



26 



402 L'ORDRE DE MALTE. 

qu'enfin le manifeste de guerre du Eoi de Naples du 
24 novembre, quoique par un artifice diplomatique, il soit 
dirigé contre la République romaine, vise uniquement la 
France, en s'étayant en partie sur la prise de Malte). 

Vivenot op. cit. dit p. XI : 

»En novembre 1796, la mort de la tsarine Catherine 
avait non seulement relâché, mais détruit les relations 
étroites de l'Autriche avec la Russie. A S* Pétersbom^g 
commença un régime vraiment insensé. La politique russe 
qui s'était auparavant signalée par de hautes visées et une 
direction ferme, devint aussi mesquine qu'hésitante, et dé- 
pendante uniquement des caprices d'un despote à la fois 
à peu près fou et méchant, dont la passion indisciplinable 
devint également dangereuse pour ses amis et ses ennemis. « 

Ibidem, p. 153, N° 34. Thugut à Starhemberg. Vienne, 
17 mars 1798. 

. . . »I1 serait de la plus grande importance que l'Angle- 
terre pût envoyer au plus tôt une escadre dans la Médi- 
terranée, sans quoi il n'est que trop à craindre que Naples 
ne succombe par son découragement à la première attaque. « 
Il demande le plus profond secret sur ces ouvertures. 

Ibidem, p. 175, N" 42. Cobenzl à Dietrichstein. Vienne, 
27 avril 1798. 

. . . »De tous les sacrifices auxquels l'empire des cir- 
constances a obligé S. M., celui des îles vénitiennes du 
Levant entre les mains des Français a été le plus douloureux, 
et les conséquences funestes qui en résultent ne lui ont 
nullement échappé. Cet objet doit fixer l'attention toute 
particuhère de tous ceux qui peuvent contribuer au succès. 
En envoyant une escadre dans la Méditerranée et en se 
concertant avec nous, l'Angleterre pourrait aisément re- 
prendre ces îles sur les Français, qui n'y ont point de 
moyens de défense bien considérables. Nous nous flattons 
que S. M. Impériale de toutes les Russies voudra bien con- 
tribuer par ses démarches à Londres, à engager le cabinet 
britannique à s'occuper essentiellement des mesures à prendre 
pour cet objet.« 

Ibidem, p. 190, N° 50. Thugut à Dietrichstein. Vienne, 
7 juillet 1798. 

. . . »La facilité et la promptitude magnanimes, avec 
lesquelles la Russie a consenti en dernier lieu à fournir le 
contigent stipulé par son alliance avec l'Angleterre ... « 



APPENDICE. 403 

Ibidem, p. 212, N" 58. Instruction pour Cobenzl (de la 
main de Cobenzl). Vienne, 24 juillet 1798, 

. . . »I1 n'épargnera aucun moyen pour persuader Paul I^"* 
de l'éminence du danger général que partage sans contredit 
la Russie, pour augmenter son ressentiment contre les Fran- 
çais. . . D'après les liaisons de la Russie avec l'Angleterre, 
il est possible que Paul I®^ appuie la prétention du ministère 
britannique pour la satisfaction de la trop fameuse convention 
des 1,600.000 £. . . .11 convient d'ailleurs beaucoup plus à 
S. M. de terminer directement avec l'Angleterre tout ce qui 
a rapport à des secours pécuniaires, pour ne pas donner à 
la Russie l'envie de les partager... « 

Ibidem, p. 234, N» 66. Thugut à Cobenzl. Vienne, 
19 août 1798. 

. . . »La destination permanente d'une escadre d'une 
force suffisante pour faire la guerre avec succès, nous 
espérons que la Russie, vu le généreux intérêt qu'elle 
prend à la cause générale, voudra bien s'unir à nous pour 
obtenir de la cour de Londres une promesse positive à ce 
suj et ... « 

Ibidem, p. 245, N° 72. Tb. à C. Vienne, 11 novem- 
bre 1798. 

. . . »Ainsi S. M. ayant promis de ne poser les armes, 
en cas de guerre, que conjointement avec la cour de Naples, 
celle-ci prenant le même engagement avec la cour de Lon- 
dres, laquelle, de son côté, a contracté ou va contracter 
la même obligation, il en résulterait que nous nous trou- 
verions, par le fait et sans accord direct de notre part avec 
l'Angleterre et la Porte; dans la nécessité de continuer la 
guerre aussi longtemps qu'il plairait aux Turcs et à la cour 
de Londres. . . « 

Ibidem, p. 279, N» 81, Tb. à C. Vienne, 24 janvier 1799. 

. . . » J'ai eu ordre de déclarer officiellement à M. le 
Comte de Rasumowsky: que S. M. était fermement décidée 
à reprendre les armes et à recommencer les hostilités^ aussitôt 
que la saison le permettrait, et qu'on serait convenu entre 
les alliés d'un concert plus positif pour l'ensemble des 
opérations, sans lequel il est impossible d'en espérer le 
succès. . . Fourpuoi avertir l'ennemi d'avance des coups qii'on 
se propose de lui porter?. . . Les secours pécuniaires de l'Angle- 
terre sont comme un contingent dû de sa part à la masse com- 
mune des moyens à employer contre V ennemi. a 

26* 



404 L'OEDEE DE MALTE. 

Ibidem, p. 289, N° 83. Th. à C, Vienne, 31 janvier 1799. 

...S. M. persiste irrévocahlement dans Ja détermination 
communiquée par la dépêche du 24:: sous la réserve du 
secret. . . 

Ensuite nous donnons textuellement, avec les fautes de 
rédaction, les pièces ou fragments de pièces qu'il nous a 
été permis de copier dans les fascicules de Malte et des 
Acta russica, aux Arcliives. Nous suivrons l'ordre chrono- 
logique. 

Archives J'^' et B}'' de Vienne. Malte, G. 8. — Herber- 
stein, ministre plénipotentiaire de l'Ordre de Malte, au 
Baron Thugutt, ministre des affaires étrangères. 

. . .Les pertes immenses et incalculables que l'O. de 
M. a fait en France, celles qu'il vient déssuj^er par l'enva- 
hissement des Païs-bas, d'une partie de l'Allemagne et de 
l'Italie, l'ont mis désormais dans la nécessité absolue et 
impérieuse, d'adopter un sistéme, qui, ne s'écartant nulle- 
ment du principe fondamental de neutralité essentiel à 
l'Ordre, est l'unique moyen inséparablement lié à son 
existence; c'est celui de réclamer du gouvernement françois 
la restitution des biens de l'Ordre, et de demander que les 
français, membres de l'Ordre ne soient plus considérés 
comme émigrés . . . 

Vienne, 27 août 1796. 

Malta, G. 7. — Hompesch à François II. Malte, 
17 juillet 1797. 

Lettre de Hompesch à l'Empereur, dans laquelle il 
rappelle qu'il a été ministre de Sa Majesté P® et E,^® et 
notifie son élection d\me voix unanime. Signée Fr. Ferdinand 
de Hompesch. 

Même notification en italien. Malta, 18 Luglio 1797. 
Signature, Fr. Ferdinando de Hompesch, Il gran maestro 
deir Ospedale, del S° Sepolcro di Gerlemme di S* Antonio 
Viennse. 

Copie de la 1-^ lettre. Malte, 7 août 1797. 

Notification de la création du grand-prieuré de Russie 
à Malte. 

»SlEE, 

Je me fais un devoir de donner part à Votre Majesté 
Impériale et Royale qu'ayant communiqué au Conseil 
suprême de mon Ordre le Traité signé à Pétersbourg entre 



APPENDICE. 405 

les pléinpotentiaires de cette cour et notre ministre le bailli 
Comte de Letta pour l'établissement d'un grand-prieuré de 
Russie à Malte, à la place du grand-prieuré de Pologne, 
ce traité qui sous tous les rapports nous est très honorable 
et avantageux, a été sanctionné et ratifié d'une voix una- 
nime. Dès que j'aurai appris l'échange des ratifications, je 
commettrai au commd^' Comte Charles d'Herberstein, notre 
ministre plénipotentiaire auprès de Votre Majesté Impériale, 
l'honneur de lui en présenter un exemplaire. En attendant 
je recommande à ce ministre de lui fournir tous les éclair- 
cissements qu'Elle pourra désirer sur cette importante opé- 
ration, que je la supplie de vouloir bien approuver, par 
une suite de l'intérêt qu'Elle daigne prendre à tout ce qui 
regarde mon Ordre. 

Etc. 

Malte, 7 août 1797. 

fr. FERDINAND DE HoMPESCH.« 

Malta, G. 7. — Hompesch à Thugut. 17 juillet 1797. 
Signification de son élection. 

. . .J'ose me flatter que S. M. I. et R. ne permettra 
jamais qu'on touche à l'état de neutralité et d'indépendance 
dont Malte a joui jusqu'ici... (Il demande des indemnités 
pour les pertes subies par l'Ordre). 

It. P^mars 1798. 

Il invoque l'intervention dans le même sens au Congrès 
de Rastadt et fait ressortir » combien il est important que 
l'île de Malte reste, telle qu'elle a été jusqu'à présent, dans 
les mains d'un ordre militaire hospitalier, dont les devoirs 
les plus chers et les plus sacrés seront toujours d'accorder 
une hospitalité gratuite aux infirmes de toutes les nations 
qui fréquentent ses ports, de réprimer l'avidité et les bri- 
gandages des corsaires barbaresques et d'empêcher les 
nombreux sujets de l'Empire Turc de faire le commerce 
sous leur propre pavillon, le plus grand avantage des nations 
chrétiennes, et par conséquent pour l'utilité des nouveaux 
états maritimes de S. M. I"-® et Royale ^).« 

Note Herberstein à Thugutt, en date de Vienne, le 
13 août 1797, pour protester contre tout projet français 
d'échange de l'île de Malte contre une autre, demander le 
maintien de l'Ordre dans son état d'indépendance dans l'île 
de Malte, conformément au traité d'Utrecht, et réclamer 



^) Traité de Campo Formio. 



406 L'ORDRE DE MALTE. 

l'intervention dans ce sens de la puissante pi:otection de 
l'Empereur et Roi, et en particulier auprès de S. M. le Roi 
de la Grande Bretagne. 

Malta, G. 7, — François II à Hompescli. 
»Baaden, le 26 août 1797. 

Monsieur mon Couses^! 

La nouvelle que Votre Altesse m'a donné (sic) de son 
élection me cause une vice satisfaction. Les occasions que 
j'ai eu (sic) de connaître les lumières et les qualités infi- 
niment recommandables qui la distinguent ne peuvent que 
me faire applaudir à la sagesse du choix unanime de 
l'illustre Ordre, et les sentimens affectionnés qu'Elle a 
toujours témoignés pour moi et ma maison me rendent ce 
choix personnellement intéressant et agréable. 

Votre Altesse peut au reste être persuadée que j'ai 
envisagé avec peine et inquiétude les dangers qui menaçoient 
il y a peu la tranquillité du gouvernement de Maltlie, et 
que intimement convaincu de l'utilité de la conservation 
d'un Ordre qui a si bien mérité de la Religion et des trônes 
Catholiques j'aurai toujours vivement à coeur de contribuer 
à son maintien, à son bien-être et à sa splendeur. Je suis 
avec estime et des sentiments bien afectueux (sic) 

Monsieur mon Cousin 
de Votre Altesse 

Le bien afectionné (sic)« 
Brouillon avec 
corrections de la main de Thugut. 

Malta, G, 7. — Thugut à Hompesch. (En réponse à la 
signification d'élection remise par le chevalier comte de 
Rechberg. 

Vienne, le 29 août 1797. Remerciements pour la signi- 
fication de l'élection; on y lit: L'unanimité des suffrages, 
le premier exemple d"un Prince-Grand-Maître choisi dans 
la langue allemande, enfin la nécessité de fixer le choix 
sur le plus digne par l'urgence des circonstances les plas 
critiques ont concouru à rendre la présente élection une 
des plus mémorables époques du très illustre ordre et à 
concilier à son choix les applaudissements universels de la 
cathoHcité . . , 



APPENDICE, ^07 

Hompesch à François IL Malte, 3 nov''^'® 1797. Lettre 
de remerciement pour une lettro particulière de l'Empereur, 
avec copie jointe, 

Acta russica. 1797. — Nous lisons dans un office au 
gon Tliugut de l'Ambassadeur de l'Empereur, comte de 
Dietrichstein-Proskau, et à propos de la réception solennelle 
du comte de Litta le 20 décembre 1797, en qualité d'am- 
bassadeur extraordinaire de Malte, en présence des ministres 
étrangers, cbez S. M. l'Empereur, etc. . . . »I1 était suivi par 
les chevaliers Ratchiensky, Cboiseul et Vitry en uniforme 
etc., et un ecclésiastique qui portaient sur des coussins la 
croix du grand maître actuel en diamans de 10.000 roubles de 
valeur, une ancienne croix du fameux grand-maître Villers de 
l'Isle Adam., une du grand-maître La Valette., et une très antique 
apportée de Rhodes, outre celles pour S. M. V Impératrice, le 
Prince de Condé et les grands ducs. 

It. » Vienne, le 23 décembre 1797. 
Monsieur mon Cousin ! 

Je suis bien reconnaissant à V. A. de la marque d'atten- 
tion qu'EUe a bien voulu me donner en m'informant de la 
conclusion du Traité signé à S* Pétersbourg, portant éta- 
blissement d'un grand- prieuré de Russie à Malthe. ...Cet 
événement aussi honorable qu'avantageux à la Religion. . ')« 

Brouillon. 

Note Herberstein à Thugutt, en date de Vienne, le 
21 janvier 1798, pour recommander de prendre à coeur dans 
la crise imminente les intérêts de l'Ordre de Malte, insé- 
parables dans la situation présente de ceux de l'auguste 
maison d'Autriche et de toutes les puissances de l'Europe, 
en vue du congrès de Rastadt. 

Note du même au B^"^ Thugutt, ministre de conférence 
et commissaire général en Italie, et Dalmatie pour Sa Maj® 
Imp. Royale, en date de Vienne, le 16 mai 1798, pour de- 
mander six passeports en blanc pour faire naviguer dans la 
Méditerranée autant de bâtiments maltais sous le pavillon de 
l'Emp. et R, et autant de firmans en blanc du Grand- 



^) De Villeneuve-Bargemont, JI, p. 268. »Le courrier chargé 
d'apporter au grand-maître (Rohan) l'acte signé par le bailli Litta et 
le cabinet russe, le 15 janvier 1797, ayant débarqué à Ancône, fut 
arrêté par les Français, maîtres de ce port. Ses dépêches fureiit 
expédiées au Directoire*. 



408 L'ORDRE DE MALTE. 

Seigneiir, afin de ranimer nn peu la navigation et le com- 
merce de l'île. 

Note du même, en date de Yierme, le 16 mai 1798, 
pour signaler l'arrivée d'une escadre française, le 10 mars 1798, 
dans les parages de Malte, et donnant communication de 
la dépêche du grand-maître du 10 mars relative à ce sujet. 

»Le 2 de ce mois au soir très tard, des signaux rappelés 
dans la partie occidentale de l'île nous indiquèrent qu'une 
forte escadre venait d'être aperçue de ce côté-là, mais sans 
qu'on eût pu distinguer à quelle puissance elle appartenait. 

»Le lendemain matin cette escadre fut de nouveau 
signalée a dix ou douze milles au large, sans pouvoir encore 
distinguer de quelle nation elle était. Le nombre des vais- 
saux et frégates qui la composaient était de 18, faisant 
petite route, a l'exception d'un vaisseau de 60 canons qui 
venait sur Malte couvert de toutes ses voiles, mais sans 
pavillon, qu'il n'arbora que lorsqu'il fut à la portée du canon. 
C'est alors seulement, qu'on reconnut qu'il était français 
ainsi qu'un petit cliebec, qui l'accompagnait. Il se dirigea 
sur le grand port, où il entra trois ou quatre lieure après 
s'être séparé du reste de l'escadre. 

»I1 est inutile de vous dire, que dans cet intervalle les 
renforts avaient joint leurs postes respectifs, et que par 
conséquent tout s'est montré dans un tel état de défense, 
qu'on s'en est sans doute aperçu sur l'escadre qui s'étant 
développée marchait défilant en ligne presqu'a la portée du 
canon des forts et des remparts. Yojant qu'elle faisait 
mine d'entrer, nous ordonnâmes à l'un des commissaires de 
santé d'aller faire savoir au commandant, que nos lois 
relatives à la neutralité ne permettaient l'entrée qu'à quatre 
vaisseaux de chaque nation ou puissance belligérante, mais 
l'escadre ayant viré de bord à la hauteur du port, cette 
commission n'eut pas lieu. 

» Quoiqu'il en soit, la vérité est que ces mesures étaient 
aussi naturelles que conformes à la raison et à la saine 
politique, et que si elles n'eussent pas été prises, si une 
fausse sécurité nous eut exposés au moindre inconvénient, 
il n'y aurait eu qu'une voix, tant ici que dehors et avec 
fondement pour nous en blâmer. 

»Le vaisseau français après être entré dans le port, 
a3^ant déclaré que l'escadre dont il faisait partie venait de 
Corfu et manifesté qu'une voie d'eau considérable le mettait 
dans la nécessité d'une réparation pressante, nous avons 



APPENDICE. 409 

sur le champ ordonné que tons les plongeurs et ouvriers 
qui pourraient lui être utiles lui fussent fournis sans délai. 
L'Agent consulaire de la République française étant ensuite 
venu nous demander la permission de procurer à ce vais- 
seau tous les secours dont il avait besoin, nous lui répon- 
dîmes que nous consentions avec plaisir à tout ce qui pou- 
vait être utile non seulement à ce vaisseau mais à l'escadre 
entière, à laquelle il pourrait envoyer tous les rafraîchisse- 
ments qu'il voudrait. Il nous dit alors qu'elle resterait en 
croisière jusqu'à ce que le vaisseau fût réparé. 

» Toutes les réparations nécessaires aj^ant été faites au 
vaisseau pendant six jours qu'il est resté au mouillage, il 
s'est trouvé en état de sortir du port le 8 de ce mois et 
d'aller rejoindre l'escadre, qui a toujours resté en vue et 
dont le commandant et ses capitaines qui avaient reçu 
toute sorte de rafraîchissements et d'attentions de notre part 
nous en ont fait faire les plus vifs remerciements. 

Malte, le 10 mars 1798.« 

Thugut à Hompesch. (En réponse à la lettre, en date 
de Malte, le l'^^' mars 1798.) 

s> Vienne, le 15 mai 1798. 

MONSEIG-NEUB, 

Je me suis empressé de mettre sous les yeux de Sa M^ 
l'Empereur, la lettre dont il a plu à Votre Altesse Emi- 
nentissime de m'honorer en date du 1®^ de mars. S. M. m'a 
chargé de lui réitérer les assurances de toute son estime 
pour Elle, ainsi que de Sa bienveillance particulière pour 
l'ordre de Malthe, étant intimement convaincue que la 
conservation et la prospérité de cet illustre Institut doivent 
plus que jamais intéresser les gouvernenîents sous le double 
rapport de la religion et de la politique. Conséquemment 
à ces sentiments les Ministres de Sa Majesté Impériale à 
Rastadt recevront incessamment l'ordre de s'emplover d'une 
manière conforme aux désirs que V. A. Em. a témoignés 
dans Sa lettre, dans toutes les occasions qui se présenteront 
de faire valoir l'appui de Sa Majesté avec quelque vraisem- 
blance de succès . . . « . 

Dépêche Dietrichstein à Cobenzl. 25 mai 1798. 

. . .L'escadre russe sous les ordres de M. de Macaroff, 
destinée à seconder les flottes britanniques mettra demain / 
à la voile de Cronstadt. La manière dont son déjpart a été 



410 L'ORDRE DE MALTE. , 

accéléré estime nouvelle preuve de l'empressement avec lequel 
Paul 1^^' viendra toujours au secours de ses alliés... 

D. à C. 29 mai 1798. 

. . . Outre cela il paraîtra dans la quinzaine une flotte 
de quinze vaisseaux de ligne dont trois de la première 
grandeur et un nombre proportionné de frégates sous les 
ordres de l'amiralKrusepourprotégerlanavigationduSund, . . 

Malte, 21 juin 1798. Bailli de Tigné. 

»Les causes de la reddition de Malte sont les suivantes : 
1® Le gouv* faible et vacillant de Rohan avait laissé pro- 
pager les principes destructeurs de tout gouvern*. Il avait 
mis dans presque toutes les places de l'administration des 
gens qui étaient hautement partisans des maximes françaises 
et qui recevaient des gratifications des tricolores. 2® On 
élut Ferd. Hompescli parce qu'il faisait paraître des senti- 
ments nobles et généreux, mais on peut croire actuellement 
qu'il avait fait son marché pour livrer l'Ordre. C'est lui qui 
l'a perdu par sa bêtise, par sa lâcheté et peut-être par sa 
perfidie. 3*^ Il y a eu trahison des membres de l'Ordre qui 
avaient la direction des finances, des fortifications et de 
l'artillerie. 4® Les riches habitants de Malte, barons et négo- 
ciants, ont marqué la plus grande ingratitude: ils ont fait 
assassiner des chevaliers en propageant le bruit que les 
chevaliers les livreraient aux Français. 5® Le roi d'Espagne 
dont le devoir et l'intérêt était de protéger l'ordre, l'a astu- 
cieusement livré aux Français, au point que M. Amat, 
ministre d'Espagne à Malte, a signé l'arrangement et la 
reddition qui s'est fait sous sa domination. ... Il y avait 
en tout 690 h . . . Buonaparte ne fit point jeter de bombes ni 
tirer de canon contre la ville^ parce que les Maltais conspira- 
teurs étaient convenus de massacrer les chevaliers à ce signal., 
et que Buonaparte n'a pas voulu permettre de pareils crimes . . . 
Ferd. Hompesch n'a rien demandé pour l'Ordre ni pour 
les chevaliers, mais il a obtenu pour lui un traitement con- 
sidérable, six cent mille francs d'argent comptant et trois 
cent mille francs de pension jusqu'à ce que la Fr. lui ait 
fait avoir une souveraineté. . . Les Chevaliers qui ont plus 
de 7 ans de résidence peuvent rentrer en France, tous les 
membres de l'ordre français ont 700 frs de pension, ceux 
qui ont soixante ans ont mille francs . . . Buonaparte fit dire 
qu'il donnerait de l'emploi à ceux des chevaliers qui vou- 
draient aller avec lui, quarante huit ont pris parti sous 
ses enseignes.» 



APPENDICE. 4.11 

Le Bailli de Loras, maréchal de l'Ordre (22 juin 1798, 
à la Trezza, en Sicile, entre Catania et Messine), à l'Am- 
bassadeur de Malte à S* Pet. 

»Notre ordre n'existe plus à Malte, mon cher Bailli, j'ai 
été témoin et non Complice de cette occasion humiliante 
où mes représentations ont été inutiles parce que le grand- 
maître s' étant réservé le commandement mes fonctions 
restaient sans effet. Depuis le 25 février je n'ai cessé de 
suggérer par écrit les précautions et les moyens de notre 
défense au g. m. qui souvent me répétait que tout était 
fait, et cependant au moment où les français sont descendus, 
il n'y avait presque rien de commencé, ce qui prouve 
manifestement qu'il a été trompé par ceux qui ont reçu 
immédiatement ses ordres relativement aux munitions mili- 
taires... Notre pauvre g. m. était réduit à 1200 h. de 
troupes réglées et environ 600 chasseurs: ces troupes étaient 
distribués dans les points principaux de notre défense avec 
ce que nous avions de mieux en grands- croix et chevaliers 
militaires. (La suite du récit n'offre rien de nouveau, sinor 
que Loras aurait proposé au G. M. »de se retirer avec tous 
les chevaliers sur les deux cavaliers de La Valette, afin de 
parler de là librement et noblement, afin de gagner au 
moins huit jours«, et qu'il constate que »les chevaliers 
avaient été sacrifiés par leurs propres troupes et qu'il y 
avait de toute part une exécrable insubordination*). La fin 
de la lettre est typique: »Avec le plus ardent désir que 
l'auguste protection de S. M. I. de Russie établisse ce même 
ambassadeur grand-maître, puisque notre ancien chef nous 
a abandonné (sic) pour conserver une ombre de fortune». 

Dépêche Dietrichstein à Thugut. 27 juillet 1798. 

. . .Le chancelier me confia, en me priant de ne rien 
dire, qu'il avait dû remettre le lendemain de la part de 
l'Empereur 200/m roubles à M. de Litta pour les faire 
passer à Malte en ajoutant que l'Empereur ne se bornerait 
pas à ce secours, le grand-maître ayant témoigné qu'il 
n'avait besoin que d'argent, mais qu'ayant reçu par moi la 
nouvelle de la prise de Malte il supprimerait tout ce message. 

Malta, G. 7. Lettre Hompesch àErançois IL 28 juillet 1798. 

» Siée, 

C'est avec une profonde affliction que je donne part 
à Votre Majesté Lnpériale et Royale des circonstances 



412 ^L'ORDRE DE MALTE. 

déplorables qui ont forcé mon Ordre d'abandonner l'Isle 
de Malte au pouvoir de la République française. Il a dû 
céder au voeu de la Nation maltaise qui, intimidée en partie 
par ses armes et en partie prévenne par ses promesses, a 
rendu inutiles et même impossibles, des moyens de défense 
dont son courage et sa fidélité formaient naturellement la 
plus essentielle force. Le manifeste ci-joint prouvera à 
Votre Majesté Impériale et Royale que mon Ordre, toujours 
fidèle à ses devoirs d'hospitalité et de neutralité, n'a jamais 
provoqué l'agression hostile de la République Française, 
mais que son attachement à maintenir des lois que, par de 
funestes contrariétés, il n'a pas été dans cette occasion en 
son pouvoir de faire respecter, est l'unique cause des mal- 
heurs qui sont venus l'accabler. 

Après une longue et pénible navigation, arrivé enfin dans 
les Etats de Y. M, P® et R^® près de laquelle, guidé par 
un sentiment de respect et de juste confiance, j'ai cru pou- 
voir chercher un azile, j'ai voulu marquer le premier instant 
où je recouvre ma liberté chez un Souverain, Protecteur 
auguste de mon Ordre, par une solennelle protestation contre 
tout généralement ce que l'armée française a opéré à Malte, 
et particulièrement contre la Convention signée le 11 juin 
et dictée uniquement et dans tous ses termes par le général 
Bonaparte. Mais comme dans le titre de cette convention 
on voit articulée la médiation de Sa Majesté Catholique, 
tandis que j'avais seulement prié son chargé d'affaires près 
de ma Personne d'interposer ses bons offices pour obtenir, 
dans les circonstances critiques du moment, une plus hono- 
rable capitulation, le respect constant que je me fais, ainsi 
que mon Ordre, un devoir de garder envers Sa Majesté le 
Roi d'Espagne, retarda la publication de l'acte dont je 
soumets le projet à Votre Majesté Impériale et Royale, et 
m'engage à le suspendre jusqu'à ce que j'aie pu connaître 
les véritables intentions de Sa Majesté Catholique qui n'a 
jamais voulu sans doute l'expi^lsion de mon Ordre, ni mon 
déshonneur. 

J'ose espérer de la constante faveur dont Votre Ma- 
jesté P® et RI® a sans cesse honoré cet Ordre dont les 
membres aujourd'hui dispersés attendent de l'équité, de la 
piété et de la bienfaisance des Princes Chrétiens, les moyens 
de se réunir encore, qu'EUe conservera le maintien de 
l'existence de l'Ordre dans l'exercice de ses devoirs et la 
libre jouissance de ses biens, enfin, que se laissant aller aux 
mouvements d'une généreuse sensibilité, Elle n'écoutera pas 



APPENDICE. 413 

sans intérêt les voeux que nous portons aux pieds de son 
Auguste Throne. 

Je la supplie d'être persuadée du profond respect avec 
lequel j'ai l'honneur d'être 

Sire 
de Votre Majesté Impériale et Royale 
Le très-liumble et très-obéissant serviteur 
Le Grand-Maître 

fr. FERDINAND DE HoMPESCH. 

Trieste le 28 juillet 1798. 

A Sa Majesté Imp^® et Royale. 

Progetto di Protesta di S. A. Eiïîa il Gran Maestro dell 
Ordine di San Giovanni de Gerume contro la presa di Malta 
falta dall'Armata Francese. 

»I1 gran maestro dell'Ordine di S. Gio: di Gerume sov- 
rano dell'isola de Malta, ora cli'e giunto in parte sicura, e 
elle puo liberamente fare intendere la voce délia verità, 
protesta altamente a tutti li Sovrane Prottetori dell'Ordine, 
a tutti le altre Potenze e al mondo intiero in suo proprio 
nome e in quello dell'Ordine sud*°, rappresentata dal Sro 
Consiglio che ha presso di se, contro l'ingiusta invasione 
dell'isola di Malta e contro l'espulsione violata délia stessa, 
di se Gran Maestro e di tutta la sua Religione, operata il 
di 12. Giugno del corrent'anno 1798, dall'Armata délia 
Republica Francese sotto gl'ordini del General in capo 
Bonaparte, perché contraria al dritto délie Genti, e aile 
leggi dell'amicizia corrispondenza che malgrado le tante 
spogliazioni sofFerte sussistevano fino al momento dell'attaceo 
tra l'Ordine di Malta e la Republica Francese, e perche 
effettuata col mezzo délia piu indegna seduzione per parte 
de Republicani e del piu nero tradimento per quella prin- 
cipalmente dé Maltesi: cosicche non solo senza conoscere 
alcun giusto motivo nell'ostile intrapresa de Francesi, ma 
depo ancore avère praticato tutti i mezzi possibili per con- 
servare, siccome con tutte le altre Potenze, cosi con la 
Republica sud*^ la statutare neutralità deirOrdine, si è 
ritrovato nell'imminente caso di vedere tutta l'Isola e la 
Cittâ devastata e sterminata, e per il più infâme e terribile 
comploto de naturali tracidata tutta la suaReligiosa équestre 
milizia. 



414 L'ORDRE DE MALTE. 

La stesso Gran Maestro protesta in oltre specialmeiite 
e in sno particolar nome contro gl'articoli pecuniarj ed altri 
che lo riguardano nella pretesa covenzione dettata iinica- 
mente dal General Buonaparte, corne articoli non mai da 
lui Gran Maestro in alcun modo ricercati, ma che solo per 
dei loro fini second arj sono stati introdotti dai deputati 
Maltesi l'influenza de quali erasi raddopiata per esserne 
stati aggiunti due dippiii di quelli nominati dal Sro consilio 
dell' Ordine. Rinuncia perciô il riferito grau maestro asso- 
lutamente e pienamente a tutto quello clie per li articoli 
su indicati gli potrebbe ora o in avvenire spettare alla 
Sovranità fattagli sperare nella detta convenzione per mezzo 
dell' influenza délia Eepublica Francese perveniali, ed aile 
cambiali cb'è stato costretto di accettave sottoscrivendone 
le ricevute presentategli per parte del Générale Francese, 
délie quali cambiali dicbiara formalmente cbe non se ne 
servira ora ne mai, e queste sue proteste, e questa sua 
dichiarazzione tanto a nome suo proprio quanto a quello 
dell' Ordine Gerlno intende vuole, e farà quanto potrà 
dipendere da lui clie sieno note non solo a Sovrani suoi 
Prottetori, ma ad ogni altro Principe d'Europa, e a tutto 
il Mondo tanto esigendo sul particolare délia presa di Malta 
la purità délie sue intenzioni, e l'innocenza délia sua con- 
dotta cosi' inverso a Dio, che agli nomini tutti. « 

Protestation Hompesch. (Env. avec lettres d'accom- 
pagnement, par Eechberg (G. 7), en date de Trieste, le 

28 juillet 1798), pour Thugut, et (en date de Trieste, le 

29 juillet 1798) pour CoUoredo. Les lettres signées: Le 
grand-maître Hompesch. 

»L'Ordre souverain de Malte, dépouillé d'abord de ses 
privilèges et subséquemment de ses propriétés en france 
n'a jamais opposé à cet acte de prépotence que des récla- 
mations légales par devant les autorités nouvellement con- 
stituées. En vain ses Ministres ont-ils été refusés, renvoj^és, 
il n'a témoigné ni haine, ni désir de vengence. Livré con- 
stamment à l'exercice de ses devoirs, il n'a pas cessé un 
instant d'être hospitalier et neutre. Sans partialité pour 
aucune des Nations qui semblaient le favoriser davantage, 
il n'a jamais refusé (à celle) dont il avait à se plaindre 
tout ce que ses lois lui permettaient d'accorder, et les 
navires français ont toujours trouvé dans le port de Malte, 
vivres, provisions, radoubs, secours de toute espèce. S. A. E. 



APPENDICE. 415 

en a reçu plusieurs fois des remercîments officiels dont les 
derniers au passage de l'Escadre de Corfou pour les soins 
donnés à la réparation d'un vaisseau qui en faisait partie 
lui ont été adressés par le même citoyen Brueys qui la 
commandait alors, et peu après a reparu devant Malte 
Contre Amiral de l'Escadre qui en a opéré l'envahissement. 

Le 7 juin au matin la première division formée par un 
convoi de cent voiles, escorté par quelques frégates, se 
déploya à la vue de l'Isle. Les habitants parurent très bien 
disposer à repousser toute attaque, s'il y avait lieu, mais 
l'Ordre fut autorisé à croire qu'il n'avait à craindre aucune 
hostilité de la part des français par une lettre que le citoyen 
Eidoux, chef commandant de la division, s'appercevant qu'à 
son arrivée on avait renforcé quelques batteries sur les 
rivages, écrivit au citoyen Caruson, né Maltais, ensuite 
naturalisé français et agent consulaire pour le charger de 
témoigner au Grouvernement son étonnement de ce qu'on 
supposait à l'Escadre des vues qui n'avaient jamais été 
celles de la République. Il lui ordonnait en outre de solli- 
citer l'entrée du port et des secours pour quelques batimens 
qui avaient soulïert dans la traversée en assurant S. A. E. 
que sa complaisance à cet égard cimenterait la bonne in- 
telligence qui n'avait pas cessé d'exister entre la france et 
Malte. Cette demande ayant été agréée, le port fut ouvert 
à cinq bâtiments à la fois et plusieurs petits navires, des 
barques, une demi galère, venaient successivement s'y 
raccommoder et chercher des rafraichissements. 

Les assurances positives du citoyen Eidoux et les propos 
de plusieurs officiers qui parlaient de l'expédition de l'escadre 
comme ayant un but lointain, diminuèrent généralement 
dans le Public beaucoup de l'inquiétude que devait natu- 
rellement causer l'apparition qui eut lieu le 9 au matin de 
15 vaisseaux de guerre dont le commandant à trois ponts, 
frégates, chebecs, transports, en tout trois cents voiles qui 
garnirent, en se prolongeant toute la côte de l'Isle. 

Cependant S. A. E. avait donné l'ordre de rassembler 
les milices, d'armer les forts, de monter toutes les batteries ; 
précautions sages et dont l'efPet eut au moins été de lasser 
les efiorts des ennemis, si tous ceux qui devaient être les plus 
sensibles à l'honneur ou à la reconnaissance, avaient écouté 
la voix de leur devoir, et par une détestable trahison, n'eussent 
rendu inutile tout projet de défense. Les français après l'événe- 
ment, ont donné à connaître eux mêmes une liste nombreuse 
de Maltais depuis longtemps dévoués à leur entreprise. 



416 L'ORDRE DE MALTE. 

Dans l'après dinée de ce même jour l'agent consulaire 
se présenta chez S. A, E. et lui demanda de la part du 
général en chef, citoyen Bonaparte, l'entrée du port pour 
toute l'escadre et le convoi, et l'assurance d'obtenir tout 
ce qui serait l'objet de ses recours. S. A. Eme de l'avis de 
la congrégation d'état, aprouvé ensuite par le Sacré Conseil, 
répondit à cette demande vague que le général ne devait 
pas ignorer ce que prescrivaient les loix de neutralité de 
l'exécution desquelles l'Ordre était responsable à toutes les 
puissances et ce qui s'était récemment pratiqué à l'égard 
de l'escadre française venant de Corfou; qu'EUe accordait 
volontiers tout ce qui dépendait d'Elle; mais qu'au reste, 
si le général persistait dans ses demandes, Elle le priait de 
les faire par écrit. Le consul Caruson partit avec cette 
réponse verbale, et ce fut inutilement que toute la nuit on 
attendit son retour. 

Le 10 à la pointe du jour, pendant que toutes les 
chaloupes et canots de l'escadre se remplissaient de monde 
et s'armaient, un officier vint au port, chargé d'une lettre 
du citoyen Caruson pour S. A. E., la remit aux com- 
missaires du Bureau de santé, fit partir sur le champ un 
transport chargé de bombes et une barque canonnière qui 
faisaient encore des provisions dans le port et s'en éloigna 
lui-même très promptement. A l'instant les chaloupes se 
réunirent et se dirigèrent vers le lieu où devait s'eiïectuer 
le débarquement; ainsi, il n'y eut aucun intervalle entre 
les hostilités et l'espèce de déclaration de griefs dont les 
français ont prétendu s'autoriser et que l'on va transcrire 

»Eminence, 

»Ayant été appelé pour aller à bord du vaisseau amiral 
pour porter la réponse que Votre Eminence avait fait (sic) 
à ma proposition de permettre à l'escadre de faire de l'eau, 
le général en chef Bonaparte a été indigné de ce qu'Elle 
ne voulait accorder la permission de faire de l'eau qu'à 
quatre bâtiments à la foisj et en effet, quel temps ne faudrait- 
il pas à cinq ou six cents voiles pour se procurer de cette 
manière l'eau et d'autres choses dont ils (sic) ont un pressant 
besoin? Ce refus a d'autant plus surpris le général Bona- 
parte qu'il n'ignore pas la préférence accordée aux Anglais 
et la proclamation faite par le prédécesseur de Votre Eminence. 

»Le général Bonaparte est résolu à se procurer de force 
ce qu'on aurait dû lui accorder suivant les principes de 
l'hospitalité qui est la base de votre Ordre. 



APPENDICE. 417 

»J'ai vu les forces considérables qui sont aux ordres 
de Bonaparte, et je prévois l'impossibilité où. se trouve 
l'Ordre de résister. Il eut été à souhaiter que dans une cir- 
constance si majeure Votre Eminence par amour pour son 
Ordre et ses Chevaliers et toute la population de Malte, 
eut pu proposer quelque moyen d'accommodement. 

»Le général n'a point voulu que je retournasse dans 
une ville qu'il se croit obligé désormais de traiter en ennemie, 
et qui n'a plus d'espoir que dans la loyauté du général 
Bonaparte. Il a donné les ordres les plus précis pour que 
la Religion, les moeurs et les propriétés des Maltais soient 
scrupuleusement respectées. 

»Je prie Votre Eminence d'agréer l'hommage de mon 
respect 

Le 9 juin 1798. V. S. i) 

Caeuson.« 

Cette lettre datée du 9 juin et remise seulement le 10 
au matin, est un monument de la mauvaise foi du consul 
qui, après avoir fait à S. A. E. des demandes dont l'ambi- 
guité pouvait amener les plus importantes conséquences, 
ne constate que la simple demande de faire de l'eau. Au 
reste, il est facile de répondre aux plaintes que contient 
cette lettre. L'Ordre qui en ouvrant le port à une escadre 
chargée de nombreuses troupes se serait imprudemment 
exposé à quelque surprise, ne voulait y recevoir que quatre 
vaisseaux à la fois, a suivi les loix exactes de neutralité 
qui lui sont prescrites: loix généralement reçues, et qui 
l'ont jadis autorisé à faire tirer sur des vaisseaux français 
qui voulaient entrer dans le port de Malte en plus grand 
nombre qu'il n'était permis. Louis XIV régnait alors, et ce 
monarque bien loin de s'irriter de cet acte de défense eut 
la loyauté de reconnaître hautement qu'il était légitime ^). 

La faculté de recruter à Malte des matelots ne saurait 
être taxée de préférence accordée aux Anglais, puisque les 
Espagnols en ont joui comme eux, et que les corsaires 
français ont aussi librement embarqué des renforts. Le 
gouvernement n'a jamais certainement jamais voulu em- 
pêcher les Maltais de s'engager au service de mer d'aucune 
puissance. Son amour pour ses sujets lui faisait voir avec 



^) Ce V. S. se rapporte non au calendrier Julien, mais au calen- 
drier Grégorien, par opposition au calendrier républicain. 

2) Il fut d'abord suivi de la confiscation des biens des Chevaliers 
en territoire français. 



SALI.,ES : L'ORDRE DE MALTE. 



418 L'ORDRE DE MALTE. 

trop de satisfaction qu'ils se procuraient ainsi une sub- 
sistance que les réformes nécessitées par les pertes de 
l'Ordre en france et ailleurs ne leur permettaient plus de 
leur donner sur les escadres, et il portait même sa pater- 
nelle attention à faire assurer leurs familles de toucher à 
Malte une partie de la paye qu'ils obtenaient sur les navires 
des nations étrangères ; mais en même temps que le gouver- 
nement permettait aux Maltais d'être partout matelots, il 
leur refusait positivement d'être soldats nulle part, et le feu 
grand-maître Rolian qui, dès le commencement de la révo- 
lution française, avait prohibé par une lettre circulaire aux 
membres de l'Ordre de s'immiscer dans aucun parti, défendit 
ensuite par une proclamation aux sujets de l'Ordre d'entrer 
au service militaire d'aucune des puissances belligérantes. 

Quant aux regrets qu'exprime le citoyen Caruson de ce 
que S. A. E. n'ait pas essayé avec la République française 
un accommodement, ils sont une véritable dérision puisqu'il 
savait bien qu'il ne peut y en avoir là où le devoir est 
précis, et que se relâcher des lois de la neutralité, c'est la 
rompre; ce que S.A. E. n'aurait jamais voulu faire. D'ailleurs, 
le citoyen Bonaparte était lui-même bien loin de désirer 
quelque accommodement. 

La rapidité avec laquelle le général français a fait 
succéder l'un à l'autre les événements de son entreprise, 
démontre au contraire combien il avait à coeur de hâter 
la surprise qu'il a opérée. Le peu de précaution qu'il a pris 
(sic) dans son débarquement, en ne le faisant point soutenir 
par le feu de quelques frégates, prouve aussi évidemment 
combien par ses intelligences dans l'isle, il était certain de 
la réussite, 

A sept heures les chaloupes françaises voguèrent vers la 
Galle de la Magdelaine. A leur approche, le détachement 
qui était posté à la batterie défendant cette Galle, jeta ses 
armes et s'enfuit. La Tour S* G-eorges qui protégeait la 
batterie tira un seul coup de canon, de sorte que les fran- 
çais débarqués sans péril sur la plage, se répandirent sans 
obstacle dans la campagne, 

L'étonnement fut extrême de voir que des troupes pré- 
cédemment si bien disposées, tinssent une conduite aussi 
funeste à la défense de l'isle; mais on y crut alors recon- 
naître seulement l'effet naturel que l'aspect d'un premier 
péril fait sur des mihces nouvelles et qui n'ont aucune 
habitude de la guerre. Toutes fuyaient et venaient, malgré 
leurs commandans, chercher l'abri des fortifications de la 



APPENDICE. 419 

ville. Elles y entraient pèle mêle avec les femmes et les 
enfants que la frayeur entraînait sur leurs pas. 

Il serait imposible de rendre un compte détaillé de ce 
qui se passa dans la journée depuis cet instant. Ce ne fut 
que trouble et confusion entretenue habilement par l'agita- 
tion et les faux rapports multipliés des gens conjurés contre 
le gouvernement de l'Ordre qui, se tenant à l'écart des lieux 
ou leur devoir les appelait, mais se montrant ailleurs fidèles 
et empressés, le trahissaient plus cruellement encore. 

Cependant d'autres traîtres n'ayant pu généralement 
séduire par les moyens ordinaires et pervertir la fidélité 
des troupes maltaises, tachèrent de l'égarer. Deux heures 
suffirent pour faire réussir cette inique oeuvre, et dès le 
commencement de l'après midi, un spectacle affreux en 
attesta l'effet; deux Chevaliers français des plus généreux 
sentiments furent blessés et traînés couverts de sang au 
Palais de S. A. E. par des milices qu'ils avaient voulu 
conduire à un poste important à garder. On avait fait 
circuler parmi elles la voix que ces chevaliers, désirant 
de rentrer dans leur patrie et pour se faire un mérite 
auprès de leurs Concitoyens, voulaient livrer leurs soldats 
en les exposa.nt; c'est ainsi que les traîtres, cherchant à 
détourner de dessus leurs têtes la mort qui les mena- 
çait s'ils étaient reconnus, portaient le soupçon sur des 
innocens qu'ils offraient pour victimes à la barbare fidé- 
lité des campagnards maltais qui, faciles à être abusés et 
à s'irriter, immolèrent huit chevaliers français, étendirent 
leur défiance sur les chevaliers de toutes les nations et 
refusèrent de marcher sous le commandement d'aucun. Le 
désordre devint alors général! On en profita pour essayer 
de porter des troupes à la révolte, en les faisant manquer 
des vivres que le gouvernement envoyait dans les différents 
postes et qu'on détournait. On vit les munitions de guerre 
qu'on distribuait abondamment être tantôt soustraites et 
tantôt altérées, les affûts se rompre sous les canons qu'on 
essayait de transporter d'un lieu à l'autre et les bras qui 
devaient les mouvoir ou les réparer, se lasser toujours d'un 
service pénible. A chaque instant on demandait de nouveaux 
ordres, et ces ordres ne parvenaient pas ou se perdaient 
par l'inexactitude ou la lenteur de l'exécution. Aussi l'effet 
d'une disposition ne fut-il jamais celui qu'on devait en 
attendre. 

A huit heures du soir les français après avoir pillé la 
campagne, étaient aux postes de la Floriane que les personnes 

27* 



4,20 L'ORDRE DE MALTE. 

cL-argées de pourvoir aux moyens de les deffendre n'avaient 
pas encore eu, disaient-elles, le temps de les préparer. Déjà 
les murmures du peuple eiFrayé annonçaient l'instant d'une 
crise violente, lorsqu'une députation de notables maltais se 
présenta à S. A. E. et la supplia d'une manière assez 
respectueuse de songer à sauver la vie et les propriétés de 
ses sujets. S. A. E. répondit avec sa bonté ordinaire que 
les deffendre et les protéger serait toujours un des soins 
les plus cliers à son coeui^, et qu'EUe en consulterait bientôt 
avec les vénérables membres du conseil. Une demi heure 
après, pendant laquelle à la faveur des ombres de la nuit 
quelques gens gagnés essayèrent de donner de fausses 
allarmes dans la ville, tandis que les conjurés achevaient' 
d'ourdir l'abominable complot d'égorger tous les membres 
de l'Ordre à la première bombe que lanceraient les fran- 
çais, une seconde députation nombreuse et mêlée de nobles, 
de bourgeois et de gens de justice, vint hardiment déclarer 
à S. A. E. que les citoyens ne voulant pas faire dépendre 
leur sûreté des résolutions de l'Ordre, y avaient particu- 
lièrement pourvu en inscrivant et signant de leurs noms chez 
le consul de la République Batave, le desù- des habitants 
de capituler et le chargeant de le transmettre incessamment 
au général français avec ou sans le voeu de l'Ordre; qu'en 
conséquence il fallait que S. A. E. avisât sans délai à ce 
qu'Elle voudrait faire. 

Le sacré conseil était sur le point de s'assembler. Les 
circonstances présentes; la force des ennemis qui se portait 
à près de quarante mille hommes; la disposition des princi- 
paux habitans; le petit nombre de Chevaliers des huit 
Langues qui n'arrivait pas à quatre cent (sic); l'indiscipline 
et la désobéissance des milices; le manque de troupes réglées, 
l'Ordre n'ayant à sa solde que douze cents hommes tous 
nationnaux (sic); La pénurie où se trouvait le trésor qui, 
privé depuis longtemps de plus de la moitié de ses revenus, 
avait dû subvenir aux dépenses nécessaires par des emprunts 
qui le ruinaient chaque jour davantage et d'autres malheurs 
y furent sérieusement et longuement discutés. Les avis se 
réunirent pour une suspension d'armes, que le consul de la 
République Batave, chargé d'en porter la demande, obtint 
avec quelque difficulté. Elle fut suivie le lendemain d'une 
convention traitée sous la médiation du ministre d'Espagne 
et signée en sa présence le 11 juin par le général Bonaparte, 
deux commissaires de l'Ordre, et quatre citoyens maltais. En 
exécution de cette convention, la ville fut rendue le 12. 



APPENDICE. 421 

Il est essentiel de remarquer qu'aucun Maltais n'a péri 
dans la journée de l'attaque, et que le lendemain de la 
reddition plusieurs des directeurs militaires et des chefs 
des administrations oeconomiques de l'Ordre, et civiles du 
pays de tout rang ont été reçus au service et employés 
par le nouveau gouvernement français. 

Le premier ordre donné à Malte par le général Bona- 
parte fut celui au ministre de Russie, chevalier 0-hara de 
sortir de l'isle, ne lui accordant que trois heures pour 
s'éloigner et s'embarquer. 

Le second ordre fut celui du prompt départ, n'excep- 
tant que les sexagénaires, des membres de l'Ordre, les Por- 
tugais et Russes dans le terme de quarante-huit heures et 
les autres dans celui de trois jours. 

Tous durent se munir de passeports du gouvernement 
militaire qui furent pour les chevaliers français un long 
objet de discussion et occupa (sic) particulièrement la vive 
sollicitude de S. A. E. Elle lit à diverses reprises coniiden- 
tiellement prier le citoyen Bonaparte de prouver la géné- 
rosité de ses intentions en se refusant à établir d'affli- 
geantes différences, et de ne point en exprimer sur l'état 
que, suivant la convention, il devait former. Elle lui en 
parla avec chaleur dans les deux entrevues qu'EUe eut 
avec lui. Enfin Elle lui députa pour essayer de nouvelles 
propositions sur le même objet, et demander que tous les 
passeports fussent égaux et directs pour france, trois Grands- 
Croix prééminens, l'un desquels avait signé la convention. 
Mais toutes démarches furent inutiles et le citoyen Bona- 
parte, en restant inflexible, acheva de navrer de douleur 
le coeur du Grand-Maître qui, d'ailleurs, aj^ant vu le même 
jour abbatre (sic) les armes de la Religion placées sur la 
porte de son palais crut devoir s'éloigner sans retard. 

S. A. E., avant de quitter Malte, demanda d'en emporter 
trois principaux objets de la dévotion de l'Ordre conservés 
dans l'Eglise de S*-Jean, la main du Saint Précurseur, 
l'image miraculeuse de Notre-Dame de Philerme, et un 
morceau de la vraie Croix. Ils lui furent remis par le 
général français, mais dépouillés de leurs riches ornemens ; 
c'est sous la sauve garde de ses (sic) reliques que S. A. E. 
suivie des officiers de son palais et accompagnée de deux 
membres du Sacré Conseil, de quelques commandeurs et 
chevaliers, s'embarqua pour Trieste le 18. Juin à deux 
heures après minuit. 



422 L'ORDRE DE MALTE. 

Malta, C. 4. — Hompesch. au Prince Colloredo, Vienne. 
Trieste, 29 juillet 1798. 

Monsieur, 

Dans les circonstances pénibles où se trouve mon 
Ordre, l'appui des personnes aussi distinguées que Votre 
Altesse par leurs lumières et la générosité de leurs inten- 
tions, est aussi nécessaire, que dans tous les temps il est 
honorable, je le réclame donc pour cet Ordre illustre, que 
de cruels événements ont privé du lieu de sa résidence. 
Je charge le comte de Rechberg de présenter à Sa Majesté 
Impériale la Relation que je joins à la respectueuse lettre 
par laquelle je réclame son auguste protection et sa bien- 
faisance. Ce chevalier, que j'estime particulièrement, solli- 
citera la bienveillance de Votre Altesse, et vous priera 
vivement de ma part de vous intéresser à l'existence de 
mon Ordre, à 'ma satisfaction qui est inséparable du bon- 
heur de ses membres, et d'accorder une vive affection au 
succès des voeux que moi et mon Ordre portons aux pieds 
du throne de Sa Majesté Impériale. Je connais trop bien 
la haute manière de penser de Votre Altesse pour ne pas 
être assuré qu'EUe accueillera ma parfaite confiance en 
son intercession. 

Soyez bien persuadé de l'estime particulière et distin- 
guée avec laquelle je suis 

Monsieur 
de Votre Altesse Le très aff^^ serviteur 

Le Grrand Maitre 
Hompesch. 
A S. A. M'^ le Prince de Colloredo, 

Vienne. 

1798. Dépêche Dietrichstein à Thugut, Août. 

Le chancelier vient de me communiquer l'Ordre donné 
par S. M. I® d'envoyer encore 5 de ses vaisseaux de ligne 
et deux frégates en Angleterre pour mettre plus facilement 
cette puissance à même d'augmenter sa force dans la mé- 
diterranée, c'est donc quinze vaisseaux de ligne et sept 
frégates russes que l'Angleterre a à sa disposition sans 
compter 15 vaisseaux de ligne et six frégates sous l'amiral 
Cruse qui protègent la mer du Nord. 



APPENDICE. 423 

1798. Dépêche Dietrichstein à Thugut, Août. 

. . .que la flotte russe de la mer noire qui avait déjà 
reçu les ordres à cet eifet, devait se joindre sans en attendre 
de nouveaux à celle des turcs pour repousser conjointement 
avec eux l'agression des Français (Cette dépêche est posté- 
rieure à l'arrivée de Bonaparte à Alexandrie). 

1798. Dépêche Cobenzl à Thugut, Septembre. 

. . .L'Empereur (de Russie) me parla également des 
vaisseaux qu'il avait donnés à l'Angleterre, de ceux qui 
allaient passer les Dardanelles pour se joindre à la flotte 
turque et agir ensuite de concert avec l'amiral Nelson. . . 
La réunion de la Turquie et de la Russie est une chose 
très avantageuse à nos intérêts et surtout la présence de 
la flotte russe dans le Méditerranée doit nous être très 
utile. Ce n'est pas d'ailleurs le moment de penser à des 
conquêtes contre la Porte, notre auguste cour ayant pour 
sistême de n'étendre ses limites qu'aux dépens des français ou 
des républiques de leur création: ce qui s'accorde tout à fait 
avec les sentiments de la cour de Piussie. 

1798, Cobenzl à Starhemberg à Londres, 9 Septembre. 

...C'est la permanence de la flotte anglaise dans la 
Méditerranée, pendant toute la durée de la guerre. Il est 
de fait que la fatale résolution qui nous a fait perdre ce 
secours a été la cause première de tous les malheurs de 
l'Italie. En accordant si généreusement ses secours maritimes 
à l'Angleterre, en ajoutant même à ceux qui avaient été 
destinés d'abord, Paul I®^ y a mis pour condition qu'un 
pareil nombre de vaisseaux anglais serait employé dans la 
Méditerranée, c'est ce que le comte "Woronzow a ordre de 
représenter en toute occasion. Non content de cette réso- 
lution dictée tout à la fois par sa sagesse et sa magna- 
nimité, S. M. P® s'est décidée d'unir sa flotte de la mer 
noire à celle des Turcs, de lui faire passer les Dardanelles 
pour pouvoir agir de concert avec celle de l'amiral Nelson 
et d'assiurer ainsi la victoire de la bonne cause dans ces 
parages. Nous de notre côté avons ouvert les portes du 
royaume des Deux-Siciles aux flottes anglaises en déclarant 
au roi de Naples que s'il était inquiété à cet égard par des 
Français S. M. reconnaîtrait le casus foederis. . . 



424 L'ORDRE DE MALTE. 

1798. Oobenzl à Thugut, 9 septembre. 

Il a assisté au chapitre du 6 septembre, ainsi que les 
ministres de Naples et de Bavière. Tout ce qui s'y est 
passé était déjà résolu d'avance par l'Empereur de Russie, 
et il aurait été aussi impolitique qu'inutile de sa part de 
s'y opposer. 

1798. Cobenzl à Thugut, 14 novembre 1798. 

» Avant que les Fr. eussent fait la conquête de Malte, 
il était convenu avec le g.-m. que les sujets de l'Emp. 
de R. du rit grec seraient également admis dans l'Ordre 
et S. M. P® était intentionnée de fonder pour eux des 
commanderies pour la somme de 200 mille roubles par an. 
La différence est qu'elle réglera à présent comme g.-m. ce 
qui alors se serait fait par traité. L'Angleterre en demandant 
l'exclusion de la Lang. française^ veut aussi étahlir tme Langue 
Angl., en fondant chez elle des commanderies. Le pape qui 
sent le besoin qu'il a des cours de Pet. et de Lond. a 
déjà donné et donnera sa sanction à toutes ces institutions. 
Malte devant être gouvernée comme par le passé par les 
chevaliers qui y résideront composant les différ. Langues, 
le comte de Litta voudrait qu'outre la Langue allemande 
qui concerne l'Empire il y ait aussi une Langue d'Autriche 
à raison du gr.-pr. de Bohême. Le port de Malte sera ouvert 
moyennant cela à toutes les différentes nations qui com- 
poseront l'ordre. 

»L'emp. de R. a témoigné quelque surprise au comte 
de Litta de ce qu'il n'y avait encore aucune réponse de 
Vienne. Il serait singulier, ajouta-t-il, que les deux empe- 
reurs fussent en opposition relativement à l'Ordre de 
Malte ... « 

Cobenzl à Thugut, 14 x^^^ 1798. 

S. M. l'Emp. de ttes les Russies, en sa qualité d'émi- 
nentissime gr.-m. de Malte en a conféré le grand cordon 
à madame la comtesse de Litta. . . 

Acta russica. Septembre 1798. Protestation du g'^-pr. 
de Russie, 26 août 1798 ^). 

Nous baillis, grand-croix, commandeurs, chevaliers du 
grand-prieuré de Russie, et autres chevaliers de S* J. de 

1) Cette protestation a été imprimée à S' Pétersbourg en 1798, 
en deux formats, in-folio et in-i". Le manifeste lancé par Paul I", le 
26 août 1798, est un pamphlet contre Hompesch, coupable de la plus 
stupide négligence oit, complice des perfides qui ont trahi V Ordre. Il faut 



APPENDICE. 425 

J. assemblés extraordinairement an palais j)i'ieural de l'Ordi'e 
dans la résidence imp^^ de S* Pétersb. 

Forcés de jeter encore un regard sur Malte, quelle 
profonde douleur ne devons-nous pas ressentir en voyant 
cet antique et noble théâtre de notre gloire traîtreusement 
vendu par une convention aussi nulle dans ses principes 
qu'infâme dans ses effets ! de quelle indignation ne devons 
nous pas être transportés en songeant qu'après une attaque 
insignifiante de quelques heures, des lâches qui portaient 
le nom de chevaliers ont livré ce boulevard de la chrétienté, 
que l'exemple de leurs prédécesseurs et les lois sacrées de 
l'honneur leur prescrivaient de défendre jusqu'à la dernière 
goutte de leur sang, à des brigands cent fois plus infidèles 
que ceux contre lesquels les devoirs de leur profession les 
avaient armés. 

Dans le cours d'une guerre de sept siècles les cheva- 
liers de S* Jean de J. éprouvèrent plus d'une fois les 
vicissitudes de la fortune, plus d'une fois les chrétiens 
alarmés virent le bouclier de la foi pour ainsi dire brisé 
entre les mains de ses défenseurs et l'Ordre entier ne con- 
servant d'autre refuge que le coeur de ses chevaliers ; mais 
les plus nobles efforts signalèrent toujours leurs différents 
succès et leur glone fut aussi respectée dans les plus 
fâcheux revers qu'éclatante dans leurs plus brillants exploits. 
Depuis son origine le nom d'un seul traître souilla les 
annales de l'o. d. S* J. de J., par quelle fatalité devons 
nous le voir maintenant précipité dans les abîmes de la 
honte et de l'ignomimie par ceux-mêmes à qui tout pre- 
scrivait le devoir de l'en préserver. Si le prompt supplice 
que subit d'Amaral ne remédia ]3as aux maux que sa per- 
fidie avait faits, du moins atteste -t- il la sévérité des 
principes de ce corps illustre, et l'équitable postérité a versé 
avec la même mesure la gloire sur Villiers de l'Isle Adam, 
et l'opprobre sur son infâme adversaire. 

S'il ne dépend pas de nous de laver dès aujourd'hui 
dans le sang des traîtres le crime qu'ils viennent de com- 
mettre en trafiquant honteusement de l'antique et superbe 
héritage de l'honneur que nos ancêtres leur avaient trans- 
bien motiver la décision du grand-prieuré de Russie, dictée par Paul I""", 
déposant de sa seule autorité le grand-maître, et se soumettant aux 
volontés suprêmes de l'auguste et souverain protecteur. Ce qui est 
plus remarquable, c'est que Paul I" prend alors de sa propre autorité 
tout l'Ordre sous sa direction suprême, par décret daté de Gatschina, le 
10 septembre 1798, contresigné Pr. BesborodlvO, en établissant le 
siège de tout l'Ordre à S' Pétersbourg. 



426 -L'ORDRE DE MALTE. 

mis, montrons du moins avec l'énergie du plus juste res- 
sentiment la haine et le mépris que leur félonie nous inspire, 
rejetons avec horreur le vil traité qui les déshonore à 
jamais et dévouons les sans retour aux remords et à l'in- 
famie qui seront désormais leur partage. 

Pour nous, réunis sous les glorieux auspices de Paul I®^, 
auguste empereur de toutes les Eussies, et Protecteur de 
notre ordre, nous protestons à la face de Dieu et devant 
tous ceux pour qui l'honneur et la fidélité sont encore des 
vertus, contre tout ce que la perfidie s'est permis au détri- 
ment de notre ordre; nous désavouons solennellement toute 
démarche contraire aux lois sacrées de notre institution, 
nous regardons comme dégradés de leur rang et dignités 
tous ceux qui ont rédigé, accepté et consenti l'infâme traité 
qui livre Malte, ainsi que tous ceux qui seront convaincus 
d'avoir coopéré directement ou indirectement à cette oeuvre 
d'iniquité. 

Nous renonçons dès à présent à toute espèce de rela- 
tion avec ces membres indignes, infects et corrompus, enfin 
nous déclarons formellement que nous ne reconnaîtrons 
désormais pour nos frères que ceux qui manifesteront la 
conforaiité de leurs principes avec les nôtres, en adhérant 
sans réserve à la présente protestation que nous nous réser- 
vons la faculté d'étendre ou de réitérer suivant l'exigence 
des cas. 

En foi de quoi, nous avons dressé le présent acte, 
l'avons unanimement accepté et muni du sceau de g. pr. 
de R, — Fait à S* Pétersbourg aujourd'hui jeudi 26 août 1798. 

Malte, C. 4. — Lettres de créance, datées de Trieste 
(orig. et copie). 

Sacra Regio Caesarea et Apostohca Maj estas, Cum 
Frater Carolus de Herberstein qui munus Ministri apud 
Sacram Regio Caesaream ,et Apostolicam Maj estatem Vestram 
mei gerebat, elapso mense Augusto obierit, in ejusdem 
locum Bajulivium Fratrem Franciscum Comitem de Collo- 
redo susteci, ut in posterum ordinis mei, afflictis praesertim 
hisce Temporibus negotia peragat. Id circo sacram Eegio 
Caesaream Maj estatem Vestram deprecor, ut dictum Boju- 
livum Fratrem Franciscum Comitem de CoUoredo suscipere 
atque illi in iis omnibus quae nomine meo exponet, inte- 
gram. et plenam fidem adhibere, ac me meumque ordinem 
uti prius, potenti et Augusta protectione ac beneficentia 
prosequi dignetur. Intérim Deum optimum maximum exoro, 



APPENDICE. 427 

ut Sacram Regio CaesareamMajestatem Vestram diu servet 
incolumen ad totius christianae Reipublicae, et Romani 
Imperii decus et incrementum. 

Sacra Eegio Caesareae et ApostolicaeMajestatis Vestrae. 
Tergesti die 1^^ Octobris 1798. 

Humilimus atque obsequientissimus 

servns / Magnus Magister Hosptis 

Sti Sepulcri Jerlem et Sti Antonii Viennensis 

Fr. FeedinajS[d de Hompesch. 

Le grand-maître, et le Conseil de l'Ordre des Cbeva- 
liers hospitaliers de St-Jean de Jerlem venant de remmettre 
au soussigné ses lettres de créance pour le ministère de 
l'Ordre auprès de Sa Maj^ Impériale Royale apostolique le 
chargent en même temps d'être l'organe des sentimens 
respectueux de l'Ordre entier et de son chef envers Sa 
Maj^ l'Empereur. 

Le soussigné a l'honneur de présenter la Copie a S. A. 
Monseigneur le Prince de CoUoredo Vice-Chancelier de 
l'Empire, en le priant de faire agréer a Sa Majé Luperiale 
Royale le dévouement respectueux de l'Ordre, et du Grand- 
Maître, et lui obtenir la continuation de sa puissante pro- 
tection; et il a l'honneur de lui présenter l'assurance de son 
parfait, et respectueux dévouement. 

Vienne, ce 18 october 1798. 

François Colloredo 

Bailly et Ministre. 

A Son Altesse Monseigneur le Prince de Oolloredo 
Vice-Chancelier de l'Empire. 

Malta, G. 7. — Hompesch à Thugut. 

Trieste, le 10 janvier 1799. Il demande l'intervention 
de Thugut pour obtenir pour 25 chevaliers ayant reçu 
l'ordre de quitter Venise, une prolongation de séjour, et 
son appui pour tous les membres de l'ordre sans exception. 

Hompesch à Thugut (Comp. av. les 2 lettres à l'Emp, 
* ci-après et l'ordre d'abdication, sup. p. 214). 

Trieste, le 6 juillet 1799. 
Monsieur, 

Je regarde les ordres de Sa Majesté l'Empereur-Roi 
qui viennent de m'être annoncés par le Prévôt de Maifei, 



428 L'ORDRE DE MALTE. 

comme une loi inviolable. La nécessité a exigé un sacrifice. 
Je l'ai fait. 

Pénétré de reconnaissance pour la protection dont Sa 
Majesté Impériale a toujours daigné m'honorer, je ne pou- 
vais ne pas me soumettre à un ordre conçu dans des termes 
aussi précis. Je ne dois pas cependant me dispenser d'im- 
plorer la clémence de Sa Majesté, et les bontés de Votre 
Excellence pour l'Ordre, et particulièrement pour les indi- 
vidus qui ont suivi plus fidèlement mon sort dans cette 
malheureuse circonstance. Je me flatte que S. M*®, en agréant 
]na parfaite soumission daignera me continuer sa puissante 
protection et je me remets avec confiance à tout ce qu'EUe 
voudra disposer à mon égard. 

Je suis avec la considération la plus distinguée, 
Monsieur, 

de Votre Excellence 
Le très humble et très obéissant serviteur 

HOMPESCH. 

Hompesch à l'Empereur, 6 juillet 1799. 

Sire, 

Courbé sous le poids des malheurs qui m'accablent, la 
Conviction intime d'avoir, autant que la nature et la marche 
rapide des événemens m'en ont laissé la faculté, rempli 
religieusement les devoirs sacrés de mon état, peut seule 
m'empêcher de succomber à mon infortune, et me servir 
de quelque consolation. Ce même sentiment de mes 
devoirs envers l'Ordre qui, sous ma direction, a éprouvé de 
si cruelles catastrophes, me porte aussi à me dévouer à son 
bien être, à son rétablissement, et à sa conservation dans 
ses anciens droits, statuts et privilèges, en me démettant 
volontairement de la Dignité dont j'étais revêtu et dispensant 
par là même les chevaliers de cet Ordre illustre, des devoirs 
qu'ils avaient contractés envers leur malheureux chef. Je 
supplie Votre Majesté de recevoir cette déclaration, d'y 
reconnaître l'attachement à mes devoirs et au succès de 
la cause générale qui me l'a inspirée, et de daigner la faire 
valoir auprès de son intime allié l'Empereur de toutes les 
Russies, sous les auspices puissants duquel l'Ordre de 
S* Jean de Jérusalem va renaître, dont j'ai été le premier 
à invoquer la protection, et dont je serai le premier à 
bénir les efforts généreux pour le bien de la Religion. 



APPENDICE. 429 

Je prie Votre Majesté d'être persuadée du profond 
respect avec lequel j'ai l'iionneur d'être, 

Sire 

de Votre Majesté 

Le très humble et très obéissant serviteur 

fr. FERDINAND DE HoMPESCH. 

Trieste, le 6 juillet 1799. 

Hompescli à l'Empereur, 6 juillet 1799. 

SlEE, 

En implorant de Votre Majesté Impériale un asile pour 
mon Ordre et pour ma Personne après la catastrophe de 
Malte, j'étais prêt à me soumettre dès lors à tout ce qu'il 
lui plairait d'ordonner pour le bien de la cause commune 
et pour le rétablissement de l'Ordre. J'ai très souvent 
renouvelle les mêmes assurances de cette parfaite soummission. 
C'est elle qui m'impose le sacrifice que le prévôt de Maffei 
m'a demandé de la part de Votre Majesté. 

Je la supplie d'être persuadée du profond respect avec 
lequel j'ai l'honneur d'être 

Sire 

de Votre Majesté 
Le très-humble et très obéissant serviteur 

fr. FERDINAND DE HoMPESCH. 

Trieste, le 6 juillet 1799. 

A Sa Majesté l'Empereur-Roi. 

Hompesch à Thugut, 21 juin 1800. Envoi de pro- 
testations de chevaliers, de membres du clergé et de Maltais, 
(10 fév. 1800, 18 avril 1800), d'une lettre du marquis 
d'Avrigos (Malte, 21 avril 1800): »Tout ici ressent l'absence 
de la Religion et en désire le retour: pour le coup la voix 
du peuple est la voix de Dieu. On ne prononce pas le nom 
du chef sans y joindre mille bénédictions*; d'une du bailli 
des Barres (Malte, 22 avril 1800): » J'apprends avec grand 
plaisir que V. Emin. se trouve depuis peu à Trieste, ce qui 
m'annonce son retour ici avec l'Ordre que le bas peuple 
attend, comme les juifs le Messie. .. «, d'une d'un chev. de 
rOrdre (Messine, 15 mai 1800): »Le voeu de la très-grande 
majorité est prononcé pour le retour du grand-maître et 



430 L'ORDRE DE MALTE. 

de son Ordre, Il n'y a que les coquins . . . qui sont con- 
traires, parce qu'ils craignent de n'avoir pas d'employés 
dans un autre ordre des choses ... « 

Hompescli à l'Empereur, 7 mai 1801. 
Sire, 

Mon entier dévouement à l'auguste Maison d'Autriche 
m'a fait mériter la haute protection de Votre Majesté Im- 
périale Royale: et je me glorifierai de n'avoir jamais mis 
aucunes bornes à ma profonde soumission à tout ce qui 
regarde le service de Votre Majesté. Ces sentiments dont 
j'ai fait profession toute ma vie, ont réglé dans toutes les 
occassions ma conduite. Votre Majesté Impériale Royale a 
daigné écouter la voie (sic) d'un innocent revêtu d'un 
caractère, qu'on a regardé toujours comme indélébile, mais 
opprimé par la violence. La mort de Sa Majesté Impériale 
de toutes les Russies Paul Premier, dont on parvint à sur- 
prendre la religion par des lettres apocriphes, et par des 
fausses réprésentations, devrait faire cesser l'obstacle, que 
cet Empereur mettait à l'exercice de ma Dignité. Je mets 
aux pieds (sic) de l'auguste throne de Vôtre Majesté Im- 
23eriale loyale mes prières très humbles pour implorer son 
auguste protection pour exercer librement les fonctions de 
ma dignité de la Grande-Maîtrise: pour la supplier de 
daigner interposer sa puissante protection près du Saint-Siège. 

En implorant la haute protection de Votre Majesté 
Impériale Royale je mets aux pieds (sic) de son auguste 
throne le très respecteux (sic) hommage de mes sentiments, 
et de ma conduite: et mes actions de grâces très humbles 
pour les magnanimes dispositions, qu'Elle daigne manifester 
à mon égard. 

Je la supplie .... 

Le Grand-Maitre 

fr. FERDINAND DE HoMPESCH 

Porto di Fermo, le 7 mai 1801. 

Hompesch à Thugut. Porto di Fermo le 7 mai 1801. 

. . . Je ne parle pas à Votre Exe. des persécutions que 
pendant les dernières années du règne de S. M P® feu 
Paul Premier j'ai s'oufïertes: elles vous sont connues. La 
mort de cet empereur aurait dû les faire cesser, et il n'aurait 
dû exister aucun doute pour le libre exercice de ma dignité. 
Mes ennemis qui m'ont suscité la première persécution. 



APPENDICE. 431 

mettent en mouvement tous leurs ressorts pour tâcher sous 
d'autres formes plus marquées mettre des entraves à ce que 
je reprenne les rênes du gouvernement de mon Ordre. 
V. Ex. voudra bien me permettre que je rappelle ici la vio- 
lence avec laquelle S. M, P® Paul I®^ par les circonstances 
du moment et la position de l'Allemagne a agi envers moi, 
et le parfait dévouement, qu'en toutes les occasions je me 
suis empressé de prouver pour l'auguste Maison d'Autriche 
. . .Mes ennemis qui se sont tous jeté dans le parti Russe 
se permettent tout pour parvenir à leur but. La puissante 
protection de S. M. I. R. peut seule leur en imposer. C'est 
par le puissante soutien de S. M. I. R. que j'espère reprendre 
les rênes du gouvernement de mon Ordre: c'est par sa 
haute protection que je pourrai réunir tous les prieurés et 
éviter le schisme, et c'est par son auguste médiation que 
j'ai une pleine confiance de recevoir Malte. La cour de 
Rome croit être maîtrisé (sic) par les circonstances, et gênée 
dans sa position: la crainte de nuire à ses propres intérêts 
en se prononçant en ma faveur la retient. Les sentiments 
du Saint Père me sont favorables: et de Rome même l'on 
me presse de solliciter l'appui des cours: en m'assurant 
que, si S. M. I. R. fesait connaître près de S. S. l'appui des 
cours, S. S. ne balancerait plus à me reconnaître publique- 
ment, parce qu'alors le Pape serait sûr d'être soutenu dans 
sa démarche. Le chevalier magistral Becker. . . . 

HOMPESCH. 

Hompesch à l'Empereur, 24 juillet 1801. 

Sire 

Je mets très respectueusement aux pieds de Votre 
Majesté Impériale et Royale mes très humbles actions de 
grâces pour les augustes bienfaits dont Votre Majesté a 
daigné m'honorer. Tous m'ont pénétré de la plus profonde 
et plus vive reconnaissance, mais celui dont je me glori- 
fierai jusqu'au dernier moment de ma vie est la haute 
protection dont son coeur grand et magnanime daigne par 
une grâce spéciale m'assurer. Sire, mon ambition a tou- 
jours été de la mériter, et de faire tout ce qui peut m'en 
rendre digne : et si je me suis vivement empressé en toutes 
occasions de prouver a Votre Majesté Impériale Ro3"ale 
mon entier dévouement à l'auguste Maison d'Autriche, et 
ma profonde soumission à tout ce qui regarde le service 
de Votre Majesté, je mettais également dans les temps les 



432 L'OEDKE DE MALTE. 

plus orageux avec une respecteuse ('sic) confiance tout mon 
espoir en la liante protection de Votre Majesté Impériale 
Royale : Elle a daigné reconnaître mon innocence; et rejeter 
avec indignation les calomnies par lesquelles mes ennemis 
se sont efibrcés de m'opprimer, et d'obscurcir mon honneur 
en face de l'Europe entière : ils ont par des intrigues, et 
des cabales surpris la Religion de Sa Majesté Impériale 
feu Paul Premier. Je supplie très humblement Votre Majesté 
Impériale Royale de daigner par un effet de sa haute pro- 
tection faire agrées à son Auguste Allié Sa Majesté Alexandre 
Premier Empereur de toutes les Russies ma justification et 
mon innocence. 

En ma quahté de Chef d'un Ordre Religieux je dois 
ma soumission au Saint-Père lequel est convaincu par une 
persuasion intime de mon innocence, et de la justice de 
ma demande : il a même daigné manifester ses dispositions 
favorables. Je supplie Votre Majesté Impériale Royale avec 
cette respectueuse confiance qui m'a soutenu dans tous mes 
malheurs de faire assurer, par son ministre Sa Sainteté de 
la haute protection dont Votre Majesté daigne m'honorer; 
et de ses intentions magnanimes, pour que je puisse re- 
prendre les rênes du gouvernement de mon Ordre. J'am- 
bitionne, Sire, l'honneur de devoir tout à la haute protection 
et à la puissante médiation de Votre Majesté Impériale Ro3^ale. 

Je mets aux pieds de son auguste Throne les sentiments 
de ma profonde reconnaissance et mes actions de grâces 
très humbles pour le secours pécuniaire que Votre Majesté 
Impériale Royale a daigné m'accorder. 

Je la prie très respectueusement d'être persuadée que 
je ne me servirai de ma dignité, que pour lui donner des 
nouvelles preuves de mon entier dévouement à l'auguste 
Maison d'Autriche, et à tout ce qui regarde le service de 
Votre Majesté Impériale 'Royale. 

J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect 
Sire 
de Votre Majesté Impériale Roj^ale 

Le très humble et très obéissant serviteur 
Le grand maître 

fr. FEEDIXAXD HOMPESCH. 

Porto di Fermo le 24 juillet 1801. 
(Comp. av. L. à Thugut de même date). 



APPEN'DICE. 4.33 

It., le 24 juillet 1801. 

Il remercie en particulier pour le secours pécuniaire 
qui lui a été accordé. 

Malte, G. 7. 

SniE 

Votre Majesté Impériale E-oyale daigna mettre le comble 
à Ses augustes bienfaits par la grâce spéciale, que son coeur 
grand et magnanime daigna me faire en accueillant avec 
un excès de bonté les très humbles prières, que j'ai mises 
très respectueusement aux pieds de son auguste trône. Un 
monarque grand et juste comme votre Majesté Impériale 
Royale peut seul soutenir mon innocence contre les intri- 
gues de mes ennemis, qui se permettent tout pour m'oppri- 
ment, qui osent opposer aux documents, les plus authentiques 
les réfutations les plus insignifiantes et les plus absurdes. 
La fausseté de ce qu'on avance contre moi est prouvée 
par les documents les plus irréprochables, qui seront mis 
aux pieds du trône de votre Majesté. Mais, Sire, c'est par 
la haute protection de votre Majesté que la vérité peut 
parvenir au trône de ses augustes alliés, et que je puis 
être délivré de la violence injuste, par laquelle nos enne- 
mis s'efforcent de m' opprimer : je l'implore avec la plus 
profonde soumission et avec une très respectueuse confiance. 

Votre Majesté Impériale et Ho^^ale daigna m'accorder un 
azile après l'inévitable catastrophe de Malte, Elle daigna m'ho- 
norer de sa haute protection contre les cabales et les intrigues. 

Je la supplie avec cette respectueuse confiance qui m'a 
soutenu dans tous mes malheurs de faire assurer par son mi- 
nistre, Sa Sainteté de la haute protection dont votre Majesté 
daigne m'honorer et de ses intentions magnanimes pour que 
je puisse reprendre les rênes du gouvernement de mon Ordre. 

J'ambitionne, Sire, l'honneur de devoir tout à la haute pro- 
tection et à la puissante médiation de votre Majestéimpériale 
et Royale. 

En mettant le coeur na^nré d'aff'liction aux pieds de son 
auguste trône mes très soumises prières j'ay l'honneur 
d'être avec le plus profond respect 

Sire, de Votre Majesté Impériale et Royale 

Le très humble et très obéissant serviteur 
Le grand maître 

fr. FERDIN'AXD DE HoMPESCH. 

Porto di Fermo le 14 septembre 1801. 

SAI.LES : L'OKDRE DE MALTE. gg 



4.34 L'OEDEE DE MALTE. 

It. le 14 sept. 1801. 

On y lit: »L'affi:euse cabale, qui siu-prit la religion de 
S. M. P^ teii Panl P^, fait tous ses efforts contre moi auprès 
de son auguste successeur*. Il demande à envoyer une 
ambassade à Alexandre I^^ et ajoute: »pour pouvoir reprendre 
les rênes du gouvernement de mon Ordre dont la suspen- 
sion ne peut être regardée que momentanée nécessitée par 
les circonstances «. 

HOMPESCH. 



XXVI. 

EEDDITION DE MALTE AUX ANGLAIS. 



Lettre du général Yaubois au ministre de la guerre. 
Malte, le 1^^ fructidor an YIII. 

(19 août 1880). 

Citoyen Mesistee, 

Jusqu'à ce jour, les précautions prises par le gouverne- 
ment pour nous ravitailler ont été infructueuses. Nous 
sommes au pain seul depuis le 15 thermidor (3 août), et ce 
pain va nous manquer, nous n'en avons jdIus que jusqu'au 
20 du courant; il faudra que j'entre en négociation le 15, 
si rien ne nous arrive. Vous ne pouvez vous peindre le 
désespoir de cette brave garnison, qui ne voit aucun fruit 
des travaux et des privations qu'elle a supportés pendant 
deux ans, sauf la gloire qui ne peut lui être enlevée. 

Je partage sa façon de penser, et il ne faudra rien 
moins que l'impossibilité physique pom- me résoudre à 
capituler; mais nulle espèce de ressource: l'ennemi n'a point 
de magasin: il tient sur des bâtiments le peu de subsistance 
qu'il fom-nit à l'île. Il n'est donc aucun moyen de résister 
à la plus entière famine. C'était pendant le premier hiver 
surtout qu'il fallait nous fournir de quoi lasser l'ennemi. 
Dès les premiers jours du siège, nous avons su nous réduire 
à très-peu de chose. Nous espérons tous que la France 
rendra justice à notre conduite ; mais cela ne satisfait pas 
de braves gens moins occupés d'eux que de leur patrie. 



APPENDICE. , 435 

Je compte demander qu'on nous conduise à Marseille. 
Si nous obtenons, comme je l'espère, de rentrer en France, 
nous pensons que vous voudrez bien donner des ordres 
pour que nous y trouvions des à-comptes d'appointements 
de solde. Que deviendraient ces pauvres officiers, à qui il 
ne reste aucun moyen d'existence, et qui ne sont pas vêtus? 
La troupe aussi n'a sur le corps que des habits de toile. 
L'entrée de la saison rigoureuse lui rend nécessaires des 
habits de drap à son arrivée. Si nous obtenons toutes les 
conditions honorables que je demanderai, il nous restera 
une troupe qu'on peut conduire partout contre les ennemis 
de la République, quoiqu'elle ait grand besoin de repos. 

Recevez les respects d'un républicain désolé 

Yaubois. 

II. 

Lettre du général Vaubois au général Pigot comman 
dant les troupes anglaises. 

Malte, le 17 fructidor an VIIL 

(4 septembre 1800). 

Par votre lettre datée du 17 juillet dernier, vous me 
proposez, Monsieur, d'envoyer à La Valette, un officier de 
marque pour traiter. L'honneur me permet de le recevoir. 
Si vous persistez à ce qu'il se présente, je vous garantis 
qu'il sera reçu et respecté comme doit l'être un officier 
revêtu du caractère qu'il aura. Entrant dans ce moment 
en négociations pour capituler, je vous préviens que je 
viens de donner des ordres pour qu'on cesse toute hostilité. 
J'espère que vous voudrez bien en donner de semblables. 

J'ai l'honneur d'être, etc. 



Vaubois. 



in. 



Articles de la capitulation entre le général de division 
Vaubois, commandant en chef les îles de Malte et du Goze, 
et le contre-amiral Villeneuve, commandant la marine à 
Malte, d'une part; et M. le major-général Pigot, comman- 
dant les troupes de Sa Majesté Britannique et de ses 
alliés, et le capitaine Martin, commandant les vaisseaux 
de Sa Majesté Britannique et de ses alliés, devant Malte, 
d'autre part. 

28* 



436 L'OEDEE DE MAiTE. 

Art. 1, La garnison de M!alte et forts en dépendant 
sortira pour être embarquée et conduite à Marseille, aux 
jour et heure convenus, avec tous les honneurs de la guen'e, 
c'est-à-dire tambours battants, drapeaux déployés, mèche 
allumée, ayant en tête deux pièces de canon de quatre avec 
leur caisson, les artilleurs poiu" les servir, et un caisson 
d'infanterie. Les officiers civils et militaires de la marine, 
et tout ce qui appartient à ce département, seront égale- 
ment conduits au port de Toulon. 

»La garnison recevra les honneurs de la guerre demandés j 
mais attendu l'impossibilité qu'elle soit embarquée en entier 
immédiatement, on y suppléera par l'arrangement suivant: 

«Aussitôt que la capitulation sera signée, les forts 
E-icasoli et Tigné seront livrés aux troupes de Sa Majesté 
Britannique, et les vaisseaux pourront entrer dans le port. 
La porte Nationale sera occupée par une garde composée 
de Français et d'Anglais en nombre égal, jusqu'à ce que 
les vaisseaux soient prêts à recevoir le premier embarque- 
ment: alors, toute la garnison défilera avec les honneurs de 
la guerre jusqu'à la marine, où elle déposera ses armes. 
Ceux qui ne pourront faire partie du premier embarque- 
ment occuperont l'île et le fort Manoël, a,ja.nt une garde 
armée pom- empêcher que qui que ce soit se répande à la 
campagne. La garnison sera considérée comme prisonnière 
de guerre, et ne pourra servir contre Sa Majesté Britan- 
nique jusqu'à l'échange, de quoi ses officiers respectifs 
donneront leur parole d'honneur. Toute l'artillerie, les mu- 
nitions et magasins pubhcs de toute espèce, seront déh- 
vrés aux officiers préposés à cet effet, ainsi que les inven- 
tahes et papiers publics*. 

n. Le général de brigade Chanez, commandant la place 
et les forets; le général de brigade d'Hennezel, commandant 
l'artillerie, et le génie ; les officiers, sous-officiers et soldats 
de terre; les officiers, troupes et équipages, et emploj'és 
quelconques de la marine ; le citoyen Pierre-Alphons Guys, 
commissaire-général des relations commerciales de la Êé- 
pubhque Française en Syrie et Palestine, accidentellement 
à Malte avec sa famille; les employés civils et militaires, 
les ordonnances et commissaù'es des guerres et de la- 
marine, les administrations civiles, membres quelconques 
des autorités constituées, emporteront leurs armes, leurs 
effets personnels et leurs propriétés, de quelque nature 
qu'elles soient. 



APPENDICE. 437 

»Acoordé, à l'exception des armes déposées par les 
soldats, conformément à ce qui est prévu par le premier 
article. Les sous-officiers conserveront leurs sabres. « 

III. Sont regardés comme faisant partie de la garnison, 
tous ceux de quelque nation que ce soit, qui ©nt porté les 
armes au service de la République pendant le siège. — 
» Accordé. « 

IV. La division sera embarquée aux frais de Sa Majesté 
Britannique. Chaque militaire ou employé recevra, pendant 
la traversée, les rations telles qu'elles sont attribuées à 
chaque grade, suivant les lois et règlements français. Les 
officiers membres d'administrations civiles qui passent en 
France jouiront du même traitement, eux et leurs familles, 
en les assimilant à des grades militaires correspondant à 
l'élévation de leurs fonctions. 

» Accordé, conformément aux usages de la marine 
anglaise, qui n'attribue que la même ration à tous les in- 
dividus, de quelques grades et conditions qu'ils soient. « 

V. Il sera fourni le nombre nécessaire de chariots et 
de chaloupes pour transporter et mettre à bord les effets 
personnels des généraux, de leurs aides-de-camp, des ordon-' 
nateurs et commissaires, des chefs de corps, des officiers, 
du citoyen Guys, des administrateurs civils et militaires de 
terre et de mer, ainsi que les papiers des conseils d'admi- 
nistration des corps; ceux des commissaires des guerres de 
terre et de mer, du payeur de la division et des autres 
employés d'administrations civiles et militaires. Ces effets 
et papiers ne pouront être assujettis à aucune recherche 
ni inspection, sous la garantie que donnent les généraux 
stipulants qu'ils ne contiendront aucune propriété publique 
ni particulière. — »Accordé.« 

VI. Les bâtiments quelconques appartenant à la E,épu- 
blipue, susceptibles de tenir la mer, partiront en même 
temps que la division, pour se rendre dans un port de 
France, après leur avoir fourni les vivres nécessaires. — 
»Refusé.« 

VII. Les malades transportables seront embarqués avec 
la division, et pourvus des vivres, médicaments, coffres de 
chirurgie, effets et officiers de santé nécessaires à leur 
traitement pendant la traversée. Ceux qui ne seront point 
transportables seront traités comme il convient, le général 
en chef laissant à Malte un médecin et un chirurgien au 
service de France, qui en prendront soin: il leur sera 
fourni des logements gratis s'ils sortent de l'iiôpital, et ils 



438 L'ORDRE DE MALTE. 

seront renvoyés en France dès que leur état le permettra, 
avec tout ce qui leur appartient, et de la même manière 
que la garnison. Les généraux en chef de terre et de mer, 
en évacuant Malte, les confient à la loyauté et à l'humanité 
de M. le général anglais. — «Accordé. « 

yill. Tous les individus, de quelque nation qu'ils soient, 
habitants de l'île de Malte ou autres, ne pourront être ni 
troublés, ni inquiétés, ni molestés pour leurs opinions po- 
litiques, ni pour tous les faits qui ont eu lieu pendant que 
Malte a été au pouvoir du gouvernement français. Cette 
disposition s'applique principalement dans tout son entier 
à ceux qui ont pris les armes, ou qui ont rempli des em- 
plois civils, administratifs ou militaires ; ils ne pourront 
être recherchés en rien, encore moins poursuivis pour les 
faits de leur gestion. 

»Cet article ne paraît pas devoir faire l'objet d'une 
capitulation militaire ; mais tous les habitants qui désireront 
rester, ou auxquels il sera permis de rester, peuvent être 
assurés d'être traités avec justice et humanité, et jouiront 
de la pleine protection des lois.« 

IX, Les Français qui habitaient Malte, et tous les 
Maltais, de quelque état qu'ils soient, qui voudront suivre 
l'armée française et se rendre en France avec leurs pro- 
priétés, en auront la liberté; ceux qui ont des meubles ou 
irâmeubles, dont la vente ne peut se faire tout de suite, et 
qui seront dans l'intention de venir habiter la France, au- 
ront six mois, à dater du jour de la signature de la présente 
capitulation, pour vendre leurs propriétés foncières ou mo- 
bilières ; ces propriétés seront respectées. Ils pourront agir 
par eux-mêmes s'ils restent, ou par procureur fondé s'ils 
suivent la division. Lorsqu'ils auront fini leurs affaires dans 
le temps convenu, il leur sera fourni des passe-ports pour 
venir en France, transportant ou faisant passer sur des 
bâtiments les meubles qui pourraient leur rester, ainsi que 
leurs capitaux en argent ou lettres de change, suivant leur 
commodité. 

»Accordé, en se référant à la réponse de l'article 
précédent.* 

X. Aussitôt la capitulation signée, M. le général anglais 
laissera entièrement à la disposition du général commandant 
les troupes françaises, de faire j)artir ^^i© felouque avec 
l'équipage nécessaire, et un officier chargé de porter la 
capitulation au gouvernement français. Il lui sera donné le 
sauf-conduit nécessaire. — » Accordé.* 



APPENDICE. 439 

XI. Les articles de la capitulation signés, il sera livré 
à M. le général anglais la porte dite des Bombes, qni sera 
occupée par une garde d'égale force d'Anglais et de Fran- 
çais, Il sera consigné à ces gardes de ne laisser pénétrer 
dans la ville ni soldats des troupes assiégeantes, ni habi- 
tants de l'île quelconques, jusqu'à ce que les troupes fran- 
çaises soient embarquées et hors de vue du port; à mesure 
que l'embarquement s'exécutera, les troupes anglaises occu- 
peront les postes par lesquels on pourrait entrer dans les 
places. M. le général anglais sentira que ces précautions 
sont indispensables pour qui'il ne s'élève aucun sujet de 
dispute, et que les articles de la capitulation soient reli- 
gieusement observés. 

»Accordé, conformément à ce qui est prévu par la 
réponse au premier article, et on prendra toutes les pré- 
cautions pour empêcher les Maltais armés de tout rappro- 
chement des postes occupés par les troupes françaises.* 

Xn. Toutes aliénations ou ventes des meubles et im- 
meubles quelconques, faites par le gouvernement français, 
pendant le temps qu'il est resté en possession de Malte, et 
toutes les transactions entre particuliers, seront maintenues 
inviolables. 

» Accordé, autant qu'elles seront justes et légitimes. « 

XIII. Les agents des puissances alliées qui se trouve- 
ront dans La Valette lors de la reddition de la place, ne 
seront inquiétés en rien, et leurs personnes et propriétés 
seront garanties par la présente capitulation. — » Accordé.* 

XIV. Tout bâtiment de guerre ou de commerce venant 
de France avec le pavillon de la République, et qui se 
présenterait pour entrer dans le port, ne sera pas réputé 
bonne prise, ni son équipage fait prisonnier, pendant les 
20 premiers jours qui suivront celui de la date de la pré- 
sente capitulation et il sera renvoyé en France avec un 
sauf-conduit. — »Refusé.« 

XV. Le général en chef et les autres généraux seront 
embarqués avec leurs aides-de-camp, les officiers attachés 
à eux, ainsi que les ordonnances et leur suite, sans sépara- 
tion respective. — » Accordé. « 

XVI. Les prisonniers faits pendant le siège, 3^ compris 
l'équipage du vaisseau le Guillaume - Tell, de la frégate la 
Diane, seront rendus et traités comme la garnison; il en 
serait de même de l'équipage de la Justice, si elle était 
prise en se rendant dans un des ports de la République. 



/(.40 L'ORDRE DE MALTE. 

»L'éqiiipage du Guillaume- Tell est déjà écliarigé, et 
celui de la Diane doit être transporté à Minorque pour être 
écliangé immédiatement. « 

XVII. Tout ce qui est au service de la République 
ne sera sujet à aucun acte de représailles de quelque nature 
que ce puisse être et sous quelque prétexte que ce soit. — 
»Accordé.« 

XVin. S'il survient quelque difficulté sur les termes 
et conditions de la capitulation, elles seront interprêtées 
dans le sens le plus favorable à la garnison. 

«Accordé suivant la justice.* 

Fait et arrêté à Malte, le 18 fructidor an VIII de la 
République Française. 

Signé: le général de division, Vaubois. Le contre-amiral, 
Villeneuve. Le major-général Pigot. Le capitaine ]\iAE,Trisr, 
commandant les vaisseaux de Sa Majesté Britannique et de 
ses alliés, devant Malte. 



xxvn. 
TRAITÉ D'AMIENS 

25 MARS 1802 
(Art. X à Xm). 

»Art. X, Les îles de Malte, du Gozo et Comino seront 
rendues à l'Ordre de Saint- Jean de Jérusalem, poiu: être 
par lui tenues aux mêmes conditions auxquelles il les possé- 
dait avant la guerre, et sous les stipulations suivantes: 

10 »Les cbevaliers de l'Ordre dont les langues conti- 
nueront à subsister après l'échange des ratifications du 
présent traité, sont invités à retourner à Malte aussitôt que 
rechange aura eu lieu; ils y formeront un chapitre général, 
et procéderont à l'élection d'un grand maître, choisi parmi 
les natifs des nations qui conservent des langues, à moins 
qu'elle n'ait été déjà faite depuis l'échange des ratifications 
des préliminaires. 

»IL est entendu qu'une élection faite depuis cette époque 
sera seule considérée comme valable, à l'exclusion de toute 
autre qui aurait eu lieu dans aucun temps antérieur à 
ladite époque. 



APPENDICE. 441 

2° »Les gonvemements de la République Française et 
de la Grande-Bretagne, désirant mettre l'Ordre et l'île de 
Malte dans un état d'indépendance entière à leur égard, 
conviennent qu'il n'3^ aura désormais ni langue française 
ni langue anglaise, et que nul individu appartenant à l'une 
ou à l'autre de ces puissances ne pourra être admis dans 
l'Ordre. 

3° »I1 sera établi une langue maltaise, qui sera entre- 
tenue par les revenus territoriaux et les droits commerciaux 
de l'île. Cette langue aura des dignités qui lui seront propres, 
des traitements, et une miberge. Les preuves de noblesse 
ne seront pas nécessaires pour l'admission des chevaliers 
de ladite langue; ils seront d'ailleurs admissibles à toutes 
les charges et jouiront de tous les privilèges, comme les 
chevaliers des autres langues. Les emplois municipaux, 
administratifs, civils, judiciaires et autres, dépendant du 
gouvernement de l'île, seront occupés au moins pour moitié 
par les habitants des îles de Malte, Gozo et Comino. 

4° »Les forces de Sa Majesté Britannique évacueront 
l'île et ses dépendances dans les trois mois qui suivront 
l'échange des ratifications, ou plus tôt si faire se peut; à 
cette époque, elle sera remise à l'Ordre dans l'état où elle 
se trouve, pourvu que le grand maître ou des commissaires 
pleinement autorisés suivant les statuts de l'Ordre, soient 
dans ladite île pour en prendre possession, et que la force 
qui doit être fournie par Sa Majesté Sicilienne, comme il 
est ci- après stipulé, y soit arrivée. 

.5° »La moitié de la garnison pour le moins sera tou- 
jours composée de Maltais natifs; pour le restant, l'Ordre 
aura la faculté de recruter parmi les natifs des pays seuls 
qui continuent de posséder des langues. Les troupes mal- 
taises auront des officiers maltais. Le commandement en 
chef de la garnison ainsi que la nomination des officiers 
appartiendront au grand maître, et il ne pourra s'en démettre, 
même temporairement, qu'en faveur d'un chevalier, d'après 
l'avis du conseil de l'Ordre. 

6° «L'indépendance des îles de Malte, de Gozo et de 
Comino, ainsi que le présent arrangement, sont mis sous 
la protection et garantie de la France, de la Grand-Bretagne, 
de l'Autriche, de l'Espagne, de la Russie et de la Prusse. 

7° »La neutralité de l'Ordre et de l'île de Malte avec 
ses dépendances est proclamée. 

8° »Les ports de Malte seront ouverts au commerce 
et à la navigation de toutes les nations, qui y paieront des 



442 L'ORDRE DE MALTE. 

droits égaux et modérés: ces droits seront appliqués à 
l'entretien de la langue maltaise, comme il est spécifié dans 
le paragraphe 3, à celui des établissements civils et mili- 
taires de l'île, et à celui d'un lazaret général ouvert à tous 
les pavillons. 

9^ »Les états barbaresques sont exceptés des disposi- 
tions des deux paragraphes précédents, jusqu.'à ce que, par 
le moyen d'un arrangement que procureront les parties 
contractantes, le système d'hostilité qui subsiste entre les- 
dits états barbaresques, l'Ordre de Saint-Jean et les puis- 
sances possédant des langues ou concourant à leur com- 
position, ait cessé. 

10° »L'Ordre sera régi, quant au temporel et au spi- 
rituel, par les mêmes statuts qui étaient en vigueur lorsque 
les chevaliers sont sortis de l'île, autant qu'il n'y est pas 
dérogé par le présent traité. 

11° »Les dispositions contenues dans les paragraphes 
3, 5, 7, 8 et 10 seront converties en lois et statuts perpé- 
tuels de l'Ordre, dans la forme usitée: et le grand maître, 
ou. s'il n'était pas dans l'île au moment où elle sera remise 
à l'Ordre, son représentant, ainsi que ses successeurs, seront 
tenus de faire serment de les observer ponctuellement. 

12° »Sa Majesté Sicilienne sera invitée à fournir deux 
mille hommes natifs de ses Etats, pour servir de garnisons 
dans les différentes forteresses desdites îles,^ Cette force y 
restera un an, à dater de leur restitution aux chevaliers; 
et si à l'expiration de ce terme TOrdre n'avait pa.s encore 
levé la force suffisante, au. jugement des puissances garantes, 
pour servir de garnison dans l'île et ses dépendances, telle 
qu'elle est spécifiée dans le paragraphe 5, les troupes napo- 
litaines y resteront jusqu'à ce qu'elles soient remplacées 
par une autre force jugée suffisante par lesdites puissances. 

13° »Les différentes puissances désignées dans le para- 
graphe 6, savoir: la France, la G-rande-Bretagne, l'Autriche, 
l'Espagne, la Russie et la Prusse seront invitées à accéder 
aux présentes stipulations. 

XI. »Les troupes françaises évacueront le royaume de 
Naples et l'Etat romain; les forces anglaises évacueront 
Porto-Ferrajo, et généralement tous les ports et îles qu'elles 
occuperaient dans la Méditerranée ou dans l'Adriatique 

XII, »Dans tous les cas de restitution convenus par 
le présent traité, les fortifications seront rendues dans l'état 
où elles se trouvaient au moment de la signature des préli- 



APPENDICE. 443 

minaires, et tons les ouvrages qui auront été construits 
depuis l'occupation resteront intacts 

»I1 est convenu en outre que, dans tous les cas de 
cesssion stipulés il sera alloué aux habitants de quelque 
condition et nation qu'ils soient, un terme de trois ans, à 
compter de la notification du présent traité, pour disposer 
de leurs propriétés acquises et possédées soit avant, soit 
pendant la guerre actuelle, dans lequel terme de trois ans 
ils pourront exercer librement leur religion et jouir de leurs 
propriétés. La même faculté est accordée, dans les pays 
restitués, à tous ceux, soit habitants ou autres, qui y auront 
fait des établissements quelconques pendant le temps où 
ces pays étaient possédés par la Grande-Bretagne. 

» Quant aux habitants des pays restitués ou cédés, il 
est convenu qu'aucun d'eux ne pourra être poursuivi, in- 
quiété ou troublé dans sa personne ou dans sa propriété 
sous aucun prétexte, à cause de sa conduite ou opinion 
politique, ou de son attachement à aucune des parties con- 
tractantes, ou pour toutes autres raisons, si ce n'est pour 
des dettes contractées envers des individus, ou pour des 
actes postérieurs au présent traité définitif. 

»La décision de toutes réclamations entre les individus 
des nations respectives, pour dettes, propriétés, effets ou 
droits quelconques, qui, conformément aux usages reçus et 
au droit des gens doivent être reproduites à l'époque de 
la paix, sera renvoyée devant les tribunaux compétents, et 
dans ce cas il sera rendu une prompte et entière justice 
dans les pays où les réclamations seront faites respectivement*. 

Les deux lettres ci-dessous, ont été écrites le 10 no- 
vembre par le clergé maltais à l'occasion du Traité d'Amiens^). 

1° A Sa Majesté Britannique. 

»Rien ne pouvait être plus glorieux et plus consolant 
pour la ])opîilation de Malte que la résolution prise de resti- 
tuer cette île à l'Ordre de Saint- Jean de Jérusalem. Dans 
le retour si désiré de son paternel souverain et généreux 
bienfaiteur, et de son légitime régent et propre prince 
François Ferdinand d'Hompesch, cette même population 
reconnaît la bienveillante et auguste continuation de cette 
haute et magnanime protection avec laquelle V. M. a daigné 
la regarder jusqu'à présent. Dans ce rétablissement dès sa 
première tranquillité, la population offre et offrira toujours 

>) M. Miége, Histoire de Malte. 



444: L'ORDRE DE MALTE. 

ail Très-Haut ses plus ardentes et vives prières pour l'élé- 
vation constante et la durable et lumineuse gloire de Votre 
Majesté et de ses célèbres et fortunés royaumes. Nous qui 
sommes, à part tant de joies et de voeux expliqués, dans 
la parfaite connaissance de la pensée de ces peuples^ nous en 
présentons à Votre Majesté les assurances correspondantes, 
communes et très-humbles, et nous flattant qu'elles seront 
accueillies amoureusement, nous sommes, etc., etc.« 

(Mêmes signatures que plus bas). 

2° A S. E. le G-eneralissime Consul de la République 
Française Bonaparte. 

»0n ne peut exprimer la joie, la satisfaction qii'ont 
éprouvées ces peuples en apprenant qu'il avait été stipulé dans 
le t:aité de paix que leur patrie serait rendue à l'Ordre de 
Saint-Jean de Jérusalem, qu'ils reconnurent et vénérèrent 
pendant un long cours d'année comme véritable souverain, 
et dont ils expérimentèrent toujours l'affection, la sollicitude 
paternelle et la généreuse bienfaisance. Cependant, au 
milieu de tant de joie et de contentement pour le retour 
prochain et désiré dudit Ordre et de ce légitime supérieur 
et propre prince François-Ferdinand de Hompesch., ils re- 
connaissent très-bien les effets de la protection de Votre 
Excellence dans la publique connaissance des vrais sentiments 
des Maltais. Etant à part la tranquillité soupirée et des 
justes réflexions, nous nous faisons un devoir de présenter 
à V. E. les assurances de notre commune reconnaissance 
pour le soulagement universel et la paix générale. « 

» signé: Pieeee-Paul Miculeff, prévôt et curé de Bir- 
charçara; Antoine Cilia, curé de Casai Sia; Joseph Ruscael 
Camillieri, curé de Casai Grudia; Nicolas Pexée, vicaire 
de Casai Luca et Asciak; .Jean-Michel Tortolla, curé de 
Casai Zeitun ; P. Vincent La Posa, curé de la Cité Valette ; 
Père Vincent Ferroni, maître et procureur des Carmes; 
Père Vincent Portelli, prieur et vicaire provincial des 
E. P. Prêcheurs ; Père Vincent Jumenit, gardien et com- 
missaire provincial de Saint-François ; Père Jean-Baptiste 
Puce, gardien de Saint-François de la Cité Valette ; Père 
François- Antoine de Malte, commissaire de Terre-Sainte; 
Père Bachelier-François Chetchuti, prieur de Saint- Augustin 
de la Cité Valette.» 

Quelle différence entre ce langage et celui de la dépu- 
tation maltaise envo^'ée à Londres et remettant à S. M. 
Britannique, un Mémoire outrageant pour l'Ordre de Malte, 
daté du 22 octobre 1801, et où on lit cette phrase typique: 



APPENDICE. 445 

»Nous affirmons que nous étions les principaux acteurs 
dans la guerre, que nous étions les conquérants.... Les 
Maltais demandent la possession de leui' île par droit de 
conquête sur les Français, qui la conquirent sur l'Ordre«. 
Ce libelle, sous forme de Mémorandum représente les clie- 
valiers comme avilis, déshonorés, infâmes, réduits à l'indi- 
gence et à la plus honteuse mendicité. Ne dirait-on pas le 
factum d'une bande échappée des Petites-Maisons? Et en 
tête des signataires, on lit le nom du Marquis Mario Testa- 
ferratat qui mérite de ne pas être oublié ; le reste n'est 
que le menu-fretin de l'insurrection de 1799 — 1800 — le 
tout payé par l'Angleterre, en 1801 comme auparavant. 

Ce marquis Don Mario Testaferrata est le même qui 
fut le chef de la députation qui vint présenter au grand 
maître Hompesch, le 10 juin 1798, la supplique relative à 
la cessation de la résistance. Le 10 juin 1798 et le 22 oc- 
tobre 1801 méritent d'être inscrits en lettres d'or le sur blason 
de ce gentilhomme. Qu'on ne nous accuse pas d'un rappro- 
chement fait à plaisir. Les actes existent ^). 



xxvin. 
CHRONOLOaiSCHE GESCHICHTE BÔHMENS 

(1778). 

1° »Notum sit omnibus Christi Fidelibus quod ego 
Wladislaus Dei gratia Rex Boemorum attendens devotionem, 
et religiossimum propositum fidelissimorum meorum, scilicet 

1) L'Ordre était représenté aux Congrès de Vienne (1814—1815) 
et d' A ix-la-Chapelle (1818) par le bailli Mari et Berlinghieri, pléni- 
potentiaires de l'Ordre, assistés par le commandeur Louis de Dienne 
(de la Langue d'AuvergTie), au nom et comme mandataire spécial des 
trois Langues de France et des deux Langues d'Espagne. Outre le 
Mémoire de 1811 (V. suprà, p. 221), il en fut présenté au Congrès 
d'Aix-la-ChapeUe un nouveau signé le bailli de Lasteyrie, les com- 
mandeurs de Bataille, Peyre de Châteauneuf, de Dienne. On poursuit 
dans ce mémoire la restauration de l'Ordj-e de Malte comme état 
territorial souverain. Ce que nous croyons devoh noter, c'est que, 
d'après un procès-verbal de la séance du 28 août 1815, de la com- 
mission des lang-ues françaises, Fr. de Dienne réussit alors à rétablir 
une parfaite harmonie entre les députés des langues françaises et 
les plénipotentiaires de TOrdi-e (L. de Fr. Giovanni, Lieutenant du 
Magistère, 10 août 1815). Rien d'étonnant à cela, puisque Fr. de 
Dienne avait été en France, à Malte et en Sicile, le dernier fondé de 
pouvoirs spécial de Fr. de Hompesch (V. Arch. de la famille de 
Dienne, château de Servilly (AlUer). 



446 L'ORDRE DE MALTE. 

Gervasii concellarii mei, et Martini Subcancellarii, in quales 
sanctos videlicet usus convertere voilent et impendere om- 
nia illa, que vel circa me pro fidelissimo servitio prome- 
ruerant, in possessionibus, sive mobilibus quibuslibet, vel 
que aliunde, etc. attendons, inquam, quod ecclesiam voilent 
inde edificare in bonorem B. Marie Virginis : tante devo- 
tionis, tanteque mercedis una cum illis me participem con- 
stituere volens ad edificandam ecclesiam et hospitale, atque 
instituendam congregationem religiosorum communis vite 
virorum terram quandam ad coronam regni mei pertinentem 
Prage juxta Pontem secus aquam inter quatuor vias dedi — 
Addo et confirme eidem loco — villam — Lettegh — Addo 
insuper agrum unum — nomine Ostruzen — Addo et con- 
firme possessiones, que fuerunt Henrici filii Hartmanni, et 
etiam eas, quas dédit post discessum uxoris. 

2° Ego Wladislaus Dei gratia Rex Boemorum, notum 
facio cunctis fidelibus presentibus, et futuris, quod a primis 
principatus mei temporibus semper in voto habui iberosoli- 
mam ire, atque sepulchrum Dominicum, et alla loca sancta 
videra. Quod et adimplere volui, quando cum Imp. Conrado 
in expeditione contra paganos processeram. Sed cum pecca- 
tis exigentibus, nescio quo Dei judicio proposita perficere 
prohiberer, ad propria reversus votum exsolvere. — Quod 
cum Eaymundo tune temporis Magistro hospitalis iheroso- 
limitani, etc. . . Et haec sunt ville, quas dedi. — Hodoviz, 
Czoym, Plane, Cubov-Manetin a meta Neostinensi — cum 
Lipe, Kubov cum foro Wescu — duas villas in provincia 
Bilinensi dictas Borizlave et Hribovici. — Ad petitionem 
fratris Henrici — villam nomine Levin, et Silvam etc. — 
Actum est anno Incarn. D. MCLXIX, anno autem mei 
principatus XXX, regni vero mei XI. Episcopatus aatem 
domini Friderici Pragensis anno I. 



XXIX. 

SERVICE DE SANTÉ VOLONTAIRE 

EN TEMPS DE GUERRE. 

Les renseignements ^) que nous donnons ci-après com- 
plètent ce que nous avons dit, aux Annales du Grrand-Prieuré 

^) Ces renseignements sont traduits de l'ouvrage officiel du 
D' Jaromir Mundy, chef du service. 



APPENDICE. 447 

de Bohême- Autriclie, sur la cérémonie d'inauguration des 
trains de transport pour les blessés et les malades, en temps 
de guerre, à la date du 11 novembre 1877. 

L'accord entre l'Ordre (grand-prieuré) et les Compagnies 
de chemins de fer fut signé le 27 mars 1876. Les propo- 
sitions de l'Ordre furent adoptées par le Ministère de la 
guerre P E>^ pour l'ensemble de la monarchie, par Ordon- 
nance du 28 juin et du 10 juillet 1876. 

Les Dispositions organiques du service de santé 
volontaire en temps de guerre^ furent jointes à l'Ordonnance 
ministérielle approuvée par l'Empereur, le 28 juin 1876, 
puis subirent quelques modifications approuvées en date du 
10 juillet, que nous ajoutons aux Dispositions organiques 
comme annexe y faisant suite. Nous allons les traduire ; 
nous donnerons ensuite quelques autres passages de l'ouvrage 
cité ; nous analyserons encore le Rapport général du 
médecin en chef, Dr. Jaromir Mundy sur l'Evacuation des 
.6?e5ses pendant les mois d'Août, deSeptembre et d'Octobre 1878, 
lors de l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine. 

DISPOSITIONS ORGANIQUES. 

L'Ordre souverain des chevaliers de Malte, grand-prieuré 
de Bohême-Autriche, fera en temps de guerre^ en se joignant 
au service sanitaire de l'armée, un service de santé volontaire^ 
en contribuant au transp